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CHANGEMENT DE PREMIER MINISTRE EN FRANCE : UN PRÉSIDENT JUPITÉRIEN
05/07/2020 à 09h58 par La redaction

La nomination de Jean Castex apparaît comme une transgression, une personnalité sans passé politique succédant à une personnalité sans étiquette politique.

CHANGEMENT DE PREMIER MINISTRE EN FRANCE : UN PRÉSIDENT JUPITÉRIEN

Jean Castex, le Premier ministre qui ne fera pas d’ombre à Macron. Le président français laisse le sentiment de considérer l’hôte de Matignon non pas comme un partenaire politique ou un complément institutionnel mais comme un «collaborateur», selon la malheureuse formule de Nicolas Sarkozy. © Ludovic Marin/AFP

Finalement, le «président jupitérien» n’est pas celui «qui prend de la hauteur, du recul, qui fixe le cap» C’est plutôt un président omnipotent, impérieux, à la limite despotique. Voulant garder la haute main sur tout, cherchant à demeurer maître des horloges, Emmanuel Macron a nommé Jean Castex au poste de premier ministre. Ce parfait inconnu, novice en politique, remplace Edouard Philippe, un transhumant passé par Les Républicains et la gauche rocardienne. Avec une certaine désinvolture, le président français brouille tous les repères de la Vè République. Dominée par La République en marche (LREM), la majorité parlementaire aura désormais pour chef… un haut fonctionnaire. Au pays de Michel Debré, un administratif partagera le pouvoir exécutif avec la clef de voûte des institutions. Au pays de Jacques Chaban-Delmas, une personnalité sans colonne vertébrale idéologique, revendiquant comme état de service la production d’un plan technocratique, pilotera l’initiative législative.

Lecture présidentialiste

Concernés au premier chef, les parlementaires LREM ne sont pas les seuls à devoir y méditer. «Une Constitution c’est un esprit, des institutions, une pratique», disait Charles De Gaulle. Le choix du nouveau locataire de Matignon est-il conforme à l’esprit des institutions françaises ? S’inscrit-il dans la tradition politique ? Voire… Une personnalité sans passé politique était-elle indiquée pour remplacer une autre, sans étiquette politique ? Si la nomination d’Edouard Philippe relevait de l’insolite, celle de Jean Castex apparaît comme une transgression. Par cet enchaînement, Emmanuel Macron acte l’affaiblissement continue du Premier ministre, tout en accréditant l’idée d’une présidentialisation de fait. Sans s’en rendre compte, il apporte de l’eau au moulin des tenants d’un changement de régime.

S’il n’a jamais émis le vœu de modifier les rapports entre l’exécutif et le législatif, le président français déroute par sa lecture présidentialiste. Incapable de s’adapter aux subtilités du jeu politico-institutionnel de son pays, il brille par une pratique politique hérétique. Par ses choix successifs, il atteste d’une chose : il ne cerne ni la nature du régime ni la place du Premier ministre dans le dispositif institutionnel de son pays. Certes, la nomination du Premier ministre relève de ses compétences exclusives. Certes, quand la majorité présidentielle coïncide avec la majorité parlementaire, la Constitution lui laisse une liberté de choix totale. Mais, il ne peut s’affranchir de l’esprit des institutions. Pour un fonctionnement harmonieux de l’Etat, il doit se faire une idée précise du rôle et des responsabilités de chacun. Il doit tout autant tenir compte de la pratique politique.

Remédier à un défaut de fabrication

Pour ainsi dire, le président de la République française ne peut faire comme bon lui semble, au risque d’ébranler l’édifice institutionnel. Par cohérence idéologique, par adhésion au rôle tribunitien des partis politiques, il doit accorder la priorité aux membres de sa formation politique. Par respect pour la majorité parlementaire, par déférence au suffrage universel, il doit privilégier les élus. Depuis 1958, la plupart des premiers ministres avaient des parcours politiques à faire valoir. S’ils n’étaient pas toujours des élus ou des personnalités politiques de premier plan, aucun d’eux ne sortait tout droit de la haute administration. En choisissant un technocrate, Emmanuel Macron laisse le sentiment de considérer l’hôte de Matignon non pas comme un partenaire politique ou un complément institutionnel mais comme un «collaborateur», selon la malheureuse formule de Nicolas Sarkozy. Déjà, certains se demandent si, dans les faits, Jean Castex ne sera pas un super directeur de cabinet.

Pour les institutions, les partis politiques ou les élus français, ce choix doit résonner tel le tocsin. Sur les pouvoirs du président de la République, comme sur la place du Premier ministre ou les relations entre les deux têtes de l’exécutif et le législatif, tant de précisions restent à apporter. En 2007, le Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Vè République avait, sous la présidence d’Edouard Balladur, proposé la suppression du poste de Premier ministre et l’instauration d’un régime présidentiel. Lors de la présidentielle de 2012, les Verts et le Front de gauche avaient suggéré une réduction des pouvoirs du président de la République au profit du Premier ministre, plaidant ainsi pour un retour au parlementarisme moniste. Dans l’un ou l’autre cas, il était question de remédier à un défaut de fabrication, une ambiguïté liée à la nature du régime et renforcée par l’instauration du quinquennat cumulé à l’inversion du calendrier électoral. Au vu des dernières évolutions, la France gagnerait à trancher cette question.

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Finalement, le «président jupitérien» n’est pas celui «qui prend de la hauteur, du recul, qui fixe le cap» C’est plutôt un président omnipotent, impérieux, à la limite despotique. Voulant garder la haute main sur tout, cherchant à demeurer maître des horloges, Emmanuel Macron a nommé Jean Castex au poste de premier ministre. Ce parfait inconnu, novice en politique, remplace Edouard Philippe, un transhumant passé par Les Républicains et la gauche rocardienne. Avec une certaine désinvolture, le président français brouille tous les repères de la Vè République. Dominée par La République en marche (LREM), la majorité parlementaire aura désormais pour chef… un haut fonctionnaire. Au pays de Michel Debré, un administratif partagera le pouvoir exécutif avec la clef de voûte des institutions. Au pays de Jacques Chaban-Delmas, une personnalité sans colonne vertébrale idéologique, revendiquant comme état de service la production d’un plan technocratique, pilotera l’initiative législative.

Lecture présidentialiste

Concernés au premier chef, les parlementaires LREM ne sont pas les seuls à devoir y méditer. «Une Constitution c’est un esprit, des institutions, une pratique», disait Charles De Gaulle. Le choix du nouveau locataire de Matignon est-il conforme à l’esprit des institutions françaises ? S’inscrit-il dans la tradition politique ? Voire… Une personnalité sans passé politique était-elle indiquée pour remplacer une autre, sans étiquette politique ? Si la nomination d’Edouard Philippe relevait de l’insolite, celle de Jean Castex apparaît comme une transgression. Par cet enchaînement, Emmanuel Macron acte l’affaiblissement continue du Premier ministre, tout en accréditant l’idée d’une présidentialisation de fait. Sans s’en rendre compte, il apporte de l’eau au moulin des tenants d’un changement de régime.

S’il n’a jamais émis le vœu de modifier les rapports entre l’exécutif et le législatif, le président français déroute par sa lecture présidentialiste. Incapable de s’adapter aux subtilités du jeu politico-institutionnel de son pays, il brille par une pratique politique hérétique. Par ses choix successifs, il atteste d’une chose : il ne cerne ni la nature du régime ni la place du Premier ministre dans le dispositif institutionnel de son pays. Certes, la nomination du Premier ministre relève de ses compétences exclusives. Certes, quand la majorité présidentielle coïncide avec la majorité parlementaire, la Constitution lui laisse une liberté de choix totale. Mais, il ne peut s’affranchir de l’esprit des institutions. Pour un fonctionnement harmonieux de l’Etat, il doit se faire une idée précise du rôle et des responsabilités de chacun. Il doit tout autant tenir compte de la pratique politique.

Remédier à un défaut de fabrication

Pour ainsi dire, le président de la République française ne peut faire comme bon lui semble, au risque d’ébranler l’édifice institutionnel. Par cohérence idéologique, par adhésion au rôle tribunitien des partis politiques, il doit accorder la priorité aux membres de sa formation politique. Par respect pour la majorité parlementaire, par déférence au suffrage universel, il doit privilégier les élus. Depuis 1958, la plupart des premiers ministres avaient des parcours politiques à faire valoir. S’ils n’étaient pas toujours des élus ou des personnalités politiques de premier plan, aucun d’eux ne sortait tout droit de la haute administration. En choisissant un technocrate, Emmanuel Macron laisse le sentiment de considérer l’hôte de Matignon non pas comme un partenaire politique ou un complément institutionnel mais comme un «collaborateur», selon la malheureuse formule de Nicolas Sarkozy. Déjà, certains se demandent si, dans les faits, Jean Castex ne sera pas un super directeur de cabinet.

Pour les institutions, les partis politiques ou les élus français, ce choix doit résonner tel le tocsin. Sur les pouvoirs du président de la République, comme sur la place du Premier ministre ou les relations entre les deux têtes de l’exécutif et le législatif, tant de précisions restent à apporter. En 2007, le Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Vè République avait, sous la présidence d’Edouard Balladur, proposé la suppression du poste de Premier ministre et l’instauration d’un régime présidentiel. Lors de la présidentielle de 2012, les Verts et le Front de gauche avaient suggéré une réduction des pouvoirs du président de la République au profit du Premier ministre, plaidant ainsi pour un retour au parlementarisme moniste. Dans l’un ou l’autre cas, il était question de remédier à un défaut de fabrication, une ambiguïté liée à la nature du régime et renforcée par l’instauration du quinquennat cumulé à l’inversion du calendrier électoral. Au vu des dernières évolutions, la France gagnerait à trancher cette question.

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