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En Irak, la résurgence de l’Etat islamique
06/06/2020 à 11h32 par La redaction

Avec plus de 560 attaques en trois mois, l’organisation djihadiste tire profit de la fragilité du pouvoir irakien, de la démoralisation des forces de sécurité et du désengagement des États-Unis.

Ce sont des cibles faciles et dans les localités modestes, ils sont souvent sans protection. C’est pourquoi les mokhtars – l’équivalent d’un maire ou d’un chef de village – sont des proies toutes désignées pour les combattants de l’État islamique (EI). Des dizaines d’entre eux ont déjà été assassinés dans les provinces majoritairement sunnites d’Irak.

Il n’y a pas de chiffres précis, mais ils comptent pour beaucoup dans les quelque 1 669 attentats et attaques imputés à l’organisation djihadiste en 2019, selon une étude réalisée par le Combating Terrorism Center (CTC), une institution universitaire de l’Académie militaire des États-Unis à West Point. En 2018, le chiffre des attaques était nettement inférieur : 1 470. Pour le premier trimestre de 2020, elles s’élèvent déjà à 566.

Quatorze mois après la chute de la petite ville de Baghouz, le dernier réduit du groupe djihadiste dans l’est syrien, à l’issue d’un siège de deux longs mois mené par les Forces démocratiques syriennes (FDS, une alliance arabo-kurde appuyée par la coalition internationale conduite par les États-Unis), l’EI a fait son retour en force en Irak comme en Syrie.

Une opération contre l'État islamique autour de Kirkouk le 8 mai 2020. © AlMakram Ghareeb/Anadolu Agency/AFPUne opération contre l'État islamique autour de Kirkouk le 8 mai 2020. © AlMakram Ghareeb/Anadolu Agency/AFP

L’organisation islamiste n’a certes plus de colonnes blindées ni de territoire pour établir son califat mais son nouveau chef, Amir Mohammed Saeed al-Salbi al-Maoula, alias Abou Ibrahim al-Hachemi al-Qourechi, conserve cependant le titre de « calife ». De ce personnage flou, on sait simplement que c’est un religieux et idéologue turkmène et qu’il a beaucoup persécuté la minorité yézidie.

On avait aussi peu d’information sur son prédécesseur, Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife Ibrahim » pour ses partisans – il a été tué par les Américains le 27 octobre 2019, à Baricha, dans le nord-ouest de la Syrie –, avant son discours, en juin 2014, à la mosquée Al-Nouri de Mossoul, qui l’a fait connaître au monde entier. Il y annonçait la fondation d’un nouveau califat à cheval sur l’Irak et la Syrie, qui allait compter jusqu’à sept millions d’habitants.

La nouvelle organisation que dirige Amir Mohammed al-Maoula est le fantôme de ce que l’État islamique a été du temps du calife Ibrahim. Elle n’a plus les moyens de prendre des villes ni de préparer des attentats à l’extérieur du pays. Cependant, sur le territoire irakien, elle compte encore entre 3 500 et 4 000 combattants, plus 8 000 autres « combattants dormants », selon les chiffres de l’ONG Center for Global Policy’s Non-State Actors and Geopolitics (CGPNAG). Les estimations du Pentagone sur l’EI pour l’Irak et la Syrie font état de plus de 30 000 militants.

En Irak, l’organisation fonctionne de façon décentralisée, avec cinq secteurs – la province d’Al-Anbar, celle de Diyala, de Kirkouk, de Ninive, de Bagdad et un dernier qui comprend tout le sud du pays. Chaque zone est dirigée par un « administrateur », doublé parfois d’un chef militaire.

D’ores et déjà se dessinent ce que les Irakiens appellent les « triangles de la mort ». Ils sont au nombre de quatre, chacun comptant entre 350 et 450 guérilleros. Le plus important de ces « triangles de la mort » se trouve dans la grande province d’Al-Anbar (est de l’Irak). Le plus dangereux est dans la province de Diyala. Un seul est localisé près de Bagdad, dans sa ceinture agricole, avec quelque 350 combattants, toujours selon le CGPNAG.

Une grande importance est donnée à la propagande, via notamment le site Al-Furqan, qui vient d’être réactivé, avec de nouvelles productions, et le porte-parole du groupe est Abou Hamza al-Mouhadjir. Le 28 mai, il a comparé la pandémie du Codiv-19 à l’offensive de la Coalition internationale contre l’État islamique et les populations qui vivaient sous son autorité et dénoncé « les fermetures des mosquées alors que les lieux de débauche et les prisons sont pleins à craquer ».

La nouvelle stratégie choisie par l’EI est visiblement celle de l’atomisation avec l’installation de cellules autosuffisantes dans des localités très isolées, des villages abandonnés ou détruits, des bosquets près des rivières, des grottes, ce qui permet aux militants de défendre leurs territoires sans avoir besoin de se ravitailler dans d’autres districts.

Dans ces lieux inhospitaliers, ils ont creusé des centaines de galeries souterraines par lesquelles ils peuvent s’enfuir et où ils entreposent armes, munitions et nourriture. « Ces territoires accidentés procurent aux militants de l’État islamique une protection naturelle, leur permettant de se cacher le jour, et, la nuit, de se déplacer, par petits groupes, à pied ou à moto […]. À partir de leurs caches, ils font irruption dans les zones rurales, kidnappent et rackettent les habitants et assassinent les représentants de l’État. Les actions du groupe sont donc simples – ce n’est que rarement qu’il mène des opérations complexes ou sur une large échelle », souligne un récent rapport du think tank International Crisis Group.

La stratégie de l’EI semble aussi s’inspirer de l’une des dernières vidéos d’Al-Baghadi, qui, le 29 avril 2019, déclarait : « Notre bataille est à présent celle de la vengeance et de survivre à l’ennemi. »

Pour le chercheur Adel Bakawan, qui dirige un centre de sociologie à l’université de Soran, au Kurdistan d’Irak, lequel dispose de relais dans tout l’Irak, « il s’agit vraiment d’un retour en force de l’EI »« Certes, l’EI ne dispose plus d’une entité étatique mais ce qui se passe fait penser aux années 2012-2014 avant la prise de Mossoul. Lorsque cette ville est tombée entre les mains des djihadistes et que le califat a été proclamé, les responsables irakiens se sont étonnés : mais comment est-ce possible ? C’est parce qu’avant 2014, on n’avait pas voulu nous écouter sur la montée de la menace », rappelle le chercheur.

Ce qui frappe, c’est aussi la capacité organisationnelle de l’EI. Sous l’autorité du « calife », opère une structure politique assez complexe, avec un Conseil consultatif de cinq membres, un Comité de six délégués qui gèrent une volée de bureaux chargés des finances, des médias, de la sécurité, des opérations militaires, de l’administration générale…

Au moins trois facteurs expliquent ce retour au premier plan de l’EI. « Il y a d’abord la fragilité du pouvoir à Bagdad, avec, incontestablement, un vide étatique, qui ressemble énormément à celui qui existait en 2014, insiste le chercheur. Puis, la démoralisation des forces de sécurité, mal armées, mal équipées – sur la vidéo d’un affrontement que nous avons diffusée, on peut voir un policier interpeller le premier ministre en lui criant : c’est ma dernière balle, qu’est-ce que je fais après ? Enfin, le désengagement des forces internationales, en particulier américaines, qui affecte la qualité et la quantité des opérations contre l’EI. »

Les États-Unis semblent jouer la carte de l’EI pour faire pression sur Bagdad, en particulier avant d’importantes négociations avec le pouvoir irakien qui vont commencer en juin, avec deux dossiers épineux : la présence de l’armée américaine en Irak et la coopération sécuritaire. Car, après l’assassinat à Bagdad du général iranien Qassem Soleimani, en janvier 2020, les principales forces politiques irakiennes, c’est-à-dire les partis chiites qui contrôlent le Parlement et, dès lors, le gouvernement, ont exigé de Washington qu’il retire ses forces d’Irak ou des principales bases qu’elles occupent dans ce pays. « Les États-Unis n’ont dès lors aucun intérêt à se réengager pour renforcer Bagdad. Le champ devient donc libre à la fois pour les djihadistes et les milices chiites qui les combattent, les forces de terrain n’étant plus en capacité de le faire », commente Adel Bakawan.

Les populations sunnites des provinces où opère l’EI se retrouvent dès lors dans une situation des plus difficiles, à la fois confrontées à une insurrection certes sunnite, mais dont elles craignent la férocité et la vengeance, et des milices chiites qui les humilient en permanence.

Mais les Américains ne sont pas les seuls à utiliser la carte de l’État islamique comme moyen de pression sur Bagdad. Le gouvernement régional du Kurdistan (GRK), qui fut pourtant terriblement menacé dans son existence par les djihadistes après la prise de Mossoul et affirme consacrer encore 60 % de son budget à la lutte contre les djihadistes, fait de même dans les négociations avec le gouvernement fédéral avec lequel il a de lourds contentieux. D’où l’absence d’une politique de coopération sécuritaire commune entre Bagdad et Erbil.

Pour le GRK, le retour de l’EI est même « une valeur ajoutée », selon l’expression du même chercheur, qui lui permettrait d’obtenir des concessions, notamment sur la question des territoires disputés. Pour le plus grand bénéfice de l’EI, qui, souligne notamment le rapport de l’International Crisis Group, « est en mesure d’exploiter les espaces non surveillés entre les forces irakiennes et kurdes à partir desquels il peut ensuite attaquer l’un et l’autre ».

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Avec plus de 560 attaques en trois mois, l’organisation djihadiste tire profit de la fragilité du pouvoir irakien, de la démoralisation des forces de sécurité et du désengagement des États-Unis.

Ce sont des cibles faciles et dans les localités modestes, ils sont souvent sans protection. C’est pourquoi les mokhtars – l’équivalent d’un maire ou d’un chef de village – sont des proies toutes désignées pour les combattants de l’État islamique (EI). Des dizaines d’entre eux ont déjà été assassinés dans les provinces majoritairement sunnites d’Irak.

Il n’y a pas de chiffres précis, mais ils comptent pour beaucoup dans les quelque 1 669 attentats et attaques imputés à l’organisation djihadiste en 2019, selon une étude réalisée par le Combating Terrorism Center (CTC), une institution universitaire de l’Académie militaire des États-Unis à West Point. En 2018, le chiffre des attaques était nettement inférieur : 1 470. Pour le premier trimestre de 2020, elles s’élèvent déjà à 566.

Quatorze mois après la chute de la petite ville de Baghouz, le dernier réduit du groupe djihadiste dans l’est syrien, à l’issue d’un siège de deux longs mois mené par les Forces démocratiques syriennes (FDS, une alliance arabo-kurde appuyée par la coalition internationale conduite par les États-Unis), l’EI a fait son retour en force en Irak comme en Syrie.

Une opération contre l'État islamique autour de Kirkouk le 8 mai 2020. © AlMakram Ghareeb/Anadolu Agency/AFPUne opération contre l'État islamique autour de Kirkouk le 8 mai 2020. © AlMakram Ghareeb/Anadolu Agency/AFP

L’organisation islamiste n’a certes plus de colonnes blindées ni de territoire pour établir son califat mais son nouveau chef, Amir Mohammed Saeed al-Salbi al-Maoula, alias Abou Ibrahim al-Hachemi al-Qourechi, conserve cependant le titre de « calife ». De ce personnage flou, on sait simplement que c’est un religieux et idéologue turkmène et qu’il a beaucoup persécuté la minorité yézidie.

On avait aussi peu d’information sur son prédécesseur, Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife Ibrahim » pour ses partisans – il a été tué par les Américains le 27 octobre 2019, à Baricha, dans le nord-ouest de la Syrie –, avant son discours, en juin 2014, à la mosquée Al-Nouri de Mossoul, qui l’a fait connaître au monde entier. Il y annonçait la fondation d’un nouveau califat à cheval sur l’Irak et la Syrie, qui allait compter jusqu’à sept millions d’habitants.

La nouvelle organisation que dirige Amir Mohammed al-Maoula est le fantôme de ce que l’État islamique a été du temps du calife Ibrahim. Elle n’a plus les moyens de prendre des villes ni de préparer des attentats à l’extérieur du pays. Cependant, sur le territoire irakien, elle compte encore entre 3 500 et 4 000 combattants, plus 8 000 autres « combattants dormants », selon les chiffres de l’ONG Center for Global Policy’s Non-State Actors and Geopolitics (CGPNAG). Les estimations du Pentagone sur l’EI pour l’Irak et la Syrie font état de plus de 30 000 militants.

En Irak, l’organisation fonctionne de façon décentralisée, avec cinq secteurs – la province d’Al-Anbar, celle de Diyala, de Kirkouk, de Ninive, de Bagdad et un dernier qui comprend tout le sud du pays. Chaque zone est dirigée par un « administrateur », doublé parfois d’un chef militaire.

D’ores et déjà se dessinent ce que les Irakiens appellent les « triangles de la mort ». Ils sont au nombre de quatre, chacun comptant entre 350 et 450 guérilleros. Le plus important de ces « triangles de la mort » se trouve dans la grande province d’Al-Anbar (est de l’Irak). Le plus dangereux est dans la province de Diyala. Un seul est localisé près de Bagdad, dans sa ceinture agricole, avec quelque 350 combattants, toujours selon le CGPNAG.

Une grande importance est donnée à la propagande, via notamment le site Al-Furqan, qui vient d’être réactivé, avec de nouvelles productions, et le porte-parole du groupe est Abou Hamza al-Mouhadjir. Le 28 mai, il a comparé la pandémie du Codiv-19 à l’offensive de la Coalition internationale contre l’État islamique et les populations qui vivaient sous son autorité et dénoncé « les fermetures des mosquées alors que les lieux de débauche et les prisons sont pleins à craquer ».

La nouvelle stratégie choisie par l’EI est visiblement celle de l’atomisation avec l’installation de cellules autosuffisantes dans des localités très isolées, des villages abandonnés ou détruits, des bosquets près des rivières, des grottes, ce qui permet aux militants de défendre leurs territoires sans avoir besoin de se ravitailler dans d’autres districts.

Dans ces lieux inhospitaliers, ils ont creusé des centaines de galeries souterraines par lesquelles ils peuvent s’enfuir et où ils entreposent armes, munitions et nourriture. « Ces territoires accidentés procurent aux militants de l’État islamique une protection naturelle, leur permettant de se cacher le jour, et, la nuit, de se déplacer, par petits groupes, à pied ou à moto […]. À partir de leurs caches, ils font irruption dans les zones rurales, kidnappent et rackettent les habitants et assassinent les représentants de l’État. Les actions du groupe sont donc simples – ce n’est que rarement qu’il mène des opérations complexes ou sur une large échelle », souligne un récent rapport du think tank International Crisis Group.

La stratégie de l’EI semble aussi s’inspirer de l’une des dernières vidéos d’Al-Baghadi, qui, le 29 avril 2019, déclarait : « Notre bataille est à présent celle de la vengeance et de survivre à l’ennemi. »

Pour le chercheur Adel Bakawan, qui dirige un centre de sociologie à l’université de Soran, au Kurdistan d’Irak, lequel dispose de relais dans tout l’Irak, « il s’agit vraiment d’un retour en force de l’EI »« Certes, l’EI ne dispose plus d’une entité étatique mais ce qui se passe fait penser aux années 2012-2014 avant la prise de Mossoul. Lorsque cette ville est tombée entre les mains des djihadistes et que le califat a été proclamé, les responsables irakiens se sont étonnés : mais comment est-ce possible ? C’est parce qu’avant 2014, on n’avait pas voulu nous écouter sur la montée de la menace », rappelle le chercheur.

Ce qui frappe, c’est aussi la capacité organisationnelle de l’EI. Sous l’autorité du « calife », opère une structure politique assez complexe, avec un Conseil consultatif de cinq membres, un Comité de six délégués qui gèrent une volée de bureaux chargés des finances, des médias, de la sécurité, des opérations militaires, de l’administration générale…

Au moins trois facteurs expliquent ce retour au premier plan de l’EI. « Il y a d’abord la fragilité du pouvoir à Bagdad, avec, incontestablement, un vide étatique, qui ressemble énormément à celui qui existait en 2014, insiste le chercheur. Puis, la démoralisation des forces de sécurité, mal armées, mal équipées – sur la vidéo d’un affrontement que nous avons diffusée, on peut voir un policier interpeller le premier ministre en lui criant : c’est ma dernière balle, qu’est-ce que je fais après ? Enfin, le désengagement des forces internationales, en particulier américaines, qui affecte la qualité et la quantité des opérations contre l’EI. »

Les États-Unis semblent jouer la carte de l’EI pour faire pression sur Bagdad, en particulier avant d’importantes négociations avec le pouvoir irakien qui vont commencer en juin, avec deux dossiers épineux : la présence de l’armée américaine en Irak et la coopération sécuritaire. Car, après l’assassinat à Bagdad du général iranien Qassem Soleimani, en janvier 2020, les principales forces politiques irakiennes, c’est-à-dire les partis chiites qui contrôlent le Parlement et, dès lors, le gouvernement, ont exigé de Washington qu’il retire ses forces d’Irak ou des principales bases qu’elles occupent dans ce pays. « Les États-Unis n’ont dès lors aucun intérêt à se réengager pour renforcer Bagdad. Le champ devient donc libre à la fois pour les djihadistes et les milices chiites qui les combattent, les forces de terrain n’étant plus en capacité de le faire », commente Adel Bakawan.

Les populations sunnites des provinces où opère l’EI se retrouvent dès lors dans une situation des plus difficiles, à la fois confrontées à une insurrection certes sunnite, mais dont elles craignent la férocité et la vengeance, et des milices chiites qui les humilient en permanence.

Mais les Américains ne sont pas les seuls à utiliser la carte de l’État islamique comme moyen de pression sur Bagdad. Le gouvernement régional du Kurdistan (GRK), qui fut pourtant terriblement menacé dans son existence par les djihadistes après la prise de Mossoul et affirme consacrer encore 60 % de son budget à la lutte contre les djihadistes, fait de même dans les négociations avec le gouvernement fédéral avec lequel il a de lourds contentieux. D’où l’absence d’une politique de coopération sécuritaire commune entre Bagdad et Erbil.

Pour le GRK, le retour de l’EI est même « une valeur ajoutée », selon l’expression du même chercheur, qui lui permettrait d’obtenir des concessions, notamment sur la question des territoires disputés. Pour le plus grand bénéfice de l’EI, qui, souligne notamment le rapport de l’International Crisis Group, « est en mesure d’exploiter les espaces non surveillés entre les forces irakiennes et kurdes à partir desquels il peut ensuite attaquer l’un et l’autre ».

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