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«Vendre aussi du Nutella?»: un supermarché coopératif cherche sa recette
07/06/2020 à 18h38 par La redaction

À Marseille, les créateurs d’une petite épicerie coopérative veulent passer à 400 m². Alors qu’une trentaine de projets similaires existent déjà en France, le chemin est encore long de l’idée à la réalisation.

 

Créer son propre supermarché, en être à la fois client, bénévole et membre coopérateur, pour décider de tout, depuis les produits à mettre sur les étagères jusqu’à l’organisation du travail : voilà le concept d’une trentaine de sites déjà actifs en France, pionniers du « supermarché coopératif ». À Marseille, un projet baptisé « Super Cafoutch » rêve de les rejoindre.

Pour l’instant, ses membres disposent d’un « Mini Cafoutch », une petite épicerie pilote de 60 m² lancée en 2018. Les coopérateurs espèrent passer du Mini au Super, sur 400 m², et il leur faut trouver un lieu idoine. Si le Covid-19 a figé le processus pendant deux mois et demi, le Mini Cafoutch a toutefois rouvert ses portes le 29 mai, uniquement en mode « drive » pour des courses à emporter. « Le confinement a été un temps fécond, assure Élodie Parison, porte-parole. Car on voit bien que notre modèle apporte une réponse assez claire aux problèmes d’aujourd’hui, notamment pour assurer une alimentation de proximité et soutenir les producteurs locaux. »

Au Mini Cafoutch de Marseille. © MHAu Mini Cafoutch de Marseille. © MH

Déjà, près de 500 coopérateurs ont payé 100 euros pour acquérir une part dans le Cafoutch, régi selon une règle égalitaire – une personne, un vote. « L’idée, c’est de se réapproprier notre consommation en ayant le choix des produits, et de maintenir une production locale en la payant correctement », explique Élodie Parison, par ailleurs guide-conférencière. Chaque lieu a les mêmes bases – seuls les membres peuvent y acheter – qu’il adapte à sa sauce. « Le projet, c’est comme de la pâte à modeler », explique la porte-parole.

Le pape de la question en France est un Américain résidant à Paris, Tom Boothe. En 2009, il a découvert Park Slope, le joyau des coopératives ouvert en 1973 à Brooklyn (New York). Tom Boothe a été épaté par ce commerce « actif et dynamique avec une absence totale de marketing, aucune tentative de séduire », ce qui ne l’empêche pas de compter 16 000 coopérateurs. Sur ce modèle, Boothe a lancé en 2017 le premier établissement français, La Louve, sur 1 450 m² à Paris (XVIIIe).

Rien de nouveau sur le fond, puisqu’il reprend le modèle coopératif qui a démarré au milieu du XIXsiècle au Royaume-Uni pour permettre aux ouvriers d’améliorer leur ordinaire. Aujourd’hui, des citoyens adaptent ce concept pour offrir la qualité à moindre coût. Le but n’est pas de renverser le système de la grande distribution, mais de proposer une alternative.

« Tout est décidé à l’horizontale, explique Élodie Parison. Il n’y a pas de chef. C’est lent mais on a envie de changer les choses ensemble. » En résolvant d’abord des problèmes de méthode. « Comment décider à 500 aujourd’hui et 2 000 demain ? », s’interroge Stéphane Crandal, coopérateur et adepte de la sociocratie, cette gouvernance partagée où les décisions se prennent au consentement et, plus exceptionnellement, au vote.

Le projet Super Cafoutch est articulé autour de sept groupes de travail par thème, avec pour chacun un ou deux référents qui participent au « comité de gouvernance », lequel prend les décisions de base. Les points importants sont discutés une fois par mois lors d’un « forum » ouvert à tous les membres.

Comme ce jeudi soir de mars, où Élodie Parison rappelle d’entrée : « Vous êtes dans un supermarché coopératif ET participatif ! Il faut absolument faire votre créneau ! » Soit assurer trois heures de travail bénévole par mois, faute de quoi les coopérateurs sont bloqués à l’entrée et n’ont plus le droit d’acheter. « Cette semaine, ça a été un peu la pagaille ! », gronde gentiment la jeune femme. En aparté, un coopérateur commente : « Il faut, sans trop fliquer les gens, arriver à ce qu’ils s’impliquent, qu’il y ait une régularité. » Pas toujours évident.

Les cinquante personnes présentes au « forum » phosphorent sur des questions de base. Comment équiper le Super Cafoutch, l’approvisionner, le financer, comment communiquer sur le projet ? À Marseille, un « cafoutch » désigne un débarras en désordre. Et ce soir, la discussion part effectivement dans tous les sens… Ce qui réjouit Jonathan, arrivé depuis six mois à Marseille : « Ici, pour une ville de presque un million d’habitants, il n’y a pas beaucoup de vie alternative. C’est un bon début. »

Dans ce que les plus convaincus appellent une « grande aventure humaine », l’une des réjouissances consiste à s’emplâtrer pendant des heures sur des thèmes comme : « Faut-il vendre du Kiri et du Nutella ? » C’est le sempiternel débat sur les produits « conventionnels ». Certains y sont favorables afin de « ne pas gentrifier » et d’attirer tout le monde. Une femme rechigne. Elle préfère « des produits qui ont un sens » en arguant que « si c’est pour refaire un “Carouf” [Carrefour], c’est pas la peine ». Un coopérateur soupire : « Toujours le même dilemme ! »

Hugues Denihan, un temps salarié du Cafoutch, l’a résolu depuis longtemps : se cantonner au bio réduirait la portée du projet, alors qu’offrir tout ce qu’on trouve dans un supermarché classique permet de grouper ses courses dans un même lieu. Tom Boothe est sur la même ligne, qui suggère de fonctionner « comme une bibliothèque publique » – le bibliothécaire n’impose pas le choix des livres. Hugues Denihan ajoute une raison pragmatique : une fois le projet lancé, avec cinq salariés prévus au départ, il faudra gagner de l’argent. « On met en rayon ce que les gens demandent, dit-il. Si ça se vend, ça reste, sinon on l’enlève. Il faut charbonner pour équilibrer le plus vite possible. »

Si la rentabilité n’est pas assurée, les habitués savent d’expérience que le plus dur consiste à se lancer. « Au début, les gens, à raison, ne croient pas que vous allez ouvrir, explique Tom Boothe. Mais quand vous ouvrez, c’est la folie. Trente personnes nous rejoignent chaque semaine. » La Louve est un succès rentable, comme La Cagette, à Montpellier. « À La Louve, les prix défient toute concurrence, c’est pour ça que ça marche », assure Élodie Parison. Les supermarchés coopératifs annoncent un panier moyen de 15 à 30 % moins cher qu’ailleurs, notamment en raison d’une marge fixe raisonnable (23 % au Super Cafoutch). Et les trois heures données chaque mois par les coopérateurs permettent de réduire les frais de fonctionnement.

Mais le chemin est long de l’idée à la réalisation. À Marseille, le projet a démarré en 2016 et tout reste à monter, dont le financement évalué aux alentours de 500 000 euros, par le biais de prêts consentis par des acteurs de l’économie sociale. Les projets aidés par les villes, comme à Paris, vont beaucoup plus vite. À Marseille, la Métropole et la Région ont donné un coup de main, pas la municipalité. Néanmoins, le Super Cafoutch avance à petits pas.

 

Élodie Parison a repéré un endroit dans l’hyper-centre qui pourrait convenir. « À un prix imbattable », appuie Martin, coopérateur. Mais déjà une main se lève : « Pourquoi là ? Pourquoi pas le lieu qu’on avait trouvé avant ? » Le précédent a dû être abandonné, le propriétaire rechignant à effectuer les travaux nécessaires. L’équipe est repartie de zéro, et voilà qu’elle doit déjà se justifier. Tout se discute, c’est la règle.

« Ça se trouve dans un quartier populaire, c’est génial, ça peut être un élément de gentrification, et donc un bon point pour la mairie, opine une participante. Mais comment sera-t-on perçus ? Est-ce qu’on a pris contact avec l’association des commerçants ? » Justement, une commerçante se lève, enthousiaste : « Votre idée est géniale ! Le quartier a besoin de gens comme vous ! » La mixité sociale reste une inconnue pour un concept souvent cantonné à une niche pour classe moyenne.

« C’est un modèle extrêmement métropolitain, estime Élie Daviron (La Cagette, Montpellier). On touche les gens qui se posent des questions sur l’alimentation, la durabilité du système, le partage des ressources… On ne va pas créer de la diversité sociale en rassemblant 500 Blancs bac+5, même s’il y a de la diversité économique. » Pour lui, le supermarché coopératif demeure « un épiphénomène » : « On ne crée pas une filière, on expérimente des outils dont d’autres peuvent se saisir. »

Même Tom Boothe tempère les enthousiasmes : « Il ne faut pas exagérer le mouvement. Aux États-Unis, il y a eu des tas de projets après Park Slope. Avec 100 % d’échec. » C’est un processus fatigant dont on ne voit pas toujours la concrétisation. « On est dans une phase de transition », résume Hugues Denihan, celle où certains projets capotent. Élodie Parison le répète : « On est en bas de la montagne. » Heureusement, de nouvelles énergies débarquent. Elle appelle des volontaires à joindre son groupe de travail « futur supermarché ». « Il faut qu’on y prenne tous part ! » La réunion s’achève. Ah non ! Une dernière voix s’élève : « Pour ouvrir le Mini Cafoutch demain, il manque deux personnes ! Quelqu’un peut venir ? »

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À Marseille, les créateurs d’une petite épicerie coopérative veulent passer à 400 m². Alors qu’une trentaine de projets similaires existent déjà en France, le chemin est encore long de l’idée à la réalisation.

 

Créer son propre supermarché, en être à la fois client, bénévole et membre coopérateur, pour décider de tout, depuis les produits à mettre sur les étagères jusqu’à l’organisation du travail : voilà le concept d’une trentaine de sites déjà actifs en France, pionniers du « supermarché coopératif ». À Marseille, un projet baptisé « Super Cafoutch » rêve de les rejoindre.

Pour l’instant, ses membres disposent d’un « Mini Cafoutch », une petite épicerie pilote de 60 m² lancée en 2018. Les coopérateurs espèrent passer du Mini au Super, sur 400 m², et il leur faut trouver un lieu idoine. Si le Covid-19 a figé le processus pendant deux mois et demi, le Mini Cafoutch a toutefois rouvert ses portes le 29 mai, uniquement en mode « drive » pour des courses à emporter. « Le confinement a été un temps fécond, assure Élodie Parison, porte-parole. Car on voit bien que notre modèle apporte une réponse assez claire aux problèmes d’aujourd’hui, notamment pour assurer une alimentation de proximité et soutenir les producteurs locaux. »

Au Mini Cafoutch de Marseille. © MHAu Mini Cafoutch de Marseille. © MH

Déjà, près de 500 coopérateurs ont payé 100 euros pour acquérir une part dans le Cafoutch, régi selon une règle égalitaire – une personne, un vote. « L’idée, c’est de se réapproprier notre consommation en ayant le choix des produits, et de maintenir une production locale en la payant correctement », explique Élodie Parison, par ailleurs guide-conférencière. Chaque lieu a les mêmes bases – seuls les membres peuvent y acheter – qu’il adapte à sa sauce. « Le projet, c’est comme de la pâte à modeler », explique la porte-parole.

Le pape de la question en France est un Américain résidant à Paris, Tom Boothe. En 2009, il a découvert Park Slope, le joyau des coopératives ouvert en 1973 à Brooklyn (New York). Tom Boothe a été épaté par ce commerce « actif et dynamique avec une absence totale de marketing, aucune tentative de séduire », ce qui ne l’empêche pas de compter 16 000 coopérateurs. Sur ce modèle, Boothe a lancé en 2017 le premier établissement français, La Louve, sur 1 450 m² à Paris (XVIIIe).

Rien de nouveau sur le fond, puisqu’il reprend le modèle coopératif qui a démarré au milieu du XIXsiècle au Royaume-Uni pour permettre aux ouvriers d’améliorer leur ordinaire. Aujourd’hui, des citoyens adaptent ce concept pour offrir la qualité à moindre coût. Le but n’est pas de renverser le système de la grande distribution, mais de proposer une alternative.

« Tout est décidé à l’horizontale, explique Élodie Parison. Il n’y a pas de chef. C’est lent mais on a envie de changer les choses ensemble. » En résolvant d’abord des problèmes de méthode. « Comment décider à 500 aujourd’hui et 2 000 demain ? », s’interroge Stéphane Crandal, coopérateur et adepte de la sociocratie, cette gouvernance partagée où les décisions se prennent au consentement et, plus exceptionnellement, au vote.

Le projet Super Cafoutch est articulé autour de sept groupes de travail par thème, avec pour chacun un ou deux référents qui participent au « comité de gouvernance », lequel prend les décisions de base. Les points importants sont discutés une fois par mois lors d’un « forum » ouvert à tous les membres.

Comme ce jeudi soir de mars, où Élodie Parison rappelle d’entrée : « Vous êtes dans un supermarché coopératif ET participatif ! Il faut absolument faire votre créneau ! » Soit assurer trois heures de travail bénévole par mois, faute de quoi les coopérateurs sont bloqués à l’entrée et n’ont plus le droit d’acheter. « Cette semaine, ça a été un peu la pagaille ! », gronde gentiment la jeune femme. En aparté, un coopérateur commente : « Il faut, sans trop fliquer les gens, arriver à ce qu’ils s’impliquent, qu’il y ait une régularité. » Pas toujours évident.

Les cinquante personnes présentes au « forum » phosphorent sur des questions de base. Comment équiper le Super Cafoutch, l’approvisionner, le financer, comment communiquer sur le projet ? À Marseille, un « cafoutch » désigne un débarras en désordre. Et ce soir, la discussion part effectivement dans tous les sens… Ce qui réjouit Jonathan, arrivé depuis six mois à Marseille : « Ici, pour une ville de presque un million d’habitants, il n’y a pas beaucoup de vie alternative. C’est un bon début. »

Dans ce que les plus convaincus appellent une « grande aventure humaine », l’une des réjouissances consiste à s’emplâtrer pendant des heures sur des thèmes comme : « Faut-il vendre du Kiri et du Nutella ? » C’est le sempiternel débat sur les produits « conventionnels ». Certains y sont favorables afin de « ne pas gentrifier » et d’attirer tout le monde. Une femme rechigne. Elle préfère « des produits qui ont un sens » en arguant que « si c’est pour refaire un “Carouf” [Carrefour], c’est pas la peine ». Un coopérateur soupire : « Toujours le même dilemme ! »

Hugues Denihan, un temps salarié du Cafoutch, l’a résolu depuis longtemps : se cantonner au bio réduirait la portée du projet, alors qu’offrir tout ce qu’on trouve dans un supermarché classique permet de grouper ses courses dans un même lieu. Tom Boothe est sur la même ligne, qui suggère de fonctionner « comme une bibliothèque publique » – le bibliothécaire n’impose pas le choix des livres. Hugues Denihan ajoute une raison pragmatique : une fois le projet lancé, avec cinq salariés prévus au départ, il faudra gagner de l’argent. « On met en rayon ce que les gens demandent, dit-il. Si ça se vend, ça reste, sinon on l’enlève. Il faut charbonner pour équilibrer le plus vite possible. »

Si la rentabilité n’est pas assurée, les habitués savent d’expérience que le plus dur consiste à se lancer. « Au début, les gens, à raison, ne croient pas que vous allez ouvrir, explique Tom Boothe. Mais quand vous ouvrez, c’est la folie. Trente personnes nous rejoignent chaque semaine. » La Louve est un succès rentable, comme La Cagette, à Montpellier. « À La Louve, les prix défient toute concurrence, c’est pour ça que ça marche », assure Élodie Parison. Les supermarchés coopératifs annoncent un panier moyen de 15 à 30 % moins cher qu’ailleurs, notamment en raison d’une marge fixe raisonnable (23 % au Super Cafoutch). Et les trois heures données chaque mois par les coopérateurs permettent de réduire les frais de fonctionnement.

Mais le chemin est long de l’idée à la réalisation. À Marseille, le projet a démarré en 2016 et tout reste à monter, dont le financement évalué aux alentours de 500 000 euros, par le biais de prêts consentis par des acteurs de l’économie sociale. Les projets aidés par les villes, comme à Paris, vont beaucoup plus vite. À Marseille, la Métropole et la Région ont donné un coup de main, pas la municipalité. Néanmoins, le Super Cafoutch avance à petits pas.

 

Élodie Parison a repéré un endroit dans l’hyper-centre qui pourrait convenir. « À un prix imbattable », appuie Martin, coopérateur. Mais déjà une main se lève : « Pourquoi là ? Pourquoi pas le lieu qu’on avait trouvé avant ? » Le précédent a dû être abandonné, le propriétaire rechignant à effectuer les travaux nécessaires. L’équipe est repartie de zéro, et voilà qu’elle doit déjà se justifier. Tout se discute, c’est la règle.

« Ça se trouve dans un quartier populaire, c’est génial, ça peut être un élément de gentrification, et donc un bon point pour la mairie, opine une participante. Mais comment sera-t-on perçus ? Est-ce qu’on a pris contact avec l’association des commerçants ? » Justement, une commerçante se lève, enthousiaste : « Votre idée est géniale ! Le quartier a besoin de gens comme vous ! » La mixité sociale reste une inconnue pour un concept souvent cantonné à une niche pour classe moyenne.

« C’est un modèle extrêmement métropolitain, estime Élie Daviron (La Cagette, Montpellier). On touche les gens qui se posent des questions sur l’alimentation, la durabilité du système, le partage des ressources… On ne va pas créer de la diversité sociale en rassemblant 500 Blancs bac+5, même s’il y a de la diversité économique. » Pour lui, le supermarché coopératif demeure « un épiphénomène » : « On ne crée pas une filière, on expérimente des outils dont d’autres peuvent se saisir. »

Même Tom Boothe tempère les enthousiasmes : « Il ne faut pas exagérer le mouvement. Aux États-Unis, il y a eu des tas de projets après Park Slope. Avec 100 % d’échec. » C’est un processus fatigant dont on ne voit pas toujours la concrétisation. « On est dans une phase de transition », résume Hugues Denihan, celle où certains projets capotent. Élodie Parison le répète : « On est en bas de la montagne. » Heureusement, de nouvelles énergies débarquent. Elle appelle des volontaires à joindre son groupe de travail « futur supermarché ». « Il faut qu’on y prenne tous part ! » La réunion s’achève. Ah non ! Une dernière voix s’élève : « Pour ouvrir le Mini Cafoutch demain, il manque deux personnes ! Quelqu’un peut venir ? »

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