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Ramadan : la série « 27 », outil de soft power de l’armée tunisienne
05/05/2020 à 10h25 par La redaction

Un feuilleton de ramadan, réalisé par Yousri Bouassida, retrace au plus près le quotidien d’une unité d’élite de l’armée. Une première pour la télévision tunisienne.

8 juillet 2018. Ce jour-là, six hommes de l’Unité spéciale de la garde nationale (USGN) décèdent dans une embuscade menée par des jihadistes à la frontière algérienne. Le drame émeut les tunisiens. « C’était la première fois que la Garde nationale donnait des informations personnelles sur des victimes issues de ses rangs, se souvient Yousri Bouassida, réalisateur et scénariste. Ce n’était plus une simple liste de noms : on voyait leurs visages, on connaissait l’histoire de chacun. Ils auraient pu être des parents ou des amis et avaient été fauchés par le terrorisme. Ce phénomène d’identification nous a bouleversé. »

Quelques jours plus tard, dans un café, l’homme de cinéma croise un gradé de ce même corps sécuritaire. « Pourquoi ne pas faire quelque chose sur nos hommes tombés pour le pays ? » suggère le militaire. L’idée est lancée. Deux ans plus tard, la voilà portée sur le petit écran sous l’intrigant titre de « 27 ». La série, en quinze épisodes, rend hommage à la division des « Aigles 27 », une unité d’élite de l’armée.

Histoire virile

Oreilles sensibles s’abstenir. Il s’agit de guerre, ou plus précisément de tous les efforts déployés pour protéger un territoire et sa population. Bruit de rotor des Black Hawks, ordres stridents, bande son assourdissante et images saccadées plantent l’action dès le générique. Dès les premiers épisodes, le réalisateur du feuilleton à succès « Ali Chouereb », figure populaire du banditisme des années 60, n’est pas avare en effets sonores.

Le feuilleton conte une histoire virile, de corps, de solidarité et d’amitié. Et surtout de réel, qui s’invite partout. Il est question d’amour, de liens familiaux et des difficultés au quotidien : « Quand on rentre d’une opération sur le terrain et que l’on est confronté à la facture d’électricité que les parents ne peuvent payer, quand on se sacrifie et que personne ne fait vraiment cas de nos conditions de vie… L’amour du pays n’a rien à voir avec le comportement de ses dirigeants », tacle à l’écran Sakhr, le héros rebelle. Un message, parmi d’autres, que transmet la série.

Pour les besoins du tournage, l’équipe de Yousri Bouassida a obtenu des accès privilégiés à des théâtres d’opération et d’entraînement du ministère de la Défense. Les autorisations ont été délivrées du temps de l’ancien ministre Abdelkrim Zbidi. Ni la Défense nationale, ni la télévision tunisienne ne sont revenues sur l’engagement de ce dernier, malgré un scénario qui donne écho aux griefs de la population contre les gouvernants.

Le réalisateur assure aussi n’avoir reçu aucune pression, ni censure lors du tournage ou du montage du feuilleton. « Les seules modifications qui ont été demandées portaient sur des erreurs dans les procédures militaires », précise Yousri Bouassida, qui s’étonne encore de l’adhésion rapide de la grande muette à son projet.

Faits réels

Largement inspirées de faits réels, les aventures de ce groupe de braves des « Aigles 27 », qui inclut également des femmes, dévoilent les rapports étroits entre contrebande et terrorisme. Le personnage retors, campé par le comédien Hichem Rostom, est le stéréotype du mafieux qui corrompt élus et médias. Des téléspectateurs y ont vu un clin d’oeil à Chafik Jarraya, homme d’affaires incarcéré pour corruption.

L’identification recherchée par le réalisateur est au rendez-vous : les Tunisiens se reconnaissent même dans la sensation de chaos et d’éparpillement imposée par le montage. « C’est un live de 2020 en Tunisie », commente Yosri Bouassida, qui a tourné dans des décors réels, avec parfois de vrais officiers, qui apparaissent à visage caché. L’essentiel des séquence a été filmé avant la pandémie de Covid-19. Bouassida explique avoir complété cet ensemble par quelques plans supplémentaires, pour dater l’action en évoquant le coronavirus.

L’armée, dont Bourguiba et Ben Ali se méfiaient au point de la tenir à l’écart, n’avait pas besoin d’une série pour être réhabilitée. Mais c’est la première fois que le petit écran met ses hommes à l’honneur. Aussi bien ceux qui participent au développement local par la lutte contre la désertification à Rjim Maatoug (Sud) que les membres des unités d’élite qui apportent leur contribution au pays parfois au péril de leurs vies. « 27 » est avant tout le témoignage d’estime à un corps de patriotes.

« Le schéma est le même de par le monde : l’armée défend les citoyens, quand les forces de l’ordre peuvent s’en prendre à eux », analyse Yousri Bouassida. Il n’a pas souhaité « utiliser des héros négatifs pour passer les messages, mais des vrais héros porteurs de principes. C’est autre chose que des personnages sans consistance. » L’objectif est assumé : séduire les jeunes et les ramener vers des valeurs de respect, de discipline et d’interaction sociale, « pour que la société retrouve des idéaux. » Tout ce que symbolise une armée à laquelle 98 % des Tunisiens accordent leur confiance.

 

Crédit: Jeune Afrique

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Quelques jours plus tard, dans un café, l’homme de cinéma croise un gradé de ce même corps sécuritaire. « Pourquoi ne pas faire quelque chose sur nos hommes tombés pour le pays ? » suggère le militaire. L’idée est lancée. Deux ans plus tard, la voilà portée sur le petit écran sous l’intrigant titre de « 27 ». La série, en quinze épisodes, rend hommage à la division des « Aigles 27 », une unité d’élite de l’armée.

Histoire virile

Oreilles sensibles s’abstenir. Il s’agit de guerre, ou plus précisément de tous les efforts déployés pour protéger un territoire et sa population. Bruit de rotor des Black Hawks, ordres stridents, bande son assourdissante et images saccadées plantent l’action dès le générique. Dès les premiers épisodes, le réalisateur du feuilleton à succès « Ali Chouereb », figure populaire du banditisme des années 60, n’est pas avare en effets sonores.

Le feuilleton conte une histoire virile, de corps, de solidarité et d’amitié. Et surtout de réel, qui s’invite partout. Il est question d’amour, de liens familiaux et des difficultés au quotidien : « Quand on rentre d’une opération sur le terrain et que l’on est confronté à la facture d’électricité que les parents ne peuvent payer, quand on se sacrifie et que personne ne fait vraiment cas de nos conditions de vie… L’amour du pays n’a rien à voir avec le comportement de ses dirigeants », tacle à l’écran Sakhr, le héros rebelle. Un message, parmi d’autres, que transmet la série.

Pour les besoins du tournage, l’équipe de Yousri Bouassida a obtenu des accès privilégiés à des théâtres d’opération et d’entraînement du ministère de la Défense. Les autorisations ont été délivrées du temps de l’ancien ministre Abdelkrim Zbidi. Ni la Défense nationale, ni la télévision tunisienne ne sont revenues sur l’engagement de ce dernier, malgré un scénario qui donne écho aux griefs de la population contre les gouvernants.

Le réalisateur assure aussi n’avoir reçu aucune pression, ni censure lors du tournage ou du montage du feuilleton. « Les seules modifications qui ont été demandées portaient sur des erreurs dans les procédures militaires », précise Yousri Bouassida, qui s’étonne encore de l’adhésion rapide de la grande muette à son projet.

Faits réels

Largement inspirées de faits réels, les aventures de ce groupe de braves des « Aigles 27 », qui inclut également des femmes, dévoilent les rapports étroits entre contrebande et terrorisme. Le personnage retors, campé par le comédien Hichem Rostom, est le stéréotype du mafieux qui corrompt élus et médias. Des téléspectateurs y ont vu un clin d’oeil à Chafik Jarraya, homme d’affaires incarcéré pour corruption.

L’identification recherchée par le réalisateur est au rendez-vous : les Tunisiens se reconnaissent même dans la sensation de chaos et d’éparpillement imposée par le montage. « C’est un live de 2020 en Tunisie », commente Yosri Bouassida, qui a tourné dans des décors réels, avec parfois de vrais officiers, qui apparaissent à visage caché. L’essentiel des séquence a été filmé avant la pandémie de Covid-19. Bouassida explique avoir complété cet ensemble par quelques plans supplémentaires, pour dater l’action en évoquant le coronavirus.

L’armée, dont Bourguiba et Ben Ali se méfiaient au point de la tenir à l’écart, n’avait pas besoin d’une série pour être réhabilitée. Mais c’est la première fois que le petit écran met ses hommes à l’honneur. Aussi bien ceux qui participent au développement local par la lutte contre la désertification à Rjim Maatoug (Sud) que les membres des unités d’élite qui apportent leur contribution au pays parfois au péril de leurs vies. « 27 » est avant tout le témoignage d’estime à un corps de patriotes.

« Le schéma est le même de par le monde : l’armée défend les citoyens, quand les forces de l’ordre peuvent s’en prendre à eux », analyse Yousri Bouassida. Il n’a pas souhaité « utiliser des héros négatifs pour passer les messages, mais des vrais héros porteurs de principes. C’est autre chose que des personnages sans consistance. » L’objectif est assumé : séduire les jeunes et les ramener vers des valeurs de respect, de discipline et d’interaction sociale, « pour que la société retrouve des idéaux. » Tout ce que symbolise une armée à laquelle 98 % des Tunisiens accordent leur confiance.

 

Crédit: Jeune Afrique

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