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Tunisie : qui est Arbia Hamadi, l’accusatrice de Slim Chiboub ?
04/05/2020 à 21h03 par La redaction

L’homme d’affaires, ancien gendre de Ben Ali, est visé par une plainte pour harcèlement sexuel. À l’origine du scandale : une célèbre animatrice de télévision.

En ce moment, ses nuits sont courtes. Arbia Hamadi les emploie à répondre point par point sur Facebook à ses détracteurs, nombreux depuis que sa plainte pour harcèlement contre Slim Chiboub a conduit à l’arrestation de ce dernier. Le gendre de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali a été relâché après quarante-huit heures de garde à vue, et transféré à l’hôpital ce week-end pour une opération de chirurgie cardiaque. Une audience est prévue vendredi 8 mai au tribunal de première instance de Tunis.

Arbia Hamadi a prévenu : « Je suis calme. J’ai demandé à ce que justice soit faite. Je ne me suis pas adressée aux médias. Mais, si certains veulent la guerre, ils l’auront. » L’animatrice de télévision, bien connue des téléspectateurs tunisiens, ira jusqu’au bout… sauf si Slim Chiboub présente des excuses publiques. À défaut, l’homme d’affaires risque jusqu’à 5 000 dinars d’amende (1 576 euros) et deux ans de prison, peut-être ferme : Chiboub est déjà sous le coup d’une condamnation avec sursis pour des malversations financières.

#EnaZeda

Mais, pour l’heure, c’est surtout Arbia Hamadi qui doit se défendre. La mère de famille est l’objet d’attaques en tout genre, les réseaux sociaux profitant des longues soirées de ramadan – en confinement, qui plus est – pour se déchaîner. Les railleries fusent : sont dénigrés son accent rural et son physique, y compris par des proches de Chiboub, qui reconnaissent que « Slim a un penchant pour les femmes », mais qu’il « ne regarderait jamais une telle femme ».

La chroniqueuse de 62 ans, qui a débuté sa carrière dans le Golfe – Émirats puis Qatar – est desservie par un caractère bien trempé et les controverses qu’elle suscite régulièrement sur les plateaux de télévision. La native de Siliana paie bien davantage l’audace qui est sienne de traîner un homme connu devant les juges pour une affaire de mœurs. Une première en Tunisie, où le mouvement #EnaZeda, petit frère de #MeToo, semble s’essouffler après avoir été très actif en 2019. Plusieurs femmes, connues ou anonymes, avaient alors dénoncé des abus. Aucune n’avait désigné publiquement son harceleur, malgré les lois pénalisant le harcèlement et la violence faite aux femmes.

Des sous-entendus de plus en plus explicites

Forte de 500 000 followers sur les réseaux sociaux, et avec l’appui de l’influente lanceuse d’alerte Olfa Riahi, Arbia Hamadi veut croire qu’elle est celle qui peut faire bouger la société. À son public, elle livre dans la nuit du 29 avril un récit hallucinant. Celui de ses conversations, dit-elle, avec  l’ancien président de l’Espérance, club sportif phare de la capitale tunisienne, qui auraient commencé le 6 avril. Ce jour-là, la chroniqueuse reçoit un coup de fil, son interlocuteur se présente comme étant Slim Chiboub. « Je ne le connaissais pas, et je me suis étonnée qu’il ait obtenu mon contact, explique Arbia Hamadi sur Facebook. Il souhaitait échanger à propos de la situation du pays. »

Les entretiens se poursuivent. Au fil des jours, raconte l’animatrice, les sous-entendus ambigus se font plus explicites. Contactée par un patron de télévision qui lui propose un emploi, sur demande, à l’en croire, de Slim Chiboub, elle glisse à l’intention des deux hommes : « Je ne suis ni à vendre ni à acheter. » Secret de l’instruction oblige, la plaignante ne donne pas de détails sur le contenu des conversations. Mais assure avoir tôt compris qu’elle aurait à « payer cher pour avoir mis la main dans un panier de crabes ».

Dans son combat, Arbia Hamadi peut compter sur le soutien sans faille de son mari, l’avocat Taïeb Bessadok, connu pour avoir défendu Slim Riahi, un autre homme d’affaires à la confluence du sport et de la politique. Dès les premiers doutes de son épouse, Taïeb Bessadok se propose de répondre lui-même au téléphone, de répliquer à chacun des messages « au contenu salace » envoyé par Slim Chiboub. La brigade des mœurs entre en scène et recommande, avant tout dépôt de plainte, d’authentifier l’auteur des messages.

Deux Tunisie qui s’affrontent

Car le numéro qui importune l’animatrice n’est pas enregistré au nom de Slim Chiboub. Comment être sûr que c’est bien lui au bout du fil, et non un imposteur qui souhaiterait lui nuire ? Sur les conseils de la police, Arbia et son époux tendent un piège à l’interlocuteur mystère. Un rendez-vous est fixé, auquel la chroniqueuse se rend avec Saja, sa fille de 17 ans, « pour qu’elle connaisse pleinement la vérité quand Facebook se déchaînera ». Le couple Hamadi-Bessadek est formel : c’est bien Slim Chiboub qui se présente ce jour-là.

Au-delà des faits, l’affaire symbolise l’affrontement de deux Tunisie. Celle de l’ancien régime, symbolisée par le gendre de Ben Ali. À 61 ans, il a perdu de sa superbe, reconnaît un vieil ami, mais « souhaite encore jouer un rôle, dans l’ombre, et façonner, tel un Pygmalion, sa propre créature politique. Arbia avait le profil idoine. »

Elle, une femme née médiatiquement avec la révolution, incarne une autre Tunisie. L’un comme l’autre ne sont pas exempts de critiques, et font l’objet de bien des polémiques. Slim Chiboub, séducteur bourrin et vaincu par ses pulsions ? Arbia Hamadi, victime à forte tête ou intrigante rouée ? À la justice désormais de trancher.

Crédit: Jeune Afrique

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Arbia Hamadi a prévenu : « Je suis calme. J’ai demandé à ce que justice soit faite. Je ne me suis pas adressée aux médias. Mais, si certains veulent la guerre, ils l’auront. » L’animatrice de télévision, bien connue des téléspectateurs tunisiens, ira jusqu’au bout… sauf si Slim Chiboub présente des excuses publiques. À défaut, l’homme d’affaires risque jusqu’à 5 000 dinars d’amende (1 576 euros) et deux ans de prison, peut-être ferme : Chiboub est déjà sous le coup d’une condamnation avec sursis pour des malversations financières.

#EnaZeda

Mais, pour l’heure, c’est surtout Arbia Hamadi qui doit se défendre. La mère de famille est l’objet d’attaques en tout genre, les réseaux sociaux profitant des longues soirées de ramadan – en confinement, qui plus est – pour se déchaîner. Les railleries fusent : sont dénigrés son accent rural et son physique, y compris par des proches de Chiboub, qui reconnaissent que « Slim a un penchant pour les femmes », mais qu’il « ne regarderait jamais une telle femme ».

La chroniqueuse de 62 ans, qui a débuté sa carrière dans le Golfe – Émirats puis Qatar – est desservie par un caractère bien trempé et les controverses qu’elle suscite régulièrement sur les plateaux de télévision. La native de Siliana paie bien davantage l’audace qui est sienne de traîner un homme connu devant les juges pour une affaire de mœurs. Une première en Tunisie, où le mouvement #EnaZeda, petit frère de #MeToo, semble s’essouffler après avoir été très actif en 2019. Plusieurs femmes, connues ou anonymes, avaient alors dénoncé des abus. Aucune n’avait désigné publiquement son harceleur, malgré les lois pénalisant le harcèlement et la violence faite aux femmes.

Des sous-entendus de plus en plus explicites

Forte de 500 000 followers sur les réseaux sociaux, et avec l’appui de l’influente lanceuse d’alerte Olfa Riahi, Arbia Hamadi veut croire qu’elle est celle qui peut faire bouger la société. À son public, elle livre dans la nuit du 29 avril un récit hallucinant. Celui de ses conversations, dit-elle, avec  l’ancien président de l’Espérance, club sportif phare de la capitale tunisienne, qui auraient commencé le 6 avril. Ce jour-là, la chroniqueuse reçoit un coup de fil, son interlocuteur se présente comme étant Slim Chiboub. « Je ne le connaissais pas, et je me suis étonnée qu’il ait obtenu mon contact, explique Arbia Hamadi sur Facebook. Il souhaitait échanger à propos de la situation du pays. »

Les entretiens se poursuivent. Au fil des jours, raconte l’animatrice, les sous-entendus ambigus se font plus explicites. Contactée par un patron de télévision qui lui propose un emploi, sur demande, à l’en croire, de Slim Chiboub, elle glisse à l’intention des deux hommes : « Je ne suis ni à vendre ni à acheter. » Secret de l’instruction oblige, la plaignante ne donne pas de détails sur le contenu des conversations. Mais assure avoir tôt compris qu’elle aurait à « payer cher pour avoir mis la main dans un panier de crabes ».

Dans son combat, Arbia Hamadi peut compter sur le soutien sans faille de son mari, l’avocat Taïeb Bessadok, connu pour avoir défendu Slim Riahi, un autre homme d’affaires à la confluence du sport et de la politique. Dès les premiers doutes de son épouse, Taïeb Bessadok se propose de répondre lui-même au téléphone, de répliquer à chacun des messages « au contenu salace » envoyé par Slim Chiboub. La brigade des mœurs entre en scène et recommande, avant tout dépôt de plainte, d’authentifier l’auteur des messages.

Deux Tunisie qui s’affrontent

Car le numéro qui importune l’animatrice n’est pas enregistré au nom de Slim Chiboub. Comment être sûr que c’est bien lui au bout du fil, et non un imposteur qui souhaiterait lui nuire ? Sur les conseils de la police, Arbia et son époux tendent un piège à l’interlocuteur mystère. Un rendez-vous est fixé, auquel la chroniqueuse se rend avec Saja, sa fille de 17 ans, « pour qu’elle connaisse pleinement la vérité quand Facebook se déchaînera ». Le couple Hamadi-Bessadek est formel : c’est bien Slim Chiboub qui se présente ce jour-là.

Au-delà des faits, l’affaire symbolise l’affrontement de deux Tunisie. Celle de l’ancien régime, symbolisée par le gendre de Ben Ali. À 61 ans, il a perdu de sa superbe, reconnaît un vieil ami, mais « souhaite encore jouer un rôle, dans l’ombre, et façonner, tel un Pygmalion, sa propre créature politique. Arbia avait le profil idoine. »

Elle, une femme née médiatiquement avec la révolution, incarne une autre Tunisie. L’un comme l’autre ne sont pas exempts de critiques, et font l’objet de bien des polémiques. Slim Chiboub, séducteur bourrin et vaincu par ses pulsions ? Arbia Hamadi, victime à forte tête ou intrigante rouée ? À la justice désormais de trancher.

Crédit: Jeune Afrique

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