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Les Irlandais solidaires des peuples amérindiens
06/06/2020 à 11h44 par La redaction

Alors que les tribus navajo et hopi sont durement touchées par l’épidémie, de nombreux Irlandais répondent à leur appel à l’aide. Retour sur cette amitié inattendue.

Dublin (Irlande), correspondance.– Vanessa Tullie n’a pas beaucoup de temps à accorder au téléphone. Depuis le 17 mars, elle sillonne l’État d’Arizona pour distribuer des paniers alimentaires aux membres de sa tribu, les Navajos. L’épidémie du coronavirus a sévèrement affecté cette communauté amérindienne ainsi que les Hopis, une nation voisine. « Environ 000 personnes étaient infectées le 18 mai dernier et 142 personnes sont mortes », informe-t-elle. À court de médicaments et de nourritures, elle a participé à la création d’une collecte de fonds sur la plateforme GoFundme. Laquelle a recueilli plus de quatre millions de dollars. De nombreux noms irlandais figurent sur la liste des donateurs.

« Je n’oublie pas ce qu’ils ont fait pour nous », déclare Cathal McCoille, Dublinois âgé de 67 ans. Il est l’auteur d’un virement de 150 euros. Entre 1845 et 1852, l’Irlande – sous domination britannique à l’époque – est ravagée par la « grande famine », aussi appelée « la famine de la pomme de terre ». Au total, un million de personnes quittent l’île d’émeraude, un autre million décèdent. Dans l’État d’Oklahoma, la tribu des Choctaws (Chactas) entend parler de la situation irlandaise et décide de faire don de 170 dollars (environ 4 500 euros d’aujourd’hui), une somme élevée à l’époque pour cette communauté affaiblie par les déplacements forcés.

Distribution d'aide aux Navajos. © Capture d'écran/YouTubeDistribution d'aide aux Navajos. © Capture d'écran/YouTube

En 1830, la tribu des Choctaws est expulsée du Mississippi en vertu de l’« Indian Removal Act » qui ordonne la déportation des Amérindiens. « Les Choctaws n’avaient pas la notion de propriété. En 1830, une série de traités sont signés entre les officiers américains et les chefs choctaws pour reprendre leurs terre», commente Marie-Louise Fitzpatrick, auteure du livre The Long March, publié en 1998. Environ 12 500 Choctaws sont contraints de rejoindre l’État d’Oklahoma, situé à plus de 900 kilomètres, entre 1831 et 1838. Un quart de la communauté meurt en chemin lors de cet exil forcé renommé « la piste des larmes ».

« La situation des Irlandais faisait écho à leur propre calvaire, dix ans plus tôt. Dans le comté de Cork, dans le sud de l’île, de nombreuses familles quittaient leur village à la recherche de nourriture », raconte l’autrice. En plus d’avoir perdu une partie de leur population, les deux nations partagent un sentiment d’oppression« À l’époque, l’Irlande était sous domination britannique. Les Irlandais partageaient plus de points communs avec les peuples colonisés qu’avec leurs confrères européens », analyse Jamie Saris, anthropologue à l’université de Maynooth.

Une fois l’indépendance irlandaise obtenue (1919), le chef du gouvernement Éamon de Valera se rend aux États-Unis promouvoir le nouvel État. Le révolutionnaire s’arrête dans le Wisconsin pour rencontrer la tribu ojibwé, devant laquelle il prononce un discours important : « Comme vous, nous sommes un peuple qui a souffert, et je ressens pour vous de la compassionun sentiment que seuls les Irlandais peuvent comprendre. » Le discours est prononcé en gaélique puis en anglais.

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Ahéhee to Ireland for supporting the Navajo Nation! © Doreen McPaul

« La générosité des Choctaws a éclaboussé tous les peuples indigènesc’est le plus étonnant dans cette histoiresouligne Jamie Saris. Les tribus navajo et hopi n’ont rien à voir avec les Choctaws et pourtant, ils bénéficient de cette amitié. » Une amitié qui perdure puisqu’un siècle après le discours d’Éamon de Valera, c’est le premier ministre irlandais Leo Varadkar qui rencontre la tribu choctaw en 2017. Il promet d’offrir des bourses aux étudiants de cette communauté désireux d’apprendre en Irlande. Le chef des Choctaws, Garry Batton, considère l’Irlande comme « son âme sœur »En disant cela, il fait référence à la statue du même nom érigée en 2015, symbolisant la fraternité des deux nations, à Midleton dans le comté de Cork.

 

Cependant, Turtle Bunbury, auteur du livre 1847: A Chronicle of Genius, Generosity & Savagery (publié en 2016), nuance cette entente parfaite : « Des millions d’Irlandais ont émigré en Amérique aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Leur relation avec les Amérindiens n’a pas toujours été paisible », déclare l’historien irlandais. Au cours du XIXe siècle, une grande partie de l’armée américaine était constituée d’Irlandais. « Ils auraient combattu les Sioux, Shoshones, Cheyennes, Kiowas et Comanches », affirme-t-il.

Ironie de l’histoire, le président américain Andrew Jackson, ayant ordonné le déplacement des Choctaws en 1830, était originaire d’Irlande. « Mais c’est de l’histoire ancienne, maintenant notre lien d’amitié est fort », conclut l’historien.

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Alors que les tribus navajo et hopi sont durement touchées par l’épidémie, de nombreux Irlandais répondent à leur appel à l’aide. Retour sur cette amitié inattendue.

Dublin (Irlande), correspondance.– Vanessa Tullie n’a pas beaucoup de temps à accorder au téléphone. Depuis le 17 mars, elle sillonne l’État d’Arizona pour distribuer des paniers alimentaires aux membres de sa tribu, les Navajos. L’épidémie du coronavirus a sévèrement affecté cette communauté amérindienne ainsi que les Hopis, une nation voisine. « Environ 000 personnes étaient infectées le 18 mai dernier et 142 personnes sont mortes », informe-t-elle. À court de médicaments et de nourritures, elle a participé à la création d’une collecte de fonds sur la plateforme GoFundme. Laquelle a recueilli plus de quatre millions de dollars. De nombreux noms irlandais figurent sur la liste des donateurs.

« Je n’oublie pas ce qu’ils ont fait pour nous », déclare Cathal McCoille, Dublinois âgé de 67 ans. Il est l’auteur d’un virement de 150 euros. Entre 1845 et 1852, l’Irlande – sous domination britannique à l’époque – est ravagée par la « grande famine », aussi appelée « la famine de la pomme de terre ». Au total, un million de personnes quittent l’île d’émeraude, un autre million décèdent. Dans l’État d’Oklahoma, la tribu des Choctaws (Chactas) entend parler de la situation irlandaise et décide de faire don de 170 dollars (environ 4 500 euros d’aujourd’hui), une somme élevée à l’époque pour cette communauté affaiblie par les déplacements forcés.

Distribution d'aide aux Navajos. © Capture d'écran/YouTubeDistribution d'aide aux Navajos. © Capture d'écran/YouTube

En 1830, la tribu des Choctaws est expulsée du Mississippi en vertu de l’« Indian Removal Act » qui ordonne la déportation des Amérindiens. « Les Choctaws n’avaient pas la notion de propriété. En 1830, une série de traités sont signés entre les officiers américains et les chefs choctaws pour reprendre leurs terre», commente Marie-Louise Fitzpatrick, auteure du livre The Long March, publié en 1998. Environ 12 500 Choctaws sont contraints de rejoindre l’État d’Oklahoma, situé à plus de 900 kilomètres, entre 1831 et 1838. Un quart de la communauté meurt en chemin lors de cet exil forcé renommé « la piste des larmes ».

« La situation des Irlandais faisait écho à leur propre calvaire, dix ans plus tôt. Dans le comté de Cork, dans le sud de l’île, de nombreuses familles quittaient leur village à la recherche de nourriture », raconte l’autrice. En plus d’avoir perdu une partie de leur population, les deux nations partagent un sentiment d’oppression« À l’époque, l’Irlande était sous domination britannique. Les Irlandais partageaient plus de points communs avec les peuples colonisés qu’avec leurs confrères européens », analyse Jamie Saris, anthropologue à l’université de Maynooth.

Une fois l’indépendance irlandaise obtenue (1919), le chef du gouvernement Éamon de Valera se rend aux États-Unis promouvoir le nouvel État. Le révolutionnaire s’arrête dans le Wisconsin pour rencontrer la tribu ojibwé, devant laquelle il prononce un discours important : « Comme vous, nous sommes un peuple qui a souffert, et je ressens pour vous de la compassionun sentiment que seuls les Irlandais peuvent comprendre. » Le discours est prononcé en gaélique puis en anglais.

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Ahéhee to Ireland for supporting the Navajo Nation! © Doreen McPaul

« La générosité des Choctaws a éclaboussé tous les peuples indigènesc’est le plus étonnant dans cette histoiresouligne Jamie Saris. Les tribus navajo et hopi n’ont rien à voir avec les Choctaws et pourtant, ils bénéficient de cette amitié. » Une amitié qui perdure puisqu’un siècle après le discours d’Éamon de Valera, c’est le premier ministre irlandais Leo Varadkar qui rencontre la tribu choctaw en 2017. Il promet d’offrir des bourses aux étudiants de cette communauté désireux d’apprendre en Irlande. Le chef des Choctaws, Garry Batton, considère l’Irlande comme « son âme sœur »En disant cela, il fait référence à la statue du même nom érigée en 2015, symbolisant la fraternité des deux nations, à Midleton dans le comté de Cork.

 

Cependant, Turtle Bunbury, auteur du livre 1847: A Chronicle of Genius, Generosity & Savagery (publié en 2016), nuance cette entente parfaite : « Des millions d’Irlandais ont émigré en Amérique aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Leur relation avec les Amérindiens n’a pas toujours été paisible », déclare l’historien irlandais. Au cours du XIXe siècle, une grande partie de l’armée américaine était constituée d’Irlandais. « Ils auraient combattu les Sioux, Shoshones, Cheyennes, Kiowas et Comanches », affirme-t-il.

Ironie de l’histoire, le président américain Andrew Jackson, ayant ordonné le déplacement des Choctaws en 1830, était originaire d’Irlande. « Mais c’est de l’histoire ancienne, maintenant notre lien d’amitié est fort », conclut l’historien.

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