Pourquoi Ouattara cède à la négociation maintenant ?

Pourquoi le président Alassane Ouattara a accepté de négocier après le 31 octobre 2020 et pas avant ? Une analyse de Steve Biko.

Tous les observateurs de la vie politique ivoirienne sont unanimes : il faut des négociations maintenant pour offrir à la Côte d’Ivoire des élections libres, démocratiques et transparentes. Le dernier rapport de International Crisis Group ne dit pas le contraire. Il faut absolument des négociations maintenant pour éviter les élections de 2020 n’aboutissent à une crise post-électorale.

Du côté du pouvoir, on ne l’entend pas de cette oreille. Ouattara est disposé à négocier mais après le scrutin. C’est d’ailleurs le message qu’il avait fait passer au président Gbagbo via le président Issouffou du Niger : patienter pour un retour négocié en Côte d’Ivoire après la présidentielle.

La question que nous devons donc nous poser, c’est pourquoi Ouattara veut négocier après le 31 octobre et pas avant ? En vérité, cette posture est stratégique. Ouattara sait que s’il négocie maintenant, il devra faire des concessions pour des élections libres démocratiques et transparentes. Ces élections, il n’est pas sûr de les emporter face à la coalition de l’opposition. La perte brutale du pouvoir pourrait donc déboucher sur un audit de sa gestion et certains de ses collaborateurs pourraient se retrouver en prison.

La posture adoptée est donc d’organiser les élections vaille que vaille le 31 octobre et d’ouvrir les négociations à la suite de la crise post-électorale qui devrait survenir. À ces négociations, il arriverait en qualité de président nouvellement élu et non de président sortant même si cela s’est fait dans des conditions désastreuses.

En cette qualité, on pourrait tout remettre en cause sauf le fait qu’il soit président de la république. Il pourrait donc céder sur un gouvernement d’union nationale tout en conservant le poste de président. Cela aura l’avantage de le mettre à l’abri de poursuites judiciaires, lui et ses proches.

D’ailleurs dans son entourage, on aime rappeler que c’est ainsi que Gbagbo est resté président de la république pendant 10 ans. En effet, lors des accords de Linas-Marcoussis, l’opposition n’avait pas obtenu que la présidence de Gbagbo soit mise en berne. Au contraire les accords avaient rappelé le respect des institutions d’où sa confirmation dans le poste de président.

Qui peut croire en effet que Ouattara pourrait refuser systématiquement de négocier alors que la France, les USA, l’ONU, Amnesty International, l’Union Africaine pour ne citer que ceux-ci le lui recommandent fortement ? En vérité, notre homme joue la montre pour gagner 5 ans à la présidence de la république et une immunité pour ses proches et lui.

Ce que Ouattara et ses conseillers oublient, c’est que Gbagbo était déjà président depuis deux ans quand il y a eu la tentative de coup d’état de septembre 2002. Ce n’est donc pas le même schéma. En ce qui concerne Ouattara, nous sommes dans la crise avant même la date des élections.
Il appartient désormais à l’opposition, sachant le plan du pouvoir actuel d’anticiper pour éviter un tel scenario à la Marcoussis bis après toutes ces pertes en vies humaines.

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