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Le Mexique déconfine en pleine épidémie de Covid-19
06/06/2020 à 11h14 par La redaction

Un déplacement à plus de 1 600 km de Mexico pour superviser l’avancée du train Maya : c’était le programme du président Andrés Manuel López Obrador, lundi 1er juin, pour les premières heures du déconfinement, entamé alors que les indicateurs sanitaires sont au rouge.

Mexico (Mexique), de notre correspondante.– Le chef d’État, qui ne se refuse jamais un bain de foule, a fait de ses déplacements aux quatre coins du pays un marqueur de sa politique. « Nous avons maîtrisé la pandémie », s’est-il félicité fin mai, avant de filer dans le sud-est du pays en voiture – un vol commercial aurait fait mauvais genre alors que le pays déconfine à peine.

Au début de la pandémie déjà, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) donnait du fil à retordre à son vice-ministre de la santé Hugo López-Gatell, promu à la tête de la riposte sanitaire du pays. Alors que l’épidémiologiste s’escrimait à faire rentrer les Mexicains chez eux, le président caracolait d’inauguration en meeting, enjoignant à la population de manger au restaurant pour soutenir l’économie locale.

À l’heure de réactiver l’économie du Mexique, le retour de cette dissonance entre agenda politique et santé publique illustre le paradoxe dans lequel se trouve le pays. Le Mexique traverse actuellement la phase la plus aiguë de la pandémie à ce jour, mais l’échéance du 1er juin a été maintenue, bien que les projections ayant permis d’arrêter cette date aient été invalidées par la réalité.

Des personnels soignants réclament de meilleures conditions de travail devant le palais présidentiel de Mexico le 29 mai 2020. © Alfredo Estrella/AFPDes personnels soignants réclament de meilleures conditions de travail devant le palais présidentiel de Mexico le 29 mai 2020. © Alfredo Estrella/AFP

La courbe des contagions, dont le point culminant avait été annoncé pour début mai, ne montre toujours aucun signe d’infléchissement. Lundi, premier jour de la « nouvelle normalité » dessinée par les autorités, le Mexique a franchi le seuil symbolique des 10 000 morts recensés, alors que les autorités tablaient il y a quelques semaines encore sur 8 000 décès de coronavirus au total.

« L’épidémie est loin d’être finie, insistait López-Gatell début juin. Le déconfinement ne signifie pas que tout le monde puisse sortir dehors. » Le gouvernement a mis en place un programme par étapes dont les règles s’assouplissent au fur et à mesure que la contagion baisse. Au 1er juin, 31 des 32 États du pays étaient en alerte maximale.

Mais dans la rue, on n’a retenu qu’un mot : « normalité ». Endormie depuis deux mois, la capitale Mexico s’est réveillée. D’importants flux de voitures ont réinvesti les grands axes, au grand dam des piétons. Le métro se remplit à nouveau et certains restaurants ont rouvert leurs portes alors que la capitale est de loin le plus gros foyer infectieux du pays.

Lors d’une audition devant les sénateurs du pays fin mai, López-Gatell a revu son pronostic, estimant que l’épidémie pourrait causer jusqu'à 30 000 morts, et soulignant le caractère aggravant du diabète et de l’obésité, largement répandus au sein de la population mexicaine. Des prévisions optimistes à la lumière de modèles alternatifs, comme celui de la plus grande université publique du pays, la UNAM, qui prévoit un mois de hausse des nouveaux cas avant d’atteindre le fameux pic guetté de tous.

Le modèle du prestigieux Massachusetts Institute of Technology, qui sert de référence à l’agence fédérale de santé publique américaine, va jusqu’à pronostiquer plus de 130 000 morts au Mexique d’ici à septembre.

Le gouvernement, lui, assume ne pas être en mesure de fournir les données exhaustives de cas et de décès en temps réel et se concentrer sur l’évolution de la tendance. Un sous-diagnostic qui touche de nombreux pays, mais dont l’ampleur interroge au Mexique. En avril, López-Gatell évoquait un nombre de cas de coronavirus réel sans doute « huit fois plus important » que les chiffres officiels. Plusieurs experts divergent, estimant qu’il s’agirait de multiplier les chiffres du gouvernement (101 238 cas et 11 729 morts au 3 juin) par 25.

Source : Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, données au 6 juin. © Mediapart

Face aux indicateurs du continent, en pleine pandémie alors que l’Europe souffle enfin, l’OMS a enjoint la semaine dernière l’Amérique latine à ne pas lésiner sur le nombre de tests afin de mieux contrôler l’épidémie. Une recommandation ignorée par López-Gatell, qui ne cache pas son scepticisme quant à l’efficacité de tests massifs. Le pays est l’un de ceux qui testent le moins au monde (2,3 pour mille habitants), au coude à coude avec le Pakistan et le Népal.

« Le gouvernement ne fait que surveiller, sans chercher à contrôler la pandémie, dénonce Laurie Ann Ximénez-Fyvie, directrice du laboratoire de génétique moléculaire de la UNAM et voix critique de la stratégie des autorités sanitaires. C’est comme essayer de vider une baignoire dont le robinet est ouvert. Tant qu’on ne ferme pas le robinet, c’est peine perdue. Pour contrôler l’épidémie, il faut casser les chaînes de transmission. Et pour remonter ces chaînes, il faut tester. »

À l’échelon local aussi, l’optimisme du gouvernement peine à convaincre. Dès le 18 mars, plus de 300 municipalités apparemment exemptes de cas ont été autorisées à déconfiner avant la date officielle : la grande majorité a poursuivi son isolement, refusant d’« ouvrir à l’aveugle ». Sept États du nord du pays ont suivi le mouvement et refusé cette semaine de se plier au calendrier des autorités.

La pression économique qui pèse sur le gouvernement fédéral n’est pas étrangère à cette réouverture à marche forcée. La Bank of America pronostique une contraction historique de l’économie de 8 % cette année et la destruction de 1,2 million d’emplois – quatre fois plus que ceux créés l’an dernier.

La population, dont la moitié vit au jour le jour, réclame aussi une reprise des activités : pour eux, chaque jour à la maison est un jour sans revenu. Le confinement imposé par les autorités a de fait largement reposé sur la volonté des citoyens, évitant l’impasse coercitive. Mais cette stratégie de confiance a aussi ses faiblesses. Les entreprises, tenues de mettre en place des mesures de sécurité pour rouvrir, ne seront pas contrôlées. Il leur suffira de fournir une déclaration sur l’honneur. Une gageure dans un pays où certaines n’ont de toute façon jamais fermé malgré la suspension des activités, et où les droits des travailleurs sont fréquemment bafoués.

Le voisin américain aussi pousse pour un retour rapide du Mexique au travail. Sans leurs usines à bas coût du côté mexicain de la frontière, les multinationales états-uniennes se trouvent dans l’impossibilité de reprendre leur production. Une pression qui a conduit certaines usines mexicaines à ne pas fermer alors que le coronavirus se répandait à la frontière, coûtant la vie à des dizaines de travailleurs payés moins de dix dollars la journée.

Jusqu’ici, le Mexique a résisté à une pandémie qui a mis à rude épreuve des systèmes hospitaliers bien plus performants que le sien. Malgré des conditions de dénuement parfois dramatiques pour les soignants, qui sont nombreux à avoir manifesté contre le manque de matériel, de personnel et de formation – des difficultés chroniques au Mexique, aggravées par le coronavirus –, la stratégie d’augmentation massive des places en hôpital semble avoir fonctionné. Grâce à une progression avantageusement différenciée sur le territoire, l’occupation hospitalière est de 44 % au niveau national, même si elle flirte avec des niveaux dangereux à Mexico et sa région, ou encore à Tijuana.

Une reprise prématurée des activités pourrait mettre à mal le fragile équilibre trouvé par le Mexique, avertissent les critiques. Laissant place à un scénario à la chilienne, où, après avoir annoncé un début de déconfinement, les autorités ont dû rétropédaler et confiner pour la première fois toute la capitale Santiago face à une explosion des nouveaux cas.

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Un déplacement à plus de 1 600 km de Mexico pour superviser l’avancée du train Maya : c’était le programme du président Andrés Manuel López Obrador, lundi 1er juin, pour les premières heures du déconfinement, entamé alors que les indicateurs sanitaires sont au rouge.

Mexico (Mexique), de notre correspondante.– Le chef d’État, qui ne se refuse jamais un bain de foule, a fait de ses déplacements aux quatre coins du pays un marqueur de sa politique. « Nous avons maîtrisé la pandémie », s’est-il félicité fin mai, avant de filer dans le sud-est du pays en voiture – un vol commercial aurait fait mauvais genre alors que le pays déconfine à peine.

Au début de la pandémie déjà, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) donnait du fil à retordre à son vice-ministre de la santé Hugo López-Gatell, promu à la tête de la riposte sanitaire du pays. Alors que l’épidémiologiste s’escrimait à faire rentrer les Mexicains chez eux, le président caracolait d’inauguration en meeting, enjoignant à la population de manger au restaurant pour soutenir l’économie locale.

À l’heure de réactiver l’économie du Mexique, le retour de cette dissonance entre agenda politique et santé publique illustre le paradoxe dans lequel se trouve le pays. Le Mexique traverse actuellement la phase la plus aiguë de la pandémie à ce jour, mais l’échéance du 1er juin a été maintenue, bien que les projections ayant permis d’arrêter cette date aient été invalidées par la réalité.

Des personnels soignants réclament de meilleures conditions de travail devant le palais présidentiel de Mexico le 29 mai 2020. © Alfredo Estrella/AFPDes personnels soignants réclament de meilleures conditions de travail devant le palais présidentiel de Mexico le 29 mai 2020. © Alfredo Estrella/AFP

La courbe des contagions, dont le point culminant avait été annoncé pour début mai, ne montre toujours aucun signe d’infléchissement. Lundi, premier jour de la « nouvelle normalité » dessinée par les autorités, le Mexique a franchi le seuil symbolique des 10 000 morts recensés, alors que les autorités tablaient il y a quelques semaines encore sur 8 000 décès de coronavirus au total.

« L’épidémie est loin d’être finie, insistait López-Gatell début juin. Le déconfinement ne signifie pas que tout le monde puisse sortir dehors. » Le gouvernement a mis en place un programme par étapes dont les règles s’assouplissent au fur et à mesure que la contagion baisse. Au 1er juin, 31 des 32 États du pays étaient en alerte maximale.

Mais dans la rue, on n’a retenu qu’un mot : « normalité ». Endormie depuis deux mois, la capitale Mexico s’est réveillée. D’importants flux de voitures ont réinvesti les grands axes, au grand dam des piétons. Le métro se remplit à nouveau et certains restaurants ont rouvert leurs portes alors que la capitale est de loin le plus gros foyer infectieux du pays.

Lors d’une audition devant les sénateurs du pays fin mai, López-Gatell a revu son pronostic, estimant que l’épidémie pourrait causer jusqu'à 30 000 morts, et soulignant le caractère aggravant du diabète et de l’obésité, largement répandus au sein de la population mexicaine. Des prévisions optimistes à la lumière de modèles alternatifs, comme celui de la plus grande université publique du pays, la UNAM, qui prévoit un mois de hausse des nouveaux cas avant d’atteindre le fameux pic guetté de tous.

Le modèle du prestigieux Massachusetts Institute of Technology, qui sert de référence à l’agence fédérale de santé publique américaine, va jusqu’à pronostiquer plus de 130 000 morts au Mexique d’ici à septembre.

Le gouvernement, lui, assume ne pas être en mesure de fournir les données exhaustives de cas et de décès en temps réel et se concentrer sur l’évolution de la tendance. Un sous-diagnostic qui touche de nombreux pays, mais dont l’ampleur interroge au Mexique. En avril, López-Gatell évoquait un nombre de cas de coronavirus réel sans doute « huit fois plus important » que les chiffres officiels. Plusieurs experts divergent, estimant qu’il s’agirait de multiplier les chiffres du gouvernement (101 238 cas et 11 729 morts au 3 juin) par 25.

Source : Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, données au 6 juin. © Mediapart

Face aux indicateurs du continent, en pleine pandémie alors que l’Europe souffle enfin, l’OMS a enjoint la semaine dernière l’Amérique latine à ne pas lésiner sur le nombre de tests afin de mieux contrôler l’épidémie. Une recommandation ignorée par López-Gatell, qui ne cache pas son scepticisme quant à l’efficacité de tests massifs. Le pays est l’un de ceux qui testent le moins au monde (2,3 pour mille habitants), au coude à coude avec le Pakistan et le Népal.

« Le gouvernement ne fait que surveiller, sans chercher à contrôler la pandémie, dénonce Laurie Ann Ximénez-Fyvie, directrice du laboratoire de génétique moléculaire de la UNAM et voix critique de la stratégie des autorités sanitaires. C’est comme essayer de vider une baignoire dont le robinet est ouvert. Tant qu’on ne ferme pas le robinet, c’est peine perdue. Pour contrôler l’épidémie, il faut casser les chaînes de transmission. Et pour remonter ces chaînes, il faut tester. »

À l’échelon local aussi, l’optimisme du gouvernement peine à convaincre. Dès le 18 mars, plus de 300 municipalités apparemment exemptes de cas ont été autorisées à déconfiner avant la date officielle : la grande majorité a poursuivi son isolement, refusant d’« ouvrir à l’aveugle ». Sept États du nord du pays ont suivi le mouvement et refusé cette semaine de se plier au calendrier des autorités.

La pression économique qui pèse sur le gouvernement fédéral n’est pas étrangère à cette réouverture à marche forcée. La Bank of America pronostique une contraction historique de l’économie de 8 % cette année et la destruction de 1,2 million d’emplois – quatre fois plus que ceux créés l’an dernier.

La population, dont la moitié vit au jour le jour, réclame aussi une reprise des activités : pour eux, chaque jour à la maison est un jour sans revenu. Le confinement imposé par les autorités a de fait largement reposé sur la volonté des citoyens, évitant l’impasse coercitive. Mais cette stratégie de confiance a aussi ses faiblesses. Les entreprises, tenues de mettre en place des mesures de sécurité pour rouvrir, ne seront pas contrôlées. Il leur suffira de fournir une déclaration sur l’honneur. Une gageure dans un pays où certaines n’ont de toute façon jamais fermé malgré la suspension des activités, et où les droits des travailleurs sont fréquemment bafoués.

Le voisin américain aussi pousse pour un retour rapide du Mexique au travail. Sans leurs usines à bas coût du côté mexicain de la frontière, les multinationales états-uniennes se trouvent dans l’impossibilité de reprendre leur production. Une pression qui a conduit certaines usines mexicaines à ne pas fermer alors que le coronavirus se répandait à la frontière, coûtant la vie à des dizaines de travailleurs payés moins de dix dollars la journée.

Jusqu’ici, le Mexique a résisté à une pandémie qui a mis à rude épreuve des systèmes hospitaliers bien plus performants que le sien. Malgré des conditions de dénuement parfois dramatiques pour les soignants, qui sont nombreux à avoir manifesté contre le manque de matériel, de personnel et de formation – des difficultés chroniques au Mexique, aggravées par le coronavirus –, la stratégie d’augmentation massive des places en hôpital semble avoir fonctionné. Grâce à une progression avantageusement différenciée sur le territoire, l’occupation hospitalière est de 44 % au niveau national, même si elle flirte avec des niveaux dangereux à Mexico et sa région, ou encore à Tijuana.

Une reprise prématurée des activités pourrait mettre à mal le fragile équilibre trouvé par le Mexique, avertissent les critiques. Laissant place à un scénario à la chilienne, où, après avoir annoncé un début de déconfinement, les autorités ont dû rétropédaler et confiner pour la première fois toute la capitale Santiago face à une explosion des nouveaux cas.

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