Doingbuzz – Le pouvoir de l'information à votre portée
L’étonnante demande de Gbagbo à la CPI qui affole la toile et les réseaux sociaux
06/02/2020 à 21h39 par La redaction

La demande invraisemblable de Gbagbo à la CPI. l’ancien président n’y est pas allé par 4 chemins, il désire que toute sa liberte lui soit rendue. Suite à la proclamation de sa liberté par la Cour pénale internationale, il y a un an, Laurent Gbagbo, est assigné à résidence en Belgique, sans possibilité de s’exprimer publiquement. Il demande aujourd’hui que lui soit restituée « l’intégralité de ses droits humains fondamentaux » incessamment.

Alors comment explique-t-on sa situation actuelle… Une personne acquittée de toutes les charges portées contre elle peut-elle se voir privée d’une partie de ses droits et de sa liberté ?
L’Union européenne a tranché depuis fort longtemps sur la question Gbagbo: aucun fondement juridique ne permet un tel scénario. Mais, c’est du côté de la Cour pénale internationale (CPI), que les choses se corsent et trainent. Elle a scellé l’avenir de Laurent Gbagbo, l’ex-président de la République de Côte d’Ivoire, en détention provisoire pendant une durée record de huit années, et que l’une de ses chambres d’appel a décidé, le 1er février 2019, de limiter sa liberté, en lui imposant des conditions drastiques, équivalant à une assignation à résidence, alors qu’il a été acquitté.

Agé de 74 ans, Gbagbo est obligé de se terrer en Europe, pas de déplacement ni rien du tout, il est confiné dans sa ville de résidence, Bruxelles, sans l’autorisation de la CPI. Contre le droit de vivre en Belgique, où il habite depuis le 5 février 2019, il s’est par ailleurs engagé à rester totalement silencieux. Depuis un an, il ne s’est donc ni montré ni exprimé en public. Il a dû laisser tous ses papiers d’identité au greffe de la CPI, doit « pointer » une fois par semaine auprès des autorités belges et ne peut changer d’adresse que si la CPI lui en donne la permission. Resté aux Pays-Bas, Charles Blé Goudé, 47 ans, est soumis à des restrictions similaires. S’il a la possibilité de s’exprimer, il n’a pas le droit d’évoquer son dossier judiciaire.

C’est le procureur de la CPI, Fatou Bensouda, qui a demandé que la liberté des deux hommes soit ainsi restreinte, voire qu’ils soient maintenus en détention. La magistrate gambienne a fait appel de la décision d’acquittement et dit craindre que Gbagbo et Blé Goudé décident de se soustraire à la justice avant la fin de cette procédure. Elle s’est appuyée sur un article du Statut de Rome, texte fondateur de la CPI, selon lequel : « Dans des circonstances exceptionnelles, et en fonction, notamment, du risque d’évasion, de la gravité de l’infraction et des chances de voir l’appel aboutir, la chambre de première instance peut, à la demande du procureur, ordonner le maintien en détention de l’accusé pendant la procédure d’appel. »

Les juges de la chambre d’appel, saisis après que la chambre de première instance a débouté Bensouda, ont cependant fait une interprétation très personnelle de cette disposition, puisqu’ils ont choisi l’option d’une « liberté sous condition », non prévue par le Statut de Rome pour le cas d’un acquittement. De surcroît, ils n’ont pas précisé à quelles « circonstances exceptionnelles » ils se référaient, invoquant plutôt des « raisons impérieuses », une notion qu’ils n’ont pas expliquée et qui ne figure pas dans les textes de la CPI.

Lors de l’audience de ce jeudi 6 février, il y aura une nouveauté : la chambre d’appel a autorisé la République de Côte d’Ivoire à être présente et à prendre la parole. À l’ouverture du procès, début 2016, la chambre de première instance avait pourtant rappelé qu’elle n’était « ni partie, ni participante » à la procédure.

On connaît déjà la position des représentants de la Côte d’Ivoire, dirigée depuis 2011 par les adversaires politiques de Gbagbo, lesquels ont étroitement collaboré avec le bureau du procureur pour la constitution du dossier d’accusation et étaient en contact avec lui avant même les premières violences de 2010.

Dans un texte rédigé par un groupe d’avocats, dont les Français Jean-Paul Benoît et Jean-Pierre Mignard, la République de Côte d’Ivoire a en effet fait savoir, fin janvier 2020, qu’elle était favorable à l’idée de limiter la liberté de l’ex-président, affirmant que « les chances de voir l’appel aboutir sont réelles » et que « le comportement de monsieur Gbagbo est imprévisible ». Laurent Gbagbo « dispose de soutiens politiques dans différents pays et bien évidemment en Côte d’Ivoire. Ceux-ci manifestent ostensiblement leur solidarité que ce soit sur les réseaux sociaux ou devant les locaux » de la CPI, souligne ce document, laissant entendre que l’ancien chef d’État pourrait se servir de sa popularité pour échapper à la justice. En filigrane apparaît surtout la volonté des autorités ivoiriennes d’empêcher un retour de Gbagbo dans son pays, en prévision de la prochaine élection présidentielle d’octobre 2020, à laquelle il veut se porter candidat.

Cela étant, rien n’est encore joué pour ce qui concerne l’appel contestant la décision d’acquittement, initié par Fatou Bensouda. Les juges de la chambre d’appel doivent dire s’ils le rejettent, s’ils ordonnent la reprise du procès là où il a été arrêté,
Fatou Bensouda accuse les trois juges de la chambre de première instance d’avoir commis des erreurs de procédure et de droit. Elle leur reproche de ne pas avoir présenté leur décision d’acquittement « par écrit », comme le demande l’article 74 du Statut de Rome. Il est vrai qu’ils l’ont annoncée de manière orale en janvier 2019, avant de notifier par écrit leurs motifs six mois plus tard, en juillet. Ils avaient justifié ce décalage par la nécessité de prendre en compte les droits de Gbagbo et Blé Goudé : ils estimaient qu’il ne fallait pas attendre qu’ils aient terminé la rédaction de leurs arguments pour les libérer.

Le procureur relève aussi que les juges n’ont pas rédigé un mémoire unique. Selon le Statut de Rome, la décision écrite doit contenir « les vues de la majorité et de la minorité » lorsqu’il n’y a pas unanimité entre les juges, ce qui est le cas dans cette affaire puisque l’un des trois juges s’est opposé à l’acquittement. Au lieu de cela, explique le procureur, chacun des magistrats a rédigé son propre mémoire (celui du juge Geoffrey Henderson fait toutefois figure de document principal puisqu’il présente « l’analyse que la majorité a faite des éléments de preuve »).

Autre argument avancé par Fatou Bensouda : les juges ont acquitté les deux accusés sans avoir, affirme-t-elle, préalablement défini une « norme juridique » ou une « approche claire et cohérente » pour apprécier les preuves. Cela a rendu leur analyse « inexacte », assure-t-elle tout en jouant sur le fait que la procédure de no case to answer (demande de non-lieu), qui a abouti à l’acquittement, n’est pas prévue par le Statut de Rome.

« Un théorème fragile et non plausible »
Fatou Bensouda ne souhaite pas qu’il y ait une reprise du procès : elle veut un « mistrial », c’est-à-dire l’annulation du procès, ce qui lui donnerait la latitude de décider quelle suite donner à l’affaire, explique-t-elle. Une requête surprenante et « sans précédent », commente un juriste consulté par Mediapart. Lequel s’interroge sur l’objectif du bureau du procureur : envisage-t-il de cesser totalement les poursuites ou songe-t-il à joindre ce dossier à celui portant sur les présumés crimes commis par les troupes levées par Alassane Ouattara en 2011 ? Ces derniers font, depuis plusieurs années, l’objet d’une enquête du procureur, mais aucun mandat d’arrêt n’a encore été émis.

Nul doute, en tout cas, que la décision de faire appel de Bensouda aura heurté le président de la chambre de première instance, Cuno Tarfusser. Au fur et à mesure que les audiences du procès s’étaient succédé, ce magistrat italien avait manifesté de plus en plus de signes d’exaspération. C’est sur son insistance que les avocats des deux accusés avaient initié la procédure de no case to answer après l’audition des 82 témoins de l’accusation, sans attendre que ceux de la défense soient entendus, tant les récits des premiers avaient été faibles, incohérents ou à décharge.

Fait inhabituel, Cuno Tarfusser a d’ailleurs tenu, alors qu’il était sur le point de quitter la CPI où il a passé dix années, à faire le résumé des principales conclusions, auxquelles il est arrivé à l’issue de son dernier procès, mais aussi de ses « préoccupations » à propos du fonctionnement de la CPI, du travail du bureau du procureur, de la chambre d’appel et des équipes de défense.

Ne partez pas sans partager :

Contenu sponsorisé

Doingbuzz TV

Un outil inclusif pour vendre et acheter partout au Togo.

togopapel groupe emploi whatsapp doingbuzz-🇧🇯 Bénin- 🇧🇯 Bénin - 🇧🇯 Bénin -🇧🇯 Bénin-🇳🇪 Niger - 🇸🇳 Sénégal - 🇸🇳 Sénégal - 🇸🇳 Sénégal - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo 🇨🇮- Côte d'Ivoire 🇨🇮- Côte d'Ivoire 🇨🇮- Côte d'Ivoire -🇨🇲 Cameroun -🇨🇲 Cameroun -🇨🇲 Cameroun -🇨🇲 Cameroun - 🇫🇷 France - 🇫🇷 France - 🇲🇱 Mali - 🇧🇫 Burkina Faso - 🇧🇫 Burkina Faso -🇬🇦 Gabon -🇬🇳 Guinéé - 🇲🇱 Mali - 🇲🇱 Mali - 🇨🇩 Congo -Pour les autres pays

NB: NE PAYEZ AUCUN FRAIS DE DOSSIERS POUR UNE OFFRE D’EMPLOI

Plus de news

Sénégal : De jeunes pêcheurs sénégalais frappés par maladie rare dans la mer, un bateau étranger indéxé (Photos 08)

17/11/2020

Sénégal :...

Selon nos confrères de Senego qui détient l'exclusivité,...
"BARÇA WALLA BARSAKH" - Annoncé mort, il débarque chez lui le jour de ses funérailles et raconte l'horreur (Vidéo)

17/11/2020

« BARÇA WALLA...

Cheikh Tidjane Dièye, habitant le village de...
Sadio Mané en visite au nouveau centre de formation de Liverpool (Photos)

17/11/2020

Sadio Mané...

Fraichement de retour à Liverpool, Mané a...
Un enfant de 5 ans meurt suite à une punition pour avoir pissé au lit

17/11/2020

Un enfant...

Yanis, un enfant de 5 ans, est-il...
Être célibataire est désormais un handicap, selon l’OMS

17/11/2020

Être célibataire...

Selon le Telegraph (quotidien d'information britannique), l’Organisation...
1 an après qu'il ait été qualifié de "laid", voici les nouvelles photos du joueur sénégalais Krépin Diatta

17/11/2020

1 an...

Krepin Diatta est un footballeur professionnel de...
Le banquier Tidjane Thiam détesté en Côte d'Ivoire ?

17/11/2020

Le banquier...

Si beaucoup pensent que Tidjane Thiam est...
« Ouattara a perdu la bataille de la communication au plan international »

17/11/2020

« Ouattara...

La presse occidentale et française en particulier...
« L’argent des élections ! Ouattara est fâché » : ADO convoque une réunion du RDHP ce 17 novembre 2020

17/11/2020

« L’argent...

Alassane Ouattara, Président du RHDP, convoque les...
Revue de la presse sénégalaise du 17 novembre 2020

17/11/2020

Revue de...

La revue de la presse sénégalaise du...
Jean-Christophe Belliard, ambassadeur de France à Abidjan: son message à la communauté française en Côte d’Ivoire

17/11/2020

Jean-Christophe Belliard,...

Message Jean-Christophe Belliard, Ambassadeur de France à...
Indice Mo Ibrahim 2020, bonne gouvernance : la Côte d’Ivoire classée 18e

17/11/2020

Indice Mo...

La Côte d’Ivoire occupe le 18e rang...
Covid-19 : la Russie signale 22.410 nouveaux cas d’infection

17/11/2020

Covid-19 :...

La Russie a enregistré 22.410 cas d’infection...
Coronavirus : le point dans le monde au 17 novembre 2020

17/11/2020

Coronavirus :...

Le point du Coronavirus dans le monde...
Il affirme avoir gagné la présidentielle américaine et non son adversaire démocrate Joe Biden. « J’ai gagné cette élection »

17/11/2020

Donald Trump...

Le présidant sortant Donald Trump n'est pas...
Présidentielle au Niger : démission des ministres et hauts fonctionnaires candidats

17/11/2020

Présidentielle au...

Présidentielle au Niger : des ministres et...
« Ouattara souffle le chaud et le froid face aux conditions catastrophiques de son élection contestée »

17/11/2020

« Ouattara...

Bally Ferro fait une analyse du bras...
Espagne : Un témoin a vu la police brutaliser un vendeur ambulant sénégalais...

17/11/2020

Espagne :...

Le tribunal de Las Palmas (Espagne) entame...
Amnesty appelle à la libération « sans condition » d’Affi

17/11/2020

Amnesty appelle...

Amnesty International appelle à libération « sans condition »...
Soro Guillaume aux Ivoiriens : « levons-nous, nul ne pourra nous imposer un 3e mandat inconstitutionnel »

17/11/2020

Soro Guillaume...

Soro Guillaume invite les Ivoiriens à se...

La demande invraisemblable de Gbagbo à la CPI. l’ancien président n’y est pas allé par 4 chemins, il désire que toute sa liberte lui soit rendue. Suite à la proclamation de sa liberté par la Cour pénale internationale, il y a un an, Laurent Gbagbo, est assigné à résidence en Belgique, sans possibilité de s’exprimer publiquement. Il demande aujourd’hui que lui soit restituée « l’intégralité de ses droits humains fondamentaux » incessamment.

Alors comment explique-t-on sa situation actuelle… Une personne acquittée de toutes les charges portées contre elle peut-elle se voir privée d’une partie de ses droits et de sa liberté ?
L’Union européenne a tranché depuis fort longtemps sur la question Gbagbo: aucun fondement juridique ne permet un tel scénario. Mais, c’est du côté de la Cour pénale internationale (CPI), que les choses se corsent et trainent. Elle a scellé l’avenir de Laurent Gbagbo, l’ex-président de la République de Côte d’Ivoire, en détention provisoire pendant une durée record de huit années, et que l’une de ses chambres d’appel a décidé, le 1er février 2019, de limiter sa liberté, en lui imposant des conditions drastiques, équivalant à une assignation à résidence, alors qu’il a été acquitté.

Agé de 74 ans, Gbagbo est obligé de se terrer en Europe, pas de déplacement ni rien du tout, il est confiné dans sa ville de résidence, Bruxelles, sans l’autorisation de la CPI. Contre le droit de vivre en Belgique, où il habite depuis le 5 février 2019, il s’est par ailleurs engagé à rester totalement silencieux. Depuis un an, il ne s’est donc ni montré ni exprimé en public. Il a dû laisser tous ses papiers d’identité au greffe de la CPI, doit « pointer » une fois par semaine auprès des autorités belges et ne peut changer d’adresse que si la CPI lui en donne la permission. Resté aux Pays-Bas, Charles Blé Goudé, 47 ans, est soumis à des restrictions similaires. S’il a la possibilité de s’exprimer, il n’a pas le droit d’évoquer son dossier judiciaire.

C’est le procureur de la CPI, Fatou Bensouda, qui a demandé que la liberté des deux hommes soit ainsi restreinte, voire qu’ils soient maintenus en détention. La magistrate gambienne a fait appel de la décision d’acquittement et dit craindre que Gbagbo et Blé Goudé décident de se soustraire à la justice avant la fin de cette procédure. Elle s’est appuyée sur un article du Statut de Rome, texte fondateur de la CPI, selon lequel : « Dans des circonstances exceptionnelles, et en fonction, notamment, du risque d’évasion, de la gravité de l’infraction et des chances de voir l’appel aboutir, la chambre de première instance peut, à la demande du procureur, ordonner le maintien en détention de l’accusé pendant la procédure d’appel. »

Les juges de la chambre d’appel, saisis après que la chambre de première instance a débouté Bensouda, ont cependant fait une interprétation très personnelle de cette disposition, puisqu’ils ont choisi l’option d’une « liberté sous condition », non prévue par le Statut de Rome pour le cas d’un acquittement. De surcroît, ils n’ont pas précisé à quelles « circonstances exceptionnelles » ils se référaient, invoquant plutôt des « raisons impérieuses », une notion qu’ils n’ont pas expliquée et qui ne figure pas dans les textes de la CPI.

Lors de l’audience de ce jeudi 6 février, il y aura une nouveauté : la chambre d’appel a autorisé la République de Côte d’Ivoire à être présente et à prendre la parole. À l’ouverture du procès, début 2016, la chambre de première instance avait pourtant rappelé qu’elle n’était « ni partie, ni participante » à la procédure.

On connaît déjà la position des représentants de la Côte d’Ivoire, dirigée depuis 2011 par les adversaires politiques de Gbagbo, lesquels ont étroitement collaboré avec le bureau du procureur pour la constitution du dossier d’accusation et étaient en contact avec lui avant même les premières violences de 2010.

Dans un texte rédigé par un groupe d’avocats, dont les Français Jean-Paul Benoît et Jean-Pierre Mignard, la République de Côte d’Ivoire a en effet fait savoir, fin janvier 2020, qu’elle était favorable à l’idée de limiter la liberté de l’ex-président, affirmant que « les chances de voir l’appel aboutir sont réelles » et que « le comportement de monsieur Gbagbo est imprévisible ». Laurent Gbagbo « dispose de soutiens politiques dans différents pays et bien évidemment en Côte d’Ivoire. Ceux-ci manifestent ostensiblement leur solidarité que ce soit sur les réseaux sociaux ou devant les locaux » de la CPI, souligne ce document, laissant entendre que l’ancien chef d’État pourrait se servir de sa popularité pour échapper à la justice. En filigrane apparaît surtout la volonté des autorités ivoiriennes d’empêcher un retour de Gbagbo dans son pays, en prévision de la prochaine élection présidentielle d’octobre 2020, à laquelle il veut se porter candidat.

Cela étant, rien n’est encore joué pour ce qui concerne l’appel contestant la décision d’acquittement, initié par Fatou Bensouda. Les juges de la chambre d’appel doivent dire s’ils le rejettent, s’ils ordonnent la reprise du procès là où il a été arrêté,
Fatou Bensouda accuse les trois juges de la chambre de première instance d’avoir commis des erreurs de procédure et de droit. Elle leur reproche de ne pas avoir présenté leur décision d’acquittement « par écrit », comme le demande l’article 74 du Statut de Rome. Il est vrai qu’ils l’ont annoncée de manière orale en janvier 2019, avant de notifier par écrit leurs motifs six mois plus tard, en juillet. Ils avaient justifié ce décalage par la nécessité de prendre en compte les droits de Gbagbo et Blé Goudé : ils estimaient qu’il ne fallait pas attendre qu’ils aient terminé la rédaction de leurs arguments pour les libérer.

Le procureur relève aussi que les juges n’ont pas rédigé un mémoire unique. Selon le Statut de Rome, la décision écrite doit contenir « les vues de la majorité et de la minorité » lorsqu’il n’y a pas unanimité entre les juges, ce qui est le cas dans cette affaire puisque l’un des trois juges s’est opposé à l’acquittement. Au lieu de cela, explique le procureur, chacun des magistrats a rédigé son propre mémoire (celui du juge Geoffrey Henderson fait toutefois figure de document principal puisqu’il présente « l’analyse que la majorité a faite des éléments de preuve »).

Autre argument avancé par Fatou Bensouda : les juges ont acquitté les deux accusés sans avoir, affirme-t-elle, préalablement défini une « norme juridique » ou une « approche claire et cohérente » pour apprécier les preuves. Cela a rendu leur analyse « inexacte », assure-t-elle tout en jouant sur le fait que la procédure de no case to answer (demande de non-lieu), qui a abouti à l’acquittement, n’est pas prévue par le Statut de Rome.

« Un théorème fragile et non plausible »
Fatou Bensouda ne souhaite pas qu’il y ait une reprise du procès : elle veut un « mistrial », c’est-à-dire l’annulation du procès, ce qui lui donnerait la latitude de décider quelle suite donner à l’affaire, explique-t-elle. Une requête surprenante et « sans précédent », commente un juriste consulté par Mediapart. Lequel s’interroge sur l’objectif du bureau du procureur : envisage-t-il de cesser totalement les poursuites ou songe-t-il à joindre ce dossier à celui portant sur les présumés crimes commis par les troupes levées par Alassane Ouattara en 2011 ? Ces derniers font, depuis plusieurs années, l’objet d’une enquête du procureur, mais aucun mandat d’arrêt n’a encore été émis.

Nul doute, en tout cas, que la décision de faire appel de Bensouda aura heurté le président de la chambre de première instance, Cuno Tarfusser. Au fur et à mesure que les audiences du procès s’étaient succédé, ce magistrat italien avait manifesté de plus en plus de signes d’exaspération. C’est sur son insistance que les avocats des deux accusés avaient initié la procédure de no case to answer après l’audition des 82 témoins de l’accusation, sans attendre que ceux de la défense soient entendus, tant les récits des premiers avaient été faibles, incohérents ou à décharge.

Fait inhabituel, Cuno Tarfusser a d’ailleurs tenu, alors qu’il était sur le point de quitter la CPI où il a passé dix années, à faire le résumé des principales conclusions, auxquelles il est arrivé à l’issue de son dernier procès, mais aussi de ses « préoccupations » à propos du fonctionnement de la CPI, du travail du bureau du procureur, de la chambre d’appel et des équipes de défense.

Ne partez pas sans partager :

Laisser votre commentaire