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Dans son bastion de Saint-Denis, le PCF file tout droit vers une défaite historique
06/06/2020 à 10h31 par La redaction

Du fait de la présence du militant antiraciste Madjid Messaoudene, jugé « clivant », le maire communiste sortant n’a pas fusionné avec les Insoumis au second tour des municipales. Le socialiste Mathieu Hanotin se voit ouvrir un boulevard pour conquérir la dernière grande ville rouge de France.

 

Cela ressemble à une terrible fin de règne. Ces dernières heures, dans les rangs du PCF de Saint-Denis (93), la circonspection se mêlait à la tristesse. Et peut-être aussi, déjà, au remords : « C’est du gâchis », avouait le maire sortant, Laurent Russier. « Tout s’est mal goupillé, et oui, il est possible qu’on ait du mal à remonter la pente », glissait, piteux, un élu de sa majorité.

« C’est affligeant, ça finit en eau de boudin. On passe pour une bande de pieds nickelés et c’est mérité », disait un autre. « Est-il encore possible de sauver Saint-Denis ? Bonne question… », confiait quant à lui le député La France insoumise de la circonscription, Éric Coquerel, qui se gardait bien d’y répondre.

Laurent Russier, maire de Saint-Denis, en veste noire sur chemise blanche, lors d'une distribution alimentaire le 17 avril. © Yann Castanier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFPLaurent Russier, maire de Saint-Denis, en veste noire sur chemise blanche, lors d'une distribution alimentaire le 17 avril. © Yann Castanier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Les municipales 2020 à Saint-Denis resteront dans les annales comme le théâtre d’un divorce « pathétique » à gauche, au moment même où la ville, touchée comme aucune autre par la crise sanitaire du Covid-19 (et ses conséquences économiques et sociales), aurait eu besoin d’unité.

Le Parti communiste d’un côté ; La France insoumise de l’autre ; incapables de s’allier au second tour pour barrer la route à leur adversaire commun, le socialiste Mathieu Hanotin, désormais à deux doigts d’accomplir son rêve : celui de ravir au PCF son plus beau bijou municipal.

La raison de ce fiasco, aux conséquences potentiellement dramatiques pour le communisme français ? Ni les questions programmatiques dans la ville ou la communauté de communes, ni même la guerre des postes. Mais un militant antiraciste jugé trop « clivant » : Madjid Messaoudene, candidat sur la liste de LFI conduite par Bally Bagayoko.

« J’essaie de trouver du rationnel dans cette histoire, mais franchement, je n’y arrive pas », déplore aujourd’hui Éric Coquerel, qui a sans doute du mal à avaler que LFI se retrouvera sans aucun élu dans cette ville, pourtant très convoitée par le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

Pour tenter de comprendre, il faut remonter à la campagne du premier tour. Avant le 15 mars, l’espoir est encore permis. La majorité communiste, qui se sait fragile, a scellé un accord avec les écologistes locaux.

La décision de Bally Bagayoko, ancien communiste passé à LFI, de conduire une liste concurrente à gauche, n’est certes pas une bonne nouvelle : la division peut coûter cher. Mais après tout, l’accord qui – pense-t-on alors – sera ficelé sans mal entre les deux nuances de rouge, offrira une précieuse réserve de voix pour tenter de faire barrage aux roses au second tour…

Les résultats du 15 mars, bien que redoutés, sont un coup de semonce. Sur fond d’abstention record (près de 70 %), le candidat sortant Laurent Russier, avec ses petits 24 %, réalise le pire score de l’histoire du communisme dionysien. Son ancien adjoint, Bally Bagayoko, totalise, lui, 18 % des voix sous les couleurs de La France insoumise. Quant à Mathieu Hanotin, il terrasse ses adversaires : avec 35 % des voix, il est largement en tête.

La fusion entre le PCF et LFI tombe sous le sens : il s’agit de barrer la route à celui qu’Insoumis et communistes accusent à l’unisson de vouloir chasser les classes populaires hors de Saint-Denis pour « gentrifier » la ville.

Un protocole d’accord est finalisé le 31 mai, après plusieurs « rounds » de négociation, entre les deux formations (lire ici l’article du Bondy Blog qui revient en détail sur le sujet).

Sur le programme, il est à l’avantage des Insoumis : instauration d’un référendum d’initiative partagé, accord sur les points de blocage du carrefour Pleyel ou sur le quartier du Franc-Moisin, mais aussi sur la régie de l’eau, ou la transparence sur l’attribution des HLM… « On leur a tout cédé ! », résume un communiste. La répartition globale des postes à la proportionnelle, tout comme le délicat point de la gouvernance de Plaine Commune (la puissante communauté de communes) sont également à peu près actés.

Et puis, patatras. La semaine dernière, les relations entre communistes et Insoumis se dégradent soudainement. La pomme de discorde : la présence, en position pourtant non éligible sur la liste de Bally Bagayoko, de Madjid Messaoudene.

Ce dernier n’est pas un inconnu de la majorité communiste, bien au contraire : élu au conseil municipal de Saint-Denis depuis douze ans, il s’est vu confier par l’ancien maire Didier Paillard, puis par Laurent Russier, la délégation de l’égalité des droits et de la lutte contre les discriminations à la Ville. Un travail qui n’a, selon les communistes locaux eux-mêmes, « jamais posé problème ».

Sauf que Madjid Messaoudene, militant antiraciste, anti-discriminations et contre les violences policières, co-organisateur de la marche du 10 novembre contre l’islamophobie, n’est pas du genre à mâcher ses mots. Plutôt à débouler dans les manifs avec son écharpe tricolore – ce qui a le don d’irriter le PCF dionysien – et à croiser le fer sur les réseaux sociaux. Clashs, bourdes, provocations sur le fil… Parfois, ça tombe du pire côté, comme en 2012, où il ironise sur l’instrumentalisation de l’assassinat terroriste antisémite d’enfants à Toulouse (lire ici) – ce qu’il dira « regretter chaque jour ».

Plus tard, ses prises de position contre l’islamophobie lui valent d’être la cible de l’extrême droite et du Printemps républicain. Mais aussi d’une partie de la gauche, qui n’a toujours pas réglé son rapport à l’islam.

En novembre 2019, un portrait au vitriol lui est consacré dans les colonnes de Marianne, l’hebdomadaire peinant toutefois à dépasser les arguties pour apporter les preuves de la supposée « prédilection » du militant pour « la remise en cause de laïcité ».

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Du fait de la présence du militant antiraciste Madjid Messaoudene, jugé « clivant », le maire communiste sortant n’a pas fusionné avec les Insoumis au second tour des municipales. Le socialiste Mathieu Hanotin se voit ouvrir un boulevard pour conquérir la dernière grande ville rouge de France.

 

Cela ressemble à une terrible fin de règne. Ces dernières heures, dans les rangs du PCF de Saint-Denis (93), la circonspection se mêlait à la tristesse. Et peut-être aussi, déjà, au remords : « C’est du gâchis », avouait le maire sortant, Laurent Russier. « Tout s’est mal goupillé, et oui, il est possible qu’on ait du mal à remonter la pente », glissait, piteux, un élu de sa majorité.

« C’est affligeant, ça finit en eau de boudin. On passe pour une bande de pieds nickelés et c’est mérité », disait un autre. « Est-il encore possible de sauver Saint-Denis ? Bonne question… », confiait quant à lui le député La France insoumise de la circonscription, Éric Coquerel, qui se gardait bien d’y répondre.

Laurent Russier, maire de Saint-Denis, en veste noire sur chemise blanche, lors d'une distribution alimentaire le 17 avril. © Yann Castanier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFPLaurent Russier, maire de Saint-Denis, en veste noire sur chemise blanche, lors d'une distribution alimentaire le 17 avril. © Yann Castanier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Les municipales 2020 à Saint-Denis resteront dans les annales comme le théâtre d’un divorce « pathétique » à gauche, au moment même où la ville, touchée comme aucune autre par la crise sanitaire du Covid-19 (et ses conséquences économiques et sociales), aurait eu besoin d’unité.

Le Parti communiste d’un côté ; La France insoumise de l’autre ; incapables de s’allier au second tour pour barrer la route à leur adversaire commun, le socialiste Mathieu Hanotin, désormais à deux doigts d’accomplir son rêve : celui de ravir au PCF son plus beau bijou municipal.

La raison de ce fiasco, aux conséquences potentiellement dramatiques pour le communisme français ? Ni les questions programmatiques dans la ville ou la communauté de communes, ni même la guerre des postes. Mais un militant antiraciste jugé trop « clivant » : Madjid Messaoudene, candidat sur la liste de LFI conduite par Bally Bagayoko.

« J’essaie de trouver du rationnel dans cette histoire, mais franchement, je n’y arrive pas », déplore aujourd’hui Éric Coquerel, qui a sans doute du mal à avaler que LFI se retrouvera sans aucun élu dans cette ville, pourtant très convoitée par le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

Pour tenter de comprendre, il faut remonter à la campagne du premier tour. Avant le 15 mars, l’espoir est encore permis. La majorité communiste, qui se sait fragile, a scellé un accord avec les écologistes locaux.

La décision de Bally Bagayoko, ancien communiste passé à LFI, de conduire une liste concurrente à gauche, n’est certes pas une bonne nouvelle : la division peut coûter cher. Mais après tout, l’accord qui – pense-t-on alors – sera ficelé sans mal entre les deux nuances de rouge, offrira une précieuse réserve de voix pour tenter de faire barrage aux roses au second tour…

Les résultats du 15 mars, bien que redoutés, sont un coup de semonce. Sur fond d’abstention record (près de 70 %), le candidat sortant Laurent Russier, avec ses petits 24 %, réalise le pire score de l’histoire du communisme dionysien. Son ancien adjoint, Bally Bagayoko, totalise, lui, 18 % des voix sous les couleurs de La France insoumise. Quant à Mathieu Hanotin, il terrasse ses adversaires : avec 35 % des voix, il est largement en tête.

La fusion entre le PCF et LFI tombe sous le sens : il s’agit de barrer la route à celui qu’Insoumis et communistes accusent à l’unisson de vouloir chasser les classes populaires hors de Saint-Denis pour « gentrifier » la ville.

Un protocole d’accord est finalisé le 31 mai, après plusieurs « rounds » de négociation, entre les deux formations (lire ici l’article du Bondy Blog qui revient en détail sur le sujet).

Sur le programme, il est à l’avantage des Insoumis : instauration d’un référendum d’initiative partagé, accord sur les points de blocage du carrefour Pleyel ou sur le quartier du Franc-Moisin, mais aussi sur la régie de l’eau, ou la transparence sur l’attribution des HLM… « On leur a tout cédé ! », résume un communiste. La répartition globale des postes à la proportionnelle, tout comme le délicat point de la gouvernance de Plaine Commune (la puissante communauté de communes) sont également à peu près actés.

Et puis, patatras. La semaine dernière, les relations entre communistes et Insoumis se dégradent soudainement. La pomme de discorde : la présence, en position pourtant non éligible sur la liste de Bally Bagayoko, de Madjid Messaoudene.

Ce dernier n’est pas un inconnu de la majorité communiste, bien au contraire : élu au conseil municipal de Saint-Denis depuis douze ans, il s’est vu confier par l’ancien maire Didier Paillard, puis par Laurent Russier, la délégation de l’égalité des droits et de la lutte contre les discriminations à la Ville. Un travail qui n’a, selon les communistes locaux eux-mêmes, « jamais posé problème ».

Sauf que Madjid Messaoudene, militant antiraciste, anti-discriminations et contre les violences policières, co-organisateur de la marche du 10 novembre contre l’islamophobie, n’est pas du genre à mâcher ses mots. Plutôt à débouler dans les manifs avec son écharpe tricolore – ce qui a le don d’irriter le PCF dionysien – et à croiser le fer sur les réseaux sociaux. Clashs, bourdes, provocations sur le fil… Parfois, ça tombe du pire côté, comme en 2012, où il ironise sur l’instrumentalisation de l’assassinat terroriste antisémite d’enfants à Toulouse (lire ici) – ce qu’il dira « regretter chaque jour ».

Plus tard, ses prises de position contre l’islamophobie lui valent d’être la cible de l’extrême droite et du Printemps républicain. Mais aussi d’une partie de la gauche, qui n’a toujours pas réglé son rapport à l’islam.

En novembre 2019, un portrait au vitriol lui est consacré dans les colonnes de Marianne, l’hebdomadaire peinant toutefois à dépasser les arguties pour apporter les preuves de la supposée « prédilection » du militant pour « la remise en cause de laïcité ».

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