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LE JOUR OÙ LE PARTI COMMUNISTE A PERDU SAINT-DENIS
29/06/2020 à 22h05 par La redaction

Le jour où le Parti communiste a perdu Saint-Denis, il y avait plus de monde au marché que dans les bureaux de vote et presque plus de parieurs au PMU que d’électeurs aux urnes. Ce dimanche de grisaille a vu s’achever, dans un mélange d’indifférence et de fébrilité, une histoire vieille de soixante-seize ans durant lesquels Saint-Denis a été le joyau de la « ceinture rouge » du PCF. La preuve que si le parti ne pesait plus au niveau national, il pouvait encore inspirer le respect municipal.

Depuis 1944, cinq maires communistes à la longévité de plus en plus courte se sont succédé à la mairie qui fait face à la basilique où sont enterrés les rois de France. Le dernier des élus, Laurent Russier, intronisé en cours de mandat en 2016, n’aura pas tenu plus de quatre ans. Il a quitté la mairie à pied, dimanche 28 juin 2020, aux alentours de 23 heures, sous les lazzi d’une petite foule de supporters de son adversaire socialiste, Mathieu Hanotin, jeune ambitieux élu avec 59,04 % des voix.

 

Division de la majorité

La cause de cette débâcle ? La division de la majorité municipale, déchirée entre communistes et écologistes d’une part, et insoumis de l’autre. Mais ce que le PCF paye par-dessus tout, ce sont le sentiment d’insécurité et la perception d’une gestion clientéliste de la première ville du département le plus pauvre de France. Romain Toison, né il y a quarante ans à Saint-Denis dans une famille d’origine espagnole, le dit crûment : « Si les choses ne changent pas, c’est la dernière fois que je vote ici. Sinon, je déménage, comme tous mes copains d’enfance. Ce n’est plus que ça se dégrade, c’est une poubelle. » Au bras de sa femme, Mahbouba, née à Paris, il se voit comme un exemple de mixité. « Mais là, ce qu’on nous propose, c’est la blédardisation. Je veux que mes filles et ma femme puissent sortir sans être inquiétées. » Il a voté Hanotin, sans pour autant souscrire à son projet d’armer la police municipale. « Il y a assez d’armes comme ça. Ce qu’on veut, c’est une présence, être rassurés. »

Vote de Mathieu Hanotin, à Saint-Denis, le 29 juin.

Au centre-ville et dans les quartiers de nouveaux arrivants, comme La Plaine et Pleyel, Mathieu Hanotin arrive largement en tête. Rencontrée derrière le Théâtre Gérard-Philipe, Sarah Hahn, chargée de ressources humaines dans la fonction publique, fait justement partie de ce nouveau public venu acheter ici parce que la capitale et sa petite couronne sont désormais hors de portée. La « gentrification », agitée comme un épouvantail par l’équipe municipale sortante, la fait sourire « quand on connaît les salaires dans l’administration ». Ce n’est pas l’insécurité qui l’a poussée à voter Hanotin, mais l’impression d’une municipalité à bout de souffle, sans idée alors que, dans quatre ans, se profilent les Jeux olympiques.

 

Dans les cités, en revanche, comme le Franc-Moisin ou les Cosmonautes, la fébrilité est palpable en ce jour de second tour. L’équipe Russier a tenté de mobiliser sur le thème de la fracture sociale. M. Hanotin y est suspecté de vouloir fermer des Espaces jeunesse, réduire le parc de logements sociaux, augmenter les loyers et mener une politique répressive. Un groupe de jeunes, un peu bravaches au pied d’une tour, assure : « Même s’il passe, Hanotin, il est pas chez lui ici, met en garde Youssef, qui ne veut pas donner son nom de famille. Il connaît pas nos vies. Son programme ne nous convient pas. » « S’il veut contrôler ce quartier, ça va partir en émeutes », renchérit Chérine Fellahi.

Fatou, mère de famille et habitante des Francs-Moisins à Saint-Denis. Auxiliaire de vie, elle souhaite que les choses changent dans sa ville notamment concernant la sécruité. Elle veut vivre en paix.

Fatou, une femme du quartier qui exerce le métier de médiatrice, a rameuté ses amies pour faire barrage au candidat socialiste, présenté comme un homme « de droite ». De fait, la participation (32,52 %) a augmenté de 2 % entre les deux tours de l’élection. Pas assez pour redresser la barre de Russier. Le jour où le PCF a perdu sa dernière ville de plus de 100 000 habitants, le Rassemblement national (RN) a remporté à Perpignan, sa première. Difficile de ne pas y voir un symbole.

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Le jour où le Parti communiste a perdu Saint-Denis, il y avait plus de monde au marché que dans les bureaux de vote et presque plus de parieurs au PMU que d’électeurs aux urnes. Ce dimanche de grisaille a vu s’achever, dans un mélange d’indifférence et de fébrilité, une histoire vieille de soixante-seize ans durant lesquels Saint-Denis a été le joyau de la « ceinture rouge » du PCF. La preuve que si le parti ne pesait plus au niveau national, il pouvait encore inspirer le respect municipal.

Depuis 1944, cinq maires communistes à la longévité de plus en plus courte se sont succédé à la mairie qui fait face à la basilique où sont enterrés les rois de France. Le dernier des élus, Laurent Russier, intronisé en cours de mandat en 2016, n’aura pas tenu plus de quatre ans. Il a quitté la mairie à pied, dimanche 28 juin 2020, aux alentours de 23 heures, sous les lazzi d’une petite foule de supporters de son adversaire socialiste, Mathieu Hanotin, jeune ambitieux élu avec 59,04 % des voix.

 

Division de la majorité

La cause de cette débâcle ? La division de la majorité municipale, déchirée entre communistes et écologistes d’une part, et insoumis de l’autre. Mais ce que le PCF paye par-dessus tout, ce sont le sentiment d’insécurité et la perception d’une gestion clientéliste de la première ville du département le plus pauvre de France. Romain Toison, né il y a quarante ans à Saint-Denis dans une famille d’origine espagnole, le dit crûment : « Si les choses ne changent pas, c’est la dernière fois que je vote ici. Sinon, je déménage, comme tous mes copains d’enfance. Ce n’est plus que ça se dégrade, c’est une poubelle. » Au bras de sa femme, Mahbouba, née à Paris, il se voit comme un exemple de mixité. « Mais là, ce qu’on nous propose, c’est la blédardisation. Je veux que mes filles et ma femme puissent sortir sans être inquiétées. » Il a voté Hanotin, sans pour autant souscrire à son projet d’armer la police municipale. « Il y a assez d’armes comme ça. Ce qu’on veut, c’est une présence, être rassurés. »

Vote de Mathieu Hanotin, à Saint-Denis, le 29 juin.

Au centre-ville et dans les quartiers de nouveaux arrivants, comme La Plaine et Pleyel, Mathieu Hanotin arrive largement en tête. Rencontrée derrière le Théâtre Gérard-Philipe, Sarah Hahn, chargée de ressources humaines dans la fonction publique, fait justement partie de ce nouveau public venu acheter ici parce que la capitale et sa petite couronne sont désormais hors de portée. La « gentrification », agitée comme un épouvantail par l’équipe municipale sortante, la fait sourire « quand on connaît les salaires dans l’administration ». Ce n’est pas l’insécurité qui l’a poussée à voter Hanotin, mais l’impression d’une municipalité à bout de souffle, sans idée alors que, dans quatre ans, se profilent les Jeux olympiques.

 

Dans les cités, en revanche, comme le Franc-Moisin ou les Cosmonautes, la fébrilité est palpable en ce jour de second tour. L’équipe Russier a tenté de mobiliser sur le thème de la fracture sociale. M. Hanotin y est suspecté de vouloir fermer des Espaces jeunesse, réduire le parc de logements sociaux, augmenter les loyers et mener une politique répressive. Un groupe de jeunes, un peu bravaches au pied d’une tour, assure : « Même s’il passe, Hanotin, il est pas chez lui ici, met en garde Youssef, qui ne veut pas donner son nom de famille. Il connaît pas nos vies. Son programme ne nous convient pas. » « S’il veut contrôler ce quartier, ça va partir en émeutes », renchérit Chérine Fellahi.

Fatou, mère de famille et habitante des Francs-Moisins à Saint-Denis. Auxiliaire de vie, elle souhaite que les choses changent dans sa ville notamment concernant la sécruité. Elle veut vivre en paix.

Fatou, une femme du quartier qui exerce le métier de médiatrice, a rameuté ses amies pour faire barrage au candidat socialiste, présenté comme un homme « de droite ». De fait, la participation (32,52 %) a augmenté de 2 % entre les deux tours de l’élection. Pas assez pour redresser la barre de Russier. Le jour où le PCF a perdu sa dernière ville de plus de 100 000 habitants, le Rassemblement national (RN) a remporté à Perpignan, sa première. Difficile de ne pas y voir un symbole.

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