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Violences à Beni: le coordonnateur de l’ONU inquiet pour la riposte Ebola en RDC
26/11/2019 à 18h59 par La redaction

L’épidémie Ebola a fait 2 200 morts depuis août 2018 dans l’Est de la République démocratique du Congo, dans une région peuplée de 10 à 12 millions d’habitants. Des poches d’insécurité empêchent encore l’éradication totale du virus.

La Cenco est «sérieusement préoccupée par la situation qui ne fait que s'empirer»
26-11-2019 - Par Liza Fabbian

« Mort d’hommes, maisons et champs abandonnés ou incendiés, insécurité alimentaire, promiscuité, perturbation du rythme scolaire, risque de propagation de la maladie à virus Ebola et d’autres épidémies, précarité accentuée… » Dans un appel publié le 25 novembre, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), excédée par la longue liste des fléaux récurrents qui gangrènent la région de Beni et Minembwe dans le Nord-Kivu, demande un programme d’urgence.

Les tueries qui se succèdent dans la région de Beni compliquent en effet le travail des Nations unies contre le virus Ebola, notamment à Oicha, où la population fuit les massacres et reproche aux casques bleus leur « inaction ». L’offensive de l’armée congolaise contre le groupe rebelle ougandais Forces démocratiques alliées (ADF), poussé vers le Nord, provoque des représailles. Les présumés combattants de l’ADF sèment la terreur parmi les populations civiles.

La dernière épidémie Ebola a fait 2 200 morts depuis août 2018 dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Quatrième du genre depuis 2014, elle a été détectée en juillet 2018, trois mois après son début. Au total, 3 300 personnes ont été infectées, et le taux de mortalité a atteint 67 % entre août 2018 et octobre 2019.

Depuis octobre, l'épidémie est circonscrite à une région limitée. Elle ne concerne plus que 28 nouvelles personnes sur les trois dernières semaines, selon un communiqué de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié le 22 novembre. Les risques de contagion à d'autres régions de la RDC et les pays voisins ont été endigués.

Elle pourrait cependant redémarrer, un nouveau cas ayant été détecté à Oicha, une localité du Nord-Kivu située à 15 minutes de route de Beni. Aucune mort causée par Ebola n’y avait été recensée depuis un mois. Un taxi moto est mort voilà 10 jours, après avoir visité trois différents centres de santé. Son corps a été approché par un grand nombre de personnes, 200 selon l’OMS dont 62 personnes sont considérées à haut risque, sur lesquelles 19 seulement ont pu être contactées.

« Maintenant, l’inquiétude est liée à l’insécurité qui prévaut entre Béni et Oicha, précise l’Américain David Gressly, coordonnateur des Nations unies pour la réponse d’urgence à l’épidémie d’Ebola, de passage à Bruxelles. Ce n’est pas l’offensive de l’armée congolaise menée contre l’ADF qui pose problème, mais la réponse de l’ADF qui attaque l’armée et les civils. Des dizaines de personnes ont été tuées dans des massacres, ce qui a provoqué des manifestations à Béni, Butembo et ailleurs, qui empêchent au moins en partie la riposte ». La Monusco est remise en cause dans ces manifestations, mais David Gressly insiste sur le fait que « des milliers de soldats congolais sont dans la même zone, dans une offensive congolaise menée contre l’ADF ».

Il estime qu’il n’y a pas « vraiment » de risque de nouveau foyer à Oicha comme on l’a déjà vu par le passé à Butembo. « C’est une chaîne de transmission un peu cachée qui a été découverte avec la mort de cette personne. Nous devons faire de nouvelles enquêtes pour trouver d’où vient la contamination et déterminer l’impact global sur la riposte. Nous sommes mieux positionnés car il y a beaucoup moins de cas dans la zone, nous avons du personnel sur le terrain et des moyens avec un focus sur les zones touchées par ce cas. La vraie question porte sur le temps que va durer cette violence. Si elle ne dure pas, nous allons pouvoir maîtriser la situation, qui reste préoccupante pour l’instant ».

Une riposte à 1 milliard de dollars

Au total, le coût de la riposte des Nations unies va s’élever à 1 milliard de dollars, entre août 2018 et la fin 2019, en comptant tous les appuis fournis, comme celui de la Monusco. La réponse, qui manque de personnel expérimenté dans les zones d’insécurité, est apportée par 15 000 Congolais et quelques centaines de personnels internationaux.

Elle s’est focalisée sur l’axe Beni-Butembo, ou se situait le centre de l’épidémie, avec dix zones difficiles d’accès, « soit à cause de l’insécurité, soit à cause des réticences de la population », précise David Gressly. Les rumeurs sont allées bon train sur une « fausse épidémie », voire carrément « un complot », fin 2018, lorsque l’épidémie a justifié la non-organisation de l’élection présidentielle à Beni.

 

« Nous avons combattu les rumeurs et tenté de faire un travail d’éducation et d’explication qui prend du temps, poursuit David Gressly. Les équipes se sont focalisées pour avoir l’acceptation des populations, ce qui a permis la chute importante des cas en deux mois, en août et septembre. Le centre de l’épidémie se situe entre deux grandes villes avec une population qui se déplace facilement, sur des engins à deux roues, vers le Sud-Soudan, l’Ouganda, Goma et le Sud-Kivu. C’était très important de nettoyer cette zone pour empêcher la contagion ailleurs et maîtriser la situation dans le noyau du programme. Nous avons achevé cette tâche voilà quatre ou cinq semaines. Nous devons éradiquer le virus dans les dernières poches qui restent. Mais l’insécurité risque de prolonger nos efforts sur le terrain. »

Une maladie qui va devenir « classique »

La politique de vaccination dans le cadre d’essais du vaccin Erverbo du laboratoire Merck, en cours d’homologation, a contribué à ralentir la contagion, explique le chef de la réponse onusienne. Tous les contacts de chaque patient infecté, une soixantaine de personnes par cas, ont été vaccinés. « Ce qui ne résout pas tout ! Il faut poursuivre le traçage des contacts des personnes contaminées pour faire leur suivi, les examiner deux fois par jour pour surveiller l’apparition de symptômes, qu’on peut alors prévenir. Si l’on peut isoler les personnes contaminées, il est possible d’éradiquer le virus. »

 

Les épidémies gagnent en fréquence, en raison de la taille croissante des populations proches des zones forestières, mais aussi de leur plus grande mobilité. « L’introduction des vaccins et le traitement disponible, qui permet de surmonter le virus, aident beaucoup. Avec les nouveaux vaccins qui arrivent, Ebola va devenir une maladie plus traditionnelle, et non cette chose étrange et effrayante qui nécessite un passage à l’échelle d’une réponse urgente. Il sera possible d’aller à l’hôpital pour être traité, et non pour mourir ».

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Les tueries qui se succèdent dans la région de Beni compliquent en effet le travail des Nations unies contre le virus Ebola, notamment à Oicha, où la population fuit les massacres et reproche aux casques bleus leur « inaction ». L’offensive de l’armée congolaise contre le groupe rebelle ougandais Forces démocratiques alliées (ADF), poussé vers le Nord, provoque des représailles. Les présumés combattants de l’ADF sèment la terreur parmi les populations civiles.

La dernière épidémie Ebola a fait 2 200 morts depuis août 2018 dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Quatrième du genre depuis 2014, elle a été détectée en juillet 2018, trois mois après son début. Au total, 3 300 personnes ont été infectées, et le taux de mortalité a atteint 67 % entre août 2018 et octobre 2019.

Depuis octobre, l'épidémie est circonscrite à une région limitée. Elle ne concerne plus que 28 nouvelles personnes sur les trois dernières semaines, selon un communiqué de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié le 22 novembre. Les risques de contagion à d'autres régions de la RDC et les pays voisins ont été endigués.

Elle pourrait cependant redémarrer, un nouveau cas ayant été détecté à Oicha, une localité du Nord-Kivu située à 15 minutes de route de Beni. Aucune mort causée par Ebola n’y avait été recensée depuis un mois. Un taxi moto est mort voilà 10 jours, après avoir visité trois différents centres de santé. Son corps a été approché par un grand nombre de personnes, 200 selon l’OMS dont 62 personnes sont considérées à haut risque, sur lesquelles 19 seulement ont pu être contactées.

« Maintenant, l’inquiétude est liée à l’insécurité qui prévaut entre Béni et Oicha, précise l’Américain David Gressly, coordonnateur des Nations unies pour la réponse d’urgence à l’épidémie d’Ebola, de passage à Bruxelles. Ce n’est pas l’offensive de l’armée congolaise menée contre l’ADF qui pose problème, mais la réponse de l’ADF qui attaque l’armée et les civils. Des dizaines de personnes ont été tuées dans des massacres, ce qui a provoqué des manifestations à Béni, Butembo et ailleurs, qui empêchent au moins en partie la riposte ». La Monusco est remise en cause dans ces manifestations, mais David Gressly insiste sur le fait que « des milliers de soldats congolais sont dans la même zone, dans une offensive congolaise menée contre l’ADF ».

Il estime qu’il n’y a pas « vraiment » de risque de nouveau foyer à Oicha comme on l’a déjà vu par le passé à Butembo. « C’est une chaîne de transmission un peu cachée qui a été découverte avec la mort de cette personne. Nous devons faire de nouvelles enquêtes pour trouver d’où vient la contamination et déterminer l’impact global sur la riposte. Nous sommes mieux positionnés car il y a beaucoup moins de cas dans la zone, nous avons du personnel sur le terrain et des moyens avec un focus sur les zones touchées par ce cas. La vraie question porte sur le temps que va durer cette violence. Si elle ne dure pas, nous allons pouvoir maîtriser la situation, qui reste préoccupante pour l’instant ».

Une riposte à 1 milliard de dollars

Au total, le coût de la riposte des Nations unies va s’élever à 1 milliard de dollars, entre août 2018 et la fin 2019, en comptant tous les appuis fournis, comme celui de la Monusco. La réponse, qui manque de personnel expérimenté dans les zones d’insécurité, est apportée par 15 000 Congolais et quelques centaines de personnels internationaux.

Elle s’est focalisée sur l’axe Beni-Butembo, ou se situait le centre de l’épidémie, avec dix zones difficiles d’accès, « soit à cause de l’insécurité, soit à cause des réticences de la population », précise David Gressly. Les rumeurs sont allées bon train sur une « fausse épidémie », voire carrément « un complot », fin 2018, lorsque l’épidémie a justifié la non-organisation de l’élection présidentielle à Beni.

 

« Nous avons combattu les rumeurs et tenté de faire un travail d’éducation et d’explication qui prend du temps, poursuit David Gressly. Les équipes se sont focalisées pour avoir l’acceptation des populations, ce qui a permis la chute importante des cas en deux mois, en août et septembre. Le centre de l’épidémie se situe entre deux grandes villes avec une population qui se déplace facilement, sur des engins à deux roues, vers le Sud-Soudan, l’Ouganda, Goma et le Sud-Kivu. C’était très important de nettoyer cette zone pour empêcher la contagion ailleurs et maîtriser la situation dans le noyau du programme. Nous avons achevé cette tâche voilà quatre ou cinq semaines. Nous devons éradiquer le virus dans les dernières poches qui restent. Mais l’insécurité risque de prolonger nos efforts sur le terrain. »

Une maladie qui va devenir « classique »

La politique de vaccination dans le cadre d’essais du vaccin Erverbo du laboratoire Merck, en cours d’homologation, a contribué à ralentir la contagion, explique le chef de la réponse onusienne. Tous les contacts de chaque patient infecté, une soixantaine de personnes par cas, ont été vaccinés. « Ce qui ne résout pas tout ! Il faut poursuivre le traçage des contacts des personnes contaminées pour faire leur suivi, les examiner deux fois par jour pour surveiller l’apparition de symptômes, qu’on peut alors prévenir. Si l’on peut isoler les personnes contaminées, il est possible d’éradiquer le virus. »

 

Les épidémies gagnent en fréquence, en raison de la taille croissante des populations proches des zones forestières, mais aussi de leur plus grande mobilité. « L’introduction des vaccins et le traitement disponible, qui permet de surmonter le virus, aident beaucoup. Avec les nouveaux vaccins qui arrivent, Ebola va devenir une maladie plus traditionnelle, et non cette chose étrange et effrayante qui nécessite un passage à l’échelle d’une réponse urgente. Il sera possible d’aller à l’hôpital pour être traité, et non pour mourir ».

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