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A Montpellier, une partie de la gauche se rallie au milliardaire Altrad
06/06/2020 à 10h29 par La redaction

Dans la conquête de la mairie, le milliardaire Mohed Altrad, aux méthodes contestées, s’associe avec le trublion du web Rémi Gaillard, et deux autres têtes de liste aux valeurs écologistes et situées à gauche de l’échiquier politique.

Les tractations ont duré jusqu’à la mi-journée du mardi 2 juin, quelques heures avant la clôture du dépôt des listes. Sur le papier, l’alliance pouvait se révéler contre nature. Pourtant, le chef d’entreprise Mohed Altrad, arrivé en troisième position du premier tour des élections municipales à Montpellier (13,31 %), vient de signer un accord avec l’humoriste Rémi Gaillard (9,59 %), Alenka Doulain, leader du mouvement Nous Sommes (9,25 %), et Clothilde Ollier, en charge de conduire la liste L’écologie en commun (7,26 %).

Comme Le d’Oc l’avait révélé, les trois têtes de liste s’étaient associées pour revendiquer 27 % des voix et mieux peser sur la suite de l’élection. L’alliance avait été baptisée « le triangle des Bermudes » ou encore : « Nous sommes n’importe qui, nous avons l’écologie en commun », en reprenant le slogan phare de Rémi Gaillard.

De son côté, après avoir convoité le soutien de plusieurs partis politiques comme Les Républicains et La République en marche, l’industriel avait débuté sa campagne en obtenant le ralliement de militants issus du Parti socialiste, de la droite locale, des membres proches de la formation présidentielle et de plusieurs personnalités des quartiers populaires. Cette fois-ci, le milliardaire amplifie son rassemblement.

Mohed Altrad © Xavier Malafosse / Le D'OcMohed Altrad © Xavier Malafosse / Le D'Oc

Mohed Altrad a profité de la mésentente entre le candidat Michaël Delafosse (PS-EELV-PCF-PRG), auteur de 16,66 %, et les trois trublions de l’entre-deux-tours du scrutin pour remporter la mise. Le trio a ainsi obtenu une vingtaine de places, « avec le souci d’une répartition équitable dans les places éligibles pour un partage du pouvoir », précise-t-on dans l’entourage de Mohed Altrad.

Dès le lancement de son aventure, la classe politique montpelliéraine s’est interrogée sur les réelles motivations de Mohed Altrad. Pourquoi descendre dans l’arène d’un tel bourbier au milieu de treize autres listes concurrentes ? « J’ai le pouvoir, la notoriété et l’argent », a régulièrement expliqué celui qui préside aussi le club de rugby. Et de justifier : « Je veux redonner à Montpellier ce qu’elle m’a apporté. »

« On cherche à me faire entrer dans des cases, à m’imposer des codes qui ne sont pas les miens. Dans tout ce que j’ai entrepris, je suis resté libre et j’entends le rester »expliquait au PointMohed Altrad, en mai 2019. Déterminé à faire battre le maire Philippe Saurel (19,1 %), l’homme d’affaires avance coûte que coûte.

Pour sa part, le sénateur Jean-Pierre Grand (ex-LR), impliqué dans la campagne depuis l’origine, voit dans ce large rassemblement l’adhésion à une personnalité hors des traditionnels clivages. « Mohed Altrad inspire confiance pour Montpellier, pour l’économie et pour l’emploi, surtout dans cette période », déclare le parlementaire au journal Le d’Oc.

Chez les proches de l’industriel, on se réjouit de l’opération. Et on réfute l’idée d’une manœuvre qui ne serait pas crédible : « Les personnes qui nous ont rejoints sont les seules à s’être exprimées publiquement sur l’idée de vouloir changer le système au profit de l’intérêt général, au profit des habitants. » Selon Jean-Pierre Grand, « le système a snobé Mohed Altrad. Il en a pris acte ».

Mais qu’est-ce qui peut unir l’industriel à des militants de La France insoumise présents sur la liste Nous Sommes, une infirmière urgentiste longtemps engagée à la CGT et un humoriste animé par le dégagisme des pouvoirs en place ? « Il s’agit de renverser la table et de construire une politique avec le peuple, avec les Montpelliérains », confie-t-on chez Nous Sommes, collectif inspiré du municipalisme et soutenu par LFI.

Aux affaires, en politique ou dans le sport, Mohed Altrad applique pourtant des méthodes de management jugées « autoritaires »« brutales » (lire l'enquête complète du d'Oc), dans un groupe devenu tentaculaire.

Acquise à la barre du tribunal de commerce en 1985 pour une bouchée de pain, l’entreprise Mefran à Florensac, spécialisée dans les échafaudages, est la première pierre de l’empire Altrad. Depuis, le groupe s’est diversifié. Grâce à une stratégie agressive de croissance externe, il représente 42 000 salariés éparpillés dans une centaine de pays. Son chiffre d’affaires consolidé atteint 3,1 milliards d’euros. En trois ans, de 2015 à 2018, le groupe a quadruplé sa taille. Mais par un jeu de filiales, les syndicats y pèsent peu.

Sa campagne a aussi suscité de nombreuses interrogations. Trois directeurs de campagne se sont succédé en peu de temps. Puis les Radicaux de gauche – l'ancienne eurodéputée Virginie Rozière en tête – ont quitté le navire, trois mois après leur ralliement. La conseillère régionale (qui a depuis rejoint la liste de l’écologiste Clothilde Ollier) n’a pas toléré les « ambiguïtés » de Mohed Altrad vis-à-vis de La République en marche.

« Il m’avait garanti qu’il n’y aurait pas d’accord avec LREM mais a demandé le soutien du parti présidentiel ! Il n’était jamais clair, donnait des versions différentes aux uns et aux autres, en fonction de ce que chacun avait envie d’entendre », dénonçait en mars Virginie Rozière. Mais la même fait désormais partie du quota des colistiers d'Ollier qui ont basculé chez Altrad – elle figure en vingtième position sur la liste unifiée...

Il n’empêche : de nombreux soutiens de Clothilde Ollier dénoncent l'accord scellé avec Altrad. La candidate a « trahi politiquement »estime ainsi la députée LFI Muriel Ressiguier.

« Nous lui avions donné un mandat pour discuter uniquement avec le candidat qui nous semblait compatible, à savoir le candidat de gauche Michaël Delafosse. Il s’agissait d’une éventuelle fusion technique et pour elle c’était plus que ça, c’était pour être dans l’exécutif. Et nous avons appris que les discussions avaient lieu avec Altrad, ce qui pour nous est la ligne rouge. Il est de droite et défend un programme incompatible avec le nôtre. Nous avons été trahis politiquement. »

Nelly Lacince, l’ancienne numéro 3, également citée par actu.fr, dénonce ce choix : « Les masques tombent. Mohed Altrad a dit qu’il fallait supprimer les prud’hommes et les tribunaux de commerce. On voit bien que l’on est sur la logique de la casse du droit français qui est le créneau de Macron. Comment peut-on imaginer que nous puissions accepter cette situation ? » Même analyse pour la direction locale de Génération.s.

Dans ce contexte, le socialiste Michaël Delafosse préfère jouer la carte du candidat « sérieux ». Selon le conseiller départemental, « on ne joue pas avec la démocratie ». L’élu défend « l’exigence de la cohérence, la sincérité et le refus de l’outrance ». Et de promettre « l’écologie du quotidien, de la solidarité, du soutien à l’innovation, un changement en faveur d’une gouvernance apaisée à l’écoute des citoyens ».

Pour sa part, le maire sortant Philippe Saurel veut prendre de la hauteur. Espérant profiter de la crise sanitaire pour se relancer, l’ancien adjoint du défunt Georges Frêche distribue des masques aux Montpelliérains en partenariat avec ACM Habitat, le bailleur social de la métropole. « Je me concentre sur la gestion de la ville », balaye-t-il lorsqu’il s’agit de commenter la situation politique.

Dans la capitale héraultaise, la campagne la plus folle de France n’a pas dit son dernier mot.

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Dans la conquête de la mairie, le milliardaire Mohed Altrad, aux méthodes contestées, s’associe avec le trublion du web Rémi Gaillard, et deux autres têtes de liste aux valeurs écologistes et situées à gauche de l’échiquier politique.

Les tractations ont duré jusqu’à la mi-journée du mardi 2 juin, quelques heures avant la clôture du dépôt des listes. Sur le papier, l’alliance pouvait se révéler contre nature. Pourtant, le chef d’entreprise Mohed Altrad, arrivé en troisième position du premier tour des élections municipales à Montpellier (13,31 %), vient de signer un accord avec l’humoriste Rémi Gaillard (9,59 %), Alenka Doulain, leader du mouvement Nous Sommes (9,25 %), et Clothilde Ollier, en charge de conduire la liste L’écologie en commun (7,26 %).

Comme Le d’Oc l’avait révélé, les trois têtes de liste s’étaient associées pour revendiquer 27 % des voix et mieux peser sur la suite de l’élection. L’alliance avait été baptisée « le triangle des Bermudes » ou encore : « Nous sommes n’importe qui, nous avons l’écologie en commun », en reprenant le slogan phare de Rémi Gaillard.

De son côté, après avoir convoité le soutien de plusieurs partis politiques comme Les Républicains et La République en marche, l’industriel avait débuté sa campagne en obtenant le ralliement de militants issus du Parti socialiste, de la droite locale, des membres proches de la formation présidentielle et de plusieurs personnalités des quartiers populaires. Cette fois-ci, le milliardaire amplifie son rassemblement.

Mohed Altrad © Xavier Malafosse / Le D'OcMohed Altrad © Xavier Malafosse / Le D'Oc

Mohed Altrad a profité de la mésentente entre le candidat Michaël Delafosse (PS-EELV-PCF-PRG), auteur de 16,66 %, et les trois trublions de l’entre-deux-tours du scrutin pour remporter la mise. Le trio a ainsi obtenu une vingtaine de places, « avec le souci d’une répartition équitable dans les places éligibles pour un partage du pouvoir », précise-t-on dans l’entourage de Mohed Altrad.

Dès le lancement de son aventure, la classe politique montpelliéraine s’est interrogée sur les réelles motivations de Mohed Altrad. Pourquoi descendre dans l’arène d’un tel bourbier au milieu de treize autres listes concurrentes ? « J’ai le pouvoir, la notoriété et l’argent », a régulièrement expliqué celui qui préside aussi le club de rugby. Et de justifier : « Je veux redonner à Montpellier ce qu’elle m’a apporté. »

« On cherche à me faire entrer dans des cases, à m’imposer des codes qui ne sont pas les miens. Dans tout ce que j’ai entrepris, je suis resté libre et j’entends le rester »expliquait au PointMohed Altrad, en mai 2019. Déterminé à faire battre le maire Philippe Saurel (19,1 %), l’homme d’affaires avance coûte que coûte.

Pour sa part, le sénateur Jean-Pierre Grand (ex-LR), impliqué dans la campagne depuis l’origine, voit dans ce large rassemblement l’adhésion à une personnalité hors des traditionnels clivages. « Mohed Altrad inspire confiance pour Montpellier, pour l’économie et pour l’emploi, surtout dans cette période », déclare le parlementaire au journal Le d’Oc.

Chez les proches de l’industriel, on se réjouit de l’opération. Et on réfute l’idée d’une manœuvre qui ne serait pas crédible : « Les personnes qui nous ont rejoints sont les seules à s’être exprimées publiquement sur l’idée de vouloir changer le système au profit de l’intérêt général, au profit des habitants. » Selon Jean-Pierre Grand, « le système a snobé Mohed Altrad. Il en a pris acte ».

Mais qu’est-ce qui peut unir l’industriel à des militants de La France insoumise présents sur la liste Nous Sommes, une infirmière urgentiste longtemps engagée à la CGT et un humoriste animé par le dégagisme des pouvoirs en place ? « Il s’agit de renverser la table et de construire une politique avec le peuple, avec les Montpelliérains », confie-t-on chez Nous Sommes, collectif inspiré du municipalisme et soutenu par LFI.

Aux affaires, en politique ou dans le sport, Mohed Altrad applique pourtant des méthodes de management jugées « autoritaires »« brutales » (lire l'enquête complète du d'Oc), dans un groupe devenu tentaculaire.

Acquise à la barre du tribunal de commerce en 1985 pour une bouchée de pain, l’entreprise Mefran à Florensac, spécialisée dans les échafaudages, est la première pierre de l’empire Altrad. Depuis, le groupe s’est diversifié. Grâce à une stratégie agressive de croissance externe, il représente 42 000 salariés éparpillés dans une centaine de pays. Son chiffre d’affaires consolidé atteint 3,1 milliards d’euros. En trois ans, de 2015 à 2018, le groupe a quadruplé sa taille. Mais par un jeu de filiales, les syndicats y pèsent peu.

Sa campagne a aussi suscité de nombreuses interrogations. Trois directeurs de campagne se sont succédé en peu de temps. Puis les Radicaux de gauche – l'ancienne eurodéputée Virginie Rozière en tête – ont quitté le navire, trois mois après leur ralliement. La conseillère régionale (qui a depuis rejoint la liste de l’écologiste Clothilde Ollier) n’a pas toléré les « ambiguïtés » de Mohed Altrad vis-à-vis de La République en marche.

« Il m’avait garanti qu’il n’y aurait pas d’accord avec LREM mais a demandé le soutien du parti présidentiel ! Il n’était jamais clair, donnait des versions différentes aux uns et aux autres, en fonction de ce que chacun avait envie d’entendre », dénonçait en mars Virginie Rozière. Mais la même fait désormais partie du quota des colistiers d'Ollier qui ont basculé chez Altrad – elle figure en vingtième position sur la liste unifiée...

Il n’empêche : de nombreux soutiens de Clothilde Ollier dénoncent l'accord scellé avec Altrad. La candidate a « trahi politiquement »estime ainsi la députée LFI Muriel Ressiguier.

« Nous lui avions donné un mandat pour discuter uniquement avec le candidat qui nous semblait compatible, à savoir le candidat de gauche Michaël Delafosse. Il s’agissait d’une éventuelle fusion technique et pour elle c’était plus que ça, c’était pour être dans l’exécutif. Et nous avons appris que les discussions avaient lieu avec Altrad, ce qui pour nous est la ligne rouge. Il est de droite et défend un programme incompatible avec le nôtre. Nous avons été trahis politiquement. »

Nelly Lacince, l’ancienne numéro 3, également citée par actu.fr, dénonce ce choix : « Les masques tombent. Mohed Altrad a dit qu’il fallait supprimer les prud’hommes et les tribunaux de commerce. On voit bien que l’on est sur la logique de la casse du droit français qui est le créneau de Macron. Comment peut-on imaginer que nous puissions accepter cette situation ? » Même analyse pour la direction locale de Génération.s.

Dans ce contexte, le socialiste Michaël Delafosse préfère jouer la carte du candidat « sérieux ». Selon le conseiller départemental, « on ne joue pas avec la démocratie ». L’élu défend « l’exigence de la cohérence, la sincérité et le refus de l’outrance ». Et de promettre « l’écologie du quotidien, de la solidarité, du soutien à l’innovation, un changement en faveur d’une gouvernance apaisée à l’écoute des citoyens ».

Pour sa part, le maire sortant Philippe Saurel veut prendre de la hauteur. Espérant profiter de la crise sanitaire pour se relancer, l’ancien adjoint du défunt Georges Frêche distribue des masques aux Montpelliérains en partenariat avec ACM Habitat, le bailleur social de la métropole. « Je me concentre sur la gestion de la ville », balaye-t-il lorsqu’il s’agit de commenter la situation politique.

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