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BAD : ce que dit le rapport confidentiel qui disculpe Adesina
10/05/2020 à 09h37 par La redaction

Pour quels motifs les allégations contre le patron de la Banque africaine de développement (BAD) ont-elles été rejetées ? JA décrypte l’audit du comité d’éthique.

Jugées « non fondées », « non corroborées » ou « non étayées », l’intégralité des accusations de certains employés de la Banque africaine de développement (BAD) contre leur président Akinwumi Adesina a été rejetée par le comité d’éthique.

Après avoir réuni ses membres à cinq reprises entre le 27 février et le 9 avril, son président, le Japonais Takuji Yano, a remis le 26 avril un rapport de huit pages. Dans ce document, consulté par Jeune Afrique et porté à la connaissance des gouverneurs de la banque le 5 mai, il conclut que la plainte reçue le 19 janvier dernier « ne reposait sur aucun fait objectif et solide ».

Le président du comité explique être arrivé à cette conclusion « à l’aide d’informations communiquées oralement au comité par le directeur du Bureau de la lutte contre la corruption et l’intégrité (PIAC) et par l’Auditeur général de la Banque lors des réunions du comité qui se sont tenues les 26 mars et 2 avril 2020 ».

Il reproche aux lanceurs d’alerte de n’avoir pas apporté de preuve permettant de prouver leurs allégations. Lorsqu’ils furent invités à le faire, ces derniers « ont refusé au motif qu’ils voulaient préserver leur anonymat », explique le président du comité.

« Motivations inavouées »

Akinwumi Adesina a de son côté fourni le 8 avril un mémorandum exhaustif pour se défendre contre les lourdes accusations dont il est la cible. Dans ce document de 260 pages, le président de la BAD dénonce avec vigueur les méthodes employées par les lanceurs d’alerte. Il y estime que leur plainte « est gratuite, qu’elle ne repose pas sur des faits objectifs et établis, et qu’elle doit être rejetée par le comité ».

« Elle ne vise pas à dénoncer la fraude, la corruption ou d’autres actes de mauvaise conduite. Bien au contraire, elle a d’autres motivations inavouées, poursuit-il. L’idée selon laquelle d’autres personnes agissent de concert avec les lanceurs d’alerte n’est pas une spéculation. » S’il ne le nomme pas ici, ses proches accusent depuis plusieurs semaines l’administrateur des États-unis, J. Steven Dowd.

Le président de la BAD revient dans son mémorandum sur la majorité des accusations portées contre lui. Et notamment sur les deux prix reçus en 2017 et 2019, le World Food Prize et le Prix Sunhak de la paix. Les lanceurs d’alerte lui reprochaient de ne pas avoir remis à la banque les sommes perçues pour ces prix (750 000 dollars) alors que ses frais de déplacements, comme ceux de l’importante délégation qui l’accompagnait, avaient éte pris en charge par la banque.

Le président de la BAD affirme « avoir fait don des ressources liquides de ces deux prix en vue de la création de la Fondation mondiale contre la faim ». Il assure que « les enfants du président et leurs conjoints qui ont assisté aux événements ont payé leurs propres voyages, et non la banque ». Enfin, il explique que « le personnel de la Banque a assisté à ces événements non pas parce que le président recevait le Prix mondial de l’alimentation, mais parce que la Banque a lancé son initiative TAAT (Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine) lors de ces événements ».

Vrai-faux « beau-frère »

Adesina évoque également le cas de Martin Fregene, affirmant que cet homme, recruté en mai 2017, soit tout juste deux ans après que le Nigérian a été élu à la tête de la BAD, n’est pas son beau-frère, contrairement à ce qu’affirment les lanceurs d’alerte.

Nommé conseiller du vice-président chargé de l’Agriculture, il avait été promu directeur seulement sept mois plus tard, et ce alors que son prédécesseur était encore en poste. Un rapport d’audit datant de novembre 2019 avait pointé du doigt le fait que cette promotion n’avait pas respecté les règles internes et qu’elle avait a eu pour conséquence de faire payer à la BAD deux salaires conséquents pour le même poste.

« Son prédécesseur avait donné un préavis et avait droit à un mois de congé cumulé. Pour assurer la continuité du poste, M. Fregene a commencé à travailler au moment où son prédécesseur n’exerçait plus les fonctions liées à son poste », justifie Adesina.

Menaces de procès contre la BAD

Concernant l’initiative TAAT, un programme d’appui au secteur agricole africain, Akinwumi Adesina revient longuement sur le règlement, jugé suspicieux par les lanceurs d’alerte, d’un contrat de gré à gré de plus de 5 millions de dollars signé avec le semencier suisse Syngenta.

Si les contributions d’attribution de ce contrat contrevenaient effectivement aux stipulations de l’accord signé entre la BAD et TAAT, le dirigeant nigérian affirme être intervenu surtout pour protéger la réputation de la banque, menacée d’un procès, et en s’étant assuré tant de la qualité du projet que du futur respect des règles contractuelles.

LE COMITÉ D’ÉTHIQUE N’A MENÉ AUCUNE ENQUÊTE ALORS QUE C’ÉTAIT LE BUT DE CETTE PLAINTE

« En tant que président, [je dois] veiller à ce que les bonnes décisions soient prises dans l’intérêt bien compris de la Banque, afin de protéger la réputation de la Banque et de s’assurer que celle-ci n’est pas exposée à des poursuites judiciaires qui pourraient nuire à sa réputation et mettre en péril ses privilèges et immunités ».

DR

Première victoire

Sur le possible « traitement de faveur » dont auraient bénéficié les Nigérians sous la présidence d’Akinwumi Adesina, c’est le comité d’éthique lui même qui s’est porté à son secours, rappelant que deux autres pays, l’un africain, l’autre « non-régional », disposent « chacun plus de fonctionnaires à la Banque que le Nigeria ». « Les dénonciateurs [ont] commis une erreur en attribuant la structure organisationnelle actuelle de la banque au Président, alors que le Conseil d’administration a joué son rôle statutaire d’approbation ».

Contactées par JA, plusieurs sources proches des lanceurs d’alerte ne cachent pas leur déception. « Le comité d’éthique n’a mené aucune enquête alors que c’était le but de cette plainte. Il lui aurait été très simple de se procurer les éléments prouvant à ces allégations dans les différents services de la banque », déclare l’un deux.

Disculpé par le comité d’éthique, le président de la BAD remporte une première victoire. Il n’est cependant pas encore tiré d’affaire. Les gouverneurs doivent désormais décider s’ils choisissent de clore le dossier ou de procéder à une nouvelle enquête. La ministre ivoirienne du Plan et du développement, Kaba Nialé, qui préside leur bureau, a proposé « d’adopter les conclusions de l’enquête en déclarant que le président est entièrement exonéré de toutes les allégations formulées à son encontre ».

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Pour quels motifs les allégations contre le patron de la Banque africaine de développement (BAD) ont-elles été rejetées ? JA décrypte l’audit du comité d’éthique.

Jugées « non fondées », « non corroborées » ou « non étayées », l’intégralité des accusations de certains employés de la Banque africaine de développement (BAD) contre leur président Akinwumi Adesina a été rejetée par le comité d’éthique.

Après avoir réuni ses membres à cinq reprises entre le 27 février et le 9 avril, son président, le Japonais Takuji Yano, a remis le 26 avril un rapport de huit pages. Dans ce document, consulté par Jeune Afrique et porté à la connaissance des gouverneurs de la banque le 5 mai, il conclut que la plainte reçue le 19 janvier dernier « ne reposait sur aucun fait objectif et solide ».

Le président du comité explique être arrivé à cette conclusion « à l’aide d’informations communiquées oralement au comité par le directeur du Bureau de la lutte contre la corruption et l’intégrité (PIAC) et par l’Auditeur général de la Banque lors des réunions du comité qui se sont tenues les 26 mars et 2 avril 2020 ».

Il reproche aux lanceurs d’alerte de n’avoir pas apporté de preuve permettant de prouver leurs allégations. Lorsqu’ils furent invités à le faire, ces derniers « ont refusé au motif qu’ils voulaient préserver leur anonymat », explique le président du comité.

« Motivations inavouées »

Akinwumi Adesina a de son côté fourni le 8 avril un mémorandum exhaustif pour se défendre contre les lourdes accusations dont il est la cible. Dans ce document de 260 pages, le président de la BAD dénonce avec vigueur les méthodes employées par les lanceurs d’alerte. Il y estime que leur plainte « est gratuite, qu’elle ne repose pas sur des faits objectifs et établis, et qu’elle doit être rejetée par le comité ».

« Elle ne vise pas à dénoncer la fraude, la corruption ou d’autres actes de mauvaise conduite. Bien au contraire, elle a d’autres motivations inavouées, poursuit-il. L’idée selon laquelle d’autres personnes agissent de concert avec les lanceurs d’alerte n’est pas une spéculation. » S’il ne le nomme pas ici, ses proches accusent depuis plusieurs semaines l’administrateur des États-unis, J. Steven Dowd.

Le président de la BAD revient dans son mémorandum sur la majorité des accusations portées contre lui. Et notamment sur les deux prix reçus en 2017 et 2019, le World Food Prize et le Prix Sunhak de la paix. Les lanceurs d’alerte lui reprochaient de ne pas avoir remis à la banque les sommes perçues pour ces prix (750 000 dollars) alors que ses frais de déplacements, comme ceux de l’importante délégation qui l’accompagnait, avaient éte pris en charge par la banque.

Le président de la BAD affirme « avoir fait don des ressources liquides de ces deux prix en vue de la création de la Fondation mondiale contre la faim ». Il assure que « les enfants du président et leurs conjoints qui ont assisté aux événements ont payé leurs propres voyages, et non la banque ». Enfin, il explique que « le personnel de la Banque a assisté à ces événements non pas parce que le président recevait le Prix mondial de l’alimentation, mais parce que la Banque a lancé son initiative TAAT (Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine) lors de ces événements ».

Vrai-faux « beau-frère »

Adesina évoque également le cas de Martin Fregene, affirmant que cet homme, recruté en mai 2017, soit tout juste deux ans après que le Nigérian a été élu à la tête de la BAD, n’est pas son beau-frère, contrairement à ce qu’affirment les lanceurs d’alerte.

Nommé conseiller du vice-président chargé de l’Agriculture, il avait été promu directeur seulement sept mois plus tard, et ce alors que son prédécesseur était encore en poste. Un rapport d’audit datant de novembre 2019 avait pointé du doigt le fait que cette promotion n’avait pas respecté les règles internes et qu’elle avait a eu pour conséquence de faire payer à la BAD deux salaires conséquents pour le même poste.

« Son prédécesseur avait donné un préavis et avait droit à un mois de congé cumulé. Pour assurer la continuité du poste, M. Fregene a commencé à travailler au moment où son prédécesseur n’exerçait plus les fonctions liées à son poste », justifie Adesina.

Menaces de procès contre la BAD

Concernant l’initiative TAAT, un programme d’appui au secteur agricole africain, Akinwumi Adesina revient longuement sur le règlement, jugé suspicieux par les lanceurs d’alerte, d’un contrat de gré à gré de plus de 5 millions de dollars signé avec le semencier suisse Syngenta.

Si les contributions d’attribution de ce contrat contrevenaient effectivement aux stipulations de l’accord signé entre la BAD et TAAT, le dirigeant nigérian affirme être intervenu surtout pour protéger la réputation de la banque, menacée d’un procès, et en s’étant assuré tant de la qualité du projet que du futur respect des règles contractuelles.

LE COMITÉ D’ÉTHIQUE N’A MENÉ AUCUNE ENQUÊTE ALORS QUE C’ÉTAIT LE BUT DE CETTE PLAINTE

« En tant que président, [je dois] veiller à ce que les bonnes décisions soient prises dans l’intérêt bien compris de la Banque, afin de protéger la réputation de la Banque et de s’assurer que celle-ci n’est pas exposée à des poursuites judiciaires qui pourraient nuire à sa réputation et mettre en péril ses privilèges et immunités ».

DR

Première victoire

Sur le possible « traitement de faveur » dont auraient bénéficié les Nigérians sous la présidence d’Akinwumi Adesina, c’est le comité d’éthique lui même qui s’est porté à son secours, rappelant que deux autres pays, l’un africain, l’autre « non-régional », disposent « chacun plus de fonctionnaires à la Banque que le Nigeria ». « Les dénonciateurs [ont] commis une erreur en attribuant la structure organisationnelle actuelle de la banque au Président, alors que le Conseil d’administration a joué son rôle statutaire d’approbation ».

Contactées par JA, plusieurs sources proches des lanceurs d’alerte ne cachent pas leur déception. « Le comité d’éthique n’a mené aucune enquête alors que c’était le but de cette plainte. Il lui aurait été très simple de se procurer les éléments prouvant à ces allégations dans les différents services de la banque », déclare l’un deux.

Disculpé par le comité d’éthique, le président de la BAD remporte une première victoire. Il n’est cependant pas encore tiré d’affaire. Les gouverneurs doivent désormais décider s’ils choisissent de clore le dossier ou de procéder à une nouvelle enquête. La ministre ivoirienne du Plan et du développement, Kaba Nialé, qui préside leur bureau, a proposé « d’adopter les conclusions de l’enquête en déclarant que le président est entièrement exonéré de toutes les allégations formulées à son encontre ».

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