Vers une professionnalisation du sport de haut niveau au Maroc


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Le sport de haut niveau peut être défini comme la pratique du sport à l’échelle internationale où le sportif entre en compétition avec les meilleurs athlètes au monde dans sa discipline. Les bons résultats qui ont été réalisés auparavant par une élite sportive notamment dans le football et l’athlétisme ont apporté une notoriété sans précédente au Maroc à l’étranger. Sachant bien que les performances des sportifs marocains « autodidactes » ont fondé les premiers jalons de la pratique de haut niveau. Néanmoins, si on prend l’athlétisme comme exemple, les titres sportifs ne sortaient pas des spécialités de courses de fonds ou de demi-fond, par contre dans les épreuves techniques (sauts ou lancers) les athlètes marocains trouvaient de grandes difficultés à s’imposer et monter le podium des compétitions internationales.

Pour la première fois depuis les années 1980, on a commencé à parler de la notion du sportif de haut niveau après le grand exploit de Said Aouita et Nawal Moutawakel lors des Jeux Olympiques de Los Angles. Cependant, le statut aujourd’hui du sportif marocain n’est pas encore clair, et face à cette situation le sport de haut niveau dans différents pays s’est développé assez rapidement à l’ère de la globalisation faisant recours à de multiples intervenants dans l’accompagnement et le suivi du sportif tout au long de sa vie sociale.

La définition du concept de la professionnalisation semble ici nécessaire avant de discuter la dialectique qui s’impose entre sport amateur et sport professionnel. La professionnalisation comme concept a émergé dans différents espaces de production en cherchant à accroitre davantage l’efficacité et l’efficience dans une pratique plus spécialisée. Selon Wittorski (2008) : « La professionnalisation est la mise en mouvement des individus dans des contextes de travail flexibles et d’institutionnalisation de l’activité ». Toutefois, l’espace sportif a vécu plusieurs évolutions notamment avec le développement du spectacle et l’augmentation de la production orientée vers la demande du marché. Ceci a généré en effet un grand nombre d’emplois avec plus de perfectionnement dans l’amélioration des méthodes d’entrainement et de préparation des sportifs plus compétitifs.
Aujourd’hui, le football reste officiellement l’unique sport collectif au Maroc qui dispose de sa ligue nationale professionnelle, mais qu’en est-il des autres sports ? Plusieurs sports collectifs (Hand-ball, Basket-ball, Volley-ball ou Rugby) ne disposent pas encore de leur propre ligue professionnelle. Certaines spécialités gardent l’aspect amateur suite à des considérations socioculturelles des pratiquants, mais d’autres disciplines ont tendance à s’ouvrir sur l’espace économique vers une semi professionnalisation notamment dans certains sports individuels de combat (Taekwondo, Judo, Karaté, et plus particulièrement la boxe).

Par ailleurs, le comité international olympique définit le sportif amateur comme celui qui participe sans en retirer un revenu en échange de sa pratique. Tandis que dans le sport professionnel, le sportif peut vivre une indépendance financière durant sa carrière à travers l’argent gagné issus des contrats signés avec les clubs, des contrats de parrainage (sponsoring), ou suite aux performances réalisées dans des compétitions internationales. Pourtant, même dans des sports professionnels, si le sportif ne réussit pas à investir ses gains dans des projets commerciaux, il peut se retrouver en difficulté à gérer financièrement sa vie après la fin de sa carrière. Dans le contexte marocain, un ensemble de contraintes à caractère juridique, organisationnel et managérial subsistent et entravent par conséquent le processus de professionnalisation des différents sports. Parce que le mode de gestion et d’organisation ne répondent pas aux exigences du management entrepreneurial comme c’est le cas pour les grands clubs internationaux.

Le phénomène de professionnalisation nécessite donc un changement des modes de gestion et des transformations dans l’espace sportif au profit du développement d’un modèle économique et managérial innovant. La mutation vers un sport professionnel suppose évidement la prise en compte du rôle de plusieurs acteurs dans l’instauration des dispositions convenables à la création d’un contexte approprié plus attrayant et plus performant. Le passage d’un sport amateur à un sport professionnel exige principalement l’intervention des pouvoirs publics (ministère, collectivité locales), le secteur privé non marchand (fédérations, ligues) qui encadre et contrôlent l’espace des compétitions, et inciter également le secteur privé marchand (entreprises) à s’investir davantage.

Finalement, il faut rappeler que le sport professionnel n’est pas contradictoire avec le sport amateur, il pourrait se présenter comme une alternative complémentaire au second où le sens de la compétition, de la victoire et du perfectionnement, est plus confirmé et consolidé. Autrement dit pour concrétiser ce changement vers le professionnalisme, le sport de haut niveau est censé être supporter et appuyer amplement par le marché économique, car à chaque fois de nouvelles règles et normes s’imposent, mais le sportif reste toujours dans l’obligation de créer constamment un bon spectacle et une mise en scène fondée sur le mérite et l’exaltation du talent sans en tirer l’ensemble de ses avantages sociaux fondamentaux.

 

 

Dr. Nabil TAKHALOUICHT, Professeur de sociologie, IRFC-Rabat

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