Jesús de Miguel, attaquant du CD Tenerife, est mort à 30 ans après un choc avec le gardien d’Andorre, Jesús Owono. Au-delà du choc lui-même, une question revient avec insistance chez les observateurs et sur les réseaux sociaux : les premières minutes de prise en charge sur la pelouse ont-elles été à la hauteur ? DoingBuzz fait le point sur ce qui est établi et ce qui ne l’est pas.
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Ce que l’on sait du drame
Lundi 2 novembre, au stade Heliodoro Rodríguez López, Tenerife et Andorre sont à 2-2 dans le temps additionnel d’un match de deuxième division espagnole. Sur une contre-attaque, Jesús Owono sort loin de sa surface et percute Jesús de Miguel. Selon la presse espagnole, le genou du gardien touche la poitrine de l’attaquant, qui s’effondre en arrêt cardio-respiratoire. Le joueur meurt le lendemain matin, mardi 3 novembre, à l’hôpital universitaire Nuestra Señora de Candelaria. Nous avons raconté le déroulé du drame dans notre premier article.
La piste médicale évoquée par plusieurs cardiologues, cités notamment par Infobae et la radio COPE, est celle d’une commotio cordis : un choc sur le thorax, survenu à un moment précis du cycle cardiaque, peut déclencher une fibrillation ventriculaire, même chez un cœur parfaitement sain. Ce n’est à ce stade qu’une hypothèse. Aucune cause officielle n’a été communiquée et l’autopsie doit trancher.
Ce qui s’est passé sur la pelouse : des récits qui divergent
D’après Vozpópuli, les médecins et le personnel de la Croix-Rouge sont entrés sur le terrain et ont pratiqué des manœuvres de réanimation cardio-pulmonaire pendant « plus de cinq minutes ». Infobae écrit que le joueur a retrouvé un pouls et une respiration spontanée sur la pelouse, avant d’être sorti sur civière.
D’autres médias racontent la scène autrement. Selon El Español, c’est dans l’ambulance médicalisée, stationnée à l’extérieur du stade, que les secours ont permis au joueur de retrouver un pouls. Le même journal précise que l’attente a duré « près d’un quart d’heure » avant que le véhicule ne quitte l’enceinte. Atlántico Hoy rapporte enfin que, selon le protocole du stade, l’ambulance reste dans la rue et n’entre sur la pelouse que si les médecins le jugent nécessaire. Ce soir-là, elle est entrée en marche arrière par une porte du stade pour récupérer le joueur.
Aucun des articles consultés par DoingBuzz ne précise si un défibrillateur a été utilisé sur le terrain.
Une enquête qui porte aussi sur les secours
Selon Atlántico Hoy, qui cite le quotidien El Día, le groupe des homicides de la Police nationale examine les interventions du service médical du club et du dispositif de la Croix-Rouge, ainsi que le transfert vers l’hôpital. Les enquêteurs veulent notamment savoir si le défibrillateur externe a été utilisé ou si l’on s’en est tenu au massage manuel, si de l’oxygène a été administré sur la pelouse, et pourquoi l’ambulance n’est pas entrée directement sur le terrain. Des sources proches du dossier évoquent de « possibles divergences » entre certains rapports.
Le même média souligne que l’enquête n’en est qu’au début et qu’elle ne tire, pour l’instant, aucune conclusion sur le travail des soignants. Le procureur en chef de Santa Cruz de Tenerife juge par ailleurs difficile toute poursuite pénale contre le gardien, s’agissant d’une action de jeu.
Les questions que se posent les internautes
Dans des vidéos de réaction et des commentaires, des internautes et des observateurs soulèvent plusieurs questions. Elles ne sont pas des accusations : ce sont celles que l’enquête devra éclaircir.
- Le joueur a-t-il été massé et défibrillé dès l’arrêt cardiaque, ou évacué sur civière avant d’avoir été pleinement réanimé ?
- Un défibrillateur automatisé externe (DAE) était-il disponible au bord du terrain, et a-t-il servi ?
- Combien de minutes se sont écoulées entre le choc, le premier massage et la première défibrillation éventuelle ?
- Le décès est-il dû au seul choc, ou le délai de prise en charge a-t-il pu jouer un rôle ?
Sur les réseaux, certains affirment aussi qu’un coéquipier a tenté un massage cardiaque avant l’arrivée des secours. DoingBuzz n’a trouvé aucune source qui le confirme. Les médias consultés décrivent des joueurs paniqués qui appellent les secours, et des soins prodigués par le personnel médical.
Une autre rumeur évoque des dirigeants cherchant en urgence un hôpital disposant d’oxygène. Elle n’est pas confirmée. Selon VerificaRTVE, ce détail figurait dans un faux communiqué attribué à Jesús Owono, et il ne correspond pas au déroulé des faits à Tenerife. Le joueur a été conduit directement à l’hôpital de Candelaria. Nous avons détaillé cette intox dans notre article sur le faux message de Jesús Owono.
Chaque minute compte : le précédent Eriksen
Le 12 juin 2021, Christian Eriksen s’effondre en plein match de l’Euro entre le Danemark et la Finlande, à Copenhague. Il est massé et défibrillé sur la pelouse en quelques minutes. Il survit et rejoue ensuite au plus haut niveau.
Ce cas illustre la chaîne de survie : reconnaître l’arrêt cardiaque, masser immédiatement, défibriller le plus tôt possible. Selon le cardiologue argentin Mario Fitz Maurice, cité par Infobae, une intervention commencée dans les deux ou trois premières minutes, avec un défibrillateur disponible, peut permettre à plus de 80 % des victimes d’arriver vivantes à l’hôpital. Les spécialistes interrogés par le même média le rappellent : chaque minute perdue réduit les chances de rétablir un rythme cardiaque normal.
Ce que des observateurs demandent à la FIFA
Le drame relance un appel adressé à la FIFA et à son président Gianni Infantino. L’instance a déjà fait un pas : depuis 2013, elle distribue à ses fédérations membres une trousse médicale d’urgence contenant un défibrillateur. Pour de nombreux observateurs, il faut aller plus loin :
- rendre obligatoire un DAE en état de marche au bord de chaque terrain, chez les pros comme chez les amateurs ;
- former tous les joueurs, entraîneurs et arbitres aux gestes qui sauvent : alerter, masser, défibriller ;
- financer cette réforme, notamment dans le football amateur, ce que la FIFA a largement les moyens de faire.
Ce que l’on ne sait pas encore
- La cause exacte du décès, que doivent établir l’autopsie et les expertises.
- Si un défibrillateur a été utilisé sur la pelouse, et à quel moment.
- Où le joueur a réellement retrouvé un pouls : sur le terrain ou dans l’ambulance.
- La chronologie précise, minute par minute, entre le choc et le départ vers l’hôpital.
- Si un coéquipier a réellement pratiqué un massage cardiaque.
Poser ces questions ne revient à accuser personne : ni les secouristes, ni le club, ni les organisateurs, et encore moins Jesús Owono. Selon la presse espagnole, le gardien est lui-même dévasté par ce drame et subit depuis une vague d’insultes racistes. Le but est simple : qu’un tel drame ne se reproduise plus.
DoingBuzz renouvelle ses condoléances à la famille et aux proches de Jesús de Miguel, ainsi qu’au CD Tenerife, et adresse tout son soutien à Jesús Owono.
Photo : le stade Heliodoro Rodríguez López, à Santa Cruz de Tenerife. Crédit : Mentxuwiki / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.



















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