En Haïti, le président salvadorien Nayib Bukele a envoyé plus de 2 000 militaires après la disparition de quatre de ses soldats, pris dans une embuscade tendue par des gangs près de Port-au-Prince. Officiellement une mission de sauvetage, l’opération prend des allures de démonstration de force et inquiète jusqu’aux Nations unies.
Sommaire5 parties
Une embuscade à l’origine de tout
Tout commence le 18 octobre 2026. Quatre militaires salvadoriens, des spécialistes de l’aéronautique intégrés à la Force de répression des gangs (FRG), la mission internationale soutenue par l’ONU, regagnent leur base après un passage dans un marché en périphérie de la capitale. Leur véhicule blindé est attaqué à Santo, une localité de Croix-des-Bouquets, au nord-est de Port-au-Prince. Depuis, plus aucune nouvelle officielle des quatre hommes.
Le 21 octobre, Nayib Bukele publie un message en créole à l’adresse des bandes armées : s’ils ne rendent pas ses soldats de leur plein gré, le Salvador ira les chercher par la force. Quelques jours plus tard, il promet de « donner une leçon » aux gangs qui font souffrir la population haïtienne.
Plus de 2 000 soldats salvadoriens, des hélicoptères et des blindés
La menace a été suivie d’effet. En une semaine environ, le Salvador a acheminé en Haïti plus de 2 000 militaires, appuyés par des hélicoptères et des véhicules blindés. Le ministère salvadorien des Affaires étrangères parle d’une opération de grande envergure, soutenue par plusieurs pays et organismes internationaux. Selon la presse, l’effectif pourrait encore grimper jusqu’à 2 500 hommes. La République dominicaine voisine a proposé un appui logistique.
À titre de comparaison, la FRG elle-même compte environ 2 000 agents. Le Salvador a donc déployé, à lui seul, presque autant de troupes que toute la mission internationale. Ces soldats viennent s’ajouter à la police haïtienne, à l’armée nationale et à une force de sociétés de sécurité privées étrangères déjà présentes sur le terrain.
Le président américain Donald Trump a affiché son soutien à son allié salvadorien. En évoquant l’intervention, il a laissé entendre que des hommes de Bukele avaient été tués, une publication que le président salvadorien a reprise en écrivant « je confirme » sur X.
Le sort des quatre militaires disparus reste incertain
Plus de deux semaines après l’embuscade, personne ne sait officiellement ce qu’il est advenu des quatre soldats. Des corps ont été récupérés après l’attaque, mais aucune identification définitive n’a été annoncée, et les informations restent contradictoires. Les autorités haïtiennes les considèrent toujours comme disparus, le gouvernement salvadorien affirme qu’ils sont vivants, tandis qu’un chef de gang assure qu’ils sont morts.
Ce chef, c’est Wilson Joseph, alias « Lanmò San Jou », à la tête du gang 400 Mawozo. Dimanche 1er novembre, il a écrit au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, pour réclamer l’envoi d’une délégation onusienne chargée d’ouvrir un dialogue. Il dit craindre que l’offensive salvadorienne ne déclenche une vague de représailles contre les civils.
Sauvetage ou guerre contre les gangs ?
Pour plusieurs observateurs, l’ampleur des moyens dépasse largement une simple mission de recherche. Jake Johnston, spécialiste américain d’Haïti, estime auprès de l’AFP qu’avec 2 000 hommes, on n’est plus du tout dans ce registre. Bukele, qui a bâti sa réputation sur une répression implacable des gangs dans son propre pays, semble vouloir exporter sa méthode au-delà de ses frontières.
Les Nations unies, elles, marchent sur des œufs. L’organisation a rappelé que ce déploiement se fait en dehors du cadre de la mission qu’elle a autorisée. Des accusations de bombardements ont par ailleurs circulé, mais le président salvadorien les a rejetées.
Ce que l’intervention salvadorienne change pour Haïti
Pour Haïti, où les gangs contrôlent l’essentiel de la capitale, l’arrivée de ces troupes suscite à la fois l’espoir d’un recul des bandes armées et la crainte d’une nouvelle escalade de violence, dont les civils pourraient être les premières victimes. Bukele, lui, l’a promis : ses soldats resteront jusqu’à ce que les quatre militaires soient retrouvés. DoingBuzz suivra l’évolution de la situation.
Photo d’illustration (archives, janvier 2025) : Ambassade des États-Unis en Haïti / Wikimedia Commons, domaine public.





















Commentaires 0