Sommet sur les économies africaines : la France dans une guerre de positionnement


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La cote de popularité de la France en Afrique est en chute libre depuis des années. Et alors, l’Élysée multiplie les actions pour redorer son blason sur le continent. Dernier acte en date : le sommet de Paris pour repenser le financement des économies africaines frappées par le Covid-19, afin d’éviter aux États africains le naufrage.

Avec environ 130 000 morts dénombrés en Afrique, la pandémie de Covid-19 a nettement épargné le continent en termes de nombre de victimes, contrairement à d’autres régions du monde. Cela est une évidence. Mais il est également vrai qu’économiquement, l’Afrique est frappée de plein fouet. Les économies africaines déjà faibles ont été davantage fragilisées. Le PIB de l’Afrique accuse un recul de 2.1%, et le continent connaît sa première récession économique depuis 25 ans.

Une brèche s’est alors ouverte. Et la France d’Emmanuel Macron a décidé de s’y engouffrer pour se repositionner sur le continent et asseoir davantage son influence même au-delà de son pré-carré. Cette volonté d’aller au-delà de sa zone de confort habituelle se sent à travers la nature des invités au sommet de Paris, tenu ce 18 mai. Toutes les cinq régions du continent ont été représentées par la présence physique de leur chef d’État : le Nord avec la Tunisie et l’Égypte, l’Ouest avec le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Ghana, le Mali, le Nigeria, la Mauritanie et le Sénégal, l’Est avec le Soudan et l’Éthiopie, l’Afrique Centrale avec la République Démocratique du Congo et le Rwanda, et l’Afrique Australe avec l’Angola et le Mozambique.

Cette conférence, qui a a également connu la participation d’une dizaine d’institutions financières internationales, vise à « mettre en place un paquet de soutien massif à l’Afrique et à poser des bases pour un nouveau cycle de croissance sur le continent, qui sera aussi un relais pour une croissance pour l’économie mondiale ». Pour atteindre cet objectif, plusieurs solutions ont été mises sur la table. Par exemple, il s’agira de faire bénéficier davantage à l’Afrique des Droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international (FMI), ou encore d’alléger la dette des pays du continent.

Reprendre pied en Afrique

L’initiative de ce sommet visant à sortir l’Afrique du fossé économique dans laquelle l’a enfoncée la pandémie de Covid-19 ne saurait être considérée comme une œuvre altruiste philanthropique de la France. Loin de là ! Tout observateur attentif des relations de coopération entre les pays africains et leurs partenaires internationaux voit clairement le déclin de la France face à d’autres partenaires comme la Chine qui a même réussi à devenir le premier partenaire bilatéral de l’Afrique. En dehors de la Chine, des pays comme la Russie, la Turquie ne cessent de multiplier les assauts pour mieux asseoir leur présence sur ce continent, le continent de l’avenir, selon toutes les prévisions.

Même dans le fameux pré-carré, le sentiment anti-français se fait de plus en plus ardent. Au Sénégal, à la faveur des soulèvements populaires dans le cadre de l’« affaire Ousmane Sonko », des manifestants s’en sont pris à des intérêts français sur place. Mêmes manifestations d’exaspération au Mali, au Niger et dans bien d’autres pays africains francophones. Tout récemment, c’est le Gabon, un des pays pivots de la Françafrique, qui a entamé des négociations en vue d’adhérer au Commonwealth. Que cache une telle démarche ? La question mérite bien qu’on s’y penche.

Ce sentiment anti-français a été exacerbé par l’éveil d’une certaine jeunesse et d’une partie de l’élite intellectuelle africaine qui, à la faveur des réseaux sociaux, médiatise fortement, depuis quelques années, sa lutte contre le franc CFA, la monnaie coloniale qui renforce la dépendance de ses pays utilisateurs vis-à-vis de leur ancienne métropole, et qui est source de paupérisation de masse en Afrique.

En somme, la France est bien consciente que sa présence en Afrique s’effrite, et depuis un certain moment, multiplie les actions sur le continent pour redorer son blason. À la veille du sommet de ce mardi, une conférence de soutien à la transition au Soudan, pour se pencher sur le rééchelonnement de sa dette avec ses principaux bailleurs, s’est tenue, toujours à Paris, et toujours à l’initiative d’Emmanuel Macron.
La démarche de la France est donc, avant tout, diplomatique. Se donner le beau rôle pour davantage affermir sa présence en Afrique. C’est de bonne guerre, pourvu que les dirigeants africains qui ont pris part au sommet de Paris gardent les yeux bien ouverts afin d’en tirer le meilleur pour leur peuple.

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