Canada: Tous savoir réellement sur le canada


Canada se prononce /kana’dɒ/ en français et /kana’da/ en anglais standard. C’est le deuxième plus grand pays de la planète par sa superficie, juste derrière la Russie. Il est situé en Amérique du Nord, à travers les océans Atlantique et Pacifique, ainsi que l’océan Arctique au nord de la Russie. Le Canada comprend dix provinces et trois territoires; on l’appelle aussi Canada 5 écoute ou Canada 6 écoute. La frontière sud et ouest du Canada avec les États-Unis s’étend sur 8 891 kilomètres. Cela en fait la plus longue frontière terrestre binationale au monde. Les langues officielles du pays sont le français et l’anglais. Sa capitale est Ottawa et trois de ses plus grandes régions métropolitaines sont Vancouver, Montréal et Toronto.

La côte atlantique a été explorée puis colonisée par les Britanniques et les Français pendant plusieurs siècles avant 1540. Plusieurs guerres intercoloniales entre les Français et les Britanniques ont eu lieu par la suite. En 1763, la France céda toutes ses colonies nord-américaines sauf une aux Britanniques, qui devinrent territoire canadien. En 1783, la guerre d’indépendance des États-Unis prend fin avec le départ des loyalistes américains des États-Unis. Certains ont migré vers l’Amérique du Nord britannique et le Canada, qui s’est formé à leur place après la guerre. D’autres migrants ont été expulsés et déplacés vers d’autres parties des colonies. En 1812, une tentative d’invasion américaine est repoussée par les colons ; cela s’est produit à une époque où des colonies britanniques s’établissaient sur la côte du Pacifique.

Le 1er juillet 1867, trois colonies britanniques s’unissent pour former la Confédération de l’Amérique du Nord britannique. La confédération de l’Amérique du Nord britannique réunit alors sept autres colonies pour former le dominion du Canada. Cette union a conduit à la création de l’un des plus grands empires du monde ; de plus, il a eu un impact significatif sur le paysage culturel et économique des Amériques. Le Statut de Westminster de 1931 et la Loi sur le Canada de 1982 ont été particulièrement importants — ces deux actes séparant le Canada de ses derniers liens juridiques avec le Parlement britannique.

Le Canada est une monarchie constitutionnelle avec une démocratie parlementaire semblable à Westminster. Le monarque est le chef de l’État, mais le premier ministre est nommé par le gouverneur général, qui représente le monarque. De plus, le Canada est un royaume du Commonwealth; c’est le seul pays au monde dirigé par ce système politique. Le Canada se classe au premier rang dans de nombreuses comparaisons internationales pour la qualité de vie, l’éducation, la liberté économique, les libertés civiles et la transparence gouvernementale. La population canadienne compte près de 37 millions d’habitants; cependant, il y a des minorités raciales représentées dans la population. Cela est dû à l’introduction du multiculturalisme au Canada en 1971.

Le Canada est considéré comme un pays développé avec le 24e PIB nominal par habitant le plus élevé. C’est aussi le quinzième pays le plus développé en termes d’indice de développement humain. L’économie du Canada est dixième sur la liste; sa principale ressource est constituée de ressources naturelles et de ses réseaux commerciaux internationaux bien établis. Il est membre de nombreuses grandes organisations internationales, dont le Conseil de l’Arctique, le G7, le G10, le G20, l’OIF, l’OCDE, l’OEA, l’OTAN et l’OMC.
Étymologie
Le nom du Canada vient du mot iroquois « kanata », qui signifie « village » ou « établissement sur terre ». Il se prononce avec un « g » et un « d » : « Kanada », ce qui veut dire la même chose. Les autochtones de la région qui allait devenir le Canada utilisaient ce mot pour orienter l’explorateur breton Jacques Cartier dans la bonne direction lors de son arrivée à Stadaconé. Cartier a ensuite utilisé « Canada » pour désigner les terres de Donnacona lorsqu’il faisait référence au village qu’il avait découvert.

Le comte de Castelnau déclare qu’il est pratiquement impossible de déterminer l’origine du nom Canada dans un rapport sur ses voyages en Amérique du Nord de 1837 à 18441. Il explique que les Espagnols ont été la première nation à découvrir le Canada ; cependant, ils n’ont rien trouvé de significatif lorsqu’ils sont descendus de leurs chevaux. En conséquence, ils ont nommé le pays il capo di nada (ou Cap de rien).

Le nom « Canada » vient du français au XVIe siècle. Il faisait référence à ce qu’on appelle aujourd’hui la vallée du fleuve Saint-Laurent. Les gens ont utilisé ce terme dans nombre de leurs écrits et cartes. Certaines archives suggèrent même que ce nom a été adopté en raison des circonstances entourant sa création14,15.

Lors du premier voyage de Cartier, il convainc deux Amérindiens d’une vingtaine d’années nommés Domagaya et Taignoagny de voyager avec lui en France. Leur père était le chef Donnacona. Cartier savait que cela donnerait à son prochain voyage un avantage stratégique en fournissant aux deux frères des compétences et des connaissances en français. Ils ont eu une relation étroite d’un an avec des citoyens français qui leur a fourni des informations clés pour la prochaine expédition.

Lorsque Cartier repart en mai 1535, il le fait avec deux guides iroquoiens. Pendant plusieurs jours au cours de son voyage, Cartier avait déjà exploré les régions qu’il avait rencontrées l’année précédente. Francis Cartier, comme ses prédécesseurs européens, croyait à tort que l’île d’Anticosti était une péninsule. Dans le cadre de la deuxième étape de son voyage, il a dépassé sa pointe la plus à l’ouest.

 

La période de l’histoire 1492 – 1867, connue sous le nom de période coloniale, a été établie par les Européens.
La colonisation européenne des Amériques est décrite en entier dans l’article principal.

Une carte créée par Jean Cabot lors de son exploration des côtes du Canada.
En 1497, les frères Zeno avaient déjà débarqué à Bonavista, Terre-Neuve, alors partie du Royaume d’Angleterre. Cela a probablement inspiré les Cabot à y débarquer plus tard la même année, comme ils l’ont fait au nom du roi Henri VII. Plus tard au cours du même siècle, João Fernandes Lavrador et Pêro de Barcelos ont étudié ensemble la côte du Labrador. Cependant, ils n’ont pas revendiqué ce nouveau territoire pour la couronne portugaise; au lieu de cela, leurs conclusions ont été partagées avec le public55. Le différend frontalier du Labrador trouve son origine avec la carte et se poursuit aujourd’hui alors que le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador revendiquent la possession de la région. Le Québec croit qu’une bande côtière d’un mille se trouve sur son territoire, tandis que Terre-Neuve-et-Labrador croit que sa masse continentale s’étend au-delà de la ligne de partage des eaux et dans le territoire de la mer du Labrador. En 1927, le comité judiciaire du Conseil privé de Londres a défini cette ligne comme la frontière entre les deux provinces.

L’explorateur portugais Gaspar Corte-Real s’est rendu sur l’île de Terre-Neuve en 1500 à la recherche du passage du Nord-Ouest. Cependant, il est retourné au Portugal après avoir sécurisé 56 esclaves amérindiens sur l’île. Terre-Neuve a été incorporée au Canada en 1949; cependant, le Labrador est resté sous contrôle français et a été incorporé au Canada au 18e siècle.

De 1534 à 1763, la Nouvelle-France comprenait ce qui est aujourd’hui le Canada.
L’histoire de la Nouvelle-France, la colonisation française des Amériques et l’histoire du Québec ont toutes des articles principaux.
Exploration
Après l’expédition de Cartier en 1534, l’explorateur français Henry Morgan débarque en Gaspésie peu de temps après. Il adopte le nouveau nom de la Nouvelle-Écosse, de l’Amérique et du Canada : la Nouvelle-France. L’expédition de Saint-Malo de Cartier sur la côte armoricaine comptait deux navires et 61 membres d’équipage. Ils se sont d’abord rendus à Terre-Neuve, dans le golfe du Saint-Laurent et aux îles de la Madeleine. Cartier a ensuite visité l’Île-du-Prince-Édouard avant son arrivée à Gaspé. En cédant à la France la propriété de l’Amérique, Cartier se joint au voyage de 1524 de Giovanni da Verrazano en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve. C’est pourquoi Morgan l’appelait la Nouvelle-France ; il disait que c’était « le berceau du Canada français ».

En 1534, Jacques Cartier, un explorateur français, arrive à Gaspé.
En 1535, Cartier effectue un second voyage sur le fleuve Saint-Laurent. Lorsqu’il approche Donnacona, le chef du peuple iroquois du Saint-Laurent, il le rencontre pour la première fois à Gaspé. Après avoir visité Stadaconé, Cartier a désigné la région de Québec comme « Canada ». Il a ensuite remonté le fleuve jusqu’à Hochelaga et a traversé les rapides de Lachine pour se rendre à Montréal. Comme lors de son premier voyage, Cartier a rencontré de nombreuses autres tribus indigènes en cours de route. Certaines de ces personnes étaient soit éteintes, soit assimilées à d’autres tribus; d’autres ont été incorrectement confondus avec les Iroquois et les Hurons. À toutes fins utiles, Cartier déclara Montréal ville importante pour l’avenir du Canada lorsqu’il la visita en 1535. Lors de son troisième et dernier voyage en 1541, Jacques Cartier explora les régions environnantes du Canada ainsi que la masse continentale du continent. Il fonde Charlesbourg-Royal à l’extrémité ouest du Cap aux Diamants, qui est situé à l’embouchure de la rivière Cap-Rouge. Cependant, le village iroquoien de Québec se trouve à l’est de ce point géographique.

Après que Cartier ait quitté le Nouveau Monde, des explorateurs français ont exploré la région. Parmi eux se trouve Jean-François de Roberval qui, en 1542, fonde le royaume du Saguenay. Un autre explorateur, Nicolas Durand de Villegagnon, fonde France-Roy sur le site de Charlesbourg-Royal en 1555. Peu de temps après, il tente d’établir une colonie dans la baie de Rio de Janeiro. Cependant, il fut rapidement évincé par les colons portugais. De 1556 à 1559, deux colonisateurs huguenots, Jean Ribault et René de Goulaine de Laudonnière, tentent de coloniser ce qui est aujourd’hui la Floride et la Caroline du Sud. Mais ils ont été tués par des soldats espagnols avant de pouvoir commencer leur mission. Selon les archives espagnoles, le nom Juan de Fuca a été donné au détroit séparant l’île de Vancouver et l’État de Washington. Ce nom a été donné par l’explorateur grec Ioannis Phokas en 1592, qui a navigué vers le nord depuis le Mexique actuel. Martin Frobisher a également découvert l’île de Baffin, y compris la ville d’Iqaluit, en 1576 à la recherche du passage du Nord-Ouest. De plus, l’Espagne a employé un troisième explorateur, Ioannis Phokas, en 1592 pour rechercher le passage arctique. Cependant, cette expédition s’est terminée avant d’atteindre le passage intérieur situé entre les archipels et les fjords de la Colombie-Britannique.

 

La colonisation

Une carte de la Nouvelle-France de 1660 montre Terre-Neuve, le Labrador, le Québec, l’Estotiland et les Grands Lacs. De plus, la carte décrit l’Acadie dans le coin nord-est du pays.
Le nom Canada faisait à l’origine référence à une colonie française située dans l’actuelle ville de Québec. En tant que colonie française, c’était l’une des provinces de la Nouvelle-France. Le Canada a été fondé sur les rives du fleuve Saint-Laurent en 1534 lors de la découverte de Québec par Jacques Cartier et du développement des relations diplomatiques avec les Amérindiens. Le premier fort français permanent est fondé à Tadoussac en 1600. Ce fut la fondation de la ville actuelle de la rivière Saguenay, qui est située à l’embouchure de la rivière. La plupart des Français qui se sont installés au Canada venaient de la Saintonge, du Poitou et de la Normandie. Les filles du Roi et quelques fonctionnaires viennent d’Île-de-France et d’Orléans59.

En 1603, Henri IV ordonne une seconde tentative de colonisation de la Nouvelle-France ; cette fois avec l’aide d’un petit groupe de personnes vivant sur l’île de Sable. L’île se trouve au large de la Nouvelle-Écosse, qui n’était jusque-là habitée que par la Norvège, le Labrador, le Canada et Terre-Neuve.

Samuel de Champlain a voyagé avec un plus petit bateau après avoir laissé ses navires dans la région de Tadoussac. George Agnew Reid a déclaré que Champlain est arrivé sur le site de Québec.
Après de nombreux échecs, les Français ont finalement établi leur premier poste de traite d’été à Tadoussac, Québec en 1600. C’est le monopole du Sieur de Tonnetuit qui leur a accordé ce premier poste. Le roi avait donné à Pierre Chauvin le monopole de la traite des fourrures en 1603, puis le nomma lieutenant général en Amérique du Nord en 1604. En 1604, il mena une expédition avec Samuel Champlain et Jean de Poutrincourt dans le sud-est du Canada. Pierre Dugua de Mons fonde la première colonie sur l’île Sainte-Croix en 1604. Cependant, le rude hiver de cette année-là le pousse à déménager deux ans plus tard. Marc Lescarbot, avocat au parlement de Paris, séjourne en Acadie entre 1606 et 1607. De ses observations d’humaniste, il découvre les Amérindiens Micmacs. Cette information est devenue la base de son Histoire de la Nouvelle-France, qui a été publiée en 1609. La vallée royale d’Annapolis a alors été formée à partir des vestiges de la baie des Français ; c’est là que Port Royal fut fondé en août 1605. Ce port protégé situé en bordure d’une lagune près de Digby devint la première capitale de l’Acadie.

Lors de la fondation de la ville de Québec, la résidence du fondateur Jacques de la Messeleere s’y trouve.
Samuel de Champlain organise la Nouvelle-France en 1608. Elle comprend Québec, qu’il fonde la même année, selon le terme algonquin désignant le détroit d’un fleuve. Le nom faisait également référence à la capitale administrative de l’Amérique du Nord. Champlain a remonté le fleuve Saint-Laurent en 1585 avec Pierre Dugua de Mons. Ils remontent le fleuve jusqu’aux rapides de Lachine et naviguent sur les eaux de la rivière Richelieu avant d’atteindre la baie Georgienne, aujourd’hui la partie est du lac Huron. Champlain a répété son voyage en 1615 avec la baie Georgienne et le lac Huron comme destinations. En établissant d’excellentes relations diplomatiques et commerciales avec les Innus-Montagnais, les Algonquins et les Hurons-Wendats, Champlain a notamment été le premier gouverneur de la Nouvelle-France sans même en détenir le titre. Il accomplit cette tâche tout au long de son périple à travers la Nouvelle-France.

Les colons français sont souvent venus au Nouveau Monde dans des bateaux insalubres. Heureusement, leurs sauveteurs amérindiens ont utilisé des méthodes de guérison apprises de leurs voisins indiens. L’un était une décoction d’annedda faite à partir de l’écorce d’un cèdre blanc. En plus de traiter le scorbut, cette solution pourrait même traiter d’autres affections comme la tuberculose. Les membres de la famille de Samuel de Champlain, Louis Hébert, le laboureur et apothicaire, et sa femme Ursule se rendront à Québec avec lui en 1616 après son retour de France. Ce sera la première colonie française ; il finira par atteindre 60 personnes.

 

 

Développement

Afin de diriger la colonie, le roi Louis XIII place le gouverneur de la Nouvelle-France directement sous l’autorité du cardinal de Richelieu dès son entrée en fonction en tant que principal ministre d’État en 1624 et jusqu’à sa mort en 1642. Par la suite, la régente Anne d’Autriche nommera le Cardinal Mazarin en 1643 pour lui succéder jusqu’en 1661.

C’est en 1627 qu’est créé le régime seigneurial, principal mode d’administration des terres de la Nouvelle-France. Ce système est inspiré du régime féodal de la France sous lequel le censitaire (ou habitant) est dépendant du seigneur. Fondée par Armand Jean du Plessis, Cardinal de Richelieu, la Compagnie des Cent-Associés dont fait partie Samuel de Champlain, se voit octroyer les droits légaux et seigneuriaux et ce, en plus du droit de distribution des terres. Elle remplace la Compagnie de Montmorency, fondée en 1621, laquelle reprenait le rôle de la première compagnie de marchands de fourrure, la Compagnie des marchands de Rouen, fondée en 1613 par Samuel de Champlain61 et qui ont toutes deux manqué à leurs obligations de colonisation. C’est ainsi que le territoire de la Nouvelle-France est divisé en seigneuries, chacune faisant face à un cours d’eau, remises aux colons les plus offrants afin d’en exploiter les richesses, lesquelles deviendront des entités économiques essentielles à leur survie. De plus, la Compagnie des Cent-Associés obtiendra le monopole du commerce de la fourrure dans les colonies françaises de l’Amérique du Nord. En 1645, ce monopole de la traite sera transféré à la Compagnie des Habitants (à l’exception de l’Acadie)62. Autre changement important pendant l’année 1627 : la Compagnie des Cent-Associés introduit la Coutume de Paris qui, en 1664, devient obligatoire en vertu de l’édit royal créant la Compagnie des Indes occidentales. Cet unique code de loi vient ainsi uniformiser les rapports entre les citoyens à la grandeur de la colonie, notamment dans les affaires commerciales et civiles63.

À la première conquête de 1629, la Nouvelle-France passe sous domination britannique lorsque le marchand Sir David Kirke, en compagnie de ses frères, prend possession du fort et château Saint-Louis après l’assaut sur la ville de Québec où il somme Samuel de Champlain à la capitulation. Ce dernier est emmené de force en Grande-Bretagne pour négocier les termes de la cession des territoires français en Amérique. Cependant, après une période de tergiversation de trois ans, celui-ci est libéré, et l’Angleterre restitue la Nouvelle-France à la France en 1632 lors de la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye. À son retour en 1633, Samuel de Champlain fait construire l’église Notre-Dame-de-Recouvrance (sur le site de Place-Royale dans la basse-ville de Québec) et la nomme ainsi pour souligner le fait que la France (…) [vient] de recouvrer sa colonie64.

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Plan de la ville de Trois-Rivières, au Canada, en 1685.

En 1634, la ville de Trois-Rivières est fondée par un certain Laviolette (dont nous ne savons rien d’autre, sinon qu’il est un émissaire de Samuel Champlain), sur la rive nord du fleuve au confluent des trois chenaux dessinés par la rivière Saint-Maurice, à mi-chemin entre Québec et le futur site de Montréal. Ce site était, depuis le début du siècle, un endroit stratégique pour la traite des fourrures, avec développement vers le nord-ouest. Et c’est en 1639 que les premières religieuses de la congrégation des Ursulines s’établissent en Nouvelle-France dans la région de Québec, pour y fonder la première école pour filles en Amérique du Nord. En 1697, elles s’établiront à Trois-Rivières et, avec l’aide de l’évêque de Québec, achèteront du gouverneur de Trois-Rivières Claude de Ramezay, une maison dans laquelle elles auront pour mission d’ouvrir une école et un hôpital.

Lors de l’élargissement des frontières en terrains vacants et du développement de relations diplomatiques avec les Algonquiens, les Français sont aux prises avec la menace des offensives britanniques et iroquoises. C’est donc dans le but de protéger les colons que Ville-Marie (Montréal), fondée en 1642 par Paul de Chomedey de Maisonneuve est érigée sur une île au pied du mont Royal. Et c’est en cette même année que Jeanne Mance fonde l’hôpital de Ville-Marie, premier Hôtel-Dieu. Bien que relevant de l’État laïc, Jeanne Mance est toujours secondée, à compter de 1659 jusqu’à sa mort en 1673, par les Religieuses hospitalières de Saint-Joseph. En 1653, Sieur de Maisonneuve invite Marguerite Bourgeoys à s’installer à Ville-Marie pour y devenir institutrice. Elle fait construire en cette même année la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours (dans le Vieux-Montréal actuel) et fondera la congrégation Notre-Dame en 1659.

Après les massacres des Jésuites, Charles le Moyne de Longueuil et Pierre Picoté de Belestre entreprennent, à partir de 1648, une série d’expéditions diplomatiques en pays iroquois, lesquelles mèneront à l’expédition menée par le gouverneur Daniel de Rémy de Courcelles en 1666 et qui met définitivement fin à la menace iroquoise. Cependant, alors que les attaques iroquoises et anglaises s’intensifient et deviennent de plus en plus imminentes au cours de ces années, plusieurs Français se dévouent à la défense de la colonie et s’élèvent au rang des héros de la Nouvelle-France. Le plus connu sera sans doute Adam Dollard des Ormeaux, Sieur des Ormeaux et commandant de la garnison du Fort de Ville-Marie, qui se rend en 1660, lors de la bataille de Long Sault65, avec une équipe de jeunes soldats au Fort du Sault de la Chaudière sur la rivière des Outaouais, afin de défendre la Nouvelle-France contre l’invasion iroquoise. Bien qu’il mourra au combat, il sera néanmoins reconnu pour avoir repoussé l’invasion. Son nom est encore aujourd’hui bien ancré dans l’imaginaire des francophones du Québec et de l’Ontario qui le célébraient naguère chaque année au lieu de la fête de la Reine au mois de mai. Cependant la fête de Dollard fut renommée la journée nationale des patriotes en 2002 à cause de documents historiques qui selon les historiens réduirait Dollard des Ormeaux au titre de pirate qui serait mort en tentant de voler des fourrures et marchandises. Ces fourrures et marchandise auraient été attendues en France pendant près de deux ans, mais leur envoi aurait été retardé à cause de la guerre avec les Iroquois. Dollard des Ormeaux aurait été mystifié par les autorités religieuses de la colonie qui étaient avides de héros et de martyrs propres à stimuler le sentiment patriotique et religieux66 Puis, une jeune femme de 14 ans du nom de Marie-Madeleine Jarret de Verchères défend, en 1692 pendant huit jours, le fort de Verchères grâce à un mouvement de va-et-vient et des habits de soldats tout en faisant croire aux assaillants que le fort est rempli d’hommes alors qu’un seul soldat y veille.

Entre 1654 et 1656, le coureur des bois Médard Chouart des Groseilliers élargit les limites de la Nouvelle-France en explorant les territoires de ce qui est aujourd’hui le nord de l’Ontario en plus de ceux du pourtour de la baie d’Hudson et devient un des premiers Européens à atteindre le lac Supérieur. Il y retourne en 1659 avec Pierre-Esprit Radisson afin d’y exploiter le commerce de la fourrure. Cependant, à leur retour en 1660, ils sont réprimandés par le gouverneur Pierre de Voyer d’Argenson, vicomte de Mouzay pour commerce illégal.

Comme la très grande majorité des familles pionnières du Canada, lesquelles s’établissent notamment à l’île d’OrléansCharles Aubert de La Chesnaye arrive en Nouvelle-France au courant des années 1650. À partir de ce moment, il développera l’activité économique de la colonie, notamment en devenant le premier homme d’affaires du Canada et ce, en créant plusieurs commerces et en acquérant les droits de propriété de compagnies de traite de fourrures, mais aussi en devenant l’un des plus grands seigneurs et propriétaires terriens du Canada. En 1682, il créera la Compagnie de la Baie du Nord, laquelle obtiendra le monopole du commerce de la fourrure dans la colonie de la Baie du Nord (Baie d’Hudson) jusqu’en 170067, année à laquelle elle sera dissoute et remplacée par la Compagnie de la Colonie68.

Nommé vicaire apostolique de la Nouvelle-France et sacré évêque en 1658, Monseigneur François de Montmorency-Laval devient le premier évêque de Québec où il arrive le 16 juin 1659. Il fonde le Séminaire de Québec en 1663, à l’origine de la première université du Canada et la plus ancienne université francophone en Amérique, l’Université Laval. Il assume la fonction de gouverneur intérimaire de la Nouvelle-France à deux occasions, soit en 1663 et 1682. En 1658, on érige, sur la Côte-de-Beaupré en aval de Québec, une chapelle dédiée à Sainte-Anne. Elle fut reconstruite en 1661 en un site où se situe aujourd’hui la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, un des cinq sanctuaires nationaux du Canada. L’année 1672 verra les débuts de la construction de la basilique Notre-Dame de Montréal grâce aux prêtres de Saint-Sulpice. Bien que le diocèse de Québec ne soit créé qu’en 1674, le vicariat apostolique de la Nouvelle-France est créé en 1658 afin d’étudier le terrain pour l’instauration officielle d’une administration catholique au Canada. L’Église catholique jouera un rôle politique important où l’évêque de Québec sera responsable au sein du gouvernement des domaines touchant à la foi religieuse, à l’éducation et à la santé jusqu’à la Révolution tranquille du Québec dans les années 1960. Au fil des siècles, le diocèse prendra de plus en plus d’importance au point tel où il couvrira la totalité du territoire de la Nouvelle-France au xviiie siècle. Bien qu’il sera par la suite divisé en d’autres diocèses, il conservera son importance politique parmi tous les autres. En effet, il acquerra le titre d’archidiocèse, de province ecclésiastique et finalement, de primatie de l’Église catholique du Canada.

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Origines régionales des premiers colons français au Canada au xviie siècle.

En 1665, Jean Talon, surnommé « le Bâtisseur », est nommé premier intendant de la Nouvelle-France par Jean-Baptiste Colbert, sous commission du roi Louis XIV. Lors de son arrivée, le roi fait aussi venir des troupes militaires afin de défendre la colonie contre les menaces iroquoises. C’est ainsi que le lieutenant-général Alexandre de Prouville, marquis de Tracy, fait construire trois forts le long de la rivière Richelieu : le Fort Richelieu à l’emplacement actuel de la ville de Sorel-Tracy, le Fort Sainte-Thérèse près de Carignan et le Fort Saint-Jean près de la ville actuelle de Saint-Jean-sur-Richelieu. Toujours dans l’esprit de sa mission de bâtir la colonie, Jean Talon propose en outre d’instaurer le Conseil souverain au sein d’un gouvernement royal et de créer des cours de justice dans les villes de Montréal, de Québec et de Trois-Rivières. En 1666, Jean Talon effectue le premier recensement de la Nouvelle-France et, à la suite des conclusions qui en sont tirées, il met en place une série de mesures de compensation et d’imposition afin d’encourager la nuptialité et la natalité. Il fait entre autres venir de France 800 femmes, communément appelées les « Filles du Roy » parce que dotées par le roi, lesquelles sont accueillies par Marguerite Bourgeoys. Tout au long de son intendance, il encourage la colonisation de la vallée du Saint-Laurent, en y créant et en attribuant la grande partie des seigneuries de la Nouvelle-France, tout comme les gouverneurs qui suivront. C’est ainsi qu’à partir de la fin de la première moitié du xviie siècle et tout au long de la seconde moitié, l’on assistera au début de la formation des régions actuelles du Québec avec l’arrivée des colons français et le développement du commerce de la fourrure. Ainsi, avec la sédentarisation des nouveaux colons canadiens et la traite de la fourrure, le site de plusieurs centres régionaux historiques actuels sera fixé. De ce fait, la Nouvelle-France assistera à la naissance des villes telles que Baie-Saint-PaulBlainvilleBoisbriandBouchervilleChâteauguayLachuteLavalLavaltrieLévisLongueuilMataneMontmagnyRepentignyRimouskiRivière-du-LoupSept-ÎlesTerrebonneVarennes et Vaudreuil-Dorion, ainsi que La Tuque plus au nord, Belœil sur la rivière Richelieu et Saguenay dans le fjord du Saguenay. Bien que le régime seigneurial soit l’unique mode de division des terres, Jean Talon projette la création de trois villages en adoptant le plan de lotissement radial des Jésuites sur la seigneurie Notre-Dame-des-Anges en 1665, selon les directives du roi Louis XIV. Cette division des terres, unique en Amérique du Nord, permet le regroupement des colons afin d’assurer leur protection mutuelle contre les attaques iroquoises. Des trois villages projetés de Bourg-Royal, Bourg-Talon et Bourg-la-Reine, seul le village de Bourg-Royal voit le jour. Les terres en forme de triangle tronqué se déploient tout autour d’un quadrilatère central69, situé à l’emplacement de l’arrondissement historique du Trait-Carré de Charlesbourg dans la ville de Québec70.

En 1669, le roi Louis XIV crée un nouveau poste au sein de l’Ancien Régime français afin de diriger la Nouvelle-France, celui de Secrétaire d’État de la Marine. Ainsi, le Conseil souverain sera placé directement sous son autorité et recevra les ordonnances du roi par son intermédiaire. Cependant, plus tard, deux autres principaux ministres de l’État auront une autorité sur la colonie et par le fait même agiront de concert avec les secrétaires d’État de la Marine de l’époque. Il en est ainsi du Cardinal Dubois qui assumera ce rôle sous la régence du duc Philippe d’Orléans de 1715 à 1723 ainsi que d’André Hercule de Fleury qui effectuera les mêmes tâches de 1726 à 1743 sous le règne de Louis XV. Avec cette nouvelle organisation, Jean Talon réussira à diversifier l’économie grâce au système mercantile établi entre la Nouvelle-France, la métropole et les Antilles françaises. Il agrandit en outre les limites de la Nouvelle-France en chargeant des explorateurs d’étudier de nouveaux territoires. C’est ainsi que le coureur des bois Louis Jolliet et le père Jacques Marquette sont envoyés en exploration le long de la vallée du Mississippi. En revenant de leur expédition, ils s’arrêtent sur le site de la ville actuelle de Chicago (point de passage entre les Grands Lacs du Canada et le bassin du Mississippi) et y créent un poste permanent de traite de fourrure. Cependant, c’est en 1682 que René Robert Cavelier de La Salle prend possession des lieux et nommera le territoire s’étendant des Grands Lacs au Golfe du Mexique du nom de Louisiane en l’honneur du roi de France. De plus, Jean Talon envoie deux équipes à l’est afin de trouver une solution pour relier l’Acadie et le Canada par route terrestre. Dans la même lignée d’exploration, Charles Albanel, Paul Denys de Saint-Simon et Sébastien Provencher sont recrutés pour explorer les terres de la Baie du Nord (Baie d’Hudson) et pour appuyer la souveraineté de la France sur cette région au moment où la Compagnie de la baie d’Hudson y commence ses activités71Simon François Daumont de Saint-Lusson a pour sa part la mission d’explorer la région de l’Outaouais et du bassin des Grands Lacs, constituant en grande partie l’ensemble de la région canadienne des Pays-d’en-Haut. Parallèlement le peuplement reste une préoccupation, même si la colonie peut compter sur une immigration de la métropole dont certaines sont dues au bannissement. Par exemple, entre 1730 et 1745, 585 faux-sauniers sont envoyés en Nouvelle-France plutôt qu’aux galères72.

Dirigé par Pierre de Troyes, l’explorateur canadien Pierre Le Moyne d’Iberville est envoyé en expédition à la baie James73 et se rend donc en 1686 dans la région de la baie d’Hudson avec pour mission d’y déloger les Anglais qui y avaient établi la Compagnie de la Baie d’Hudson en 1670. Ces derniers avaient indûment pris possession des territoires entourant le plan d’eau après la trahison de Médard Chouart des Groseilliers et de Pierre-Esprit Radisson à l’endroit de la France. Ces deux explorateurs français avaient suscité l’intérêt de l’Angleterre afin de prendre le contrôle du commerce de la fourrure dans la région en 1668 après le refus de Louis XIV de leur accorder les permis d’exploitation. Le seul voyage de l’Angleterre dans la région se fit en 1610 lorsque Henry Hudson navigua sur les eaux de la baie d’Hudson. Ce dernier n’avait cependant établi qu’un campement hivernal sur la rive de la baie puisque pris par les glaces, sans exploration des territoires, puis fut laissé pour mort au printemps lors de la mutinerie de son équipage qui retourna en Angleterre.

Guerres vers 1700

La compétition pour les territoires, les bases navales, la fourrure et la pêche devenant de plus en plus féroce, maintes guerres éclatent impliquant les Français, les Hollandais, les Britanniques et les tribus amérindiennes comme alliées. Ainsi, le xviiie siècle sera caractérisé en grande partie par les guerres intercoloniales (nommées French and Indian Wars en Nouvelle-Angleterre) qui apparaissent entre les Français, avec pour alliés les Hurons et les Algonquins, et les Hollandais — au début — ainsi que les Britanniques par la suite, lesquels ont pour alliée la confédération iroquoise, afin de définir le contrôle du commerce de la fourrure, notamment dans la vallée de l’Ohio. Ces guerres intercoloniales se perpétreront environ au même moment que les quatre guerres franco-britanniques en Europe entre 1689 et 1763.

220px Frontenac receiving the envoy of Sir William Phipps demanding the surrender of Quebec%2C 1690

Le gouverneur Frontenac refusant de se rendre lors de la bataille de Québec.

Dans le but de protéger la ville de Québec contre la Nouvelle-Angleterre, le gouverneur Louis de Buade de Frontenac fait construire la première enceinte de la Citadelle de Québec en 1690. Au mois d’octobre de cette même année, le gouverneur Frontenac rejette l’offre de reddition de la ville et réussit à repousser les Britanniques de William Phips à la bataille de Québec. De plus en 1695, à l’emplacement actuel de Kingston en Ontario, celui-ci reprend la construction du Fort Frontenac qui avait été détruit en 1688 par les Iroquois, alors que l’ancien fort avait été construit après négociations entre le gouverneur Frontenac et une délégation iroquoise en 1673 afin d’étendre le commerce de la fourrure dans les Pays d’en Haut et de protéger Ville-Marie contre les Anglais.

Les nations autochtones s’étant fait la guerre entre elles tout au long du xviie siècle pour obtenir le privilège du commerce de la fourrure auprès des puissances européennes, la Nouvelle-France signe finalement la Paix des Braves en 1701 entre ses alliés et la confédération iroquoise, connue aussi sous le nom de Grande paix de Montréal, grâce au gouverneur Louis-Hector de Callière. Celle-ci regroupe près d’une quarantaine de nations autochtones et plusieurs milliers de délégués français et autochtones. Bien que des traités de paix furent avancés auparavant par les différents gouverneurs auprès des Iroquois, ce traité mettra définitivement fin aux guerres franco-iroquoises et de ce fait, aux guerres entre les peuples autochtones mêmes qui avaient débuté avant même l’arrivée des Européens en Amérique du Nord. Il marquera un tournant dans l’histoire dans les relations entre Français et Amérindiens alliant ainsi les Français aux Iroquois en protection contre les offensives britanniques74,75,76.

Par suite de la première guerre franco-britannique (guerre de la Ligue d’Augsbourg), le traité de Ryswick de 1697 élargit les frontières de la Nouvelle-France, notamment grâce à la reconnaissance par l’Espagne de la partie ouest de Saint-Domingue (Haïti) comme étant possession française. De plus, ils mettent provisoirement fin à la guerre en restituant à la France les établissements de la baie d’Hudson et une partie de l’Acadie77. Puis, en cette même année, Pierre Le Moyne d’Iberville est choisi par la France pour retourner découvrir l’embouchure du fleuve Mississippi et coloniser la Louisiane, laquelle est convoitée par les Britanniques. Il y fonde le premier peuplement près de la baie de Biloxi, en compagnie de son frère Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville. Ce dernier fondera La Nouvelle-Orléans en 1718.

Dans la même période d’exploration qui s’étend vers le Pays des Illinois en Louisiane et au moment où les Français tentent de coloniser davantage les territoires du sud pour faire face à la menace britannique dans la vallée de l’OhioAntoine Laumet de La Mothe, Sieur de Cadillac, fonde en 1701 la ville de Détroit avec la construction du Fort Pontchartrain. La ville de Windsor, sur l’autre rive de la rivière Détroit, sera peuplée en 1748 à même ce fort, alors que le Fort Rouillé sera érigé en 1750 à l’emplacement actuel de la ville de Toronto sous l’ordonnance du gouverneur Jacques-Pierre de Taffanel de La Jonquière, marquis de La Jonquière.

Traité et paix d’Utrecht

Après la victoire de la Grande-Bretagne à la Guerre de Succession d’Espagne, les Britanniques s’emparent, lors du traité d’Utrecht en 1713, de la partie française de Terre-Neuve, de la baie d’Hudson et d’une partie de l’Acadie, puis mènent à la destruction complète de la capitale de cette dernière, Port-Royal (Annapolis Royal). Les territoires acadiens à l’est de la baie Française (baie de Fundy) formeront une nouvelle colonie britannique qui prendra le nom de Nouvelle-Écosse. Cependant, par faute d’une évaluation exacte de la superficie du territoire par les Anglais, les Français conservent une partie de l’Acadie continentale, soit le Nouveau-Brunswick actuel, bien que la souveraineté de cette région sera disputée. Les îles de la Madeleine, l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) et l’île Royale (île du Cap-Breton) demeurent aussi au sein de la Nouvelle-France et seront unies en colonie de l’Île-Royale. Sur l’île Royale, les Français entreprennent la construction de la forteresse de Louisbourg, ville qui deviendra capitale en 1718. Lors de la guerre de Succession d’Autriche, les Britanniques venus de Nouvelle-Angleterre captureront la forteresse en 1745, mais cette dernière sera restituée à la France lors de la signature du traité d’Aix-la-Chapelle en 1748. L’année suivante, les soldats britanniques fonderont la ville d’Halifax en y créant un avant-poste militaire afin de peupler la Nouvelle-Écosse de colons britanniques.

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La Forteresse de Louisbourg, aujourd’hui intégrée à Parcs Canada.

Pendant la période de paix qui suit le traité d’Utrecht, en plus de la construction de la forteresse de Louisbourg et de la fondation de Port-la-Joie (aujourd’hui Charlottetown) par les Acadiens, les colons de la Nouvelle-France construisent le chemin du Roy en 1737 afin de relier Québec, Trois-Rivières et Montréal sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent. Ce chemin devient la première route carrossable au Canada et est nommé ainsi dans l’espoir que le roi l’empruntera un jour. À partir de 1720, les fortifications de la ville de Québec sont par ailleurs érigées. De plus, la colonisation française commence à s’étendre le long de la rivière Chaudière, laquelle mène directement aux colonies de la Nouvelle-Angleterre à partir de la ville de Québec, et par conséquent développe la région de la Beauce, allant même jusqu’au site actuel de Lac-Mégantic. Puis, en 1738, la Nouvelle-France agrandit son territoire de plus belle avec l’exploration de l’ouest canadien. La région est explorée pour la première fois grâce à Pierre Gaultier, seigneur de Varennes et de La Vérendrye, lequel fait construire le Fort Rouge, à l’emplacement actuel de la ville de Winnipeg. En 1740, son fils François atteint les montagnes Rocheuses et explore les régions actuelles du Montana et du Wyoming. Après la guerre de Succession d’Autriche, en 1748, Pierre de Rigaud de Vaudreuil, alors gouverneur de Montréal, reçoit une seigneurie du roi Louis XV sur les terres de la ville actuelle de Saint-Hyacinthe.

Guerre de la Conquête

La Nouvelle-France s’étend dorénavant du golfe du Saint-Laurent aux montagnes Rocheuses. Cependant, afin de prendre le contrôle du commerce de la fourrure et d’empêcher l’expansion du catholicisme en Amérique, les Britanniques tentent de plus belle de s’emparer des territoires de la Nouvelle-France, notamment en essayant de se rendre dans la vallée de l’Ohio. Lorsque la guerre de Sept Ans éclatera en 1756 entre la France et la Grande-Bretagne en Europe, le conflit fait déjà rage en Amérique.

220px Carte de la fronti%C3%A8re canadienne vers 1755

Carte de la frontière méridionale du Canada vers 1755/1759 par Pierre Pouchot commandant du Fort Niagara.

Ainsi, la guerre de la Conquête débute au mois de mai 1754 lorsque Coulon de Jumonville est envoyé en mission de reconnaissance afin de savoir si le territoire français (dans l’actuel État de Pennsylvanie) est en effet envahi par les Anglais et, le cas échéant, pour délivrer à ces derniers une sommation de retrait au nom du roi Louis XV. Dans cette altercation qui sera connue comme étant l’Affaire Jumonville est la cause directe du déclenchement de la guerre. George Washington est accusé par les Français d’avoir ouvert le feu sur cet émissaire du roi de France. Ce conflit a pour conséquence la bataille de Fort Necessity en juillet de cette même année. Au cours de cette dernière, le commandant du Fort Duquesne (actuel Pittsburgh), Claude-Pierre Pécaudy de Contrecœur, décrète l’ordonnance d’arrestation de George Washington par un contingent de soldats commandé par Louis Coulon de Villiers, se soldant ainsi par la première victoire française.

Puis, en 1755, les soldats britanniques dirigés par Robert Monckton ouvrent une offensive et conduisent à la bataille de Fort Beauséjour dans la région du Beaubassin près du village « Le Coude » en Acadie (site de la ville actuelle de Moncton). Cette dernière mènera à la Déportation des Acadiens (surnommé le Grand Dérangement) par les Anglais, en cette même année, à partir du village de Grand-Pré dans le bassin des Mines. Alors que la résistance mènera des Acadiens à se réfugier au Canada, d’autres conflits continueront la déportation dont la prise du Fort Gaspareaux et la bataille de Petitcoudiac en cette même année ainsi que la bataille du Cran en juillet 1758. Cependant, le siège de Louisbourg commença un mois avant cette dernière et mène la Grande-Bretagne à contraindre à la reddition les Français de la forteresse de Louisbourg en juillet, laquelle deviendra un point stratégique pour la prise de la ville de Québec.

Une série d’expéditions et de batailles se succéderont pour la prise de la vallée de l’Ohio, au cours desquelles tant les Britanniques que les Français connaîtront victoires et défaites. Parmi les batailles les plus décisives de la guerre de la Conquête sur ce territoire, l’on peut nommer, entre autres, la bataille de la Monongahela, la bataille du Lac George, la bataille de Fort Bull, la bataille de Fort Oswego, l’expédition Kittanning, la bataille de Fort William Henry, la bataille de Fort Carillon, la bataille de Fort Frontenac, la bataille de Fort Duquesne, la bataille de Fort Ligonier et la bataille de Fort Niagara (dernière bataille majeure pour la possession de la vallée de l’Ohio).

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La Mort du général Wolfe, peint par Benjamin West, illustre la mort du général britannique Wolfe après sa victoire à la bataille des Plaines d’Abraham en 1759.

Le , le siège de la ville de Québec débute lorsque les Britanniques posent pied à l’île d’Orléans. À la première tentative de débarquement pour la prise de Québec, les Anglais connaissent cependant une défaite lors de la bataille de Beauport au mois de juillet 1759. Au mois de septembre de la même année, les troupes britanniques débarquent à l’anse au Foulon, et des soldats escaladent la falaise du cap Diamant. La bataille des Plaines d’Abraham devient l’une des batailles les plus déterminantes de la guerre de la Conquête et mène à la prise définitive de la ville de Québec par le général James Wolfe sur Louis-Joseph de Montcalm, marquis de Montcalm.

Lors de la bataille de Sainte-Foy, le gouverneur de la Nouvelle-France et François Gaston de Lévis, chevalier de Lévis réussissent à repousser les Britanniques du général James Murray. Cependant, les renforts britanniques arriveront avant ceux de la France et mèneront successivement à la capitulation de Trois-Rivières et à celle de Montréal en septembre 1760 par le gouverneur Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial, marquis de Vaudreuil, sous les conditions du général Jeffery Amherst, quelque temps après la bataille des Mille-Îles. Un dernier espoir est toutefois donné par la France aux colons de la Nouvelle-France au mois de juillet 1760 : une petite flotte armée est envoyée dans la baie des Chaleurs, mais confrontée à une bataille vaine, la bataille de la Ristigouche.

Pendant trois ans, la Nouvelle-France est dominée par un régime militaire anglais, puis à la suite de la victoire britannique à la guerre de Sept Ans, la Grande-Bretagne s’approprie définitivement les colonies de l’Acadie, de l’Île-Royale et du Canada et la partie orientale de la Louisiane (entre le Mississippi et les Appalaches) au Traité de Paris en 1763. Ainsi, la Nouvelle-France prend fin et, bien que plusieurs vestiges de cette période passée demeurent encore aujourd’hui après la vente aux Américains du restant de la Louisiane en 1803 par Napoléon Bonaparte, le territoire des îles Saint-Pierre-et-Miquelon reste la seule possession française en Amérique du Nord. À partir de 1763, les colons français acadiens et canadiens sont coupés de tous liens avec la métropole par l’armée britannique. Du moins jusque dans les années 1760, cette situation mènera ainsi la population acadienne et canadienne-française à un manque d’approvisionnement, à une soumission inconditionnelle de survie puisque coupée de toute défense militaire et autre, et à un appauvrissement face aux Anglais qui prennent possession des terres des Français et ce, tout en étant continuellement approvisionnés par la métropole britannique.

Régime militaire britannique provisoire (1760-1763)

 

170px Sir Jeffery Amherst

Le général Jeffery Amherst établit un régime militaire provisoire après le passage du Canada entre les mains des Britanniques.

Alors que la France et la Grande-Bretagne sont toujours en guerre en Europe, la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre sortent d’une guerre qui a duré près de sept ans. Comme les décisions administratives et politiques concernant les colonies sont prises par les métropoles respectives, le général Jeffery Amherst, à titre de commandant en chef de l’armée britannique en Amérique du Nord, établit un régime militaire provisoire en Nouvelle-France. Ce dernier ne comporte aucune réforme afin de ne pas provoquer le soulèvement des Canadiens.

Pendant cette période, la bataille de Signal Hill met définitivement fin à la présence française à Saint-Jean de Terre-Neuve en 1762. Cette même année, la France cède secrètement la Louisiane de l’ouest du fleuve Mississippi, incluant La Nouvelle-Orléans, à l’Espagne par le traité de Fontainebleau. Cette cession est effectuée afin d’éviter que le territoire ne tombe aux mains de la Grande-Bretagne, mais le territoire sera rétrocédé à la France en 1800, trois ans avant sa vente aux Américains. Après le traité de Paris de 1763, certains Acadiens iront s’établir dans la région qu’ils nommeront Acadiane, mais ils découvriront vite que le territoire sera maintenant possession espagnole. D’autres reviendront sur les terres acadiennes, rejoignant ainsi ceux s’y étant cachés tout au long du nettoyage ethnique. Cependant, ils seront contraints par l’armée britannique à se disperser en petits groupes et ils coloniseront donc les régions acadiennes actuelles de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, du Québec et de Terre-Neuve. Cette période marquera le début de la reconstruction d’une « Nouvelle Acadie » pour le peuple acadien et mènera à la « Renaissance acadienne » au milieu du xixe siècle avec la création d’institutions et de symboles nationaux78. Cette dernière sera motivée par la publication du poème Évangéline : Un conte d’Acadie de l’auteur américain Henry Wadsworth Longfellow en 1847, l’un des premiers jalons dans l’éveil de la conscience collective du peuple acadien79.

Colonies britanniques des Maritimes

À la suite du traité de Paris, la colonie de la Nouvelle-Écosse s’agrandit en annexant la colonie de l’Île-Royale (excepté les îles de la Madeleine, qui rejoignent la colonie de Terre-Neuve) et ce qu’il restait de l’Acadie continentale française80. En 1769, la colonie de l’Île-Saint-Jean, rebaptisée l’Île-du-Prince-Édouard en 1799, est séparée de la Nouvelle-Écosse80. En 1774, Terre-Neuve perd l’île d’Anticosti et les îles de la Madeleine, qui sont transférées à la Province de Québec80. Le territoire à l’ouest de la baie de Fundy se sépare aussi de la Nouvelle-Écosse en 1784 et devient la colonie du Nouveau-Brunswick et ce, pour mieux accueillir les loyalistes américains80. Au même moment, l’île du Cap-Breton, l’ancienne île Royale française, devient une colonie britannique indépendante, mais réintègre la Nouvelle-Écosse en 182080.

Province de Québec (1763–1791)

 

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La province de Québec sous le régime britannique.

Après la conquête anglaise en Amérique et la fin de la Guerre de Sept Ans en Europe, la Nouvelle-France disparaît complètement et donne place à l’Empire britannique. Par la Proclamation royale faite en 1763 sous commission du roi George III, le Canada change de nom et devient la Province of Quebec ; le premier gouvernement civil y est institué avec un gouverneur général à sa tête reprenant le rôle du gouverneur et de l’intendant de la Nouvelle-France. De façon similaire au gouvernement de la Nouvelle-France, le gouverneur général est placé sous l’autorité de la Couronne britannique par l’intermédiaire du Bureau colonial (Colonial Office). De plus, le territoire est limité à la base de peuplement de la vallée du fleuve Saint-Laurent. Au cours de la période, la Nouvelle-Écosse s’étendra sur la quasi-totalité du territoire de l’Acadie jusqu’en 1784, les colonies de l’Île-du-Prince-Édouard et de l’Île du Cap-Breton seront créées, et l’on verra s’agrandir les frontières de la Terre de Rupert.

De 1763 à 1766, les Amérindiens outaouais se soulèvent contre les Britanniques, ce qui est connu aujourd’hui comme étant la rébellion de Pontiac. Au cours de cette dernière, les soldats anglais amorcent une guerre biologique auprès de la population autochtone en distribuant des couvertures infectées par le virus de la variole dans les forts amérindiens.

Dans la Province de Québec, les droits des citoyens canadiens-français sont réduits malgré l’entente de capitulation de la ville de Montréal. Les institutions canadiennes sont abolies, alors que des institutions et des cours de justice britanniques sont implantées graduellement. Par conséquent, les Canadiens français ne peuvent exercer leur religion – ainsi le serment du Test est obligatoire pour toute personne voulant occuper une charge civile – et l’utilisation de la Coutume de Paris (droit coutumier originaire du Nord de la France) est remplacée par la Common law, droit coutumier britannique.

Dès 1763, deux grands mouvements politiques font surface : le mouvement de restauration où les Canadiens français demandent la protection et la reconnaissance de leurs droits civils et religieux, et le mouvement de réforme chez les marchands britanniques venus s’installer dans la colonie où l’on demande l’implantation immédiate des institutions britanniques telles qu’une chambre d’assemblée législative. Devant les menaces d’insurrection dans la province de Québec, sous la pression de l’Église catholique romaine et pour des raisons pratiques, Londres proclame finalement l’Acte de Québec en 1774 sous les recommandations du gouverneur Guy Carleton. Ce nouvel acte élargit les frontières de la colonie en incluant les territoires de l’Ontario actuel et de la vallée de l’Ohio. De plus, l’Acte de Québec redonne aux Canadiens français certains privilèges tels que la conservation du régime seigneurial ainsi que le droit de pratiquer la religion catholique et d’utiliser la Coutume de Paris pour régir le commerce et les rapports civils. Le serment du test est aboli, mais le droit criminel et pénal britannique est toutefois maintenu. De plus, on interdit aux Canadiens de rétablir les liens avec la mère patrie.

À la bataille de Québec de 1775, les Américains attaquent les Britanniques basés à Québec et tentent vainement de s’emparer de la ville afin de soulever les Canadiens français contre la Grande-Bretagne et de gagner leur soutien dans la quête de l’indépendance des États-Unis. Malgré cette défaite, la ville de Montréal et les forts de la rivière Richelieu sont cependant contraints à la reddition. Le Congrès continental, assemblée législative commune des treize colonies de la Nouvelle-Angleterre, avait tenté à deux reprises de recruter les Canadiens français, mais la majorité de ces derniers décidèrent de demeurer neutres de l’avis du clergé catholique. Les forces révolutionnaires se retirent ensuite, seule la baie d’Hudson est attaquée en 1782 (par le français Jean-François de La Pérouse).

Bien que le mouvement de réforme ait fait relâche pendant la période de la guerre d’indépendance des États-Unis, il revient en force après la signature du traité de Paris de 1783 qui met fin à la guerre. Ce mouvement de protestation est d’autant plus amplifié lorsque près de 50 000 loyalistes de l’Empire Uni immigrent dans les colonies de la province de Québec, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve afin de rester fidèles à la Couronne britannique. Un projet de constitution parlementaire sera établi et mènera à l’établissement d’une assemblée législative en 1791.

D’autre part, les territoires conservés par l’Empire britannique en Amérique du Nord après la guerre d’indépendance américaine, comprenant l’ensemble des Loyalistes s’y réfugiant, seront dorénavant connus comme constituant l’Amérique du Nord britannique. La majeure partie des Loyalistes s’installeront dans l’ouest de la province de Québec, le long du lac Ontario et de l’archipel des Mille-Îles, fondant entre autres les villes actuelles de Belleville, de Brockville et de Cornwall, tout en peuplant davantage le site de la ville de Kingston. Cependant, plus à l’est, comme les Loyalistes ne sont guère les bienvenus en Nouvelle-Écosse, la partie occidentale de celle-ci se détache afin de former une nouvelle colonie, le Nouveau-Brunswick, qui les accueille en 1784. Les Loyalistes s’installeront notamment sur les sites acadiens des villes actuelles de Fredericton et de Saint-Jean. En outre, avec le début de la Conquête de l’Ouest et la cession des territoires du sud au pays nouvellement formé des États-Unis par le Royaume-Uni, la province de Québec est contrainte à réduire les limites de son territoire. Ainsi, elle perd la vallée de l’Ohio, et les nouvelles frontières du sud sont définies par les barrières naturelles que sont les Grands Lacs et la rivière Niagara.

Haut-Canada et Bas-Canada (1791–1840)

Afin d’accommoder les loyalistes anglophones qui se sont réfugiés dans l’ouest de la province de Québec, cette dernière est divisée par l’Acte constitutionnel de 1791 en deux colonies distinctes, le Haut-Canada et le Bas-Canada. Le Haut-Canada correspond à l’Ontario actuel, majoritairement composé des Loyalistes de l’Empire Uni issus de la guerre d’Indépendance américaine. Le Bas-Canada correspond au Québec actuel, et on y retrouve une majorité de francophones nommés « les Canadiens français ». Comme toutes autres colonies, le Haut-Canada a son lieutenant-gouverneur nommé par le gouverneur général. Afin de protéger la capitale des attaques américaines, les édifices législatifs du Haut-Canada (en) déménageront de Newark (Niagara-on-the-Lake) à York (Toronto) lors du mandat de John Graves Simcoe, alors que ce dernier fondera London en 1793 pour aussi en faire la capitale, mais en vain. Le Bas-Canada est, quant à lui, dirigé par le gouverneur général lui-même siégeant à Québec, capitale de l’Amérique du Nord britannique.

220px D%C3%A9bat sur les langues lors de la premi%C3%A8re Assembl%C3%A9e l%C3%A9gislative du Bas Canada le 21 janvier 1793

Débat sur les langues tenu lors du premier Parlement du Bas-Canada le 21 janvier 1793 – demi-portion du tableau peint par Charles Huot entre 1910–1913, dont la toile est aujourd’hui affichée dans la salle de l’Assemblée nationale du Québec.

Bien que chaque colonie soit théoriquement une démocratie ayant son Assemblée législative élue par la population – la Chambre d’assemblée du Bas-Canada et la Chambre d’assemblée du Haut-Canada (en) – cette dernière ne possède aucun pouvoir réel. Le régime d’État est une monarchie dont la Couronne est à Londres et dont la représentation se fait par l’intermédiaire du gouverneur général et du lieutenant-gouverneur. De plus, contrairement au Haut-Canada où tous les membres de la législature (incluant le Conseil législatif du Haut-Canada (en)) sont anglais – l’acte constitutionnel crée le Conseil législatif du Bas-Canada dont les membres sont non élus et nommés par le gouverneur général. Cette disposition a donc pour effet de créer un système bicaméral à deux chambres législatives, où le Conseil législatif a pour rôle de contrebalancer et de contrôler le pouvoir législatif donné à la majorité canadienne-française du Bas-Canada via le système démocratique et ce, en nommant des pairs britanniques.

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L’Amérique du Nord britannique et l’empire britannique mondial vers 1850.

De plus, le gouvernement des deux colonies est composé du Conseil exécutif du Bas-Canada et du Conseil exécutif du Haut-Canada (en) dont les conseillers sont nommés par le gouverneur général au Bas-Canada et par le lieutenant-gouverneur au Haut-Canada. Cette situation mènera donc la politique gouvernementale haut et bas-canadienne à une forme de ploutocratie tout au long de l’existence des deux Canadas. De plus, dans les deux colonies, le poste de secrétaire provincial (provincial secretary) est créé au sein de chacun des Conseils exécutifs. Il est placé sous l’autorité du gouverneur général et du lieutenant-gouverneur. Le secrétaire provincial de chaque colonie détiendra un rôle similaire à celui de premier ministre avant l’émergence du gouvernement responsable en 1848 et sera notamment chargé des communications entre les gouvernements colonial et impérial. La Clique du Château, nom donné au gouvernement bas-canadien, sera composée des gens de l’élite anglophone montréalaise, dont les figures les plus prééminentes seront sans doute John Molson et James McGill, afin de ne servir que les intérêts commerciaux et autres d’un petit groupe de personnes de la haute société anglaise. Alors qu’au Haut-Canada, le Family Compact (Pacte de Famille) mènera une politique monarchiste et ultra-conservatrice, dont le but sera d’établir le modèle britannique, de paralyser les Canadiens français et d’abolir le catholicisme. L’évêque anglican John Strachan en sera la figure la plus notable et verra son influence grandir après la Guerre de 1812. Ainsi, deux décennies après la création des deux Canadas, le Canada joue un rôle significatif lors de la Guerre de 1812 au cours de laquelle le Royaume-Uni tente vainement de reconquérir le territoire des États-Unis. Il se démarque, entre autres, lors de la bataille de Queenston Heights au débarquement américain sur la rivière Niagara, de la bataille de York où la ville est acculée à la capitulation, de la bataille de la rivière Thames où les forces britanniques tentent de freiner l’avance des Américains passés par Windsor, et de la bataille de Châteauguay au cours de laquelle les Canadiens français sèment des embûches aux Américains, lesquels tentent sans succès de prendre la ville de Montréal afin de couper l’approvisionnement du Haut-Canada81,82. La défense du Canada lui vaut d’importants avantages à long terme, notamment quant à la création d’un sentiment d’unité et de nationalisme au sein de la population de l’Amérique du Nord britannique. Une immigration massive de la Grande-Bretagne et de l’Irlande vers le Canada se fait sentir en 1815, où les immigrants s’installent notamment sur la péninsule du Niagara et dans les environs d’Hamilton joignant ainsi les Loyalistes arrivés en 1784. En cette même année, la ville de Drummondville est fondée à mi-chemin entre Trois-Rivières et la ville de Sherbrooke (peuplée en 1793 par les Loyalistes) afin d’établir un poste de surveillance sur la rivière Saint-François, laquelle donne un accès maritime direct du fleuve Saint-Laurent aux États-Unis. Une série d’accords mèneront ensuite à de longues périodes de paix entre le Canada et les États-Unis, n’étant interrompus que par de brefs raids opérés par des insurgés politiques, les Fenians (Américains d’origine irlandaise), de 1866 à 1871 contre les autorités britanniques. Ces derniers seront notamment soutenus par l’homme politique canadien Thomas D’Arcy McGee, mais celui-ci modérera ses propos avant l’invasion fénienne à la bataille de Ridgeway sur la péninsule du Niagara en 1866.

Aux alentours du site de la ville de Saint-Boniface (annexée plus tard à la ville de Winnipeg), laquelle est fondée en 1818 et peuplée par les Métis aux abords de la rivière Rouge, le Canada assiste en 1816 à la bataille des sept chênes. Cette dernière met en scène deux compagnies rivales de traite de fourrure, la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest, dont le dessein — qui se solde par une victoire — est la prise de contrôle des provisions de fourrure du Fort Douglas par la Compagnie de la Baie d’Hudson. En 1822, un projet d’union législative des deux Canadas est soumis au Parlement de Londres par Lord Henri Bathurst, alors secrétaire d’État pour les colonies britanniques, Secretary of State for the Colonies. Cette disposition a pour effet de créer une minorité francophone avec la majorité canadienne-française du Bas-Canada. Des représentants bas-canadien, dont Louis-Joseph Papineau, se rendent à Londres en 1823 afin de démontrer l’opposition massive du Bas-Canada. Le projet est finalement abandonné en cette même année. Les représentants du Parti patriote (fondé par les Canadiens français au début du xixe siècle avec la dénomination « Parti canadien ») déposent des pétitions en 1828 à la Chambre des Communes de Londres, dont les principaux intéressés se plaignent des actes arbitraires et illégaux du gouverneur général George Ramsay à l’endroit des francophones. Ce dernier est démis de ses fonctions en cette même année.

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L’Assemblée des six-comtés, telle que dessinée par Charles Alexander Smith en 1890.

Les tentatives avortées de réforme constitutionnelle, l’absence de pouvoir réellement légiféré – le népotisme gouvernemental, les difficultés sociales et le sentiment de minorisation des francophones mènent les Patriotes canadiens, dirigés par Louis-Joseph Papineau et insatisfaits de leur position de faiblesse, à envoyer 92 résolutions à Londres en 1834 exigeant plus de pouvoirs démocratiques pour le Parlement du Bas-Canada. En 1835, le gouverneur Lord Gosford met sur pied la « commission royale d’enquête sur toutes les peines affectant les sujets de Sa Majesté dans le Bas-Canada ». Cette commission mène aux 10 résolutions de Russell en 1837, lesquelles incarnent le refus catégorique de Londres et le rejet de l’ensemble des demandes et permettent même au gouvernement colonial d’outrepasser l’autorité budgétaire de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada. Le Parti patriote change de stratégie à la suite de ce refus et mène plusieurs assemblées de citoyens, dont les assemblées de Saint-Ours, de Saint-Laurent, de Saint-Marc et de Stanbridge Station, en plus de l’Assemblée des six-comtés où la Colonne de la liberté est érigée. Au cours de cette dernière assemblée tout comme dans les précédentes, les citoyens soutiennent l’idée des droits de l’homme, de la lutte constitutionnelle, du boycott économique et commercial et approuvent l’organisation paramilitaire des jeunes Patriotes, la Société des Fils de la Liberté. Alors réfugiés au Bas-Canada, plusieurs Acadiens participent aux assemblées de citoyens et soutiennent les Patriotes; leur apport sera d’ailleurs commémoré en 2002 par une promenade et un monument en leur hommage dans la ville de Québec83,84. De plus, certains Américains, dont les frères Robert Nelson et Wolfred Nelson et certains Français recrutés par les États-Unis, dont Charles Hindenlang, se rangent du côté des Patriotes et appuient l’assemblée, laquelle mènera à la guerre civile du Bas-Canada en 1837, communément appelée la Rébellion des Patriotes. En 1838, la déclaration d’indépendance du Bas-Canada85, écrite par Robert Nelson alors retourné aux États-Unis avec ses partisans, promulgue la séparation de l’Église et de l’État, puis mène à la création de la république du Bas-Canada. Cette volonté d’autonomie et cette révolution sont toutefois violemment réprimées par l’armée britannique et mènent à une série de conflits dont la bataille de Saint-Denis, la bataille de Saint-Charles et la bataille de Saint-Eustache. De plus, au cours de la Rébellion, les Iroquois des régions de Kahnawake et de Kanesatake déclarent leur neutralité face au conflit, mais collaborent tout de même avec les autorités britanniques. Plusieurs villages de la Montérégie sont incendiés et pillés, et des Patriotes sont pendus en 1839, dont François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier, sur le futur site de la prison Parthenais à Montréal. Certains iront en appeler au génocide du Bas-Canada – rappelant celui des populations autochtones de 1763 à 1766 – qui durera jusqu’à ce que la politique d’éradication linguistique et culturelle entre en vigueur en 1840 via l’Acte d’Union86,87,88. De plus, des centaines de familles canadiennes-françaises actuelles sont touchées par la déportation de plusieurs Patriotes89. Ces derniers sont notamment exilés en Australie, colonie pénitentiaire, alors que d’autres doivent s’enfuir aux États-Unis.

La Rébellion du Haut-Canada menée contre l’empire britannique est quant à elle de plus courte durée, et n’a pas d’incidence directe. Comme au Bas-Canada, elle a pour but de réformer le système démocratique en introduisant la responsabilité ministérielle. Elle est le fruit de l’insurrection des Écossais, menée par William Lyon Mackenzie et son Parti réformiste, et qui mène aussi à une déclaration d’indépendance, celle de la république du Canada. Les révolutionnaires fuient Toronto et vont établir le nouveau gouvernement de la république sur l’île Navy sur la rivière Niagara. Cependant, après avoir été forcés de quitter l’île par la Royal Navy, ils traversent la frontière, là où les autorités américaines les capturent et les font prisonniers pour violation des lois de neutralité entre les États-Unis et l’empire britannique.

En 1838-1839, le Canada assiste en plus à un conflit de frontière lors de la guerre Aroostook qui oppose les Britanniques aux Américains dans la région acadienne chevauchant le nord-est de l’État du Maine (Comté d’Aroostook), l’est du Bas-Canada (MRC de Témiscouata) et le nord-ouest de la colonie du Nouveau-Brunswick (comté de Madawaska), dont le centre est la ville actuelle d’Edmundston90. Une entente entre les États-Unis et le Royaume-Uni divise la région selon les trois frontières connues aujourd’hui. Cette région, communément appelée la république du Madawaska, est composée d’une population majoritairement francophone de descendance acadienne, dont les habitants sont connus sous le nom de « Brayons », contrairement aux Acadiens des autres régions qui ont conservé la même dénomination.

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Province du Canada (1840-1867)

 

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Structure du pouvoir au sein du Canada-Uni.

À la suite de l’échec des Rébellions de 1837, la reine Victoria sanctionne la création d’un conseil spécial pour administrer le Bas-Canada et donne en 1839 à John Lambton, Lord Durham, la tâche d’étudier la situation politique des deux Canadas. Le rapport sur les affaires de l’Amérique du Nord britannique (rapport Durham) traduit les principales recommandations de ce dernier. Celles-ci sont la réunification des deux colonies (ce qui permettrait de réduire la grande dette du Haut-Canada en la répartissant sur tout le territoire) et la présence plus importante de la culture britannique auprès des francophones, afin de les y noyer et de les assimiler, car ils sont considérés comme sans culture, sans histoire, sans patrie et sans littérature. C’est ainsi que l’Acte d’Union de 1840 fusionne les deux Canadas en une seule colonie quasi-fédérale, la province du Canada, communément appelée le Canada-Uni, abrogeant une partie des droits octroyés aux Canadiens français par l’Acte de Québec de 1774. En outre, l’Acte d’Union a pour conséquence de fusionner les dettes du Haut et Bas-Canada, afin de former une seule et unique dette publique. Ainsi, l’Assemblée législative de la province du Canada est dorénavant l’organe qui dirige théoriquement la colonie. Son siège sera alternativement Kingston, Montréal, Toronto et Québec, mais s’installe définitivement à Ottawa en 1866. La structure politique de la province du Canada comprend deux premiers ministres, qui agissent en tant que conseillers auprès du gouverneur général pour chacune des deux régions désignées en tant que Canada-Est et Canada-Ouest, lesquelles reprennent les mêmes limites que le Bas-Canada et le Haut-Canada respectivement. Le rôle de premier ministre du Canada-Uni est encore présent aujourd’hui, en ce sens qu’il est l’ancêtre du rôle de lieutenant du Québec, où une personnalité politique fédérale agit en tant que conseiller principal auprès de son parti sur des sujets spécifiques au Québec.

À l’Assemblée législative, le Parti Tory ou parti conservateur anglais (incarné au sein du Family Compact et de la Clique du Château), perdra peu à peu de son influence jusqu’en 1848. Cette année-là, on voit apparaître l’instauration du premier gouvernement responsable du Canada, à la suite de l’alliance entre Sir Louis-Hippolyte Lafontaine et Robert Baldwin, tous deux premiers ministres du Canada-Est et du Canada-Ouest respectivement.

De plus, en cette même année 1848, l’Institut canadien de Québec est fondé avec pour mission la promotion de la culture francophone afin de contrecarrer l’influence grandissante de la culture britannique. Des auteurs tels que François-Xavier Garneau écriront plusieurs œuvres qui perpétueront l’histoire des Canadiens français au fil des ans91. Depuis l’échec de la Rébellion des Patriotes, les hommes politiques canadiens-français, dont George-Étienne Cartier, tentent en outre de continuellement négocier avec le gouvernement britannique afin de retrouver leur province et leurs pouvoirs législatifs.

D’autre part, dès la fin de la première moitié du xixe siècle, la révolution industrielle fait son apparition au Canada, tout comme dans le reste de l’Empire britannique. Les riches familles anglaises du Canada s’établiront notamment dans la ville de Montréal (capitale financière) et fonderont certaines des plus grandes entreprises canadiennes actuelles avec des Canadiens anglais aux postes de contremaîtres et des Canadiens français comme ouvriers. Pendant plus d’un siècle, la grande majorité des Canadiens français vivra repliée sur elle-même, résignée à son sort dans la pauvreté, et sera acculée aux régions rurales, où l’Église catholique jouera un rôle politique ultramontain prépondérant dans le maintien de la cohésion et dans le soutien à la société canadienne-française92. Ainsi, face à la croissance de l’immigration britannique au Canada, l’Église catholique tente notamment de contrer l’effet de minorisation des francophones en encourageant la natalité, ce qui est connu aujourd’hui comme étant la revanche des berceaux. Ce phénomène perdurera jusqu’à la fin des années 1950, lors de la Révolution tranquille et de la laïcisation de l’État. Au cours de cette période, l’on assistera au détachement de l’Église par les baby-boomers. Ces derniers se soulèveront contre ce qui sera perçu comme étant les abus de l’Église survenus lors de la Grande Noirceur au Québec, de 1944 à 1959.

Avec l’avènement du gouvernement responsable, on assiste à la fondation de nombreux partis politiques et, par le fait même, à la création d’un schéma rudimentaire décrivant les rouages de la scène politique canadienne actuelle. Ainsi, le Parti rouge est fondé au Canada-Est en 1848 par Antoine-Aimé Dorion en reprenant l’idéologie du Parti patriote de Louis-Joseph Papineau (à l’origine du Parti libéral du Québec). Étienne-Paschal Taché viendra quant à lui équilibrer la politique avec la création du Parti bleu selon les idées plus modérées de Louis-Hippolyte Lafontaine, lequel parti deviendra plus tard le Parti conservateur du Québec et l’Union nationale, pour finalement s’éteindre lors de la montée du mouvement souverainiste québécois dans les années 1960. Au Canada-Ouest, le parti libéral-conservateur sera fondé en 1854 par John Alexander Macdonald après la coalition du Parti réformiste (formé au cours des années 1830 en défenseur de la rébellion haut-canadienne, pour devenir aujourd’hui le Parti libéral de l’Ontario) de Robert Baldwin et William Lyon Mackenzie, et du Parti Tory (aujourd’hui le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario). Après une gamme de fusions de partis politiques au fil des ans, ce nouveau parti mènera au Parti conservateur du Canada en 2003, au sein duquel se retrouveront les Red Tory et les Blue Tory – respectivement les partisans du progressisme et du conservatisme socio-économique. George Brown fondera quant à lui les Clear Grits (ancêtre du Parti libéral du Canada et considéré comme étant plus progressiste), à même les membres plus radicaux de la faction réformiste du Parti réformiste, en prônant la Rep by Pop (principe de la démocratie représentative où les députés sont élus au prorata de la population), et donc la minorisation des Canadiens français à l’assemblée législative du Canada-Uni. Ce parti sera perçu comme privilégiant des politiques anti-francophones, étant donné le principe défendu de la représentation selon la population, et la majorité anglaise qui existe dans l’ensemble du Canada-Uni.

Alors que le Canada Uni est au bord d’une guerre civile au début des années 1860 et que la guerre de Sécession des États-Unis fait rage, ayant été renversé par les partis d’opposition à la suite de son alliance avec le Parti rouge pour cause de sécularisme anticlérical, les Clear Grits de George Brown s’associent en 1864 avec les partis de John Alexander Macdonald (Parti libéral conservateur) et de George-Étienne Cartier (Parti bleu), lesquels forment la coalition Macdonald-Cartier. Les Clear Grits irlandais feront cependant volte-face et appuieront le Parti réformiste de William Lyon Mackenzie. Ainsi, le gouvernement de coalition sera formé et mènera à la création de la Confédération en 1867 et ce, notamment, dans le but de se prémunir des contrecoups de la guerre civile américaine au Canada.

Après que les États-Unis et le Royaume-Uni se furent entendus en 1846 pour retenir le 49e parallèle nord comme frontière séparant les États-Unis de l’Ouest de l’Amérique du Nord britannique, le gouvernement de Grande-Bretagne signa avec les États-Unis un accord de libre-échange pour le Canada-Uni en 1854. Le Traité de réciprocité canado-américain permit un regain dans l’économie en chute libre de la Province of Canada. Cet accord prendra cependant fin en 1866, et l’économie du Canada-Uni retombera à la dérive.

Le gouvernement du Royaume-Uni créa la colonie de l’Île de Vancouver en 1849 et, en 1858 la colonie de la Colombie-Britannique lors de la ruée vers l’or dans le canyon du Fraser.. Dès la fin des années 1850, les dirigeants canadiens entamèrent une série d’explorations vers l’Ouest, menées entre autres par George Dawson et Joseph Burr Tyrrell, avec l’intention de prendre le contrôle de la Terre de Rupert ainsi que de la région Arctique. Le Territoire du Nord-Ouest et le Territoire Stikine virent le jour en reprenant certains emplacements de la Terre de Rupert. La population canadienne crût rapidement grâce à un taux de natalité élevé ; l’immigration massive de l’Europe vint contrer l’effet de l’émigration vers les États-Unis. En effet, dès les années 1840 et jusqu’à la Grande Dépression de 1929, plusieurs Canadiens français migreront dans les États de la Nouvelle-Angleterre (nord-est américain) afin de fuir l’oppression anglaise et à la recherche de sécurité financière. Cet exode massif sera connu comme étant la « Grande Hémorragie »93 Au début du xxe siècle, plusieurs de ces Franco-Américains reviendront au Canada et s’installeront dans les provinces de l’Ouest canadien94. De plus, durant ces années, plusieurs francophones iront s’établir dans le Canada-Ouest et peupleront les régions francophones actuelles du nord et de l’est de l’Ontario, bien que la colonisation française était déjà présente au temps de la Nouvelle-France dans les régions du sud de l’Ontario actuel95.

Changement important à la fin de la période pré-Confédération, comme le gouvernement est maintenant imputable à la population, l’Assemblée législative du Canada-Est, majoritairement francophone, abolit le droit coutumier et introduit le code civil du Bas-Canada en 1866 à l’instar du Code Napoléon en France, afin de régir les affaires civiles. Ce nouveau code de loi connaîtra une première réforme en 1980 pour ensuite être réformé complètement en 1991 et donner le Code civil du Québec. De plus, au cours de cette période, la province du Canada connaît une période d’immigration massive provenant du sud des États-Unis à la suite de la guerre de Sécession. Les immigrants américains s’établissent principalement dans le sud du territoire québécois, peuplant ainsi davantage la région des Cantons-de-l’Est qui fut créée lorsque les Loyalistes de l’Empire-Uni s’y réfugièrent après la guerre d’indépendance des États-Unis. Puis, chevauchant la fin du régime du Canada-Uni et le début de la Confédération, on assiste à une recrudescence du développement de la région des Laurentides, lorsque l’évêque Ignace Bourget concède la paroisse de Saint-Jérôme à François-Xavier-Antoine Labelle.

De la Confédération aux guerres mondiales (1867-1945)

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Sir John A. Macdonald, Père de la Confédération et premier premier ministre du Canada sous la Constitution de 1867.

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Évolution du Canada : du dominion jusqu’à aujourd’hui (provinces en rose et territoires en jaune).

Par suite de la coalition96 lors de la Conférence de Charlottetown97 et de la Conférence de Québec98 en 1864, ainsi que de la Conférence de Londres99 en 1866, les Pères de la Confédération100 entreprennent d’unifier les trois colonies — le Canada-Uni, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick — menant ainsi à la création du Dominion of Canada. Le 1er juillet 1867, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique101 (AANB) crée ce dominion sous le nom de Canada, avec quatre provinces distinctes : l’Ontario, le Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-ÉcosseLe but de cette organisation est de noyer le Québec, très populeux et concentrant les francophones, dans un groupe de petites provinces anglophones avec les mêmes pouvoirs, ainsi que de se protéger contre les idées expansionnistes des États-Unis après la Guerre civile américaine[réf. nécessaire]. Bien que la formation de la Confédération entame une certaine forme de processus d’indépendance, le régime d’État demeure monarchique, mais cette monarchie devient constitutionnelle et conserve un gouvernement responsable à régime parlementaire.

Étant l’un des Pères de la Confédération, George-Étienne Cartier, homme politique de forte influence au Canada-Est, devient le principal précurseur de la conservation du fait français dans la confédération canadienne, ainsi que de la protection du régime politique que forme l’union fédérale. Lors de la Conférence de Londres en 1866, ce régime fut appelé par les délégués anglais à être remplacé par une union législative centrale à majorité anglaise, laquelle aurait supprimé le principe de la distribution des compétences législatives connu au sein de l’union fédérale actuelle et, par le fait même, aurait annihilé tous pouvoirs législatifs réels chez les francophones, étant donné la minorité qui aurait été ainsi formée.

Par la suite, le Canada entreprend de s’agrandir considérablement en annexant les terres de la plaine située entre la province de l’Ontario et la colonie de la Colombie-Britannique. Ce projet se réalise en 1870 lorsque le pays acquiert le Territoire du Nord-Ouest et la Terre de Rupert, qui sont fusionnés en Territoires du Nord-Ouest (au pluriel)102. Au même moment, une petite partie de l’ancienne Terre de Rupert est détachée pour former le Manitoba, qui devient la 5e province du pays102.

Le Manitoba reprend grosso modo le territoire de la colonie de la Rivière-Rouge, majoritairement habitée par des peuples autochtones, incluant les Métis (descendants d’Amérindiens et de Canadiens français ou parfois d’Écossais), qui vivaient dans une structure politique qui leur était propre. Par conséquent, lorsque l’armée arrive pour prendre possession des terres, certaines tensions dégénèrent en conflits ouverts, voire à la guerre. Ainsi, une crise politique majeure, la rébellion de la Rivière-Rouge, est déclenchée par le peuple métis de la plaine, ce dernier désirant conserver autorité et autonomie sur son territoire. Le gouvernement provisoire métis procède à des négociations avec le gouvernement canadien, ce qui aboutit à la création de la province du Manitoba et à son entrée au sein de la Confédération en juillet 1870. Cependant, les soldats canadiens, dont plusieurs étaient des Orangistes, ont abusé de la population métisse.[réf. nécessaire] À la suite de ces événements, plusieurs Métis sont partis plus à l’ouest. Louis Riel, le président du gouvernement provisoire, fut aussi obligé de s’exiler au Montana à cause d’une prime placée sur sa tête par le gouvernement ontarien.

Après la grande expansion vers l’ouest de 1870, le gouvernement canadien applique une politique parfois qualifiée aujourd’hui de « racis[te] » et de « génocid[aire] » envers les Amérindiens des plaines, les confinant dans des réserves, procédant à l’assimilation des enfants dans des pensionnats spécialement construits à cet effet, procédant à de nombreuses exécutions et provoquant intentionnellement des famines103.

En 1871, la colonie de la Colombie-Britannique, laquelle incluait celle de l’Île-de-Vancouver depuis 1866, rejoint la Confédération pour devenir la 6e province du pays. La colonie de l’Île-du-Prince-Édouard fait de même en 1873. De plus, dans un but d’unification et afin d’étendre l’autorité canadienne sur l’Ouest, le gouvernement fait construire trois chemins de fer transcontinentaux — plus particulièrement le chemin de fer du Canadien Pacifique — en employant, entre autres, de nombreux immigrants chinois (devenus aujourd’hui les Sino-Canadiens). Cependant, la construction du chemin de fer mène au Scandale du Pacifique en 1873 au cours duquel le premier ministre John Alexander Macdonald est aux prises avec des accusations de corruption.

Le gouvernement encourage les immigrants européens à venir développer les Prairies canadiennes et, à cette fin, il adopte la Loi des terres fédérales en 1872 et établit l’emblématique Police montée du Nord-Ouest, aujourd’hui la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Alors que de plus en plus d’immigrants se rendent dans la plaine à bord du train transcontinental et que la population de la région s’accroît, certaines des plus grandes villes connues aujourd’hui sont établies au courant de la décennie 1880, dont ReginaSaskatoonCalgary et Vancouver, tandis que les villes établies plus tôt, comme Winnipeg et Victoria, commencent à prendre de l’ampleur. Par contre, la croissance démographique du pays est ralentie par l’émigration vers le sud. En effet, entre 1871 et 1896, presque un quart de la population canadienne quitte le pays pour aller s’établir aux États-Unis104.

La décennie 1880 est témoin d’une nouvelle rébellion dans les prairies : la rébellion du Nord-Ouest. À la suite de la rébellion de la Rivière-Rouge de 1869-1870, plusieurs Métis s’étaient déplacés vers l’ouest afin de conserver leur indépendance. Ils fondèrent la colonie de Batoche sur les rives de la rivière Saskatchewan Sud, au nord du site de l’actuelle ville de Saskatoon105. Toutefois, avec l’arrivée des immigrants britanniques qui prirent possession des terres des Prairies dans les années 1880 et avec l’imposition du régime cadastral anglais de division des terres en cantons par le gouvernement canadien, le peuple métis se souleva une seconde fois et mena une révolte afin d’établir un État indépendant. Louis Riel, revenu de son exil en 1884, dirigea cette tentative avortée. Au cours de la rébellion, on assista à une série de conflits ouverts, dont la bataille de Duck Lake, le massacre de Frog Lake, la bataille de Fort Pitt, la bataille de Fish Creek, la bataille de Cut Knife, la bataille de Batoche, la bataille de Frenchman Butte et la bataille de Loon Lake. Le chef métis Louis Riel fut finalement capturé et pendu pour trahison en 1885 par les autorités canadiennes.

Au tournant du xxe siècle, plusieurs régions des Territoires du Nord-Ouest s’en détachent et se font accorder un nouveau statut. En 1897, le Yukon, théâtre de la ruée vers l’or dans la région du Klondike, devient un territoire à part entière. Les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan, quant à elles, sont formées en 1905 à partir de la partie sud-ouest des Territoires du Nord-Ouest.

L’immigration croissante entraîne des tensions dans le pays : « Le Canada a une longue histoire de violence motivée par la haine envers les minorités raciales ou ethniques106. » Dans cette motivation, les institutions politiques, la presse locale, les dirigeants reconnus et les particuliers canadiens-anglais perpétreront une première émeute anti-Chinois en 1887 à Granville (Vancouver), alors qu’une deuxième émeute de la même sorte prendra place en 1907 et sera en plus dirigée vers les immigrants originaires du Japon. Des agressions similaires se produiront jusque dans les années 1970, notamment lors de la Seconde Guerre mondiale, où des membres de la communauté allemandeitalienne et japonaise seront arbitrairement internés dans l’inspiration de l’antisémitisme nazi[réf. nécessaire]. Cependant, en juin 2006, le gouvernement canadien présente des excuses officielles et des dédommagements à la communauté sino-canadienne pour la « taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois » avec la Loi de l’immigration chinoise de 1923107. Toujours au point de vue social, le Canada voit apparaître le mouvement des suffragettes pour le droit de vote des femmes dès les années 1870. Par contre, ce droit n’est octroyé pour la première fois qu’en 1916 par les provinces de l’Ouest. L’année suivante, le gouvernement fédéral fera de même, et les provinces centrales et de l’Atlantique ainsi que les territoires suivront par la suite108.

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La création du Nunavut en 1999.

Face à la convoitise des États-Unis sur les îles de l’archipel Arctique, l’explorateur Joseph-Elzéar Bernier ainsi qu’un groupe de marins canadiens-français de L’Islet-sur-Mer permet au Canada, dès le début du xxe siècle, de soutenir sa souveraineté sur une série d’îles situées au-delà de l’île de Baffin. La prise de possession effective de la majeure partie de la région arctique par ce groupe d’explorateurs permettra en plus de développer les relations diplomatiques canadiennes avec le peuple inuit109,110. Toujours au point de vue territorial, au cours des années 1920, le Canada est en conflit avec le Dominion de Terre-Neuve, encore indépendant, concernant la frontière entre la province de Québec et le Labrador. Un jugement du Comité judiciaire du Conseil privé de Londres tranche finalement la question en faveur de la frontière réclamée par Terre-Neuve en 1927111,55. Cependant, le Québec considère toujours le tracé de cette frontière comme n’étant pas définitif112.

À partir de la fin du xixe siècle, l’exploitation des ressources naturelles permet le développement de nouvelles parties du pays. On assiste d’abord à la ruée vers l’or du Klondike, qui mène à la fondation des villes de Dawson City et de Whitehorse ainsi que du territoire du Yukon dans la décennie 1890. Donnant suite au commerce de la fourrure dans la région, le développement de l’Abitibi-Témiscamingue, au Québec, se fait sentir à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle avec sa colonisation par les draveurs et son développement agroforestier ainsi que, dans la période de l’entre-deux-guerres, avec un développement minier113. En effet, on y extrait des métaux précieux, tels que l’argent et l’or, et des minéraux industriels, tels que le cuivre et le zinc114. Ainsi, on verra la fondation des villes de la région telles qu’AmosRouyn-Noranda et Val-d’Or. Dans la même lignée, la ville de Yellowknife, capitale actuelle des Territoires du Nord-Ouest, sera fondée au courant des années 1930 lors de la découverte de mines de diamant et d’or dans la région. Les régions les plus au nord des Prairies, notamment celles de l’Alberta et de la Saskatchewan, verront pour leur part une croissance de leur population dès les années 1930 avec la découverte et l’exploitation des gisements de pétrole dans les sables bitumineux de l’Athabasca. Le nord de la Colombie-Britannique sera quant à lui développé grâce à son fort potentiel forestier, alors que le sud de la province le sera grâce à son climat propice à la culture fruitière et maraîchère, notamment dans la vallée de l’Okanagan, près de la ville de Kelowna.

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Wilfrid Laurier implique le Canada dans la Seconde guerre des Boers.

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Des soldats canadiens s’avancent derrière un char d’assaut à la Bataille de la crête de Vimy en 1917.

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Le Montreal Daily Star annonce la fin imminente de la guerre en 1945.

Faisant partie de l’Empire britannique, le Canada est intégré à la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud par le premier premier ministre canadien-français Wilfrid Laurier, à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle. Dirigés par l’homme politique Henri Bourassa, des groupes de Canadiens français opposés à la tutelle britannique se vouent à la défense de leurs droits en tant que peuple. Ils s’opposeront notamment à l’entrée en guerre du Canada et à la création de forces navales canadiennes sous le drapeau britannique.

Dès 1914, le Canada se lance dans la Première Guerre mondiale et envoie sur le front ouest (en Belgique, sur la Somme et en Picardie) des divisions composées principalement de volontaires afin de se battre en tant que contingent national. Les pertes humaines sont si grandes que le premier ministre canadien de l’époque, Sir Robert Laird Borden, décrète la conscription en 1917, ce qui entraîne la Crise de la conscription au Québec. En effet, cette décision est extrêmement impopulaire au sein de la population québécoise, menant ainsi à une perte de popularité pour le Parti conservateur du Canada dans la province et également à la fameuse grève de Québec, souvent passée sous silence, car faisant écho à la révolte du Chemin des dames en France. Lors de l’émeute de Québec de 1918, l’armée tire sur la foule, faisant plusieurs blessés et quelques morts. Bien que les membres du Parti libéral du Canada soient profondément divisés sur l’enrôlement obligatoire, ils s’unifient et deviennent le parti dominant sur la scène politique canadienne.

En 1919, le Canada rejoint la Société des Nations de son propre chef et, en 1931, le Statut de Westminster confirme que, dorénavant, aucune loi du Parlement britannique ne s’étend à l’intérieur des frontières du Canada sans son consentement. Dans la même période, la Grande Dépression, résultat du krach boursier de 1929, affecte les Canadiens de toutes les classes sociales; la popularité croissante du Parti social démocratique du Canada en Alberta et en Saskatchewan débouche sur un état-providence tel qu’initié par Tommy Douglas ou, plus tard, par Jean Lesage dans les années 1960 au Québec. Il devient ainsi l’ancêtre du Nouveau Parti démocratique actuel et prône des politiques plus socialistes et populistes dans le pays.

Après avoir soutenu l’apaisement avec l’Allemagne à la fin des années 1930, le premier ministre libéral William Lyon Mackenzie King obtient l’approbation du Parlement pour l’entrée du Canada dans la Seconde Guerre mondiale en 1939, mobilisant ainsi les militaires avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne. Au début de la guerre, on avait promis au Québec que la participation à ce conflit serait volontaire. Cependant, la conscription est tout de même décrétée en 1944, ce qui mène à une nouvelle crise de la conscription. Le maire de Montréal, Camillien Houde, est mis en prison à la suite de son opposition officielle. Autre sujet de discorde, selon la Constitution canadienne, seules les provinces ont le droit de taxation et d’imposition. Or, pour faire face à l’effort de guerre, le gouvernement fédéral capte tous les pouvoirs fiscaux en promettant de les rendre à la fin du conflit. Cette promesse ne fut jamais respectée, mis à part au Québec, qui retrouve la moitié de son droit d’imposition. L’économie canadienne connaît une forte effervescence pendant la guerre, en grande partie grâce à l’énorme production de matériel militaire pour le compte du Canada, du Royaume-Uni, de la Chine et de l’Union soviétique. Le Canada termine la guerre avec l’une des plus grandes armées du monde115.. L’économie du pays connaît des heures de gloire et ne cesse de progresser. Au même moment, le Canada modernise son système social qui devient une référence mondiale dans plusieurs domaines, dont celui de la santé.

Époque contemporaine

En 1949, le Dominion de Terre-Neuve, anciennement indépendant, rejoint la Confédération en tant que dixième province du Canada. Avec l’abolition de l’Empire britannique, tous les liens impériaux sont rompus et le Canada obtient de fait son indépendance, bien que sa constitution reste à Londres.

Jusqu’au centenaire du Canada en 1967, une immigration massive d’après-guerre provenant des divers États ravagés en Europe change la courbe de la démographie du pays. En outre, tout au long de la guerre du Viêt Nam, des milliers de dissidents américains s’installent aux quatre coins du pays. L’accroissement de l’immigration — combiné au baby-boom, une force économique équivalente à celle des États-Unis dans les années 1960 et la réaction à la Révolution Tranquille au Québec — favorise l’émergence d’un nouveau type de nationalisme canadien. Les années 1960 sont aussi l’occasion pour les Québécois de se politiser, du fait de leur non-représentation dans les postes stratégiques et économiques. C’est pendant cette période que le mouvement indépendantiste qui conduit à la fondation du Parti québécois et à sa prise de pouvoir en 1976, prend son essor. À la fin des années 1960, la Commission Laurendeau-Dunton obtient le mandat de faire enquête et rapport sur l’état du bilinguisme et du biculturalisme au Canada116. La Loi sur les langues officielles y donne suite lorsqu’elle est adoptée en 1969 par le Parlement. Celle-ci proclame l’anglais et le français comme étant les langues officielles du Canada. Celles-ci sont à égalité devant la loi et toute personne a le droit de recevoir les services de l’administration publique fédérale ainsi que de ses sociétés d’État dans l’une ou l’autre langue. Le Commissariat aux langues officielles sera l’organe responsable de l’application de la loi et de la promotion des deux langues.

Entre la fin du xixe siècle et 1996, plus de 150 000 enfants autochtones ont été retirés à leur famille et placés dans des pensionnats religieux. De nombreux enfants y sont morts faute de soins117. En outre, entre les années 1960 et 1980, 20 000 enfants autochtones ont été enlevés de leur famille et placés dans des familles non autochtones dans le cadre de la rafle dite des « Sixties Scoop118.

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C’est Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre du Canada qui, en 1970, gère la Crise d’Octobre.

Au début de la décennie 1970, une partie du mouvement indépendantiste se radicalise sous la forme du Front de libération du Québec (FLQ). Des actes terroristes seront commis, amenant à la Crise d’octobre de 1970 et à l’intervention du gouvernement du Canada. Une décennie plus tard, le référendum sur la souveraineté-association du Québec a lieu au printemps de l’année 1980. Le premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, promet de modifier la Constitution du Canada lors de la campagne référendaire, à la condition que les Québécois votent en majorité contre la sécession du Québec. Ce référendum sera effectivement rejeté par une majorité de Québécois.

À l’occasion d’une rencontre spéciale en novembre 1981, les premiers ministres provinciaux et fédéral demandent le rapatriement de la Constitution, pour autant que les procédures d’amendement y soient désormais incluses. Après une série de négociations interprovinciales, les premiers ministres provinciaux et fédéral se rencontrent dans la nuit du 4 au  afin de parachever les dispositions de la nouvelle Constitution. La province du Québec est cependant exclue des négociations. Cette période sera métaphoriquement connue par la suite comme étant la Nuit des Longs Couteaux du Canada. Malgré la non-ratification des modifications par la province de Québec, cette dernière sera reconnue par les Nations-unies comme faisant partie de la fédération. Le Statut de Westminster de 1931 avait soumis le droit de modification constitutionnelle à l’approbation de la Couronne et du Parlement du Royaume-Uni afin d’éviter le retrait unilatéral du Québec de la Confédération. Cependant, certaines personnes soutiennent que l’imposition de la nouvelle Constitution au Québec est illégitime, étant donné le principe de la souveraineté des États membres d’une confédération et donc, celui de l’unanimité requise pour la modification du traité de l’union119. Le Canada rapatrie tout de même sa Constitution de la Grande-Bretagne le , grâce à la loi de 1982 sur le Canada, sous proclamation de la reine Élisabeth II. Cette loi du Parlement britannique crée un État entièrement souverain, bien que les deux pays partagent toujours aujourd’hui le même monarque. Ainsi, la Constitution du Canada inclut dorénavant la loi de 1982 sur le Canada, la loi constitutionnelle de 1982, la loi constitutionnelle de 1867, le Statut de Westminster de 1931, les lois d’intégrations des provinces et autres lois constitutionnelles et décrets mis en annexe, les diverses modifications constitutionnelles ainsi que les principes constitutionnels sous-jacents reconnus par la jurisprudence. La loi constitutionnelle de 1982 comprend la Charte canadienne des droits et libertés, le Droit des peuples autochtones ainsi que le principe de péréquation. Le régime politique demeure une monarchie constitutionnelle à régime parlementaire selon les dispositions de la loi constitutionnelle de 1867. Dès l’entrée en vigueur de la loi constitutionnelle de 1982, la forme de l’État passe toutefois d’une confédération à une fédération, donnant ainsi place à un fédéralisme canadien. L’expression « Confédération canadienne » continue cependant à être utilisée de façon abusive pour désigner le Canada.

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Kim Campbell est la première femme première ministre du Canada.

Après le court règne de la première femme première ministre du Canada, la conservatrice Kim Campbell qui fut en poste du  au 120, le libéral Jean Chrétien prend le pouvoir en 1993. Très rapidement il réalisera une de ses promesses électorales, en mettant sur pieds le Programme national des travaux d’infrastructures, qui fut lancé en 1994 et qui fut financé par le gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux et les municipalités du Canada. Le programme canadien, qui avait initialement un budget de six milliards de dollars, intégrait dans ses objectifs de contrer la récession économique qui sévissait au pays pendant cette période de l’histoire canadienne121,122,123.

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Jean Chrétienpremier ministre du Canada, a lancé en 1994 un programme d’infrastructures au Canada.

Par suite du référendum de 1995 sur la sécession du Québec, la « loi de clarification » est déposée à la Chambre des Communes par le gouvernement fédéral du premier ministre Jean Chrétien et est adoptée par le Parlement en 2000. Celle-ci donne suite au « Renvoi relatif à la sécession du Québec »124 à la Cour suprême du Canada en 1998. Cette loi a principalement pour but de définir les bases de reconnaissance de la souveraineté d’une province par le Canada advenant une victoire référendaire future pour son indépendance, notamment en déterminant « si la question permettrait à la population de la province de déclarer clairement si elle veut ou non que celle-ci cesse de faire partie du Canada et devienne un État indépendant »125. Cette loi sera cependant jugée inadéquate par les députés de l’Assemblée nationale du Québec, toutes tendances politiques confondues. En effet, ceux-ci créent un contrepoids en cette même année en votant à l’unanimité la « Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec », laquelle édicte que « le peuple québécois détermine seul (…) les modalités de l’exercice de son droit de choisir le régime politique et le statut juridique du Québec »126 selon une majorité référendaire.

Mouvement souverainiste québécois

Par suite des profonds changements sociaux et économiques ainsi que de la prise de conscience populaire survenus au Québec pendant la Révolution tranquille des années 1960, plusieurs Québécois commencent à revendiquer une plus grande autonomie provinciale sur le plan politique, et même l’indépendance totale du Québec. La Révolution Tranquille est le précurseur de l’État moderne que forme le Québec et amène les Québécois à se redéfinir non plus en tant que « Canadiens français » (expression aujourd’hui devenue obsolète et même péjorative pour certains au Québec), mais dorénavant en tant que « Québécois », ce qui mène par conséquent à la formation d’un patriotisme québécois plutôt que canadien. La société moderne se développera notamment grâce à l’État-providence et au développement d’entreprises typiquement québécoises et ce, tout en reprenant les postes stratégiques de l’administration publique, tant fédérale que provinciale. Bien que Jean Lesage soit reconnu comme étant le père du nationalisme québécois, plusieurs événements historiques remontant jusqu’au temps de la Nouvelle-France, dont la Rébellion des Patriotes, démontrent que le nationalisme québécois est en fait le fruit du nationalisme canadien-français. Dans cet esprit, René Lévesque fonde le Mouvement Souveraineté-Association en 1967 et supportera la fusion du mouvement l’année suivante avec le Ralliement national pour mener à la formation du Parti québécoisContrairement à ce parti qui privilégie la démocratie et la voie référendaire pour atteindre l’indépendance,[réf. nécessaire] le Rassemblement pour l’indépendance nationaleN 1 sera quant à lui formé d’une faction indépendantiste qui sera plus tard connue sous le nom Front de libération du Québec[Quoi ?] et qui disparaîtra peu après la Crise d’octobre de 1970. Bien que plusieurs personnalités politiques, dont René Lévesque, aient considéré cette allocution comme étant de l’ingérence politique, le discours de l’ancien président de la République française, Charles de Gaulle, en 1967 à Montréal, a enflammé les foules et a donné un coup de main au mouvement souverainiste en présentant le Québec à la communauté internationale, notamment avec sa célèbre phrase : « Vive le Québec libre !127 ».

Dans les années 1960, les personnalités politiques réussissent un tour de force avec l’abolition du Conseil législatif du Québec. Contrairement aux autres provinces canadiennes qui ont aboli le leur dans les premières décennies de la Confédération, le Québec réussit en 1968 à se détacher de cette chambre haute, symbole du contrôle du pouvoir législatif donné aux Canadiens français. Cette chambre donnait suite aux Conseils législatifs du Bas-Canada et de la province unie du Canada. Le lieutenant-gouverneur du Québec demeure toutefois, encore aujourd’hui, le symbole de la monarchie britannique au Québec. Dans le cadre légal de la loi constitutionnelle de 1982, cette institution ne peut cependant être abolie que par une modification de la Constitution par l’accord unanime des législatures provinciales et du Parlement fédéral, bien que la légitimité de cette loi au Québec soit sujet à débat.

Lors du premier gouvernement formé par le Parti québécois en 1976, le premier ministre René Lévesque fait la promotion de la devise nationale : « Je me souviens », laquelle avait été gravée sur la façade de l’hôtel du Parlement du Québec en 1883 par l’architecte Eugène-Étienne Taché. Au cours des années, cette devise nationale jouera un rôle important pour plusieurs Québécois dans l’élaboration et le développement du patriotisme québécois et ce, en rappelant l’histoire de l’Amérique française128,129. En outre, encore aujourd’hui, certaines personnes ne reconnaissent pas la légitimité du Parlement et du gouvernement fédéral dans les affaires canadiennes-françaises. Sans compter que le Québec n’a jamais signé la loi constitutionnelle de 1982. Cependant, bien que le respect de la culture canadienne-française soit d’intérêt pour plusieurs francophones, le mouvement souverainiste crée une dichotomie dans l’idéologie des francophones du Québec et de ceux des autres provinces, bien que certains groupes, dont les Acadiens, possèdent leurs propres institutions et symboles nationaux tels que la devise « L’Union fait la force »130. Bien que la diaspora québécoise soit apparue dès les années 1840 en quête d’une sécurité d’emploi, plusieurs Québécois – anglophones et francophones – quittent le Québec lors de la prise de pouvoir du Parti québécois et de l’entrée en vigueur de la Charte de la langue française. Ceux-ci migrent notamment aux États-Unis ainsi que dans les provinces de l’Ontario et des Prairies. Cet exode suit le déménagement du siège social de plusieurs grandes entreprises canadiennes-anglaises quittant entre autres le centre financier de la rue Saint-Jacques de Montréal pour celui de la Bay Street de Toronto.

L’aliénation entre les deux principaux groupes linguistiques sur la question de la langue et sur les divergences sociales et culturelles est exacerbée par plusieurs événements, dont la Crise de la conscription de 1944 à la Seconde Guerre mondiale, la crise d’Octobre de 1970 au cours de laquelle la loi martiale (loi sur les mesures de guerre) est décrétée par le premier ministre fédéral – Pierre Elliott Trudeau – au Québec131, ainsi que l’échec des deux conférences constitutionnelles de l’ancien premier ministre du Canada – Brian Mulroney, à savoir l’Accord du lac Meech de 1987 et l’Accord de Charlottetown de 1992. Ces dernières avaient pour but d’amener le Québec à ratifier la Constitution. Nonobstant le caractère sporadique de ces événements, l’attitude possessive et vindicative du Canada anglais à l’égard du Québec132,133, ainsi que le phénomène du dénigrement systématique du Québec, ou Quebec bashing134, viendront quant à eux ajouter leur grain de sel à cette frustration continuelle135,136.

Un premier référendum en 1980 conclut que 59,6 % des électeurs, dont une majorité d’électeurs francophones, rejettent la proposition de souveraineté-association, et un second référendum en 1995 démontre que la souveraineté est rejetée à 50,6 % des voix, bien qu’elle ait été soutenue par 60 % des électeurs francophones. Les résultats du référendum de 1995 sont cependant contestés par plusieurs souverainistes et fédéralistes étant donné la faible marge séparant les deux camps. D’un côté, les souverainistes mentionnent que le gouvernement fédéral a violé les lois électorales du Québec par l’entremise, entre autres, d’Option Canada. De l’autre côté, les fédéralistes font état des irrégularités au niveau du nombre élevé de bulletins de vote rejetés dans certains comtés fortement opposés à la souveraineté, sans quoi les résultats du référendum de 1995 auraient été moins serrés. Depuis 1995, l’appui populaire à la souveraineté du Québec a reculé pour se rapprocher de celui exprimé au référendum de 1980.

D’autre part, le mouvement souverainiste québécois défend continuellement sa position affirmant que la culture canadienne-française n’est pas considérée à sa juste valeur en politique canadienne étant donné une majorité nettement plus grande de Canadiens anglais, et étant donné les événements historiques. Dans le but de faire front commun et de défendre les intérêts du Québec sur les sujets tombant sous la compétence législative fédérale et ce, en travaillant de concert avec son homologue provincial (le Parti québécois), le Bloc québécois est fondé en 1991 par le député Lucien Bouchard (ultérieurement premier ministre du Québec de 1996 à 2001). Ce nouveau parti souverainiste fait son entrée à la Chambre des Communes en 1993 en tant qu’opposition officielle (1993-1996); depuis lors, ce dernier a toujours récolté plus de la majorité des sièges alloués au Québec jusqu’à l’élection du . Principalement, c’est un parti qui se dit social-démocrate et qui prône le droit à l’autodétermination des peuples tel que déclaré par le président américain Woodrow Wilson, après la Première Guerre mondiale, dans le respect de la décolonisation, et qui est un principe reconnu dans le droit international de l’Organisation des Nations unies.

De plus, la discorde entre Canadiens anglais et Québécois entraîne la province de Québec à ne déléguer pratiquement aucune de ses compétences législatives à des organismes de collaboration interprovinciale, tendant ainsi à créer une société totalement distincte et se dissociant ainsi de la plupart des accords interprovinciaux et fédéraux qui pourraient compromettre le droit du Québec de faire valoir la culture et le savoir-faire canadiens-français au sein de groupes politiques où les décisions sont prises à la majorité des voix. D’autre part, dans un but de promotion des affaires canadiennes-françaises, le Québec a su tirer profit de sa position géopolitique particulière où il est le seul état majoritairement de langue française en Amérique du Nord, contrairement aux francophones des autres provinces et des États-Unis qui sont souvent noyés et assimilés à la masse d’expression anglaise et pour qui un territoire les circonscrivant est souvent quasiment indéfinissable. De la même façon qu’un pays indépendant, il n’est pas rare de voir des personnalités politiques québécois se porter à la défense des minorités francophones des autres provinces137 et territoires. Le gouvernement du Québec s’engage même dans des accords extraterritoriaux, voire internationaux, en se donnant pour mission la promotion et l’accroissement des échanges entre personnes de langue française. Ainsi, on peut assister, par exemple, à des ententes conclues avec la Société nationale de l’Acadie, avec les gouvernements des provinces à l’ouest du Québec en matière d’affaires francophones, et même avec les communautés francophones des États-Unis telles que celles des États de la Louisiane et du Maine.

Depuis quelques années, différentes scissions sont apparues au sein du mouvement souverainiste sur la question nationale. Cependant, la souveraineté demeure le but de toutes les divisions. Non seulement de nouveaux partis politiques ont été fondés tels que Québec solidaire, mais des organisations telles que le Conseil de la souveraineté du Québec, les Jeunes Patriotes du Québec et le Réseau de Résistance du Québécois ont été formées afin de regrouper les militants, de promouvoir l’indépendance et d’agir, non pas contre, mais indépendamment de l’aile parlementaire. Ces organisations viennent donc s’ajouter aux Sociétés Saint-Jean-Baptiste ainsi qu’à leur fédération, le Mouvement national des Québécoises et des Québécois, fondés respectivement en 1834 et en 1947.

Dans l’optique de l’avancement continuel vers la souveraineté, certains acteurs du mouvement ont, depuis peu, avancé l’idée de la gouvernance souverainiste pour contrer les inconvénients des référendums populaires138. Dans cette stratégie, l’indépendance du Québec est perçue comme une question de fait alors qu’un référendum est une formalité administrative. Par conséquent, un gouvernement souverainiste élu du Québec, notamment du Parti québécois, sera porté à créer des institutions et politiques (constitution, citoyenneté, indépendance politique régionale, etc.) répondant à cette vision de l’avenir du Québec tout en conservant à l’esprit les exigences constitutionnelles canadiennes.

Au printemps 2006, le nouveau gouvernement conservateur du Canada a signé un accord avec le gouvernement du Québec afin que la province joigne les rangs de l’UNESCO en tant que membre associé. Ce faisant, le fédéralisme asymétrique est désormais présent en politique fédérale. De plus, le , la Chambre des communes du Canada a voté, presque unanimement, en faveur d’une motion qui reconnaît que « les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni », une démarche surtout symbolique mais qui constitue un grand pas en avant pour la consolidation du concept de statut particulier de la province francophone. Au Canada anglais, les critiques ont fusé, beaucoup craignant qu’on ne donne de nouvelles armes aux indépendantistes québécois.

Spécificité canadienne

Depuis la fin du xixe siècle, les Amérindiens possèdent des territoires quasi-autonomes, appelés réserves, octroyés par le gouvernement fédéral. Les peuples autochtones vivant dans ces zones ne paient ni impôts, ni taxes provinciales. Souvent isolées, ces réserves disposent de peu de services publics. En conséquence de ce manque de services et de plusieurs traités souvent signés sous l’influence de l’armée britannique, divers heurts surviennent encore aujourd’hui au sujet de revendications territoriales et du respect de la place des peuples autochtones au sein du Canada. Ces différends entre les peuples autochtones et le gouvernement dégénèrent quelquefois en conflits ouverts, notamment lors de la Crise d’Oka en 1990, de la Crise d’Ipperwash en 1995, de la Crise de Kanesatake de 2004 à 2005 et de la Crise de Caledonia en 2006. La reconnaissance des droits ancestraux ou issus de traités quant aux revendications territoriales a été confirmée dans la loi constitutionnelle de 1982. Depuis les années 1990, le Canada assiste à une importante crise de la contrebande de tabac, en plus d’un important trafic d’armes à feu et de stupéfiants transitant notamment par la réserve d’Akwesasne, laquelle chevauche la frontière canado-américaine. Alors que ces sujets s’avèrent être très sensibles pour les personnalités politiques, les gouvernements ont souvent été accusés de laxisme dans les médias et par la population139.

L’intégration économique avec les États-Unis se renforce après 1940. L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) de 1994 est un moment culminant dans l’élaboration d’une intégration économique entre les deux pays. Toutefois, le conflit du bois d’œuvre demeure un enjeu politique et commercial depuis la fin des années 1980. De plus, l’économie canadienne est en croissance continue grâce aux secteurs de l’immobilier et des ressources minières et naturelles ainsi qu’aux réserves de pétrole dans les sables bitumineux de l’Athabasca, bien qu’elle fût affectée à la baisse par la crise économique asiatique de 1997-1998, par les attentats terroristes de 2001 aux États-Unis et par la perte de valeurs des titres technologiques en 2002. Le Canada a été le pays hôte du Sommet des Amériques en 2001, lequel s’est tenu dans la ville de Québec, afin de pourvoir aux dispositions d’une éventuelle Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).

D’autre part, depuis les années 1980, les Canadiens se préoccupent de leur autonomie culturelle puisque les compagnies, la télévision et les films américains sont omniprésents. Cependant, faisant contraste avec le reste de l’Amérique du Nord, certaines provinces du Canada s’alignent sur un système universel de soins de santé. De plus, la Charte canadienne des droits et libertés contraint les tribunaux à la conservation du multiculturalisme dans leurs jugements.

Le Canada participe à la guerre du Golfe de 1990-1991 ainsi qu’aux missions de paix de l’Organisation des Nations unies en Ex-Yougoslavie et au Rwanda dans les années 1990. Depuis 2001, le Canada participe activement à la guerre d’Afghanistan au sein de la coalition occidentale formée à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001 perpétrés par une faction islamique talibane aux États-Unis. De ce fait, le Canada entre officiellement dans la guerre contre le terrorisme en tant qu’allié des États-Unis, mais se restreindra à la campagne militaire menée en Afghanistan.

Le Canada signe le Protocole de Kyoto en 2002 dans le respect de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et devient le 99e pays à y adhérer140. En 2006, le gouvernement conservateur de Stephen Harper succède au gouvernement Libéral de Jean Chrétien et désire retirer le pays du protocole de Kyoto considérant les objectifs comme trop idéalistes et inatteignables141,142. Le gouvernement conservateur apporte son appui aux pétrolières de l’ouest du pays, les principaux opposants au protocole. De plus, le gouvernement Harper stoppe les programmes de sensibilisation et de recherche scientifique et adopte une politique laxiste concernant les émissions de gaz à effet de serre (GES)143. Plutôt que de suivre les recommandations environnementales, les conservateurs de Harper s’alignent avec la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) donnant ainsi préséance au Partenariat Asie-Pacifique conclu par les membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN)144,145. En 2011, Le gouvernement conservateur devient un gouvernement majoritaire et annonce en décembre de la même année que le pays se retirerait du protocole de Kyoto en 2012. Le retrait n’a pas plu à certaines provinces profondément impliquées dans le protocole, comme le Québec qui en retirait des avantages économiques et commerciaux avec l’Europe. Ainsi, le Canada a laissé le choix à ses provinces de réintégrer le protocole, car les provinces ont les pouvoirs nécessaires pour émettre des législations favorables à la réalisation des demandes de ce protocole. Seules les provinces du Québec et du Manitoba le réintègrent. Des provinces comme la Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick étaient désireuses d’en savoir davantage à son propos avant de prendre leur décision146.

Dans un autre ordre d’idées, un phénomène populaire invite plusieurs Canadiens à leur migration dans les États du sud des États-Unis tels que l’Arizona et la Floride, dans les pays des Caraïbes et de l’Océanie ainsi que sur l’île de Vancouver où les hivers sont généralement plus doux. Ce phénomène s’étend à toute catégorie d’âge sans restriction bien qu’il soit présent notamment auprès des personnes retraitées. Ces gens que l’on nomme les Snowbirds y passent l’hiver, généralement six mois, et reviennent au Canada en été afin de conserver leur statut légal de résidence. La présence canadienne étant d’autant plus remarquée avec les Québécois en Floride que des institutions financières québécoises s’y sont installées en plus de journaux du Québec qui sont livrés chaque matin dans certaines régions « québécoises » de la Floride, comme à Hallandale BeachPompano BeachLauderhillFort LauderdaleFort Myers et Key West. Depuis la première moitié du xxe siècle, des relations économiques et de développement d’affaires se sont développées et sont maintenant présentes tout au long de l’année. On y retrouve en plus plusieurs centaines de milliers de propriétés québécoises. De plus, une forte présence de Québécois peut être remarquée dans le Maine, à Old Orchard Beach et à Ogunquit, lors des vacances d’été.

Depuis le 17 octobre 2018, le Canada est le second pays au monde, après l’Uruguay, à légaliser totalement le cannabis pour tous usages, y compris récréatifs. Les lois encadrant le cannabis diffèrent selon chaque province147.

Les 150 ans de la Confédération canadienne (1867-2017)

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Les 150 ans de la Confédération canadienne : ici le Centre d’information de Niagara Falls.

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Ancien drapeau du Canada de 1921 à 1957.

En 2017, les Canadiens célèbrent les 150 ans de la Confédération.

Quatre journées de fêtes canadiennes ont été ainsi plus grandioses qu’à la normale pour souligner cet anniversaire. La Journée nationale des peuples autochtones, la Saint-Jean Baptiste, la Fête nationale du Québec et de la francophonie canadienne, et la Journée canadienne du multiculturalisme ont vu leurs programmations souligner les 150 ans du pays. Enfin, le point culminant de ces célébrations majeures a été le 1er juillet, lorsque les Canadiens au pays et à l’étranger ont célébré la Fête du Canada.

Plusieurs autres activités ont été prévues pour les 150 ans du Canada dans différentes communautés148. De plus, pour souligner l’événement, les différents parcs nationaux du Canada ont été libres d’accès tout au long de cette année anniversaire 2017149.

Parlement et gouvernement

Le Canada est une monarchie constitutionnelle qui, en tant que royaume du Commonwealth, reconnaît Charles III comme roi du Canada depuis le .

Pouvoir exécutif

Le pouvoir exécutif est, quant à lui, constitué du Conseil privé, chargé de conseiller le gouverneur général en conseil dans sa prise de décisions. Les conseillers privés sont nommés par le gouverneur général en conseil, et parmi lesquels des conseillers sont assermentées pour former le cabinet ministériel, dirigé par le premier ministre. Les membres du Cabinet sont les seuls conseillers privés autorisés à agir officiellement par décrets au nom du gouverneur général en conseil et ont la responsabilité d’un ministère.

Gouverneur général du Canada

En sa qualité de représentant du roi ou de la reine, chef de l’État, le ou la gouverneur général et à ce titre Commandant en chef des Forces armées canadiennes, assume les prérogatives royales lorsque le roi ou la reine ne se trouve pas au Canada. Le ou la gouverneur général est nommé par le roi ou la reine sur conseil du premier ministreRideau Hall est sa résidence principale d’Ottawa alors que la Citadelle de Québec est sa résidence à Québec. Bien que le ou la gouverneur général conserve certaines prérogatives royales, ses devoirs et obligations sont définies par la Constitution du Canada, laquelle consiste en une série de lois constitutionnelles enchevêtrées, celles-ci étant composées de textes écrits et de traditions et conventions non écrites. Dans les faits, le poste de gouverneur général est surtout symbolique, et ne possède pas de pouvoir réel. Depuis quelques années un débat subsiste, à savoir si le poste de gouverneur général et celui des lieutenant-gouverneurs devraient être abolis.

Premier ministre

Le poste de premier ministre, chef du gouvernement du Canada, revient de facto au chef du parti politique dont la représentation à la Chambre des Communes est la plus grande, ce qui peut mener à des situations où le parti du gouvernement peut être majoritaire comme minoritaire. Le premier ministre choisit ensuite les membres du conseil des ministres. Les nominations ministérielles sont effectuées par le gouverneur général en conseil sur les recommandations du premier ministre, ces dernières étant habituellement de facto respectées bien qu’elles puissent de jure être rejetées. Les membres du Cabinet proviennent généralement du parti politique du premier ministre, et fort majoritairement des députés de la Chambre des communes, bien que certains puissent aussi provenir du Sénat, ou même dans de rares cas, ne faire partie d’aucune Chambre du Parlement. Bien qu’il n’y ait aucun texte écrit à cet effet, et comme la tradition dicte au gouverneur général de nommer au poste de premier ministre le chef de la majorité politique élue à la Chambre des communes, et aux postes de conseillers privés et de ministres les gens dont il approuve la nomination, certains juristes soutiennent que de nos jours, cette disposition unit constitutionnellement le gouverneur général.

Fonctionnement du gouvernement et de la fonction publique

Comme le Canada est une monarchie parlementaire, le gouverneur général est le responsable du pouvoir exécutif en l’absence de la Reine. Cependant, au fil des années, son rôle a évolué et s’est empreint de conventions non écrites qui lui ont fait perdre le pouvoir qu’il détenait autrefois. Bien qu’aujourd’hui son rôle soit apolitique et purement symbolique et protocolaire, le gouverneur général est tout de même assisté par le Bureau du secrétaire du gouverneur général afin d’accomplir son mandat et [de] s’acquitter de ses responsabilités en qualité de chef d’État et en ce qui concerne la constitution, le cérémonial et les autres responsabilités traditionnelles150.

Le Conseil privé de la Reine pour le Canada a été créé par la loi constitutionnelle de 1867 afin d’aider et aviser le gouverneur général en conseil dans l’administration du gouvernement. Il est le principal organe du pouvoir exécutif après la Couronne. Le ministre des Affaires intergouvernementales est par tradition le président du Conseil privé. En plus des candidats aux postes de ministre, le premier ministre peut recommander la nomination d’autres personnes au titre de conseillers privés telles que des personnalités de marque, d’anciens membres du gouvernement ou tout simplement des gens à titre honorifique. Le Conseil privé pourrait […], s’il était actif, être un organisme important et politiquement encombrant […] avec des membres allant toujours à contre-courant des autres. Il s’est sorti de cette malencontreuse situation d’une façon simple et efficace, en ne réunissant que très rarement tous ses membres »151. Ainsi, la dernière fois que le Conseil privé a réuni tous ses membres fut en 1981 afin de consentir officiellement au mariage royal du prince Charles, prince de Galles, et de Lady Diana Spencer. Suivant l’annonce des fiançailles du prince à la duchesse de CornouaillesCamilla Parker Bowles, en 2005, le ministère de la Justice du Canada annonça que le Conseil privé n’avait pas à se réunir puisque le mariage ne résulterait pas en une descendance et donc, n’affecterait pas l’ordre de succession pour la Couronne du Canada. Selon David Brown, dirigeant au Bureau du Conseil privé en 1981, si le Conseil privé avait rejeté le mariage de 1981, il y aurait eu division dans la lignée royale ainsi qu’avec les autres pays membres du Commonwealth. Par conséquent, aucun descendant du Prince de Galles n’aurait été reconnu comme légitime successeur au Trône. Cette situation aurait amené le Canada à créer sa propre monarchie ou à changer son régime d’État pour celui d’une république152.

Le gouvernement est composé du cabinet ministériel, organe exécutif du Conseil privé et lequel est dirigé par le premier ministre. Dans ces tâches, ce dernier est soutenu par le Bureau du Conseil privé. À sa tête se trouve le greffier du Conseil privé, le plus haut fonctionnaire apolitique du gouvernement du Canada. En tant que secrétaire du Cabinet, le greffier du Conseil privé joue un rôle central dans la gestion de l’État et a pour tâches de conseiller de façon impartiale et seconder le premier ministre et le Cabinet, et diriger la fonction publique.

Le gouvernement du Canada est en plus assisté par le Conseil du Trésor, comité du Cabinet composé du président du Conseil du Trésor et de ministres. Le Conseil du Trésor est chargé de l’imputabilité et de l’éthique, de la gestion des finances, du personnel et de l’administration, de la fonction de contrôle ainsi que de l’approbation des règlements et de la plupart des décrets en conseil153. Ainsi, tout comme le Bureau du Conseil privé, le Conseil du Trésor joue un rôle central dans la gestion de l’État, mais constitue un organe politique dont les membres sont élus contrairement à ce dernier. Le Conseil du Trésor est donc directement imputable au Parlement.

Bien que chaque ministère soit responsable de son portefeuille respectif, trois ministères jouent un rôle central dans la gestion des finances publiques de l’État et supporte ainsi les travaux du Conseil du Trésor et des autres ministères. Ainsi, le ministère des Finances est responsable de toutes les questions en matière de finances publiques qui ne sont pas attribuées de droit au Conseil du Trésor, tel l’établissement du budget fédéral et de la politique économique et financière du pays. L’Agence du Revenu du Canada est quant à elle responsable du contrôle d’application de la législation fiscale. Alors que le ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux est un organisme de services communs destinés à aider les ministères à réaliser leurs programmes. Le ministre de ce dernier ministère est par tradition le Receveur général du Canada et donc, responsable de l’émission et de la réception de tous les paiements faits et reçus par le gouvernement et, responsable de la préparation et de la publication des comptes publics.

D’autres organismes existent dans la gestion centrale et le contrôle de l’État, mais ceux-ci relèvent directement du Parlement et sont donc indépendants du gouvernement. Tel est le cas du Bureau du commissaire à l’éthique, du Bureau du vérificateur général et du Commissariat aux langues officielles.

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