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Un groupe héritier du GUD multiplie les attaques en plein Paris
10/06/2020 à 10h58 par La redaction

Ces derniers jours, des militants d’extrême droite ont attaqué, à quatre jours d'intervalle, en plein Paris, un soutien du comité Adama Traoré et le bar antifasciste Le Saint-Sauveur. Mediapart a enquêté sur leur groupe – les « Zouaves Paris », héritiers du GUD – et ses connexions néonazies.

Deux attaques, à quatre jours d’intervalle. Sous l’appellation « Zouaves Paris », des militants d’extrême droite, héritiers du GUD (Groupe Union Défense), multiplient les violences en plein Paris. Dernière en date : l’agression dans le métro d'un jeune homme vêtu d’un T-shirt « Justice pour Adama », slogan du comité de soutien à Adama Traoré.

Le groupe a diffusé, le 8 juin, via une chaîne de la messagerie Telegram, bien connue de l’extrême droite militante, une courte vidéo de l’attaque, qui a eu lieu à la station Franklin D. Roosevelt, à Paris. Le message l’accompagnant se félicite que l’« antifa », « reconnu grâce à son pull du Comité Adama », se soit « écroul[é] » « devant sa meuf », après avoir reçu une « droite » du « Zouave », qui l’a poursuivi dans le métro.

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Quatre jours plus tôt, c’est Le Saint-Sauveur, un bar du XXe arrondissement de Paris, que le même groupe a ciblé. Ni le lieu visé, ni la date n’étaient dus au hasard. Implanté dans le quartier populaire de Ménilmontant, le Saint-Sauveur est un haut lieu du milieu antifasciste de la capitale. Milieu qui s’apprêtait à commémorer, le 5 juin, le septième anniversaire de la mort de Clément Méric, jeune militant antifasciste tué par des skinheads d’extrême droite en 2013.

Une vidéo publiée sur Twitter montre une quinzaine d’hommes avancer au pas de course en direction du bar. D’après les témoignages recueillis par Mediapart, ils s’en prennent alors indifféremment aux clients, renversent une partie de la terrasse, brisent quelques vitres, et s’emparent de T-shirts mis en vente avant de prendre la fuite.

À Mediapart, Zelda, qui travaillait ce soir-là au Saint-Sauveur, raconte : « Tout le quartier leur est tombé dessus. Quand ils ont compris ce qu’il se passait, les jeunes de la Banane [le quartier voisin – ndlr] sont venus nous aider. » La descente semble en effet avoir viré à la débandade. Plusieurs vidéos que nous avons pu consulter montrent la fuite désorganisée des assaillants et le passage à tabac de l’un d’entre eux. Celui-ci a par la suite été pris en charge par les secours.

Une heure plus tard, une revendication est diffusée sur Telegram. Signé par les « Zouaves Paris », le communiqué indique : « Une quinzaine de Zouaves présents pour attaquer le Saint Sauveur, QG des antifas. Violente charge des Zouaves armés de manches de pioches. Les antifas (une trentaine) refluent en désordre, abandonnant la terrasse pour se réfugier à l’intérieur du bar. […] Une quinzaine de rebeus de cité viennent alors prêter main-forte aux antifas en chargeant les fafs dans leur dos. Contre-charge des Zouaves, à moitié esquivée par les rebeus. Les Zouaves quittent le quartier avec l’arrivée de la police. »

Le communiqué est accompagné d’une photo montrant treize militants, visages floutés, prenant fièrement la pose avec deux T-shirts volés :

La photo de revendication diffusée par les Zouaves Paris et prise avenue du Maréchal-Lyautey, dans le XVIe arrondissement de Paris.La photo de revendication diffusée par les Zouaves Paris et prise avenue du Maréchal-Lyautey, dans le XVIe arrondissement de Paris.

Le lendemain, plusieurs personnalités de la gauche institutionnelle condamnent cette attaque et se rendent au Saint-Sauveur, parmi lesquelles Danielle Simonnet et Éric Coquerel de La France insoumise (LFI). Le propriétaire du bar a quant à lui refusé de porter plainte. « Ce n’est pas la politique de la maison », explique-t-il à Mediapart.

Qui sont les militants se cachant derrière ce label « Zouaves Paris » ? Mediapart a enquêté sur le groupe d’assaillants et ses connexions ultra-radicales.

En mai 2017, le GUD, célèbre groupe de l’extrême droite militante post-1968, se métamorphose en « Bastion social » (lire notre enquête). L’objectif ? Sortir de la marginalité politique en alliant bataille culturelle et action sociale. Ses militants tentent de soigner leur image grâce à un vernis social, avec le but affiché de « venir en aide aux plus démunis », tout en appliquant la « préférence nationale » et en critiquant « l’immigration de masse ».

Si le centre névralgique du Bastion social se trouve à Lyon, le mouvement, qui s'inspire des néofascistes italiens de CasaPound, se décline rapidement à travers la France (Chambéry, Strasbourg, Aix-en-Provence, Clermont-Ferrand, Marseille). À Paris en revanche, le basculement du GUD au Bastion social échoue. D’une part, parce que le GUD a éclaté en plusieurs sous-tendances dans la capitale. D’autre part, parce que ses militants restent attachés au label « GUD », à son histoire tumultueuse et ses actions violentes.

C’est de cet éclatement que sont nés, en 2018, les Zouaves Paris, un groupe informel composé d’éléments radicaux issus du GUD parisien, et, dans une moindre mesure, d’identitaires et de royalistes de l’Action française. Le groupuscule entend maintenir la tradition du coup de poing.

Les Zouaves Paris se font notamment remarquer lors des premiers actes du mouvement des gilets jaunes, comme Mediapart l’a raconté. Le 1er décembre 2018, ils participent ainsi aux affrontements sur les Champs-Élysées aux côtés d’autres militants d’extrême droite, parmi lesquels leurs camarades du Bastion social. Six militants sont arrêtés, l’un est incarcéré et d’autres soumis à un contrôle judiciaire. Le 9 janvier 2019, ils sont condamnés à des peines d’emprisonnement allant de trois mois ferme à six mois avec sursis pour « entente en vue de commettre des violences ou des dégradations ».

Le 26 janvier 2019, les Zouaves Paris revendiquent une violente attaque contre des militants du NPA, toujours dans le cadre d’une manifestation des gilets jaunes. On peut également leur imputer l’agression de supporters brandissant des drapeaux algériens lors de la Coupe du monde de football en 2018, celle d'un étudiant à l'université de Nanterre, en novembre 2019, ou encore celle d’un journaliste de France Inter en marge d’un défilé de « La Manif pour tous », en janvier dernier.

Si les Zouaves Paris n’ont pas de hiérarchie claire, l’un de leurs militants est considéré comme le meneur : Marc de Cacqueray-Valménier, 21 ans, présent sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de « Marc Hassin ». Le jeune homme a participé à de multiples actions, notamment l’attaque du Saint-Sauveur, ou les violences sur les Champs-Élysées, ce qui lui a valu une condamnation en janvier 2019.

Marc de Cacqueray est issu d’une vieille famille aristocratique et catholique traditionaliste où l’on compte prêtres et militaires. Son père est un ancien de l’Action française ; son oncle fut une figure du mouvement Civitas ; son cousin a milité dans les rangs de la Manif pour tous et fut tête de liste du Rassemblement national aux municipales de mars, au Mans. Marc de Cacqueray a lui-même rejoint les royalistes de l’Action française en 2016, avant d’être écarté, le mouvement le trouvant trop remuant. Il s’est alors rapproché d’un autre jeune gudard pour lancer les Zouaves Paris, une voie plus radicale, qui regroupe des « cogneurs » de plusieurs groupuscules. Contacté, il n’a pas répondu et a désactivé son compte Facebook juste après l’envoi de nos questions.

Ce groupuscule violent est bien implanté dans le paysage de l’extrême droite militante, en France et à l’international.

Une enquête menée par l’un des auteurs de ces lignes, et publiée par Bellingcat, révélait ainsi que Marc de Cacqueray s’attache à développer des liens avec plusieurs groupes ukrainiens. Le jeune militant s’est rendu à Kiev en décembre 2019 pour assister à un festival de black metal national-socialiste (NSBM). Il y a été filmé effectuant des gestes s’apparentant à des saluts nazis, mais a surtout profité de son séjour en Ukraine pour rencontrer diverses personnalités de l’extrême droite locale. Helena Semenyaka, secrétaire aux affaires internationales du « Corps national » – un parti d’extrême droite affilié au bataillon Azov, une unité nationaliste ukrainienne, à l'idéologie teintée de nazisme – l’a reçu pour une interview. Il s'est aussi rendu à un championnat de kick-boxing où étaient présents des membres du groupe néonazi « AVTONOMS.NS ».

Marc de Cacqueray et Helena Semenyaka.Marc de Cacqueray et Helena Semenyaka.
Marc de Cacqueray (à gauche) brandissant un drapeau du GUD Paris, lors d'un championnat de kick-boxing en Ukraine, le 21 décembre 2019.Marc de Cacqueray (à gauche) brandissant un drapeau du GUD Paris, lors d'un championnat de kick-boxing en Ukraine, le 21 décembre 2019.

En France, les Zouaves Paris sont également très proches d’un groupe de hooligans néonazis du Stade de Reims, les « Mes Os ». Un hooligan parisien « plutôt à gauche » interrogé par StreetPress va jusqu’à affirmer que les deux groupes ne formeraient en réalité qu’une seule entité.

Les Zouaves Paris et les Mes Os en avril 2018. Certains effectuent des saluts nazis, d’autres des saluts à trois doigts ou des « saluts kühnen ».Les Zouaves Paris et les Mes Os en avril 2018. Certains effectuent des saluts nazis, d’autres des saluts à trois doigts ou des « saluts kühnen ».

Plusieurs photos et vidéos publiées sur Instagram, que Mediapart s’est procurées, témoignent effectivement d’une forte proximité. Deux jours seulement après l’attaque du Saint-Sauveur, des membres des deux groupes se sont réunis pour célébrer l’anniversaire de l’un d’entre eux. Sur cette vidéo publiée sur Instagram, nous avons pu identifier au moins quatre membres des Zouaves Paris – dont Marc de Cacqueray – et un membre des Mes Os. Tous chantent en chœur « joyeux nazi-versaire » le bras tendu, avant de conclure par « Sieg Heil », reprenant ainsi le cri du salut nazi.

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Outre ces soirées passées ensemble, plusieurs membres des Zouaves Paris participent, aux côtés des Mes Os, à des free fights, des combats arrangés entre groupes de hooligans.

Les Mes Os et au moins trois membres des Zouaves avant un free fight. À noter la croix gammée ainsi que la croix celtique visibles sur les T-shirts de deux participants.Les Mes Os et au moins trois membres des Zouaves avant un free fight. À noter la croix gammée ainsi que la croix celtique visibles sur les T-shirts de deux participants.

Sur cette autre image du même groupe, on reconnaît à droite Hadrien M., membre des Zouaves Paris et ex-militant du GUD. Toujours selon StreetPress, il se serait vanté d’être l’auteur de tags antisémites (« Ici vivent des ordures juives ») retrouvés sur la porte d’un immeuble du XVIIIe arrondissement de Paris en septembre 2018.

À droite, Hadrien M.À droite, Hadrien M.

Autre signe marquant des liens entre les deux structures, cette photo d’un bébé diffusée en février dernier sur le même canal Telegram que celui ayant servi pour la revendication de l’attaque du Saint-Sauveur. D’après nos informations, le bébé affublé d’un masque de Hitler et sur lequel est posé un sticker des Zouaves Paris est le fils d’un membre des Mes Os, âgé de seulement quelques jours au moment de la photo. Les militants parisiens ont également offert aux parents un body portant le blason de la « Division nationaliste révolutionnaire » (DNR), un groupe français néonazi.

Le bébé affublé d’un masque de Hitler, avec un sticker des Zouaves Paris.Le bébé affublé d’un masque de Hitler, avec un sticker des Zouaves Paris.

Outre leurs amitiés rémoises, les Zouaves Paris côtoient certains militants de Génération identitaire. Cet autre mouvement d’extrême droite, branche jeunesse du Bloc identitaire, est connu pour ses happenings médiatiques, à l’instar de l’opération anti-immigration menée en avril 2018 à la frontière franco-italienne, pour laquelle plusieurs militants ont été condamnés. Certains de ses membres auraient été impliqués dans une rixe opposant notamment les Zouaves Paris à des militants antifascistes le soir du 15 avril 2019, non loin de la cathédrale Notre-Dame de Paris en feu.

Sur cette photo datant du 29 février 2020, deux militants de Génération identitaire apparaissent aux côtés de Marc de Cacqueray :

Au centre, avec une cagoule blanche, Marc de Cacqueray, membre des Zouaves Paris. À l’arrière-plan, de gauche à droite, Édouard M. et Antoine O., tous deux membres de Génération identitaire.Au centre, avec une cagoule blanche, Marc de Cacqueray, membre des Zouaves Paris. À l’arrière-plan, de gauche à droite, Édouard M. et Antoine O., tous deux membres de Génération identitaire.

Plus qu’une simple rixe entre groupes militants, l’attaque du Saint-Sauveur – la première depuis l’ouverture du bar en 2006 – illustre la volonté des Zouaves Paris d’imposer leur présence dans la rue. Elle s’inscrit dans une longue série d’actions violentes commises par un groupe bien implanté dans les milieux de l’extrême droite militante. Si le GUD a disparu, sa tradition et ses méthodes semblent être encore bien vivantes.

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Ces derniers jours, des militants d’extrême droite ont attaqué, à quatre jours d'intervalle, en plein Paris, un soutien du comité Adama Traoré et le bar antifasciste Le Saint-Sauveur. Mediapart a enquêté sur leur groupe – les « Zouaves Paris », héritiers du GUD – et ses connexions néonazies.

Deux attaques, à quatre jours d’intervalle. Sous l’appellation « Zouaves Paris », des militants d’extrême droite, héritiers du GUD (Groupe Union Défense), multiplient les violences en plein Paris. Dernière en date : l’agression dans le métro d'un jeune homme vêtu d’un T-shirt « Justice pour Adama », slogan du comité de soutien à Adama Traoré.

Le groupe a diffusé, le 8 juin, via une chaîne de la messagerie Telegram, bien connue de l’extrême droite militante, une courte vidéo de l’attaque, qui a eu lieu à la station Franklin D. Roosevelt, à Paris. Le message l’accompagnant se félicite que l’« antifa », « reconnu grâce à son pull du Comité Adama », se soit « écroul[é] » « devant sa meuf », après avoir reçu une « droite » du « Zouave », qui l’a poursuivi dans le métro.

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Quatre jours plus tôt, c’est Le Saint-Sauveur, un bar du XXe arrondissement de Paris, que le même groupe a ciblé. Ni le lieu visé, ni la date n’étaient dus au hasard. Implanté dans le quartier populaire de Ménilmontant, le Saint-Sauveur est un haut lieu du milieu antifasciste de la capitale. Milieu qui s’apprêtait à commémorer, le 5 juin, le septième anniversaire de la mort de Clément Méric, jeune militant antifasciste tué par des skinheads d’extrême droite en 2013.

Une vidéo publiée sur Twitter montre une quinzaine d’hommes avancer au pas de course en direction du bar. D’après les témoignages recueillis par Mediapart, ils s’en prennent alors indifféremment aux clients, renversent une partie de la terrasse, brisent quelques vitres, et s’emparent de T-shirts mis en vente avant de prendre la fuite.

À Mediapart, Zelda, qui travaillait ce soir-là au Saint-Sauveur, raconte : « Tout le quartier leur est tombé dessus. Quand ils ont compris ce qu’il se passait, les jeunes de la Banane [le quartier voisin – ndlr] sont venus nous aider. » La descente semble en effet avoir viré à la débandade. Plusieurs vidéos que nous avons pu consulter montrent la fuite désorganisée des assaillants et le passage à tabac de l’un d’entre eux. Celui-ci a par la suite été pris en charge par les secours.

Une heure plus tard, une revendication est diffusée sur Telegram. Signé par les « Zouaves Paris », le communiqué indique : « Une quinzaine de Zouaves présents pour attaquer le Saint Sauveur, QG des antifas. Violente charge des Zouaves armés de manches de pioches. Les antifas (une trentaine) refluent en désordre, abandonnant la terrasse pour se réfugier à l’intérieur du bar. […] Une quinzaine de rebeus de cité viennent alors prêter main-forte aux antifas en chargeant les fafs dans leur dos. Contre-charge des Zouaves, à moitié esquivée par les rebeus. Les Zouaves quittent le quartier avec l’arrivée de la police. »

Le communiqué est accompagné d’une photo montrant treize militants, visages floutés, prenant fièrement la pose avec deux T-shirts volés :

La photo de revendication diffusée par les Zouaves Paris et prise avenue du Maréchal-Lyautey, dans le XVIe arrondissement de Paris.La photo de revendication diffusée par les Zouaves Paris et prise avenue du Maréchal-Lyautey, dans le XVIe arrondissement de Paris.

Le lendemain, plusieurs personnalités de la gauche institutionnelle condamnent cette attaque et se rendent au Saint-Sauveur, parmi lesquelles Danielle Simonnet et Éric Coquerel de La France insoumise (LFI). Le propriétaire du bar a quant à lui refusé de porter plainte. « Ce n’est pas la politique de la maison », explique-t-il à Mediapart.

Qui sont les militants se cachant derrière ce label « Zouaves Paris » ? Mediapart a enquêté sur le groupe d’assaillants et ses connexions ultra-radicales.

En mai 2017, le GUD, célèbre groupe de l’extrême droite militante post-1968, se métamorphose en « Bastion social » (lire notre enquête). L’objectif ? Sortir de la marginalité politique en alliant bataille culturelle et action sociale. Ses militants tentent de soigner leur image grâce à un vernis social, avec le but affiché de « venir en aide aux plus démunis », tout en appliquant la « préférence nationale » et en critiquant « l’immigration de masse ».

Si le centre névralgique du Bastion social se trouve à Lyon, le mouvement, qui s'inspire des néofascistes italiens de CasaPound, se décline rapidement à travers la France (Chambéry, Strasbourg, Aix-en-Provence, Clermont-Ferrand, Marseille). À Paris en revanche, le basculement du GUD au Bastion social échoue. D’une part, parce que le GUD a éclaté en plusieurs sous-tendances dans la capitale. D’autre part, parce que ses militants restent attachés au label « GUD », à son histoire tumultueuse et ses actions violentes.

C’est de cet éclatement que sont nés, en 2018, les Zouaves Paris, un groupe informel composé d’éléments radicaux issus du GUD parisien, et, dans une moindre mesure, d’identitaires et de royalistes de l’Action française. Le groupuscule entend maintenir la tradition du coup de poing.

Les Zouaves Paris se font notamment remarquer lors des premiers actes du mouvement des gilets jaunes, comme Mediapart l’a raconté. Le 1er décembre 2018, ils participent ainsi aux affrontements sur les Champs-Élysées aux côtés d’autres militants d’extrême droite, parmi lesquels leurs camarades du Bastion social. Six militants sont arrêtés, l’un est incarcéré et d’autres soumis à un contrôle judiciaire. Le 9 janvier 2019, ils sont condamnés à des peines d’emprisonnement allant de trois mois ferme à six mois avec sursis pour « entente en vue de commettre des violences ou des dégradations ».

Le 26 janvier 2019, les Zouaves Paris revendiquent une violente attaque contre des militants du NPA, toujours dans le cadre d’une manifestation des gilets jaunes. On peut également leur imputer l’agression de supporters brandissant des drapeaux algériens lors de la Coupe du monde de football en 2018, celle d'un étudiant à l'université de Nanterre, en novembre 2019, ou encore celle d’un journaliste de France Inter en marge d’un défilé de « La Manif pour tous », en janvier dernier.

Si les Zouaves Paris n’ont pas de hiérarchie claire, l’un de leurs militants est considéré comme le meneur : Marc de Cacqueray-Valménier, 21 ans, présent sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de « Marc Hassin ». Le jeune homme a participé à de multiples actions, notamment l’attaque du Saint-Sauveur, ou les violences sur les Champs-Élysées, ce qui lui a valu une condamnation en janvier 2019.

Marc de Cacqueray est issu d’une vieille famille aristocratique et catholique traditionaliste où l’on compte prêtres et militaires. Son père est un ancien de l’Action française ; son oncle fut une figure du mouvement Civitas ; son cousin a milité dans les rangs de la Manif pour tous et fut tête de liste du Rassemblement national aux municipales de mars, au Mans. Marc de Cacqueray a lui-même rejoint les royalistes de l’Action française en 2016, avant d’être écarté, le mouvement le trouvant trop remuant. Il s’est alors rapproché d’un autre jeune gudard pour lancer les Zouaves Paris, une voie plus radicale, qui regroupe des « cogneurs » de plusieurs groupuscules. Contacté, il n’a pas répondu et a désactivé son compte Facebook juste après l’envoi de nos questions.

Ce groupuscule violent est bien implanté dans le paysage de l’extrême droite militante, en France et à l’international.

Une enquête menée par l’un des auteurs de ces lignes, et publiée par Bellingcat, révélait ainsi que Marc de Cacqueray s’attache à développer des liens avec plusieurs groupes ukrainiens. Le jeune militant s’est rendu à Kiev en décembre 2019 pour assister à un festival de black metal national-socialiste (NSBM). Il y a été filmé effectuant des gestes s’apparentant à des saluts nazis, mais a surtout profité de son séjour en Ukraine pour rencontrer diverses personnalités de l’extrême droite locale. Helena Semenyaka, secrétaire aux affaires internationales du « Corps national » – un parti d’extrême droite affilié au bataillon Azov, une unité nationaliste ukrainienne, à l'idéologie teintée de nazisme – l’a reçu pour une interview. Il s'est aussi rendu à un championnat de kick-boxing où étaient présents des membres du groupe néonazi « AVTONOMS.NS ».

Marc de Cacqueray et Helena Semenyaka.Marc de Cacqueray et Helena Semenyaka.
Marc de Cacqueray (à gauche) brandissant un drapeau du GUD Paris, lors d'un championnat de kick-boxing en Ukraine, le 21 décembre 2019.Marc de Cacqueray (à gauche) brandissant un drapeau du GUD Paris, lors d'un championnat de kick-boxing en Ukraine, le 21 décembre 2019.

En France, les Zouaves Paris sont également très proches d’un groupe de hooligans néonazis du Stade de Reims, les « Mes Os ». Un hooligan parisien « plutôt à gauche » interrogé par StreetPress va jusqu’à affirmer que les deux groupes ne formeraient en réalité qu’une seule entité.

Les Zouaves Paris et les Mes Os en avril 2018. Certains effectuent des saluts nazis, d’autres des saluts à trois doigts ou des « saluts kühnen ».Les Zouaves Paris et les Mes Os en avril 2018. Certains effectuent des saluts nazis, d’autres des saluts à trois doigts ou des « saluts kühnen ».

Plusieurs photos et vidéos publiées sur Instagram, que Mediapart s’est procurées, témoignent effectivement d’une forte proximité. Deux jours seulement après l’attaque du Saint-Sauveur, des membres des deux groupes se sont réunis pour célébrer l’anniversaire de l’un d’entre eux. Sur cette vidéo publiée sur Instagram, nous avons pu identifier au moins quatre membres des Zouaves Paris – dont Marc de Cacqueray – et un membre des Mes Os. Tous chantent en chœur « joyeux nazi-versaire » le bras tendu, avant de conclure par « Sieg Heil », reprenant ainsi le cri du salut nazi.

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Outre ces soirées passées ensemble, plusieurs membres des Zouaves Paris participent, aux côtés des Mes Os, à des free fights, des combats arrangés entre groupes de hooligans.

Les Mes Os et au moins trois membres des Zouaves avant un free fight. À noter la croix gammée ainsi que la croix celtique visibles sur les T-shirts de deux participants.Les Mes Os et au moins trois membres des Zouaves avant un free fight. À noter la croix gammée ainsi que la croix celtique visibles sur les T-shirts de deux participants.

Sur cette autre image du même groupe, on reconnaît à droite Hadrien M., membre des Zouaves Paris et ex-militant du GUD. Toujours selon StreetPress, il se serait vanté d’être l’auteur de tags antisémites (« Ici vivent des ordures juives ») retrouvés sur la porte d’un immeuble du XVIIIe arrondissement de Paris en septembre 2018.

À droite, Hadrien M.À droite, Hadrien M.

Autre signe marquant des liens entre les deux structures, cette photo d’un bébé diffusée en février dernier sur le même canal Telegram que celui ayant servi pour la revendication de l’attaque du Saint-Sauveur. D’après nos informations, le bébé affublé d’un masque de Hitler et sur lequel est posé un sticker des Zouaves Paris est le fils d’un membre des Mes Os, âgé de seulement quelques jours au moment de la photo. Les militants parisiens ont également offert aux parents un body portant le blason de la « Division nationaliste révolutionnaire » (DNR), un groupe français néonazi.

Le bébé affublé d’un masque de Hitler, avec un sticker des Zouaves Paris.Le bébé affublé d’un masque de Hitler, avec un sticker des Zouaves Paris.

Outre leurs amitiés rémoises, les Zouaves Paris côtoient certains militants de Génération identitaire. Cet autre mouvement d’extrême droite, branche jeunesse du Bloc identitaire, est connu pour ses happenings médiatiques, à l’instar de l’opération anti-immigration menée en avril 2018 à la frontière franco-italienne, pour laquelle plusieurs militants ont été condamnés. Certains de ses membres auraient été impliqués dans une rixe opposant notamment les Zouaves Paris à des militants antifascistes le soir du 15 avril 2019, non loin de la cathédrale Notre-Dame de Paris en feu.

Sur cette photo datant du 29 février 2020, deux militants de Génération identitaire apparaissent aux côtés de Marc de Cacqueray :

Au centre, avec une cagoule blanche, Marc de Cacqueray, membre des Zouaves Paris. À l’arrière-plan, de gauche à droite, Édouard M. et Antoine O., tous deux membres de Génération identitaire.Au centre, avec une cagoule blanche, Marc de Cacqueray, membre des Zouaves Paris. À l’arrière-plan, de gauche à droite, Édouard M. et Antoine O., tous deux membres de Génération identitaire.

Plus qu’une simple rixe entre groupes militants, l’attaque du Saint-Sauveur – la première depuis l’ouverture du bar en 2006 – illustre la volonté des Zouaves Paris d’imposer leur présence dans la rue. Elle s’inscrit dans une longue série d’actions violentes commises par un groupe bien implanté dans les milieux de l’extrême droite militante. Si le GUD a disparu, sa tradition et ses méthodes semblent être encore bien vivantes.

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