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Tunisie : l’accès des femmes à la santé, victime collatérale du Covid-19
26/05/2020 à 23h53 par La redaction

La pandémie de Covid-19 a mis en exergue la dégradation de la santé sexuelle et reproductive en Tunisie. Mais la montée du conservatisme explique aussi certaines difficultés.

Depuis trois semaines, Malek pouponne, mais elle n’en croit toujours pas ses yeux : « Cette naissance est un petit miracle, j’ai eu très peur du coronavirus et qu’il arrive quoi que ce soit au bébé. » La jeune maman reconnaît que l’angoisse et le confinement lui ont fait voir le virus partout, bien qu’elle ait mis au monde son enfant dans une clinique privée où toutes les précautions avaient été prises. « Mon établissement applique les règles d’hygiène les plus strictes. Il fallait surtout gérer les appréhensions des nouveaux parents », assure son obstétricien, Faouzi Ariane. Pour lui, le coronavirus n’a rien changé à la routine bien rodée des actes gynécologiques.

Il n’en a pas été ainsi pour toutes les parturientes. Une enquête menée par le Groupe Tawhida Ben Cheikh et l’Association tunisienne des sages-femmes (ATSF) révèle que, pendant le confinement, 10 % des Tunisiennes ont donné naissance à leur bébé à la maison, bien plus que le 0,1 % habituel. « À chacune son histoire : certaines n’avaient pas de moyens de transport, d’autres étaient dans l’urgence et n’étaient pas en mesure, physiquement, de se déplacer », précise Jamila, sage-femme à Menzel Bourguiba, aux environs de Bizerte (Nord). Cette dernière s’inquiétait davantage de la qualité de l’accompagnement qu’elle pouvait apporter aux patientes alors qu’elle manquait du minimum d’équipements requis.

« Le matériel allait en priorité aux structures dévolues aux soins du Covid-19. Nous avons pu compter sur la société civile pour obtenir des masques, des gants et des blouses. Je n’aurais pas voulu représenter un danger pour une future maman, mais je désirais aussi me protéger puisque j’évolue dans un milieu hospitalier où nul n’est à l’abri d’une infection », explique Jamila. Elle a également relevé un manque de respect du « tri » des patients et des circuits d’accès dans certains hôpitaux.

Avortements clandestins

« Le couvre-feu et le confinement généralisé, ainsi que la crainte des contaminations, créent des difficultés supplémentaires pour les femmes, en particulier lors des accouchements ou pour accéder aux urgences de santé reproductive. Le risque de voir augmenter les accouchements à domicile et les avortements clandestins, avec les complications qui peuvent en résulter, est réel », s’inquiète le Groupe Tawhida Ben Cheikh, du nom de la première femme gynécologue tunisienne qui a lancé le planning familial au début des années 1960.

Comme Jamila, elles sont 2200 à exercer en tant que sages-femmes. Elles suivent 210 000 naissances et près de 1 million de visites prénatales par an tout en faisant face à toutes les difficultés que présente le secteur de la santé reproductive en Tunisie. Dès le début de la pandémie, les consultations de santé maternelle et néonatale ainsi que les services de contraception et d’avortement ont rencontré des obstacles.

Détérioration préoccupante

L’évaluation de l’étude est sans appel : la détérioration de la prestation des services de santé sexuelle et reproductive (SSR) dans les structures de première ligne est préoccupante. Tout comme la fermeture de certains centres de l’Office national de la famille et de la population (ONFP). En cause, une absence d’information adéquate sur le virus et sur les procédures de protection, ainsi que la faible diffusion des directives et des conduites à tenir. Des manquements à l’origine des complications rencontrées pour accéder aux services de santé sexuelle et reproductive essentiels.

Le docteur Amira Yaacoubi dénonce une tentative de réduire le droit des femmes à la santé et à disposer d’elles-mêmes : « Sous le prétexte de la pandémie, trois centres de planning familial ont fermé. » « C’est également une question d’inégalités entre les territoires », commente de son côté une sage-femme de Douz, qui rappelle que, depuis 2012, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) alerte sur la persistance de la mortalité en couches dans le Sud tunisien.

« L’accès aux soins n’est pas facile, les populations sont éparses, et les moyens de transport pas toujours disponibles », commente le docteur Hédia Belhaj, présidente du groupe Tawhida Ben Cheikh, qui s’inquiète surtout de la régression du planning familial. Elle est à l’initiative d’un appel, signé par une cinquantaine d’associations et 70 personnalités, exhortant le ministère de la Santé à la reprise des services de première ligne, dont les consultations prénatales et postnatales, la contraception et l’avortement médicamenteux.

Messages erronés ou idéologiques

Augmentation des violences conjugales, morbidité, indisponibilité des services de suivi de grossesse ou d’identification des cas présentant des risques, mais aussi recours aux avortements à risques sont autant de dangers qui menacent la santé des femmes et que la pandémie du Covid-19 a mis un peu plus en exergue.

Le docteur Belhaj impute la dégradation de la santé sexuelle et reproductive, amorcée bien avant la pandémie, à un manque de leadership de l’ONPF et d’appui du gouvernement, mais aussi à l’émergence d’un conservatisme véhiculant bien souvent des messages erronés ou idéologiques. « Non seulement l’utilisation des moyens de contraception est souvent en baisse par pénurie desdits moyens, mais de nombreuses femmes se voient refuser un avortement pour des raisons non médicales », alarme le médecin.

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Il n’en a pas été ainsi pour toutes les parturientes. Une enquête menée par le Groupe Tawhida Ben Cheikh et l’Association tunisienne des sages-femmes (ATSF) révèle que, pendant le confinement, 10 % des Tunisiennes ont donné naissance à leur bébé à la maison, bien plus que le 0,1 % habituel. « À chacune son histoire : certaines n’avaient pas de moyens de transport, d’autres étaient dans l’urgence et n’étaient pas en mesure, physiquement, de se déplacer », précise Jamila, sage-femme à Menzel Bourguiba, aux environs de Bizerte (Nord). Cette dernière s’inquiétait davantage de la qualité de l’accompagnement qu’elle pouvait apporter aux patientes alors qu’elle manquait du minimum d’équipements requis.

« Le matériel allait en priorité aux structures dévolues aux soins du Covid-19. Nous avons pu compter sur la société civile pour obtenir des masques, des gants et des blouses. Je n’aurais pas voulu représenter un danger pour une future maman, mais je désirais aussi me protéger puisque j’évolue dans un milieu hospitalier où nul n’est à l’abri d’une infection », explique Jamila. Elle a également relevé un manque de respect du « tri » des patients et des circuits d’accès dans certains hôpitaux.

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« Le couvre-feu et le confinement généralisé, ainsi que la crainte des contaminations, créent des difficultés supplémentaires pour les femmes, en particulier lors des accouchements ou pour accéder aux urgences de santé reproductive. Le risque de voir augmenter les accouchements à domicile et les avortements clandestins, avec les complications qui peuvent en résulter, est réel », s’inquiète le Groupe Tawhida Ben Cheikh, du nom de la première femme gynécologue tunisienne qui a lancé le planning familial au début des années 1960.

Comme Jamila, elles sont 2200 à exercer en tant que sages-femmes. Elles suivent 210 000 naissances et près de 1 million de visites prénatales par an tout en faisant face à toutes les difficultés que présente le secteur de la santé reproductive en Tunisie. Dès le début de la pandémie, les consultations de santé maternelle et néonatale ainsi que les services de contraception et d’avortement ont rencontré des obstacles.

Détérioration préoccupante

L’évaluation de l’étude est sans appel : la détérioration de la prestation des services de santé sexuelle et reproductive (SSR) dans les structures de première ligne est préoccupante. Tout comme la fermeture de certains centres de l’Office national de la famille et de la population (ONFP). En cause, une absence d’information adéquate sur le virus et sur les procédures de protection, ainsi que la faible diffusion des directives et des conduites à tenir. Des manquements à l’origine des complications rencontrées pour accéder aux services de santé sexuelle et reproductive essentiels.

Le docteur Amira Yaacoubi dénonce une tentative de réduire le droit des femmes à la santé et à disposer d’elles-mêmes : « Sous le prétexte de la pandémie, trois centres de planning familial ont fermé. » « C’est également une question d’inégalités entre les territoires », commente de son côté une sage-femme de Douz, qui rappelle que, depuis 2012, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) alerte sur la persistance de la mortalité en couches dans le Sud tunisien.

« L’accès aux soins n’est pas facile, les populations sont éparses, et les moyens de transport pas toujours disponibles », commente le docteur Hédia Belhaj, présidente du groupe Tawhida Ben Cheikh, qui s’inquiète surtout de la régression du planning familial. Elle est à l’initiative d’un appel, signé par une cinquantaine d’associations et 70 personnalités, exhortant le ministère de la Santé à la reprise des services de première ligne, dont les consultations prénatales et postnatales, la contraception et l’avortement médicamenteux.

Messages erronés ou idéologiques

Augmentation des violences conjugales, morbidité, indisponibilité des services de suivi de grossesse ou d’identification des cas présentant des risques, mais aussi recours aux avortements à risques sont autant de dangers qui menacent la santé des femmes et que la pandémie du Covid-19 a mis un peu plus en exergue.

Le docteur Belhaj impute la dégradation de la santé sexuelle et reproductive, amorcée bien avant la pandémie, à un manque de leadership de l’ONPF et d’appui du gouvernement, mais aussi à l’émergence d’un conservatisme véhiculant bien souvent des messages erronés ou idéologiques. « Non seulement l’utilisation des moyens de contraception est souvent en baisse par pénurie desdits moyens, mais de nombreuses femmes se voient refuser un avortement pour des raisons non médicales », alarme le médecin.

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