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Tunisie : Kaïs Saied déclare la guerre à l’Assemblée
14/05/2020 à 10h03 par La redaction

En préconisant un système de démocratie directe, qu’il juge plus équitable que le régime semi-parlementaire actuel, le président de la République Kaïs Saied déclenche les hostilités contre le Bardo.

C’est au cours de l’inauguration d’un hôpital militaire mobile, don du Qatar, que la salve en direction de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) a été tirée. « La vérité, c’est quand le peuple est capable de s’exprimer librement. C’est quand il a la possibilité de retirer sa confiance à celui qui l’a trahie », assène, ce 11 mai, Kaïs Saied, depuis Kébili (sud). Et d’enfoncer le clou , dénonçant l’inconstitutionnalité de l’amendement du règlement intérieur sur le nomadisme parlementaire, adopté par les élus le 6 mai : « Si l’élu était responsable face à ses électeurs et que ces derniers étaient en mesure de lui retirer leur confiance, le Parlement n’aurait pas eu besoin de cet amendement qui constitue une grave violation. » La sentence du président tunisien est sans appel : « C’est une maladie constitutionnelle, plus grave que la pandémie du Covid-19. »

Les propos inattendus du chef de l’Etat, en ce lieu et dans un contexte de crise sanitaire, ont tout le moins surpris ceux qui espéraient un appel à l’union sacrée, pour transcender la récession qui frappe de plein fouet.  D’autres notent, non sans une pointe d’amertume, que Kaïs Saied est fidèle à lui-même,et reste ce spécialiste en droit constitutionnel convaincu de l’inefficience du type de régime choisi par la Tunisie, ce qu’il martèle depuis sa campagne électorale. Aussi, toute occasion lui est bonne pour le rappeler, quitte à oublier ses habits de président, quitte à indigner, du jour de son investiture, à Sidi Bouzid en décembre 2019, à son discours des cent jours, à Ben Guerdane, en mars 2020.

Son slogan de campagne – « Le peuple veut » – apparaît toujours en filigrane. A Kébili encore, lorsqu’il conclut ce 11 mai qu’il « n’y a pas de légalité sans légitimité ». Les propos du locataire du Palais de Carthage sont clairs : au peuple de décider. Cet appel à un système de démocratie directe, jugée plus équitable depuis Carthage que le régime semi-parlementaire dont s’est doté le pays, inquiète les élus du Bardo, directement visés.

 

Tensions accrues

Premiers excédés par la croisade du chef de l’Etat, les députés d’Ennahdha. Le premier parti de l’hémicycle est celui qui a imposé le régime semi parlementaire en 2014. L’un de ses élué, Samir Dilou,accuse Kaïs Saied d’ « attiser les tensions » : « Son projet est clair, mais à quoi bon nous le rappeler à chaque occasion ? Si le chef de l’Etat veut le convertir en loi en vigueur, il n’a qu’à le présenter au Parlement. » Son collègue Saïd Ferjani, habituellement discret, va plus loin. Excédé, le parlementaire a pondu un texte incendiaire, dans lequel il accuse le chef de l’État de vouloir monter le peuple contre l’Assemblée.

« Notre État, tout comme notre sécurité nationale sont en danger si vous poursuivez sur cette lancée dangereuse, écrit le nahdhaoui. L’anarchie à laquelle appellent vos sympathisants constitue une menace pour la sécurité nationale, alors que vous avez prêté serment pour préserver la Constitution et que vous êtes le premier responsable du Conseil de la sécurité nationale. » Et le même d’ajouter, s’adressant en direct à Kaïs Saied sur Mosaïque FM : « Vous n’êtes pas l’État, vous n’en êtes qu’une partie. » Seifeddine Makhlouf, élu de la Coalition El Karama, se permet une mise en garde directe au chef de l’Etat : « Ceci est un dernier avertissement, la prochaine fois nous vous retirerons la légitimité. » Pas moins.

Les désaccords entre Carthage et le Bardo sont patents depuis le début du mandat, et plus d’une fois, les députés ont craint pour leurs sièges. Kaïs Saied, à la faveur de son bilan des cent jours, avait envisagé de dissoudre l’Assemblée, comme l’y autorise la Constitution, si les élus refusaient de voter la confiance au gouvernement d’Elyès Fakhfakh. Depuis, le chef de l’État a adopté une ligne d’attaque plus frontale, profitant des ouvertures offertes – bien involontairement – par Rached Ghannouchi, président de l’Assemblée et du parti Ennahdha.

La gestion de l’hémicycle est « celle d’un sultanat » dénonçait il y a peu Hatem Mliki, député du Bloc national. Depuis son installation en haut du perchoir, Rached Ghannouchi fait la pluie et le beau temps, face à une opposition aphone, quasi-inexistante. Plus d’une fois, le règlement intérieur et la Constitution ont été écornés sous la coupole du Bardo. L’ARP ayant pour mission de contrôler l’action de l’exécutif, son président Ghannouchi use de ses prérogatives pour maintenir une pression continue sur le gouvernement, auquel son parti participe. Le leader islamiste profite aussi de sa position de deuxième personnage de l’État pour installer son clan à l’Assemblée, et travailler son hégémonie au sein de son parti.

DANS LES FAITS, AU-DELÀ DES SOURIRES DE CIRCONSTANCES, L’HOSTILITÉ ENTRE CHEFS EST PUBLIQUE

Surtout, Ghannouchi profite de l’effacement de Kais Saïed à l’international pour se donner de la visibilité, multiplier les contacts à l’étranger, en Turquie notamment, et faire entendre une deuxième voix diplomatique. « La Tunisie aurait-elle deux présidents ? », s’interroge un diplomate. De quoi exacerber l’hostilité entre Kaïs Saied et le président de l’ARP. Au-delà des sourires de circonstances, leur mésentente est notoire. « Mais aucun ne peut se permettre, dans la situation actuelle, d’engager un affrontement, quand bien même Kaïs Saied n’envisage pas de déroger d’un iota de son programme », analyse le politologue Slaheddine Jourchi.

Paradoxes

En attendant, la trajectoire prise par Kaïs Saied trouble jusqu’à ses électeurs, qui relève des paradoxes dans son discours. « Pour accéder à Carthage, il a mis à profit la loi électorale et la Constitution dont il est garant en tant que chef de l’État. Comment peut-il alors se retourner contre la Constitution en la respectant ? », note, perplexe, l’une de ses électrices, qui y voit du populisme outrancier.

LE DISCOURS DE KAIS SAÏED N’A CURE DE LA PRÉCISION, SEULES LES ENVOLÉES POPULISTES COMPTENT

La sociologue Fethia Saidi abonde : « Il est bel et bien sur la lignée des leaders populistes qui avaient créé le clivage entre le « nous » censé représenter le vrai peuple, et « eux ». Saied n’échappe pas à cette dualité dans son discours. » En dénonçant, à raison, la médiocrité et la versatilité politique, le chef de l’État pousse au rejet des élites, des institutions et de la représentativité. Tel que présenté, la révolte populaire des bons contre les méchants conduirait irrémédiablement à la victoire des laissés-pour-compte

Ce raisonnement politique pêche par sa faiblesse législative, car il peine à identifier les outils à activer pour instaurer un nouveau système. Quand des élus lui reprochent de s’exprimer comme un membre de l’opposition, d’autres notent qu’il s’est bien gardé de présenter des listes aux législatives, ce qui lui aurait donné les moyens de mener son initiative.

Pour l’heure, la gabegie de l’ARP conforte la position de Carthage et accroit la popularité de son locataire. Mais au fil des jours, à mesure que la situation politique se double d’une crise économique grave, les Tunisiens s’agacent des coups de semonce et des propos belliqueux. « Pendant qu’ils se tirent dessus à boulets rouges, qu’ils se disputent et se font la guerre, qui commande le pays ? », s’inquiète le chroniqueur Haythem El Mekki. A ce jour, et à moins d’un passage en force, ni Kaïs Saied, ni Rached Ghannouchi n’a les moyens de s’imposer pleinement.

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Les propos inattendus du chef de l’Etat, en ce lieu et dans un contexte de crise sanitaire, ont tout le moins surpris ceux qui espéraient un appel à l’union sacrée, pour transcender la récession qui frappe de plein fouet.  D’autres notent, non sans une pointe d’amertume, que Kaïs Saied est fidèle à lui-même,et reste ce spécialiste en droit constitutionnel convaincu de l’inefficience du type de régime choisi par la Tunisie, ce qu’il martèle depuis sa campagne électorale. Aussi, toute occasion lui est bonne pour le rappeler, quitte à oublier ses habits de président, quitte à indigner, du jour de son investiture, à Sidi Bouzid en décembre 2019, à son discours des cent jours, à Ben Guerdane, en mars 2020.

Son slogan de campagne – « Le peuple veut » – apparaît toujours en filigrane. A Kébili encore, lorsqu’il conclut ce 11 mai qu’il « n’y a pas de légalité sans légitimité ». Les propos du locataire du Palais de Carthage sont clairs : au peuple de décider. Cet appel à un système de démocratie directe, jugée plus équitable depuis Carthage que le régime semi-parlementaire dont s’est doté le pays, inquiète les élus du Bardo, directement visés.

 

Tensions accrues

Premiers excédés par la croisade du chef de l’Etat, les députés d’Ennahdha. Le premier parti de l’hémicycle est celui qui a imposé le régime semi parlementaire en 2014. L’un de ses élué, Samir Dilou,accuse Kaïs Saied d’ « attiser les tensions » : « Son projet est clair, mais à quoi bon nous le rappeler à chaque occasion ? Si le chef de l’Etat veut le convertir en loi en vigueur, il n’a qu’à le présenter au Parlement. » Son collègue Saïd Ferjani, habituellement discret, va plus loin. Excédé, le parlementaire a pondu un texte incendiaire, dans lequel il accuse le chef de l’État de vouloir monter le peuple contre l’Assemblée.

« Notre État, tout comme notre sécurité nationale sont en danger si vous poursuivez sur cette lancée dangereuse, écrit le nahdhaoui. L’anarchie à laquelle appellent vos sympathisants constitue une menace pour la sécurité nationale, alors que vous avez prêté serment pour préserver la Constitution et que vous êtes le premier responsable du Conseil de la sécurité nationale. » Et le même d’ajouter, s’adressant en direct à Kaïs Saied sur Mosaïque FM : « Vous n’êtes pas l’État, vous n’en êtes qu’une partie. » Seifeddine Makhlouf, élu de la Coalition El Karama, se permet une mise en garde directe au chef de l’Etat : « Ceci est un dernier avertissement, la prochaine fois nous vous retirerons la légitimité. » Pas moins.

Les désaccords entre Carthage et le Bardo sont patents depuis le début du mandat, et plus d’une fois, les députés ont craint pour leurs sièges. Kaïs Saied, à la faveur de son bilan des cent jours, avait envisagé de dissoudre l’Assemblée, comme l’y autorise la Constitution, si les élus refusaient de voter la confiance au gouvernement d’Elyès Fakhfakh. Depuis, le chef de l’État a adopté une ligne d’attaque plus frontale, profitant des ouvertures offertes – bien involontairement – par Rached Ghannouchi, président de l’Assemblée et du parti Ennahdha.

La gestion de l’hémicycle est « celle d’un sultanat » dénonçait il y a peu Hatem Mliki, député du Bloc national. Depuis son installation en haut du perchoir, Rached Ghannouchi fait la pluie et le beau temps, face à une opposition aphone, quasi-inexistante. Plus d’une fois, le règlement intérieur et la Constitution ont été écornés sous la coupole du Bardo. L’ARP ayant pour mission de contrôler l’action de l’exécutif, son président Ghannouchi use de ses prérogatives pour maintenir une pression continue sur le gouvernement, auquel son parti participe. Le leader islamiste profite aussi de sa position de deuxième personnage de l’État pour installer son clan à l’Assemblée, et travailler son hégémonie au sein de son parti.

DANS LES FAITS, AU-DELÀ DES SOURIRES DE CIRCONSTANCES, L’HOSTILITÉ ENTRE CHEFS EST PUBLIQUE

Surtout, Ghannouchi profite de l’effacement de Kais Saïed à l’international pour se donner de la visibilité, multiplier les contacts à l’étranger, en Turquie notamment, et faire entendre une deuxième voix diplomatique. « La Tunisie aurait-elle deux présidents ? », s’interroge un diplomate. De quoi exacerber l’hostilité entre Kaïs Saied et le président de l’ARP. Au-delà des sourires de circonstances, leur mésentente est notoire. « Mais aucun ne peut se permettre, dans la situation actuelle, d’engager un affrontement, quand bien même Kaïs Saied n’envisage pas de déroger d’un iota de son programme », analyse le politologue Slaheddine Jourchi.

Paradoxes

En attendant, la trajectoire prise par Kaïs Saied trouble jusqu’à ses électeurs, qui relève des paradoxes dans son discours. « Pour accéder à Carthage, il a mis à profit la loi électorale et la Constitution dont il est garant en tant que chef de l’État. Comment peut-il alors se retourner contre la Constitution en la respectant ? », note, perplexe, l’une de ses électrices, qui y voit du populisme outrancier.

LE DISCOURS DE KAIS SAÏED N’A CURE DE LA PRÉCISION, SEULES LES ENVOLÉES POPULISTES COMPTENT

La sociologue Fethia Saidi abonde : « Il est bel et bien sur la lignée des leaders populistes qui avaient créé le clivage entre le « nous » censé représenter le vrai peuple, et « eux ». Saied n’échappe pas à cette dualité dans son discours. » En dénonçant, à raison, la médiocrité et la versatilité politique, le chef de l’État pousse au rejet des élites, des institutions et de la représentativité. Tel que présenté, la révolte populaire des bons contre les méchants conduirait irrémédiablement à la victoire des laissés-pour-compte

Ce raisonnement politique pêche par sa faiblesse législative, car il peine à identifier les outils à activer pour instaurer un nouveau système. Quand des élus lui reprochent de s’exprimer comme un membre de l’opposition, d’autres notent qu’il s’est bien gardé de présenter des listes aux législatives, ce qui lui aurait donné les moyens de mener son initiative.

Pour l’heure, la gabegie de l’ARP conforte la position de Carthage et accroit la popularité de son locataire. Mais au fil des jours, à mesure que la situation politique se double d’une crise économique grave, les Tunisiens s’agacent des coups de semonce et des propos belliqueux. « Pendant qu’ils se tirent dessus à boulets rouges, qu’ils se disputent et se font la guerre, qui commande le pays ? », s’inquiète le chroniqueur Haythem El Mekki. A ce jour, et à moins d’un passage en force, ni Kaïs Saied, ni Rached Ghannouchi n’a les moyens de s’imposer pleinement.

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