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Statuts socioprofessionnels, d’autres urgences sénégalaises (Par Mamadou Diop)
19/01/2017 à 21h26 par La redaction

Le statut général des fonctionnaires du Sénégal, régi par le texte de loi n°61-33 du 15 juin 1961, constitue l’un de nos plus grands héritages coloniaux. En effet, je me suis permis une lecture comparative des deux textes français et sénégalais. Et la ressemblance est saisissante, à tout point de vue. Si différence notoire est à signaler, elle se trouve dans le fait que le texte du Sénégal semble statique, alors que celui de la France fait régulièrement l’objet de révision, de réactualisation et d’adaptation aux changements législatifs et réglementaires. Suffisant, à mon avis, pour souligner le manque criant de révision et de réadaptation de ce texte. Très récemment d’ailleurs, le syndicat des agents des impôts et domaines (SAID), lors de l’affaire Ousmane Sonko, rappelait cette urgente nécessité de réviser et d’adapter ce texte datant de 1961.

«Que mes amis politiciens m’excusent, mais ils savent, comme moi, que ce n’est pas [la] politique politicienne qui développera ce pays.» – Kéba MBAYE

Cet outil de gestion pour les fonctionnaires est au moins quelque chose d’existant. Car quoi qu’on puisse dire de ce texte, les fonctionnaires eux peuvent se satisfaire d’avoir un statut reconnu et qui organise leurs différents corps de métier. Ils ont ainsi un traitement salarial et indemnitaire organisé, bénéficient d’un régime de sécurité social et de retraite qui font d’eux des « privilégiés » sur une majorité de la population [active]. Car malheureusement, on ne peut pas en dire autant de la plus grande partie des travailleurs du pays.

Prenons, juste à titre illustratif, l’exemple de l’agriculture et des métiers connexes. Selon le rapport du Recensement Général de la Population et de l’Habitat, de l’Agriculture et de l’Elevage de 2013, le Sénégal compte environ « 755 559 ménages agricoles, soit 49,5% des ménages du Sénégal ». Ce qui représente des millions de citoyens qui sont agriculteurs, exploitants, grossistes, revendeurs, transformateurs, etc.

Ces citoyens, même s’ils produisent une bonne partie de la richesse du pays, même s’ils nourrissent en partie plus de 13 millions de personnes, même s’ils travaillent dur sans compter les heures, ne peuvent ni se verser un salaire annuel convenable (pour la plupart en tout cas), ne sont couverts par aucune assurance maladie, quand ils tombent (ou les membres de leur famille) malades. Leurs soldes de retraite ne serait assurés que s’ils ont des enfants qui travailleront peut-être – quelques fois dans les mêmes conditions, pour s’occuper d’eux plus tard. Ceux qui n’ont pas la chance d’avoir des enfants, vivront obligatoirement aux crochets de la grande famille.
Même si des millions d’entre eux l’auraient souhaité fièrement, le système fiscal ne leur permet pas (ou le fait peu) de participer à la solidarité nationale. Ils n’ont donc pas de statut qui leur permettrait de se couvrir socialement. Pire, le système économique et social du Sénégal s’est peu adapté à eux et à cette réalité de notre pays.
Pourtant, dans toutes les politiques de développement imaginées et/ou mises en œuvre par les différents régimes du Sénégal, l’agriculture a semblé être un domaine stratégique et prioritaire. Ainsi, de la Stratégie nationale de la croissance accélérée (SCA), à l’actuel Plan Sénégal émergent (PSE), en passant par la Stratégie nationale pour le développement économique et sociale (SNDES) ou le Plan REVA, l’agriculture a toujours occupé et occupe encore une place de choix dans ces politiques de développement.

Il est ainsi étonnant que le législateur n’ait pas, en même temps, cherché à créer un statut, à protéger et à former les professionnels d’un secteur aussi important. Les mutuelles de santé qui ont vu le jour en relation avec des organisations paysannes l’ont été grâce à l’intervention d’ONG occidentales et d’autres organismes de solidarité ou de développement local. Mais aucune politique nationale digne de sa rigueur et de son sérieux n’a encore eu vocation à promouvoir la protection sociale du « Sénégal agricole ». Je voudrais ainsi engager les députés dans ce travail législatif, que leur proximité sincère avec les populations aurait inspiré.

Que dire aussi de ces autres nombreux travailleurs qu’on classe dans ce qui est coutume d’appeler le « secteur informel ». De nombreux entrepreneurs et plusieurs travailleurs restent totalement invisibles du système économique et social sénégalais. Mais ils auraient pu bénéficier d’un statut social leur permettant d’être couverts socialement, de cotiser dans un système de retraite bien organisé et solidaire et, par le biais d’un système fiscal adapté, de participer à la construction nationale et locale du pays.

Mais au lieu de ça, les banabanas, les marchants ambulant de Dakar, les milliers de commerçants statutairement reconnus ou pas, les chauffeurs de taxi dans les grandes métropoles, les cireurs de chaussures, les chauffeurs-transporteurs, les conducteurs de charrette de Richard-Toll, les pêcheurs de Saint-Louis ou de Mbour, entre autres professionnels sénégalais, semblent appartenir à un autre Sénégal car aucun texte ne régit leur profession dans le sens de l’organiser afin de leur permettre d’en tirer tous les avantages, comme tout travailleur qui doit vivre de ses efforts. Leur travail aurait d’ailleurs pu inspirer des formations diplômantes techniques ou universitaires afin d’amener la spécificité de leurs métiers, sa désorganisation supposée ou subie, la vulnérabilité de ces travailleurs à totalement s’adapter au système scolaire et universitaire, économique et social bien sénégalais. Et cette inadaptabilité du système administratif sénégalais à certaines réalités locales et culturelles est d’une bizarrerie presque unique. C’est pour cela que je trouve que Serigne Mboup, président de l’Union nationale des chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture du Sénégal (Unccias) avait raison de dire dans une émission de télévision qu’il ne devrait pas y a avoir de secteur informel au Sénégal, mais l’Etat est lui-même informel face au secteur dit informel. Des propos au sens desquels j’appelle nos dirigeants à méditer.

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«Que mes amis politiciens m’excusent, mais ils savent, comme moi, que ce n’est pas [la] politique politicienne qui développera ce pays.» – Kéba MBAYE

Cet outil de gestion pour les fonctionnaires est au moins quelque chose d’existant. Car quoi qu’on puisse dire de ce texte, les fonctionnaires eux peuvent se satisfaire d’avoir un statut reconnu et qui organise leurs différents corps de métier. Ils ont ainsi un traitement salarial et indemnitaire organisé, bénéficient d’un régime de sécurité social et de retraite qui font d’eux des « privilégiés » sur une majorité de la population [active]. Car malheureusement, on ne peut pas en dire autant de la plus grande partie des travailleurs du pays.

Prenons, juste à titre illustratif, l’exemple de l’agriculture et des métiers connexes. Selon le rapport du Recensement Général de la Population et de l’Habitat, de l’Agriculture et de l’Elevage de 2013, le Sénégal compte environ « 755 559 ménages agricoles, soit 49,5% des ménages du Sénégal ». Ce qui représente des millions de citoyens qui sont agriculteurs, exploitants, grossistes, revendeurs, transformateurs, etc.

Ces citoyens, même s’ils produisent une bonne partie de la richesse du pays, même s’ils nourrissent en partie plus de 13 millions de personnes, même s’ils travaillent dur sans compter les heures, ne peuvent ni se verser un salaire annuel convenable (pour la plupart en tout cas), ne sont couverts par aucune assurance maladie, quand ils tombent (ou les membres de leur famille) malades. Leurs soldes de retraite ne serait assurés que s’ils ont des enfants qui travailleront peut-être – quelques fois dans les mêmes conditions, pour s’occuper d’eux plus tard. Ceux qui n’ont pas la chance d’avoir des enfants, vivront obligatoirement aux crochets de la grande famille.
Même si des millions d’entre eux l’auraient souhaité fièrement, le système fiscal ne leur permet pas (ou le fait peu) de participer à la solidarité nationale. Ils n’ont donc pas de statut qui leur permettrait de se couvrir socialement. Pire, le système économique et social du Sénégal s’est peu adapté à eux et à cette réalité de notre pays.
Pourtant, dans toutes les politiques de développement imaginées et/ou mises en œuvre par les différents régimes du Sénégal, l’agriculture a semblé être un domaine stratégique et prioritaire. Ainsi, de la Stratégie nationale de la croissance accélérée (SCA), à l’actuel Plan Sénégal émergent (PSE), en passant par la Stratégie nationale pour le développement économique et sociale (SNDES) ou le Plan REVA, l’agriculture a toujours occupé et occupe encore une place de choix dans ces politiques de développement.

Il est ainsi étonnant que le législateur n’ait pas, en même temps, cherché à créer un statut, à protéger et à former les professionnels d’un secteur aussi important. Les mutuelles de santé qui ont vu le jour en relation avec des organisations paysannes l’ont été grâce à l’intervention d’ONG occidentales et d’autres organismes de solidarité ou de développement local. Mais aucune politique nationale digne de sa rigueur et de son sérieux n’a encore eu vocation à promouvoir la protection sociale du « Sénégal agricole ». Je voudrais ainsi engager les députés dans ce travail législatif, que leur proximité sincère avec les populations aurait inspiré.

Que dire aussi de ces autres nombreux travailleurs qu’on classe dans ce qui est coutume d’appeler le « secteur informel ». De nombreux entrepreneurs et plusieurs travailleurs restent totalement invisibles du système économique et social sénégalais. Mais ils auraient pu bénéficier d’un statut social leur permettant d’être couverts socialement, de cotiser dans un système de retraite bien organisé et solidaire et, par le biais d’un système fiscal adapté, de participer à la construction nationale et locale du pays.

Mais au lieu de ça, les banabanas, les marchants ambulant de Dakar, les milliers de commerçants statutairement reconnus ou pas, les chauffeurs de taxi dans les grandes métropoles, les cireurs de chaussures, les chauffeurs-transporteurs, les conducteurs de charrette de Richard-Toll, les pêcheurs de Saint-Louis ou de Mbour, entre autres professionnels sénégalais, semblent appartenir à un autre Sénégal car aucun texte ne régit leur profession dans le sens de l’organiser afin de leur permettre d’en tirer tous les avantages, comme tout travailleur qui doit vivre de ses efforts. Leur travail aurait d’ailleurs pu inspirer des formations diplômantes techniques ou universitaires afin d’amener la spécificité de leurs métiers, sa désorganisation supposée ou subie, la vulnérabilité de ces travailleurs à totalement s’adapter au système scolaire et universitaire, économique et social bien sénégalais. Et cette inadaptabilité du système administratif sénégalais à certaines réalités locales et culturelles est d’une bizarrerie presque unique. C’est pour cela que je trouve que Serigne Mboup, président de l’Union nationale des chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture du Sénégal (Unccias) avait raison de dire dans une émission de télévision qu’il ne devrait pas y a avoir de secteur informel au Sénégal, mais l’Etat est lui-même informel face au secteur dit informel. Des propos au sens desquels j’appelle nos dirigeants à méditer.

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