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Saïd Ibrahimi (CFC) : « La crise devrait réduire la dépendance manufacturière à l’égard de la Chine »
12/05/2020 à 10h42 par La redaction

Saluant la capacité d’adaptation de l’économie marocaine à la crise du coronavirus, le patron de Casablanca Finance City appelle à imaginer des réponses collectives et innovantes.

Lancé en décembre 2010, le Casablanca Finance City (CFC) a su s’imposer comme un hub jouant le rôle d’intermédiaire entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne. Pour son patron, Saïd Ibrahimi, comme pour tous les acteurs économiques du continent, il s’agit de traverser la crise provoquée par le coronavirus et, déjà, de penser l’après.

Réunissant plus de 200 entreprises – banques, assurances, fonds d’investissement, holdings, gestionnaires d’actifs, cabinets de conseil et d’avocats, sièges africains de multinationales –, le CFC représente un tissu actif dans 48 pays du continent. Selon son dernier bilan, plus de 65% de l’activité de ses entreprises membres est réalisée en Afrique, avec des exportations de services financiers et professionnels en hausse de 32% en volume en 2019, après une croissance de 45 % en 2018. Même si les conséquences de la pandémie de Covid-19 frappent durement cet écosystème, le dirigeant marocain est optimiste sur sa capacité de résilience.

Jeune Afrique: Comment les entreprises qui ont le statut CFC accusent-elles le choc ? 

Saïd Ibrahimi : Tout dépend du secteur d’activité. Pour certaines entreprises, aider les gouvernements et le secteur privé à affronter la crise est une opportunité. Elles sont sollicitées par des pays pour des plans de redressement, de relance ou de sortie de crise. D’autres le sont pour penser et proposer des solutions technologiques innovantes. Quant aux acteurs des télécoms, ils connaissent une activité intense depuis le début du confinement. En revanche, certains sièges régionaux de multinationales ou de sociétés de services financiers ou professionnels rencontrent des difficultés.

Au niveau du CFC lui-même, qu’est-ce que la crise pourrait changer ?  

Pour la surmonter et jouer notre rôle en assurant le financement de la croissance au Maroc et en Afrique, nous nous inspirons de l’expérience de centres financiers qui ont déjà vécu des épidémies et catastrophes, comme Hong Kong en 2003 avec le SARS ou le Japon en 2011 avec le séisme de Tohoku. Ensuite, à l’heure du redémarrage, économies, États et entreprises du continent auront besoin de centres financiers solides comme le CFC pour les accompagner.

LE MAROC EST OUTILLÉ POUR AMORTIR L’IMPACT DE LA CRISE ET FINANCER LA RELANCE

Nous pourrons jouer un rôle de relais entre l’offre internationale de financement et la demande nationale et continentale. Sur ce point, l’Afrique et la communauté internationale sont appelées à faire preuve de solidarité mais aussi d’imagination pour créer et mobiliser des instruments de financement novateurs. Le CFC dispose du cadre et de l’expertise nécessaires pour abriter ce type d’initiatives et catalyser les flux de capitaux publics et privés.

Saïd Ibrahimi (CFC) : « La crise devrait réduire la dépendance manufacturière à l’égard de la Chine »

Vous évoquez aussi le recours à des mécanismes de mutualisation des risques. C’est-à-dire ?

Par exemple la possibilité de créer un fonds d’ajustement structurel africain destiné au sauvetage et à la restructuration des économies. Il pourrait être piloté par la BAD, qui a un rating AAA. Celle-ci pourrait ainsi, avec l’appui d’institutions internationales et d’États du continent ou d’ailleurs, lever des fonds avec une notation plus favorable que celui que peuvent obtenir seuls les pays africains.

Au Maroc, plusieurs secteurs sont à l’arrêt. Craignez-vous un recul de l’économie du pays ?

La pandémie aura un effet certain sur l’activité économique en 2020. Près d’un tiers des entreprises ont réduit temporairement ou définitivement leurs effectifs, ce qui représente 20% de la main-d’œuvre totale. La gravité de la situation diffère évidemment selon les secteurs. L’enjeu est d’amortir autant que possible l’impact de la crise et de financer la relance.

Le Maroc est outillé pour cela et l’agence Standard & Poor’s (S&P) estime même que les conséquences économiques et budgétaires du Covid-19 seront maîtrisées. La preuve, le Maroc a maintenu son « Investment Grade » [BBB] avec une perspective stable. En outre, il n’est pas exclu qu’une reprise de l’activité, même fragile, soit au rendez-vous au dernier trimestre. S&P table même sur une croissance de 4,8 % en moyenne entre 2021 et 2022.

Le Maroc devrait-il s’inquiéter pour les avancées qu’il a pu réaliser ces dernières années ?

Les pays qui ont su démontrer une capacité d’adaptation s’en sortiront plus facilement. C’est le cas du royaume. Il s’est très vite adapté, et ce, à plusieurs niveaux : le confinement général a été décrété très tôt ; le gouvernement a pris rapidement des mesures d’aide aux entreprises et aux populations ; le pays a su réorienter sa production industrielle vers les masques ou autres produits sanitaires et même les respirateurs.

On peut également citer le Rwanda et l’Afrique du Sud pour l’efficacité de leur action sur le plan sanitaire. Durant les prochains mois, le continent devra anticiper la nouvelle donne mondiale et en identifier les opportunités. Il y en aura indéniablement. L’une des conséquences du Covid-19 est la probable réduction de la dépendance manufacturière à l’égard de la Chine. Cela signifie qu’il y aura potentiellement de la place pour des sous-hubs continentaux manufacturiers.

Quid d’une possible évolution de nos modèles économiques ?

Il faudra renouer avec une croissance forte, inclusive et durable. Le Maroc a engagé une réflexion globale sur un nouveau modèle de développement avant même la pandémie. Il est donc bien positionné pour aider le continent à s’engager dans cette voie et à réfléchir, dans le respect de la souveraineté de chacun, à des systèmes plus justes.

CETTE CRISE NOUS DONNE UNE LEÇON D’HUMILITÉ

Quelles sont les leçons que l’on peut déjà tirer ?

Le principal enseignement à tirer de cette crise est l’humilité. Elle nous rappelle nos limites, nos erreurs et nos devoirs. Nous sommes confrontés aujourd’hui à des défis majeurs et ces derniers ne peuvent être relevés que par l’action collective. Pour l’Afrique, c’est au niveau continental que nous devons apporter des réponses. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’initiative du roi Mohammed VI, qui a été saluée récemment par le Parlement panafricain et la communauté internationale. Elle vise à faire face ensemble à cette pandémie en partageant nos expériences. Autre point : les remèdes économiques conventionnels se révéleront fort probablement peu efficaces.

Comment amorcer la sortie de crise ?

Il convient dans un premier temps d’adopter partout en Afrique des plans d’urgence qui doivent être menés en coordination avec tous les partenaires pour assurer la cohérence des interventions. Il faudrait ensuite penser à des programmes d’investissement dans la santé, l’éducation et les infrastructures de base. Sans oublier la nécessité de mettre en place des filets de sécurité sociale pour les plus pauvres.

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Réunissant plus de 200 entreprises – banques, assurances, fonds d’investissement, holdings, gestionnaires d’actifs, cabinets de conseil et d’avocats, sièges africains de multinationales –, le CFC représente un tissu actif dans 48 pays du continent. Selon son dernier bilan, plus de 65% de l’activité de ses entreprises membres est réalisée en Afrique, avec des exportations de services financiers et professionnels en hausse de 32% en volume en 2019, après une croissance de 45 % en 2018. Même si les conséquences de la pandémie de Covid-19 frappent durement cet écosystème, le dirigeant marocain est optimiste sur sa capacité de résilience.

Jeune Afrique: Comment les entreprises qui ont le statut CFC accusent-elles le choc ? 

Saïd Ibrahimi : Tout dépend du secteur d’activité. Pour certaines entreprises, aider les gouvernements et le secteur privé à affronter la crise est une opportunité. Elles sont sollicitées par des pays pour des plans de redressement, de relance ou de sortie de crise. D’autres le sont pour penser et proposer des solutions technologiques innovantes. Quant aux acteurs des télécoms, ils connaissent une activité intense depuis le début du confinement. En revanche, certains sièges régionaux de multinationales ou de sociétés de services financiers ou professionnels rencontrent des difficultés.

Au niveau du CFC lui-même, qu’est-ce que la crise pourrait changer ?  

Pour la surmonter et jouer notre rôle en assurant le financement de la croissance au Maroc et en Afrique, nous nous inspirons de l’expérience de centres financiers qui ont déjà vécu des épidémies et catastrophes, comme Hong Kong en 2003 avec le SARS ou le Japon en 2011 avec le séisme de Tohoku. Ensuite, à l’heure du redémarrage, économies, États et entreprises du continent auront besoin de centres financiers solides comme le CFC pour les accompagner.

LE MAROC EST OUTILLÉ POUR AMORTIR L’IMPACT DE LA CRISE ET FINANCER LA RELANCE

Nous pourrons jouer un rôle de relais entre l’offre internationale de financement et la demande nationale et continentale. Sur ce point, l’Afrique et la communauté internationale sont appelées à faire preuve de solidarité mais aussi d’imagination pour créer et mobiliser des instruments de financement novateurs. Le CFC dispose du cadre et de l’expertise nécessaires pour abriter ce type d’initiatives et catalyser les flux de capitaux publics et privés.

Saïd Ibrahimi (CFC) : « La crise devrait réduire la dépendance manufacturière à l’égard de la Chine »

Vous évoquez aussi le recours à des mécanismes de mutualisation des risques. C’est-à-dire ?

Par exemple la possibilité de créer un fonds d’ajustement structurel africain destiné au sauvetage et à la restructuration des économies. Il pourrait être piloté par la BAD, qui a un rating AAA. Celle-ci pourrait ainsi, avec l’appui d’institutions internationales et d’États du continent ou d’ailleurs, lever des fonds avec une notation plus favorable que celui que peuvent obtenir seuls les pays africains.

Au Maroc, plusieurs secteurs sont à l’arrêt. Craignez-vous un recul de l’économie du pays ?

La pandémie aura un effet certain sur l’activité économique en 2020. Près d’un tiers des entreprises ont réduit temporairement ou définitivement leurs effectifs, ce qui représente 20% de la main-d’œuvre totale. La gravité de la situation diffère évidemment selon les secteurs. L’enjeu est d’amortir autant que possible l’impact de la crise et de financer la relance.

Le Maroc est outillé pour cela et l’agence Standard & Poor’s (S&P) estime même que les conséquences économiques et budgétaires du Covid-19 seront maîtrisées. La preuve, le Maroc a maintenu son « Investment Grade » [BBB] avec une perspective stable. En outre, il n’est pas exclu qu’une reprise de l’activité, même fragile, soit au rendez-vous au dernier trimestre. S&P table même sur une croissance de 4,8 % en moyenne entre 2021 et 2022.

Le Maroc devrait-il s’inquiéter pour les avancées qu’il a pu réaliser ces dernières années ?

Les pays qui ont su démontrer une capacité d’adaptation s’en sortiront plus facilement. C’est le cas du royaume. Il s’est très vite adapté, et ce, à plusieurs niveaux : le confinement général a été décrété très tôt ; le gouvernement a pris rapidement des mesures d’aide aux entreprises et aux populations ; le pays a su réorienter sa production industrielle vers les masques ou autres produits sanitaires et même les respirateurs.

On peut également citer le Rwanda et l’Afrique du Sud pour l’efficacité de leur action sur le plan sanitaire. Durant les prochains mois, le continent devra anticiper la nouvelle donne mondiale et en identifier les opportunités. Il y en aura indéniablement. L’une des conséquences du Covid-19 est la probable réduction de la dépendance manufacturière à l’égard de la Chine. Cela signifie qu’il y aura potentiellement de la place pour des sous-hubs continentaux manufacturiers.

Quid d’une possible évolution de nos modèles économiques ?

Il faudra renouer avec une croissance forte, inclusive et durable. Le Maroc a engagé une réflexion globale sur un nouveau modèle de développement avant même la pandémie. Il est donc bien positionné pour aider le continent à s’engager dans cette voie et à réfléchir, dans le respect de la souveraineté de chacun, à des systèmes plus justes.

CETTE CRISE NOUS DONNE UNE LEÇON D’HUMILITÉ

Quelles sont les leçons que l’on peut déjà tirer ?

Le principal enseignement à tirer de cette crise est l’humilité. Elle nous rappelle nos limites, nos erreurs et nos devoirs. Nous sommes confrontés aujourd’hui à des défis majeurs et ces derniers ne peuvent être relevés que par l’action collective. Pour l’Afrique, c’est au niveau continental que nous devons apporter des réponses. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’initiative du roi Mohammed VI, qui a été saluée récemment par le Parlement panafricain et la communauté internationale. Elle vise à faire face ensemble à cette pandémie en partageant nos expériences. Autre point : les remèdes économiques conventionnels se révéleront fort probablement peu efficaces.

Comment amorcer la sortie de crise ?

Il convient dans un premier temps d’adopter partout en Afrique des plans d’urgence qui doivent être menés en coordination avec tous les partenaires pour assurer la cohérence des interventions. Il faudrait ensuite penser à des programmes d’investissement dans la santé, l’éducation et les infrastructures de base. Sans oublier la nécessité de mettre en place des filets de sécurité sociale pour les plus pauvres.

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