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Rwanda – Paul Kagame : « Nous sommes allés au-delà de l’imaginable »
21/12/2019 à 19h23 par La redaction

Du génocide des Tutsi aux relations avec la France, du contentieux avec l’Ouganda à l’élection présidentielle en RDC, le chef de l’État Paul Kagame n’a éludé aucune question (ou presque). Interview exclusive.

En moins de deux semaines, fin mars et début avril, Paul Kagame et avec lui le Rwanda seront passés presque sans transition de demain à hier. L’avenir, ce fut, les 25 et 26 mars, la tenue à Kigali du septième CEO Forum, la plus importante conférence de ce type que le pays ait jamais accueillie : près de 2 000 participants de la communauté des affaires venus de toute l’Afrique, mais aussi d’Europe et d’Asie. Le passé, ce sera le 7 avril la 25e Kwibuka, commémoration du génocide perpétré en 1994 contre les Tutsi, journée de deuil national pour laquelle une trentaine de chefs d’État et de personnalités internationales sont attendus. Ainsi se définit, en permanence, le « Rwandan way of life » : ne rien oublier pour que tout se reconstruise.

L’homme de 61 ans qui reçoit Jeune Afrique en ce 23 mars pour un entretien de près de deux heures vient de se livrer à un exercice qu’il affectionne particulièrement. Pendant une semaine, il a réuni l’ensemble des décideurs du pays – ministres, dirigeants des institutions publiques, PDG, hauts fonctionnaires – pour la National Leadership Retreat, haut lieu de critique, d’autocritique et de reddition des comptes d’où l’autosatisfaction est bannie, dans l’enceinte d’un camp d’entraînement de l’armée. Pourquoi un tel lieu ? « N’y voyez rien de spécial, nous répond Kagame. Un camp militaire est un bien de la République comme les autres. » Il n’empêche : voir dans ce choix l’illustration symbolique de la méthode directive et du culte de la discipline qui sont la marque du « boss » et l’un des ingrédients essentiels du « miracle rwandais » relève de l’évidence.

À son habitude, Paul Kagame parle « cash ». De ses réussites, qu’aucun observateur de bonne foi ne saurait nier et que beaucoup d’Africains admirent, mais aussi de ses inquiétudes, au premier rang desquelles figurent, en ces premiers mois de 2019, les vives tensions avec un homme qu’il connaît sur le bout des doigts : le président ougandais, Yoweri Museveni, aux côtés de qui il a combattu lorsque ce dernier s’est lancé, il y a quarante ans, à l’assaut du pouvoir.

Petit pays enclavé et surpeuplé de 12 millions d’habitants, le Rwanda est pour l’instant privé, du fait de la crise, de l’une de ses deux artères fémorales : le corridor nord, qui le relie, via l’Ouganda, au port kényan de Mombasa, le laissant à la merci du seul corridor est, à travers la Tanzanie jusqu’à Dar es-Salaam. Une question de survie, donc. Une de plus.

Jeune Afrique : Le Rwanda commémorera, le 7 avril, le génocide des Tutsi. Comment expliquez-vous que, vingt-cinq ans tout juste après ce drame, des livres, des documentaires et même des séries télévisées comme Black Earth Rising, sur Netflix, continuent d’en livrer une version révisionniste, voire négationniste ?

Paul Kagame : Cela n’a rien de particulièrement étonnant. Aujourd’hui encore, l’Holocauste continue de faire l’objet de ce genre de tentatives négationnistes. Vous trouverez toujours des gens qui, pour échapper à leurs propres responsabilités, nieront la réalité des génocides. Nous, Rwandais, connaissons notre histoire et savons ce qui s’est passé. Nous préférons consacrer notre énergie à reconstruire nos vies et notre patrie plutôt qu’à écouter ce genre d’aberrations.

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) est désormais clos, tout comme les tribunaux dits gaçaça. Justice a-t-elle été rendue ?

En grande partie, oui. Mais nous n’avons pas voulu nous en tenir à la seule justice. Au-delà, il y a la réconciliation. Nous avons voulu voir plus loin pour que ce pays trouve enfin son harmonie, sa stabilité, et ses habitants, leur capacité à vivre ensemble. Sur ce plan, nous avons réussi au-delà de ce que nous imaginions.

Pourtant, un certain nombre de personnalités suspectées d’avoir joué un rôle clé dans le génocide sont toujours en liberté. Félicien Kabuga, par exemple, cet homme d’affaires rwandais surnommé « le banquier du génocide ». Personne ne sait où il se trouve. Comment est-il parvenu à passer entre les mailles du filet ?

Je ne crois pas que Kabuga soit aussi libre que vous le dites, puisqu’il est contraint de se terrer en permanence. Ce n’est pas cela, la liberté, et, d’une certaine manière, il paie pour ce qu’il a fait. Cela dit, le mystère qui entoure son sort, sa disparition et sa fuite perpétuelle signifie qu’il a sans doute bénéficié de complicités, voire d’une conspiration internationale pour qu’il ne soit pas contraint de révéler ce qu’il sait.

Il y a aussi le cas du colonel Serubuga, qui vit en France, et celui d’Agathe Habyarimana, la veuve de l’ancien président, qui est installée en région parisienne. Ni expulsable ni régularisable, elle est dans une sorte de vide juridique. Pensez-vous obtenir un jour son extradition ?

Je l’ignore. Mais même si notre demande n’est pas, pour une raison ou pour une autre, considérée, pourquoi cette femme n’a-t-elle jamais été inquiétée par le TPIR ou par la justice française ? Pourquoi n’a-t-elle jamais fait l’objet d’une enquête dans le pays où elle s’est réfugiée ? Les faits parlent d’eux-mêmes…

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Du génocide des Tutsi aux relations avec la France, du contentieux avec l’Ouganda à l’élection présidentielle en RDC, le chef de l’État Paul Kagame n’a éludé aucune question (ou presque). Interview exclusive.

En moins de deux semaines, fin mars et début avril, Paul Kagame et avec lui le Rwanda seront passés presque sans transition de demain à hier. L’avenir, ce fut, les 25 et 26 mars, la tenue à Kigali du septième CEO Forum, la plus importante conférence de ce type que le pays ait jamais accueillie : près de 2 000 participants de la communauté des affaires venus de toute l’Afrique, mais aussi d’Europe et d’Asie. Le passé, ce sera le 7 avril la 25e Kwibuka, commémoration du génocide perpétré en 1994 contre les Tutsi, journée de deuil national pour laquelle une trentaine de chefs d’État et de personnalités internationales sont attendus. Ainsi se définit, en permanence, le « Rwandan way of life » : ne rien oublier pour que tout se reconstruise.

L’homme de 61 ans qui reçoit Jeune Afrique en ce 23 mars pour un entretien de près de deux heures vient de se livrer à un exercice qu’il affectionne particulièrement. Pendant une semaine, il a réuni l’ensemble des décideurs du pays – ministres, dirigeants des institutions publiques, PDG, hauts fonctionnaires – pour la National Leadership Retreat, haut lieu de critique, d’autocritique et de reddition des comptes d’où l’autosatisfaction est bannie, dans l’enceinte d’un camp d’entraînement de l’armée. Pourquoi un tel lieu ? « N’y voyez rien de spécial, nous répond Kagame. Un camp militaire est un bien de la République comme les autres. » Il n’empêche : voir dans ce choix l’illustration symbolique de la méthode directive et du culte de la discipline qui sont la marque du « boss » et l’un des ingrédients essentiels du « miracle rwandais » relève de l’évidence.

À son habitude, Paul Kagame parle « cash ». De ses réussites, qu’aucun observateur de bonne foi ne saurait nier et que beaucoup d’Africains admirent, mais aussi de ses inquiétudes, au premier rang desquelles figurent, en ces premiers mois de 2019, les vives tensions avec un homme qu’il connaît sur le bout des doigts : le président ougandais, Yoweri Museveni, aux côtés de qui il a combattu lorsque ce dernier s’est lancé, il y a quarante ans, à l’assaut du pouvoir.

Petit pays enclavé et surpeuplé de 12 millions d’habitants, le Rwanda est pour l’instant privé, du fait de la crise, de l’une de ses deux artères fémorales : le corridor nord, qui le relie, via l’Ouganda, au port kényan de Mombasa, le laissant à la merci du seul corridor est, à travers la Tanzanie jusqu’à Dar es-Salaam. Une question de survie, donc. Une de plus.

Jeune Afrique : Le Rwanda commémorera, le 7 avril, le génocide des Tutsi. Comment expliquez-vous que, vingt-cinq ans tout juste après ce drame, des livres, des documentaires et même des séries télévisées comme Black Earth Rising, sur Netflix, continuent d’en livrer une version révisionniste, voire négationniste ?

Paul Kagame : Cela n’a rien de particulièrement étonnant. Aujourd’hui encore, l’Holocauste continue de faire l’objet de ce genre de tentatives négationnistes. Vous trouverez toujours des gens qui, pour échapper à leurs propres responsabilités, nieront la réalité des génocides. Nous, Rwandais, connaissons notre histoire et savons ce qui s’est passé. Nous préférons consacrer notre énergie à reconstruire nos vies et notre patrie plutôt qu’à écouter ce genre d’aberrations.

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) est désormais clos, tout comme les tribunaux dits gaçaça. Justice a-t-elle été rendue ?

En grande partie, oui. Mais nous n’avons pas voulu nous en tenir à la seule justice. Au-delà, il y a la réconciliation. Nous avons voulu voir plus loin pour que ce pays trouve enfin son harmonie, sa stabilité, et ses habitants, leur capacité à vivre ensemble. Sur ce plan, nous avons réussi au-delà de ce que nous imaginions.

Pourtant, un certain nombre de personnalités suspectées d’avoir joué un rôle clé dans le génocide sont toujours en liberté. Félicien Kabuga, par exemple, cet homme d’affaires rwandais surnommé « le banquier du génocide ». Personne ne sait où il se trouve. Comment est-il parvenu à passer entre les mailles du filet ?

Je ne crois pas que Kabuga soit aussi libre que vous le dites, puisqu’il est contraint de se terrer en permanence. Ce n’est pas cela, la liberté, et, d’une certaine manière, il paie pour ce qu’il a fait. Cela dit, le mystère qui entoure son sort, sa disparition et sa fuite perpétuelle signifie qu’il a sans doute bénéficié de complicités, voire d’une conspiration internationale pour qu’il ne soit pas contraint de révéler ce qu’il sait.

Il y a aussi le cas du colonel Serubuga, qui vit en France, et celui d’Agathe Habyarimana, la veuve de l’ancien président, qui est installée en région parisienne. Ni expulsable ni régularisable, elle est dans une sorte de vide juridique. Pensez-vous obtenir un jour son extradition ?

Je l’ignore. Mais même si notre demande n’est pas, pour une raison ou pour une autre, considérée, pourquoi cette femme n’a-t-elle jamais été inquiétée par le TPIR ou par la justice française ? Pourquoi n’a-t-elle jamais fait l’objet d’une enquête dans le pays où elle s’est réfugiée ? Les faits parlent d’eux-mêmes…

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