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PARLER, LE RÉSEAU SOCIAL « REFUGE » DES CONSERVATEURS AMÉRICAINS
15/07/2020 à 21h26 par La redaction

Il y a encore quelques semaines, Parler était un réseau social à la marge, comme il en existe tant. Un service qui n’avait pas dépassé le million d’utilisateurs, et dont le plus gros fait d’armes était d’avoir accueilli, en 2019, 200 000 utilisateurs saoudiens, qui boudaient Twitter et sa supposée censure (une arrivée massive qui avait alors fait tomber le site). Et puis Twitter a décidé de sévir contre Donald Trump et d’alerter ses utilisateurs face à une fausse information propagée par le président américain.

Depuis, plusieurs figures de la droite américaine vantent les services de Parler : un réseau social qui, selon eux, ne prend pas parti et respecte la liberté d’expression. Au-delà de nombreuses personnalités complotistes, l’arrivée de figures du Parti républicain (les sénateurs Ted Cruz et Rand Paul, par exemple) a permis à Parler de se faire un nom dans le monde très concurrentiel des réseaux sociaux.

Parler est né en décembre 2018. Si John Matze, l’un des deux cofondateurs assure qu’il n’était pas conçu originellement pour devenir un repaire de conservateurs, le réseau social a rapidement été adopté par des personnalités de l’extrême droite américaine telles que Charlie Kirk, Candace Owens, Jacob WohlLaura Loomer ou encore Milo Yiannopoulos.

 

Les récents tours de vis de la modération de Twitter, aux Etats-Unis, en ont fait depuis le refuge d’une partie des conservateurs bannis du réseau de Jack Dorsey, et de ceux qui veulent bien les accompagner. Cet exode a permis à Parler de se hisser dans le top des applications d’« actualité » les plus téléchargées dans les magasins d’Apple et de Google à la fin du mois de juin et au début du mois de juillet.

2 millions d’utilisateurs

Sur Parler, il est obligatoire de s’inscrire pour accéder au site. Le design ressemble beaucoup à celui de Twitter. On y suit des utilisateurs, qui peuvent (ou non) nous suivre en retour. Selon qu’un post nous plaît ou non, on peut l’upvoter (flèche vers le haut) ou le downvoter (flèche vers le cas), comme sur Reddit. On peut aussi lui donner de « l’écho » (l’équivalent de la fonction « Retweet »). Tous les messages des personnes auxquelles on est abonné tombent dans un flux d’actualités comme sur Twitter ou Facebook. Mais contrairement aux deux réseaux sociaux, ce flux d’actualités n’est pas organisé par un algorithme : tous les messages sont affichés par ordre antéchronologique.

Sur Parler, la fonction de recherche est limitée : on ne peut chercher que des utilisateurs et des hashtags, pas les messages. Par ailleurs, contrairement à Twitter, les posts ne sont ni publics, ni indexés par Google.

Aujourd’hui, Parler revendique 2 millions d’utilisateurs dont une poignée de Français, principalement des identitaires, arrivés après la fermeture par Twitter de plusieurs comptes au sein de la mouvance. Lors de leur « exode », eux aussi ont vanté la « liberté d’expression » de Parler. Pourtant, certains utilisateurs se sont plaints d’avoir vu leur compte supprimé subitement.

Fin juin, John Matze, le cofondateur de Parler, avait expliqué que son réseau social avait bien des règles à suivre. Le réseau social interdit ainsi les menaces contre d’autres utilisateurs, mais aussi la pornographie, ou encore l’« outrage aux bonnes mœurs ». Et comme l’écrit le site spécialisé Engadget, en se penchant sur les conditions d’utilisation, « il semble exister encore plus qu’ailleurs des zones grises qui peuvent amener un utilisateur à se faire bannir ».

« Parler n’a pas été conçu pour devenir un truc pro-Trump »

Malgré cela, ils sont des centaines de milliers à avoir rejoint Parler en quelques semaines, en très grande majorité des soutiens de Donald Trump. Le cofondateur du service promet qu’il n’avait pas pour ambition d’en faire un « safe space » pour conservateurs : « Parler n’a pas été conçu pour devenir un truc pro-Trump », se défend John Matze, interrogé par CNBC.

Pourtant, après y avoir passé plusieurs jours, il est difficile de trouver un meilleur qualificatif. Quand on s’inscrit sur Parler, le réseau social propose une liste de comptes à suivre pour « personnaliser son expérience ». Parmi les médias : le site d’extrême droite Breitbart, les libertariens de Zero Hedge (connu pour répandre de fausses informations), The Epoch Times (connu pour avoir propagé des théories conspirationnistes), et les conservateurs Washington Times et Washington Examiner.

Le début de la liste des comptes suggérés par Parler, au moment de l'inscription.

Parmi les personnalités, on n’en trouve pas une qui soit progressiste. En revanche, Parler suggère de suivre un compte de fans de Donald Trump (le président n’a pas de compte sur le réseau), son conseiller en communication Dan Scavino ou encore un de ses fils, Eric. Parmi les personnalités politiques les plus en vue sur la plate-forme : les sénateurs Rand Paul et Ted Cruz, le représentant Devin Nunes (connu pour avoir attaqué un compte parodique en justice). Parler propulse aussi quelques conspirationnistes bannis des autres réseaux sociaux, comme Katie Hopkins, ou Laura Loomer.

 

PARLER, LE RÉSEAU SOCIAL « REFUGE » DES CONSERVATEURS AMÉRICAINS

Et Parler ne cherche pas vraiment à sortir ses utilisateurs de cette bulle. Au cours de la semaine passée, Parler nous a recommandé plusieurs comptes à suivre (dont plusieurs comptes de fans de personnalités pas encore inscrites sur le site). Toutes, ou presque, sont associées à ce que l’on a longtemps qualifié d’alt-right, mouvement qui mélange plusieurs concepts de l’extrême droite américaine. Beaucoup sont des microcélébrités, parfois très influentes, mais dont la renommée ne dépasse que très rarement la sphère conservatrice. L’un des fondateurs de Gab, l’un des autres réseaux préférés de l’extrême droite américaine, présente Parler comme « un réseau social pour célébrités MAGA [« Make America Great Again », le slogan de Donald Trump] à peine célèbres ».

Réseau cherche figures progressistes

Fin juin, le fondateur de Parler a annoncé qu’il était prêt à offrir une prime de 20 000 dollars (17 500 euros) pour qu’un commentateur progressiste s’inscrive sur son réseau. « Matze indique avoir reçu tellement peu de réponses qu’il a doublé la prime originelle », rapporte CNBC. Les rares comptes « progressistes » que l’on a pu observer sont d’ailleurs surtout présents pour tenter de « troller » les conservateurs et de noyer certains mots-clés, sans trop de succès.

Cette impression de bulle se ressent dans le contenu. On ne compte plus les attaques contre Jack Dorsey, le PDG de Twitter, et contre les autres « tyrans de la tech » qui bafoueraient la liberté d’expression. Les attaques contre les progressistes et certaines de leurs personnalités politiques (principalement le candidat démocrate Joe Biden, et les deux élues à la Chambre des représentants Ilhan Omar et Alexandria Ocasio-Cortez) sont récurrentes.

Article réservé à nos abonnésLire aussi Wall Street tente de faire tomber Alexandria Ocasio-Cortez à coups de millions de dollars

Tout comme les attaques contre les « médias mensongers » qui propageraient des « fake news » et seraient prêts à tout pour faire tomber Donald Trump. Au milieu de tous ces messages, on trouve également des appels aux armes pour défendre la nation, mais aussi des messages antisémites (et d’autres qui dénoncent l’antisémitisme de leurs opposants) et racistes (et d’autres qui dénoncent le racisme anti-Blancs). Le hashtag #BlackLivesMatter sert ainsi principalement à s’attaquer au mouvement, parfois qualifié de « raciste » ou de « marxiste ». Il est également possible de tomber sur des comptes ouvertement nazis, au fil des explorations de hashtags.

John Matze a répété à plusieurs reprises que son application ne procéderait pas à une vérification des propos avancés dans les messages publiés sur le site. « Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, mais ils vont tomber sur beaucoup de commentateurs qui vont être en désaccord. C’est comme ça que la société marche, pas vrai ? Si vous dites quelque chose, les gens vont venir et vérifier ça naturellement. »

« Le bilan n’est pas bon »

Mais cette idée d’une « main invisible » qui viendrait automatiquement rééquilibrer les discussions ne fonctionne pas dans cette gigantesque bulle de filtres : il est difficile d’y trouver des contradictions dans les commentaires. Parler, comme l’a qualifié Newsweek, est un « safe space » pour l’extrême droite. Un lieu où le débat n’existe pas, car les contradicteurs ne sont pas là.

 

Ce qui déplaît aussi à certaines figures de l’extrême droite américaine, comme Jack Posobiec, tête de pont de l’alt-right« Les gens aiment avoir le sentiment de se sentir en sécurité, explique-t-il à Politico. Ils aiment avoir l’impression d’être dans une petite fête pour le moment. Mais l’énergie de Twitter vient du fait qu’il a réuni différentes communautés. Et cette énergie n’existe pas pour l’instant. Pour l’instant, Parler ressemble à un meeting de Trump. » Et ce n’est pas vraiment ce type d’ambiance qui galvanise la droite américaine, argue Amarnath Amarasingam, chercheur sur l’extrémisme et professeur à l’université Queen’s (Canada). « Je pense qu’une partie de ce qui anime la droite, et en particulier l’extrême droite, est la capacité de discuter avec l’autre, explique-t-il à Slate. Se parler dans les recoins sombres d’Internet n’est en fait pas si satisfaisant. »

Surtout, ce n’est pas idéal pour peser sur le débat public. « J’adorerais pouvoir quitter Twitter pour Parler, détaille Will Chamberlain, rédacteur en chef d’un magazine populiste à Politico. J’adorerais ignorer Twitter, mais mon travail tel que je le conçois, ce n’est pas seulement obtenir de l’engagement, mais influencer la conversation publique. Et j’ai besoin de Twitter pour ça. »

D’autant que, par sa nature, Parler ne se prête pas à « viraliser » certains messages. « Les Tweets sont visibles publiquement, ce qui a contribué au succès de Twitter, avance un éditorialiste du Washington ExaminerMais l’approche “pare-feu” de Parler va considérablement restreindre la portée et l’accessibilité de ceux qui utilisent la plate-forme. Cela garantit quasiment que les conservateurs qui utilisent très majoritairement le service ne verront pas leur message être exposé à autant de personnes. »

Autant de raisons qui poussent des observateurs à douter du fait que Parler parviendra à remplacer Twitter et ses 300 millions d’utilisateurs actifs dans le futur. D’autant que, comme le rappelle un éditorialiste conservateur du Daily Beastquand il s’agit de recréer un réseau social déjà existant en version conservatrice, « ça ne marche jamais. Peut-être que ça marchera cette fois-ci, mais le bilan n’est pas bon ».

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Depuis, plusieurs figures de la droite américaine vantent les services de Parler : un réseau social qui, selon eux, ne prend pas parti et respecte la liberté d’expression. Au-delà de nombreuses personnalités complotistes, l’arrivée de figures du Parti républicain (les sénateurs Ted Cruz et Rand Paul, par exemple) a permis à Parler de se faire un nom dans le monde très concurrentiel des réseaux sociaux.

Parler est né en décembre 2018. Si John Matze, l’un des deux cofondateurs assure qu’il n’était pas conçu originellement pour devenir un repaire de conservateurs, le réseau social a rapidement été adopté par des personnalités de l’extrême droite américaine telles que Charlie Kirk, Candace Owens, Jacob WohlLaura Loomer ou encore Milo Yiannopoulos.

 

Les récents tours de vis de la modération de Twitter, aux Etats-Unis, en ont fait depuis le refuge d’une partie des conservateurs bannis du réseau de Jack Dorsey, et de ceux qui veulent bien les accompagner. Cet exode a permis à Parler de se hisser dans le top des applications d’« actualité » les plus téléchargées dans les magasins d’Apple et de Google à la fin du mois de juin et au début du mois de juillet.

2 millions d’utilisateurs

Sur Parler, il est obligatoire de s’inscrire pour accéder au site. Le design ressemble beaucoup à celui de Twitter. On y suit des utilisateurs, qui peuvent (ou non) nous suivre en retour. Selon qu’un post nous plaît ou non, on peut l’upvoter (flèche vers le haut) ou le downvoter (flèche vers le cas), comme sur Reddit. On peut aussi lui donner de « l’écho » (l’équivalent de la fonction « Retweet »). Tous les messages des personnes auxquelles on est abonné tombent dans un flux d’actualités comme sur Twitter ou Facebook. Mais contrairement aux deux réseaux sociaux, ce flux d’actualités n’est pas organisé par un algorithme : tous les messages sont affichés par ordre antéchronologique.

Sur Parler, la fonction de recherche est limitée : on ne peut chercher que des utilisateurs et des hashtags, pas les messages. Par ailleurs, contrairement à Twitter, les posts ne sont ni publics, ni indexés par Google.

Aujourd’hui, Parler revendique 2 millions d’utilisateurs dont une poignée de Français, principalement des identitaires, arrivés après la fermeture par Twitter de plusieurs comptes au sein de la mouvance. Lors de leur « exode », eux aussi ont vanté la « liberté d’expression » de Parler. Pourtant, certains utilisateurs se sont plaints d’avoir vu leur compte supprimé subitement.

Fin juin, John Matze, le cofondateur de Parler, avait expliqué que son réseau social avait bien des règles à suivre. Le réseau social interdit ainsi les menaces contre d’autres utilisateurs, mais aussi la pornographie, ou encore l’« outrage aux bonnes mœurs ». Et comme l’écrit le site spécialisé Engadget, en se penchant sur les conditions d’utilisation, « il semble exister encore plus qu’ailleurs des zones grises qui peuvent amener un utilisateur à se faire bannir ».

« Parler n’a pas été conçu pour devenir un truc pro-Trump »

Malgré cela, ils sont des centaines de milliers à avoir rejoint Parler en quelques semaines, en très grande majorité des soutiens de Donald Trump. Le cofondateur du service promet qu’il n’avait pas pour ambition d’en faire un « safe space » pour conservateurs : « Parler n’a pas été conçu pour devenir un truc pro-Trump », se défend John Matze, interrogé par CNBC.

Pourtant, après y avoir passé plusieurs jours, il est difficile de trouver un meilleur qualificatif. Quand on s’inscrit sur Parler, le réseau social propose une liste de comptes à suivre pour « personnaliser son expérience ». Parmi les médias : le site d’extrême droite Breitbart, les libertariens de Zero Hedge (connu pour répandre de fausses informations), The Epoch Times (connu pour avoir propagé des théories conspirationnistes), et les conservateurs Washington Times et Washington Examiner.

Le début de la liste des comptes suggérés par Parler, au moment de l'inscription.

Parmi les personnalités, on n’en trouve pas une qui soit progressiste. En revanche, Parler suggère de suivre un compte de fans de Donald Trump (le président n’a pas de compte sur le réseau), son conseiller en communication Dan Scavino ou encore un de ses fils, Eric. Parmi les personnalités politiques les plus en vue sur la plate-forme : les sénateurs Rand Paul et Ted Cruz, le représentant Devin Nunes (connu pour avoir attaqué un compte parodique en justice). Parler propulse aussi quelques conspirationnistes bannis des autres réseaux sociaux, comme Katie Hopkins, ou Laura Loomer.

 

PARLER, LE RÉSEAU SOCIAL « REFUGE » DES CONSERVATEURS AMÉRICAINS

Et Parler ne cherche pas vraiment à sortir ses utilisateurs de cette bulle. Au cours de la semaine passée, Parler nous a recommandé plusieurs comptes à suivre (dont plusieurs comptes de fans de personnalités pas encore inscrites sur le site). Toutes, ou presque, sont associées à ce que l’on a longtemps qualifié d’alt-right, mouvement qui mélange plusieurs concepts de l’extrême droite américaine. Beaucoup sont des microcélébrités, parfois très influentes, mais dont la renommée ne dépasse que très rarement la sphère conservatrice. L’un des fondateurs de Gab, l’un des autres réseaux préférés de l’extrême droite américaine, présente Parler comme « un réseau social pour célébrités MAGA [« Make America Great Again », le slogan de Donald Trump] à peine célèbres ».

Réseau cherche figures progressistes

Fin juin, le fondateur de Parler a annoncé qu’il était prêt à offrir une prime de 20 000 dollars (17 500 euros) pour qu’un commentateur progressiste s’inscrive sur son réseau. « Matze indique avoir reçu tellement peu de réponses qu’il a doublé la prime originelle », rapporte CNBC. Les rares comptes « progressistes » que l’on a pu observer sont d’ailleurs surtout présents pour tenter de « troller » les conservateurs et de noyer certains mots-clés, sans trop de succès.

Cette impression de bulle se ressent dans le contenu. On ne compte plus les attaques contre Jack Dorsey, le PDG de Twitter, et contre les autres « tyrans de la tech » qui bafoueraient la liberté d’expression. Les attaques contre les progressistes et certaines de leurs personnalités politiques (principalement le candidat démocrate Joe Biden, et les deux élues à la Chambre des représentants Ilhan Omar et Alexandria Ocasio-Cortez) sont récurrentes.

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Tout comme les attaques contre les « médias mensongers » qui propageraient des « fake news » et seraient prêts à tout pour faire tomber Donald Trump. Au milieu de tous ces messages, on trouve également des appels aux armes pour défendre la nation, mais aussi des messages antisémites (et d’autres qui dénoncent l’antisémitisme de leurs opposants) et racistes (et d’autres qui dénoncent le racisme anti-Blancs). Le hashtag #BlackLivesMatter sert ainsi principalement à s’attaquer au mouvement, parfois qualifié de « raciste » ou de « marxiste ». Il est également possible de tomber sur des comptes ouvertement nazis, au fil des explorations de hashtags.

John Matze a répété à plusieurs reprises que son application ne procéderait pas à une vérification des propos avancés dans les messages publiés sur le site. « Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, mais ils vont tomber sur beaucoup de commentateurs qui vont être en désaccord. C’est comme ça que la société marche, pas vrai ? Si vous dites quelque chose, les gens vont venir et vérifier ça naturellement. »

« Le bilan n’est pas bon »

Mais cette idée d’une « main invisible » qui viendrait automatiquement rééquilibrer les discussions ne fonctionne pas dans cette gigantesque bulle de filtres : il est difficile d’y trouver des contradictions dans les commentaires. Parler, comme l’a qualifié Newsweek, est un « safe space » pour l’extrême droite. Un lieu où le débat n’existe pas, car les contradicteurs ne sont pas là.

 

Ce qui déplaît aussi à certaines figures de l’extrême droite américaine, comme Jack Posobiec, tête de pont de l’alt-right« Les gens aiment avoir le sentiment de se sentir en sécurité, explique-t-il à Politico. Ils aiment avoir l’impression d’être dans une petite fête pour le moment. Mais l’énergie de Twitter vient du fait qu’il a réuni différentes communautés. Et cette énergie n’existe pas pour l’instant. Pour l’instant, Parler ressemble à un meeting de Trump. » Et ce n’est pas vraiment ce type d’ambiance qui galvanise la droite américaine, argue Amarnath Amarasingam, chercheur sur l’extrémisme et professeur à l’université Queen’s (Canada). « Je pense qu’une partie de ce qui anime la droite, et en particulier l’extrême droite, est la capacité de discuter avec l’autre, explique-t-il à Slate. Se parler dans les recoins sombres d’Internet n’est en fait pas si satisfaisant. »

Surtout, ce n’est pas idéal pour peser sur le débat public. « J’adorerais pouvoir quitter Twitter pour Parler, détaille Will Chamberlain, rédacteur en chef d’un magazine populiste à Politico. J’adorerais ignorer Twitter, mais mon travail tel que je le conçois, ce n’est pas seulement obtenir de l’engagement, mais influencer la conversation publique. Et j’ai besoin de Twitter pour ça. »

D’autant que, par sa nature, Parler ne se prête pas à « viraliser » certains messages. « Les Tweets sont visibles publiquement, ce qui a contribué au succès de Twitter, avance un éditorialiste du Washington ExaminerMais l’approche “pare-feu” de Parler va considérablement restreindre la portée et l’accessibilité de ceux qui utilisent la plate-forme. Cela garantit quasiment que les conservateurs qui utilisent très majoritairement le service ne verront pas leur message être exposé à autant de personnes. »

Autant de raisons qui poussent des observateurs à douter du fait que Parler parviendra à remplacer Twitter et ses 300 millions d’utilisateurs actifs dans le futur. D’autant que, comme le rappelle un éditorialiste conservateur du Daily Beastquand il s’agit de recréer un réseau social déjà existant en version conservatrice, « ça ne marche jamais. Peut-être que ça marchera cette fois-ci, mais le bilan n’est pas bon ».

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