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Nelson Mandela : Trente ans plus tard, son biographe revient sur les circonstances et les conséquences de cette libération
14/02/2020 à 19h59 par La redaction

11 février 1990- 11 février 2020, trente ans que l’une des figures historiques et politiques de l’Afrique est sortie de prison. Nelson Rolihlahla Mandela Madiba qui avait été condamné à la réclusion à la perpétuité a passé 27 années et 190 jours en prison, lors de la période de ségrégation raciale en Afrique du sud.

Dans une interview avec la Radio France Internationale, Jean Guiloineau, biographe de Nelson Mandela est revenu sur les circonstances et les conséquences de cette libération.

« L’évènement principal dont la sortie de prison de Nelson Mandela n’était qu’une des conséquences, c’était l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir à Moscou. Les réformes engagées par ce dernier ont conduit à la chute des régimes communistes en Europe. C’est la fin de la guerre froide et la fin de la politique internationale fondée sur les rivalités entre les deux superpuissances qu’étaient alors les États-Unis et l’Union soviétique. L’Afrique du Sud était l’un des principaux alliés de Washington sur le continent africain pendant la Guerre froide. Or dans les années 1980, avec les signes d’essoufflement du communisme, cette alliance était devenue encombrante pour les États-Unis, d’autant que la majorité noire, victime de terribles violences policières, était proche de l’explosion. Sous la pression de Washington, Pretoria n’avait d’autre choix que de négocier avec le Congrès national africain (ANC) et notamment avec son dirigeant Nelson Mandela, qui s’était imposé comme le leader incontournable de la majorité noire du pays. Les négociations ont commencé dès 1987 sous le président Pieter Botha et ont été menées à leur terme par Frederik de Klerk qui annonça au Parlement le 1er février 1990 la décision de son gouvernement de libérer Mandela.

L’apartheid sera officiellement aboli en juin 1991. À mon avis, rien ne symbolise le changement de paradigme politique à l’époque que l’incident qui a eu lieu au début des négociations. Mandela qui est encore en prison était invité à prendre le thé à la présidence par le couple présidentiel. A l’entrée du salon où Pieter Botha et sa femme attendent leur invité, le ministre de la Justice qui est en quelque sorte le geôlier en chef de Mandela et qui l’accompagne, se rend compte tout d’un coup que les lacets des chaussures de Mandela étaient défaits. Qu’est-ce qu’il fait ? Le ministre s’agenouille pour faire les lacets du plus célèbre prisonnier du monde sous sa charge. Tout un symbole !

Nelson Mandela fut condamné en 1964 à la prison à vie, Mandela restera incarcéré 27 ans, d’abord sur l’île de Robben Island jusqu’à 1982, avant d’être transféré à Pollsmoor et enfin à la prison Victor Verster, située dans la ville de Paarle, à une soixantaine de kilomètres au nord du Cap.

Pendant ces longues trois décennies, ses amis et son épouse Winnie Mandela ont tout fait pour garder vivace sa mémoire. Dans les années 1980, je me souviens d’avoir vu des posters à son effigie ornant les murs des bidonvilles. Winnie Mandela rencontrait les leaders étrangers en visite en Afrique du Sud pour leur parler de la cause des noirs que défendait son mari.

Le 11 février, ils franchissent la porte de la prison Victor Verster vers 15 heures. Ils montent dans la voiture qui doit les conduire au Cap. Arrivés à leur destination, ils traversent à pieds la vaste place devant la mairie où une foule immense s’était rassemblée. C’est du balcon de l’Hôtel de ville que Mandela prononcera son premier discours d’homme libre. Pour renouer le fil de la conversation avec son peuple, il dira en commençant qu’il a toujours combattu la domination blanche ainsi que la domination noire, et a rappelé qu’il avait consacré sa vie à « l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous vivraient ensemble, dans l’harmonie, avec d’égales opportunités ». C’était exactement ce qu’il avait dit au tribunal, vingt-sept ans plus tôt, en concluant sa plaidoirie au procès de Rivonia, avant de se voir condamné à prison à vie pour « haute trahison et tentative de renversement par la force du gouvernement ». Au Cap, il se fait siffler par les jeunes noirs venus l’écouter, car ceux-ci attendaient un discours de guerre. Il leur a donné un discours de paix. C’est ce qui avait d’ailleurs été négocié avec les autorités. Mandela a joué le jeu. Non seulement parce qu’il avait donné sa parole, mais surtout parce qu’il était conscient que s’ils appelaient la jeunesse à prendre les armes, comme il aurait pu très bien le faire, il aurait fait basculer son pays dans la guerre civile. Ce n’était pas ce qu’il souhaitait pour les siens ni pour le pays en général »

Décédé en 2013 à l’âge de 95 ans, Nelson Mandela a reçu le prix Nobel de la Paix en 1993.

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11 février 1990- 11 février 2020, trente ans que l’une des figures historiques et politiques de l’Afrique est sortie de prison. Nelson Rolihlahla Mandela Madiba qui avait été condamné à la réclusion à la perpétuité a passé 27 années et 190 jours en prison, lors de la période de ségrégation raciale en Afrique du sud.

Dans une interview avec la Radio France Internationale, Jean Guiloineau, biographe de Nelson Mandela est revenu sur les circonstances et les conséquences de cette libération.

« L’évènement principal dont la sortie de prison de Nelson Mandela n’était qu’une des conséquences, c’était l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir à Moscou. Les réformes engagées par ce dernier ont conduit à la chute des régimes communistes en Europe. C’est la fin de la guerre froide et la fin de la politique internationale fondée sur les rivalités entre les deux superpuissances qu’étaient alors les États-Unis et l’Union soviétique. L’Afrique du Sud était l’un des principaux alliés de Washington sur le continent africain pendant la Guerre froide. Or dans les années 1980, avec les signes d’essoufflement du communisme, cette alliance était devenue encombrante pour les États-Unis, d’autant que la majorité noire, victime de terribles violences policières, était proche de l’explosion. Sous la pression de Washington, Pretoria n’avait d’autre choix que de négocier avec le Congrès national africain (ANC) et notamment avec son dirigeant Nelson Mandela, qui s’était imposé comme le leader incontournable de la majorité noire du pays. Les négociations ont commencé dès 1987 sous le président Pieter Botha et ont été menées à leur terme par Frederik de Klerk qui annonça au Parlement le 1er février 1990 la décision de son gouvernement de libérer Mandela.

L’apartheid sera officiellement aboli en juin 1991. À mon avis, rien ne symbolise le changement de paradigme politique à l’époque que l’incident qui a eu lieu au début des négociations. Mandela qui est encore en prison était invité à prendre le thé à la présidence par le couple présidentiel. A l’entrée du salon où Pieter Botha et sa femme attendent leur invité, le ministre de la Justice qui est en quelque sorte le geôlier en chef de Mandela et qui l’accompagne, se rend compte tout d’un coup que les lacets des chaussures de Mandela étaient défaits. Qu’est-ce qu’il fait ? Le ministre s’agenouille pour faire les lacets du plus célèbre prisonnier du monde sous sa charge. Tout un symbole !

Nelson Mandela fut condamné en 1964 à la prison à vie, Mandela restera incarcéré 27 ans, d’abord sur l’île de Robben Island jusqu’à 1982, avant d’être transféré à Pollsmoor et enfin à la prison Victor Verster, située dans la ville de Paarle, à une soixantaine de kilomètres au nord du Cap.

Pendant ces longues trois décennies, ses amis et son épouse Winnie Mandela ont tout fait pour garder vivace sa mémoire. Dans les années 1980, je me souviens d’avoir vu des posters à son effigie ornant les murs des bidonvilles. Winnie Mandela rencontrait les leaders étrangers en visite en Afrique du Sud pour leur parler de la cause des noirs que défendait son mari.

Le 11 février, ils franchissent la porte de la prison Victor Verster vers 15 heures. Ils montent dans la voiture qui doit les conduire au Cap. Arrivés à leur destination, ils traversent à pieds la vaste place devant la mairie où une foule immense s’était rassemblée. C’est du balcon de l’Hôtel de ville que Mandela prononcera son premier discours d’homme libre. Pour renouer le fil de la conversation avec son peuple, il dira en commençant qu’il a toujours combattu la domination blanche ainsi que la domination noire, et a rappelé qu’il avait consacré sa vie à « l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous vivraient ensemble, dans l’harmonie, avec d’égales opportunités ». C’était exactement ce qu’il avait dit au tribunal, vingt-sept ans plus tôt, en concluant sa plaidoirie au procès de Rivonia, avant de se voir condamné à prison à vie pour « haute trahison et tentative de renversement par la force du gouvernement ». Au Cap, il se fait siffler par les jeunes noirs venus l’écouter, car ceux-ci attendaient un discours de guerre. Il leur a donné un discours de paix. C’est ce qui avait d’ailleurs été négocié avec les autorités. Mandela a joué le jeu. Non seulement parce qu’il avait donné sa parole, mais surtout parce qu’il était conscient que s’ils appelaient la jeunesse à prendre les armes, comme il aurait pu très bien le faire, il aurait fait basculer son pays dans la guerre civile. Ce n’était pas ce qu’il souhaitait pour les siens ni pour le pays en général »

Décédé en 2013 à l’âge de 95 ans, Nelson Mandela a reçu le prix Nobel de la Paix en 1993.

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