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Mondial 2022 au Qatar: les intérêts personnels de Sarkozy au cœur de l’enquête
07/06/2020 à 18h31 par La redaction

L’affaire de l’attribution de la Coupe du monde 2022 s’oriente vers les intérêts personnels de Nicolas Sarkozy. Après son départ de l’Élysée, il a été aidé par le Qatar dans ses affaires. Selon des documents consultés pas Mediapart, il a aussi été missionné comme avocat par les groupes d’Arnaud Lagardère et Sébastien Bazin, qui auraient bénéficié de son activisme en faveur du Mondial qatari.

L’enquête pour corruption sur l’attribution de la prochaine coupe du monde de football, en 2022 au Qatar, s’oriente de plus en plus vers les liens d’intérêts personnels de Nicolas Sarkozy, selon plusieurs documents inédits recueillis ces derniers mois par Mediapart.

Au cœur du dossier depuis le début, l’ancien président de la République n’a pas été inquiété à ce stade par la justice dans cette affaire, contrairement à d’autres – les dossiers « Bismuth », Bygmalion ou Kadhafi – pour lesquelles il est soit mis en examen, soit sera prochainement jugé par un tribunal correctionnel.

Le dossier Qatar 2022 n’a été confié qu’en décembre dernier à deux juges d’instruction parisiens, Marc Sommerer et Bénédicte de Perthuis, lorsque le Parquet national financier (PNF) a décidé de l’ouverture d’une information judiciaire, après trois années d’enquête préliminaire.

Outre Michel Platini, ancien homme fort du football européen et ex-vice président de la Fifa, deux anciens subordonnés de Nicolas Sarkozy – son secrétaire général à l’Élysée, Claude Guéant, et sa conseillère « sports », Sophie Dion – ont déjà été entendus comme suspects par l’office anticorruption de la police judiciaire (OCLCIFF), que ce soit sous le statut de la garde à vue ou celui de l’audition libre.

Le président Nicolas Sarkozy avec Tamim Al-Thani, alors prince héritier du Qatar (et actuel émir) à la sortie de leur déjeuner à l'Élysée le 3 février 2010. © AFPLe président Nicolas Sarkozy avec Tamim Al-Thani, alors prince héritier du Qatar (et actuel émir) à la sortie de leur déjeuner à l'Élysée le 3 février 2010. © AFP

Les investigations commencent désormais à converger vers Nicolas Sarkozy lui-même. Et pour cause : dans la foulée de son départ de l’Élysée en 2012, l’ancien président a personnellement bénéficié dans ses affaires privées du soutien de l’État du Qatar. Redevenu avocat, Nicolas Sarkozy a aussi décroché des contrats avec deux grands patrons français, eux-même soupçonnés d’avoir profité de la mobilisation de la présidence française en faveur de l’attribution du Mondial à Doha.

Il appartient à la justice de vérifier si ces libéralités pourraient constituer pour Nicolas Sarkozy une récompense directe ou indirecte de son activisme en 2010, alors qu’il était président de la République, afin que le Qatar décroche, contre toute attente, l’organisation de la Coupe du monde de football.

Des notes de l’Élysée, dont le contenu a été révélé par Mediapart, ont d’ores et déjà montré l’intense lobbying de Nicolas Sarkozy pour que le Qatar obtienne un soutien de poids en la personne de Michel Platini, patron de l’UEFA et vice-président de la Fifa, alors que ce dernier était « réticent » à une telle candidature. Ces documents indiquent que l’ancienne star du football français se serait laissé convaincre au cours d’un déjeuner crucial, organisé à l’Élysée en novembre 2010, avec l’actuel émir du Qatar, neuf jours seulement avant le vote de la Fifa.

Or, sitôt parti de l’Élysée après sa défaite à l’élection présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy a fait prospérer ses propres affaires grâce au… Qatar. Selon nos informations, la justice s’intéresse à la promesse de financement à hauteur de 200 millions d’euros signée, en décembre 2012, par le fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA) en faveur d’un fonds d’investissement, baptisé Columbia, que Nicolas Sarkozy a voulu créer avec l’homme d’affaires français Stéphane Courbit.

D’autres documents confidentiels que Mediapart a pu consulter – et qui ne figurent pas dans la procédure judiciaire – offrent désormais des pistes supplémentaires. Ceux-ci montrent que Nicolas Sarkozy a aussi été rémunéré comme avocat, après son départ de l’Élysée, par deux des bénéficiaires présumés de l’accord qui aurait été scellé entre les autorités françaises et qataries lors du fameux déjeuner élyséen de novembre 2010.

Sébastien Bazin, ancien patron de Colony Capital Europe et PDG du groupe hôtelier Accor depuis 2013. © AccorSébastien Bazin, ancien patron de Colony Capital Europe et PDG du groupe hôtelier Accor depuis 2013. © Accor

Le premier est Sébastien Bazin, ancien dirigeant du fonds Colony, qui avait vendu le club du PSG au fonds souverain QSI – c’est-à-dire à l’État du Qatar – en mai 2011, six mois après le vote de la Fifa sur l’attribution du Mondial. Vieil ami de Nicolas Sarkozy, Sébastien Bazin a ensuite, lorsqu’il est devenu patron du groupe hôtelier Accor, en février 2014, confié des missions au cabinet d’avocats Claude & Sarkozy. Nicolas Sarkozy était personnellement « responsable » du dossier Accor au sein du cabinet, selon des documents internes consultés par Mediapart.

On retrouve le même schéma avec Arnaud Lagardère. Il a lui aussi embauché MSarkozy dès octobre 2012 dans le cadre d’une consultation juridique en lien avec un autre fonds souverain du richissime émirat gazier, Qatar Investment Authority (QIA), six mois après que ce dernier fut devenu le premier actionnaire du groupe Lagardère.

Nos questions sont presque toutes restées sans réponse (lire notre Boîte noire). Nicolas Sarkozy, son ancien associé Arnaud Claude et Arnaud Lagardère n’ont pas donné suite. Idem pour l’émir du Qatar, le fonds QIA et ses dirigeants. Le PSG et son président Nasser Al-Khelaïfi ont refusé de répondre à nos questions au motif qu’elles contiennent des « allégations manifestement erronées et partiales ».

Seuls Colony Capital et Sébastien Bazin nous ont répondu (à lire en intégralité dans l’onglet Prolonger). L’actuel patron d’Accor dément, via un porte-parole, avoir demandé l’aide de Nicolas Sarkozy afin de vendre le PSG au Qatar. Accor indique que les contrats avec le cabinet Claude & Sarkozy ont été passés dans des « conditions normales », pour des montants « confidentiels » mais qui « ne sont pas significatifs ».

  • 1 - Le Qatar a promis 200 millions au fonds de Sarkozy

Un des volets de l’enquête judiciaire porte sur la promesse de financement de 200 millions d’euros faite par QIA à Nicolas Sarkozy fin 2012.

Selon nos informations, les enquêteurs se penchent sur cette opération, qui a été mise au jour par une autre enquête judiciaire. Lors de l’affaire « Air Cocaïne », la justice avait découvert que la société Lov Group, de l’homme d’affaires Stéphane Courbit, avait financé des voyages en jet privé à Nicolas Sarkozy.

Une enquête a été ouverte pour abus de biens sociaux, qui s’est terminée en 2016 par un non-lieu. Une décision logique : il ne s’agissait pas de cadeaux, mais de voyages d’affaires effectués dans le cadre du projet Columbia, un fonds d’investissement au sujet duquel Courbit s’était associé avec Sarkozy, peu après sa défaite à la présidentielle de mai 2012 (lire nos enquêtes ici et ).

Des documents issus de cette procédure, dont le contenu a été révélé par Libération, et dont Mediapart publie aujourd’hui des extraits, dévoilent les coulisses du généreux coup de pouce accordé par le Qatar au fonds Columbia, lors d’une visite à Doha au cours de laquelle Sarkozy s’est comporté en lobbyiste du Qatar au sujet du Mondial 2022.

À l’automne 2012, Columbia espère gérer au moins 500 millions d’euros pour le compte d’investisseurs. Nicolas Sarkozy est chargé d’utiliser son carnet d’adresses. Il se tourne tout naturellement vers Qatar Investment Authority (QIA). Ce fonds souverain riche à milliards était présidé à l’époque par le premier ministre Hamad Bin Jassem Al-Thani, qui avait participé deux ans plus tôt au fameux déjeuner de l’Élysée sur la Coupe du monde 2022.

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L’affaire de l’attribution de la Coupe du monde 2022 s’oriente vers les intérêts personnels de Nicolas Sarkozy. Après son départ de l’Élysée, il a été aidé par le Qatar dans ses affaires. Selon des documents consultés pas Mediapart, il a aussi été missionné comme avocat par les groupes d’Arnaud Lagardère et Sébastien Bazin, qui auraient bénéficié de son activisme en faveur du Mondial qatari.

L’enquête pour corruption sur l’attribution de la prochaine coupe du monde de football, en 2022 au Qatar, s’oriente de plus en plus vers les liens d’intérêts personnels de Nicolas Sarkozy, selon plusieurs documents inédits recueillis ces derniers mois par Mediapart.

Au cœur du dossier depuis le début, l’ancien président de la République n’a pas été inquiété à ce stade par la justice dans cette affaire, contrairement à d’autres – les dossiers « Bismuth », Bygmalion ou Kadhafi – pour lesquelles il est soit mis en examen, soit sera prochainement jugé par un tribunal correctionnel.

Le dossier Qatar 2022 n’a été confié qu’en décembre dernier à deux juges d’instruction parisiens, Marc Sommerer et Bénédicte de Perthuis, lorsque le Parquet national financier (PNF) a décidé de l’ouverture d’une information judiciaire, après trois années d’enquête préliminaire.

Outre Michel Platini, ancien homme fort du football européen et ex-vice président de la Fifa, deux anciens subordonnés de Nicolas Sarkozy – son secrétaire général à l’Élysée, Claude Guéant, et sa conseillère « sports », Sophie Dion – ont déjà été entendus comme suspects par l’office anticorruption de la police judiciaire (OCLCIFF), que ce soit sous le statut de la garde à vue ou celui de l’audition libre.

Le président Nicolas Sarkozy avec Tamim Al-Thani, alors prince héritier du Qatar (et actuel émir) à la sortie de leur déjeuner à l'Élysée le 3 février 2010. © AFPLe président Nicolas Sarkozy avec Tamim Al-Thani, alors prince héritier du Qatar (et actuel émir) à la sortie de leur déjeuner à l'Élysée le 3 février 2010. © AFP

Les investigations commencent désormais à converger vers Nicolas Sarkozy lui-même. Et pour cause : dans la foulée de son départ de l’Élysée en 2012, l’ancien président a personnellement bénéficié dans ses affaires privées du soutien de l’État du Qatar. Redevenu avocat, Nicolas Sarkozy a aussi décroché des contrats avec deux grands patrons français, eux-même soupçonnés d’avoir profité de la mobilisation de la présidence française en faveur de l’attribution du Mondial à Doha.

Il appartient à la justice de vérifier si ces libéralités pourraient constituer pour Nicolas Sarkozy une récompense directe ou indirecte de son activisme en 2010, alors qu’il était président de la République, afin que le Qatar décroche, contre toute attente, l’organisation de la Coupe du monde de football.

Des notes de l’Élysée, dont le contenu a été révélé par Mediapart, ont d’ores et déjà montré l’intense lobbying de Nicolas Sarkozy pour que le Qatar obtienne un soutien de poids en la personne de Michel Platini, patron de l’UEFA et vice-président de la Fifa, alors que ce dernier était « réticent » à une telle candidature. Ces documents indiquent que l’ancienne star du football français se serait laissé convaincre au cours d’un déjeuner crucial, organisé à l’Élysée en novembre 2010, avec l’actuel émir du Qatar, neuf jours seulement avant le vote de la Fifa.

Or, sitôt parti de l’Élysée après sa défaite à l’élection présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy a fait prospérer ses propres affaires grâce au… Qatar. Selon nos informations, la justice s’intéresse à la promesse de financement à hauteur de 200 millions d’euros signée, en décembre 2012, par le fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA) en faveur d’un fonds d’investissement, baptisé Columbia, que Nicolas Sarkozy a voulu créer avec l’homme d’affaires français Stéphane Courbit.

D’autres documents confidentiels que Mediapart a pu consulter – et qui ne figurent pas dans la procédure judiciaire – offrent désormais des pistes supplémentaires. Ceux-ci montrent que Nicolas Sarkozy a aussi été rémunéré comme avocat, après son départ de l’Élysée, par deux des bénéficiaires présumés de l’accord qui aurait été scellé entre les autorités françaises et qataries lors du fameux déjeuner élyséen de novembre 2010.

Sébastien Bazin, ancien patron de Colony Capital Europe et PDG du groupe hôtelier Accor depuis 2013. © AccorSébastien Bazin, ancien patron de Colony Capital Europe et PDG du groupe hôtelier Accor depuis 2013. © Accor

Le premier est Sébastien Bazin, ancien dirigeant du fonds Colony, qui avait vendu le club du PSG au fonds souverain QSI – c’est-à-dire à l’État du Qatar – en mai 2011, six mois après le vote de la Fifa sur l’attribution du Mondial. Vieil ami de Nicolas Sarkozy, Sébastien Bazin a ensuite, lorsqu’il est devenu patron du groupe hôtelier Accor, en février 2014, confié des missions au cabinet d’avocats Claude & Sarkozy. Nicolas Sarkozy était personnellement « responsable » du dossier Accor au sein du cabinet, selon des documents internes consultés par Mediapart.

On retrouve le même schéma avec Arnaud Lagardère. Il a lui aussi embauché MSarkozy dès octobre 2012 dans le cadre d’une consultation juridique en lien avec un autre fonds souverain du richissime émirat gazier, Qatar Investment Authority (QIA), six mois après que ce dernier fut devenu le premier actionnaire du groupe Lagardère.

Nos questions sont presque toutes restées sans réponse (lire notre Boîte noire). Nicolas Sarkozy, son ancien associé Arnaud Claude et Arnaud Lagardère n’ont pas donné suite. Idem pour l’émir du Qatar, le fonds QIA et ses dirigeants. Le PSG et son président Nasser Al-Khelaïfi ont refusé de répondre à nos questions au motif qu’elles contiennent des « allégations manifestement erronées et partiales ».

Seuls Colony Capital et Sébastien Bazin nous ont répondu (à lire en intégralité dans l’onglet Prolonger). L’actuel patron d’Accor dément, via un porte-parole, avoir demandé l’aide de Nicolas Sarkozy afin de vendre le PSG au Qatar. Accor indique que les contrats avec le cabinet Claude & Sarkozy ont été passés dans des « conditions normales », pour des montants « confidentiels » mais qui « ne sont pas significatifs ».

  • 1 - Le Qatar a promis 200 millions au fonds de Sarkozy

Un des volets de l’enquête judiciaire porte sur la promesse de financement de 200 millions d’euros faite par QIA à Nicolas Sarkozy fin 2012.

Selon nos informations, les enquêteurs se penchent sur cette opération, qui a été mise au jour par une autre enquête judiciaire. Lors de l’affaire « Air Cocaïne », la justice avait découvert que la société Lov Group, de l’homme d’affaires Stéphane Courbit, avait financé des voyages en jet privé à Nicolas Sarkozy.

Une enquête a été ouverte pour abus de biens sociaux, qui s’est terminée en 2016 par un non-lieu. Une décision logique : il ne s’agissait pas de cadeaux, mais de voyages d’affaires effectués dans le cadre du projet Columbia, un fonds d’investissement au sujet duquel Courbit s’était associé avec Sarkozy, peu après sa défaite à la présidentielle de mai 2012 (lire nos enquêtes ici et ).

Des documents issus de cette procédure, dont le contenu a été révélé par Libération, et dont Mediapart publie aujourd’hui des extraits, dévoilent les coulisses du généreux coup de pouce accordé par le Qatar au fonds Columbia, lors d’une visite à Doha au cours de laquelle Sarkozy s’est comporté en lobbyiste du Qatar au sujet du Mondial 2022.

À l’automne 2012, Columbia espère gérer au moins 500 millions d’euros pour le compte d’investisseurs. Nicolas Sarkozy est chargé d’utiliser son carnet d’adresses. Il se tourne tout naturellement vers Qatar Investment Authority (QIA). Ce fonds souverain riche à milliards était présidé à l’époque par le premier ministre Hamad Bin Jassem Al-Thani, qui avait participé deux ans plus tôt au fameux déjeuner de l’Élysée sur la Coupe du monde 2022.

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