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L’histoire de Falmata, une rescapée de Boko Haram
04/11/2019 à 19h30 par mariella2019

Falmata Bunu devait mener une mission suicide pour Boko Haram. En effet, elle a été séquestré pendant plusieurs mois et mariée tour à tour à trois membres de la hiérarchie de Boko Haram. Suite à la disparition du dernier commandant l'ayant marié de force, la jeune femme refuse de faire exploser la bombe attachée sur elle. Falmata se reconstruit et vit aujourd'hui dans un camp à Maiduguri.Voici son témoignage.

Pendant longtemps, marcher et traverser le camp de Bakkassi était devenu une épreuve pour Falmata; car elle devait subir des quolibets et ricanements provenant d'autres déplacés comme elle. « Regardez-la, c'est une épouse Boko Haram ! », entend-on le plus souvent. Et pour seule réponse, Falmata avance en silence.Même si ses mains triturant et réajustant son long voile noir trahissent son désarroi, Falmata a toujours mis un point d'honneur à ne jamais s'effondrer devant les autres.« Ces insultes, c'est comme recevoir à chaque fois des coups de poignard dans le dos, confie Falmata. Mais j'arrive à supporter, car c'est ici que j'ai retrouvé mes parents. J'ai beaucoup de chance en fait. D'autres femmes ayant connu la même expérience que moi sont rejetées par leurs proches. »

Lire aussi: Italie : Un vaste réseau de trafiquants de drogue arrêté

Aujourd'hui, Falmata mène son existence de jeune femme de 20 ans, sans se justifier auprès de qui que se soit. « J'ai appris le métier en observant ma mère. Elle était en permanence devant sa machine quand nous étions encore à Dikwa. Je l'ai tellement observée que j'ai absorbé ses gestes. J'ai pris sa relève », dit-elle. Falmata confectionne des vêtements féminins. Aujourd’hui grâce à ses prix abordables, elle est plus ou moins connue et ses clients proviennent de nombreux camps de déplacés dans Maiduguri.

Laissant derrière elle son dramatique passé d’otage de Boko Haram, ell vie en paix aujourd’hui.« J'avais 15 ans lors de mon rapt, rappelle la jeune femme. C'était en 2015 à Dikwa, dans ma commune d'origine. Nous étions en chemin avec des amies pour aller sur-le-champ des parents d'une de mes copines de classe. Nous étions insouciantes. Il y a eu un raid massif de Boko Haram. Soudain nous avons été encerclées par un groupe d'hommes armés. Je n'ai jamais revu mes amies par la suite. Ma vie a basculé. » Les adolescentes sont alors séparées les unes des autres. Conduite dans la forêt de Sambisa, sanctuaire à l'époque du groupe armé, Falmata se retrouve emprisonnée dans un monde inconnu.

Elle passa 15 mois à survivre dans un environnement où violences, hurlements et sang sont omniprésents. La jeune fille d'alors est témoin d’horribles scènes. Un cauchemar qui semblait ne pas finir et qui est resté indélébile dans sa mémoire : des hommes obligeant des femmes à être leurs esclaves sexuelles. Mutilées, battues à mort pour celles qui refusent de se soumettre. Falmata assiste à l'agonie de celles infectées par le VIH. Elle est marquée également par l'endoctrinement d'enfants transformés en combattants, espions, cuisiniers, ou en candidats pour des attaques-suicides à la bombe. Au bout de deux mois de séquestration, elle est unie contre malgré elle à un membre influent de la hiérarchie de Boko Haram. « J'ai dû accepter pour survivre, soupire la jeune femme. Dans mon malheur, j'ai eu la chance de ne pas tomber enceinte, contrairement à beaucoup d'autres femmes violées. Lui, je crois qu'il était amoureux de moi, car il s'est battu pour m'avoir à ce que l'on m'a dit. Mais moi, je n'ai jamais, jamais éprouvé le moindre sentiment pour lui. Il rentrait de nuit et il me racontait en détail ses missions de guérilla contre les militaires. Après plusieurs mois, un jour on m'a annoncé sa disparition. J'étais un peu désolée pour lui, mais en vérité j'étais complètement indifférente. »

Le second du commandant défunt prend Falmata comme seconde épouse mais Il meurt à son tour au combat. Puis un troisième chef du groupe armé force Falmata à se remarier. Toujours contre son gré. Comme ses deux prédécesseurs, ce dernier meurt également au combat. Le nouveau commandant interrompt le cycle des mariages de Falmata et décrète que, la veuve doit rejoindre ses trois époux au paradis. Elle est alors conduite vers une destination inconnue, avant de se voir assigner une mission kamikaze à exécuter au milieu d'une foule ou d'une garnison militaire.

« Je ne voulais pas mourir jeune alors j'ai joué le jeu en faisant semblant d'obéir, affirme Falmata. J'ai remarqué la manière dont ils ont attaché sur moi puis enclenché la bombe. J'ai réussi à m'échapper durant les préparatifs grâce à la complicité d'une vieille femme. » Au lieu de suivre le plan de ses ravisseurs, Falmata, déterminée plus que jamais, détache de son corps la ceinture portant la bombe. Puis,elle marcha jour et nuit avec la peur au ventre. Sans eau et sans nourriture, elle se débrouille comme elle peut sur sa route. À bout de force, elle atteint un point de contrôle militaire à Monguno, à une centaine de kilomètres au nord de Maiduguri, la capitale de l'État du Borno : « Me voyant m'approcher d'un pas hésitant, un soldat a pointé son arme vers moi. Il hurle, m'ordonne de m'arrêter. Il était convaincu que j'étais une kamikaze. Un de ses collègues s'avance en m'interrogeant. Il m'a cru. Cela m'a sauvée ».

Falmata est par la suite maintenue en détention dans un camp militaire, le temps que son identité soit confirmée. Puis on la conduit à Maiduguri pour des consultations psychologiques. Au bout de quelques mois elle fut libérée; mais le retour dans le monde réel est dur pour Falmata. « À Dikwa, nous vivions grâce aux récoltes des champs de mon père, se souvient la jeune femme. J'aimais beaucoup l'aider à débroussailler et planter quand je n'avais pas école. Ici à Bakkassi, on dépend des distributions de nourriture. J'ai des mois durant stocké des sacs de mil qu'on nous donnait. Mes parents n'étaient pas d'accord. Mais ils ont compris quand je suis revenue un jour avec une machine à coudre à pédale. » Falmata a trouvé un local tout près du camp où elle passe le plus clair de ses journées. Elle dit ne plus être hantée par ses souvenirs de Sambisa. Ses journées sont pleines de vie. Et Falmata, consciente de sa chance d'avoir survécu à l'horreur, rêve de devenir une sorte d'assistante sociale, spécialisée sur l'aide aux femmes : « J'aimerais pouvoir améliorer le niveau de vie d'une majorité de femmes ici dans l'État du Borno. Venir en aide à toutes ces femmes dans le Borno qui ont été victimes de violences de la part d'hommes. Comme dans plein d'endroits sur cette planète, ici de nombreuses femmes sont privées de leur droit à l'éducation. Elles sont bridées, empêchées dans leur développement personnel. Ce que j'ai réussi à traverser me donne une force pour aider à mon tour. »

Falmata est convaincue de réussir sa vie. Et la machine à coudre qu’elle a tout récemment acheté , selon elle, est la clef qui va lui ouvrir la porte pour rebondir. Elle espère, grâce au bénéfice de ses ventes, pouvoir dans un avenir proche sortir ses parents du camp de Bakkassi.

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Pendant longtemps, marcher et traverser le camp de Bakkassi était devenu une épreuve pour Falmata; car elle devait subir des quolibets et ricanements provenant d'autres déplacés comme elle. « Regardez-la, c'est une épouse Boko Haram ! », entend-on le plus souvent. Et pour seule réponse, Falmata avance en silence.Même si ses mains triturant et réajustant son long voile noir trahissent son désarroi, Falmata a toujours mis un point d'honneur à ne jamais s'effondrer devant les autres.« Ces insultes, c'est comme recevoir à chaque fois des coups de poignard dans le dos, confie Falmata. Mais j'arrive à supporter, car c'est ici que j'ai retrouvé mes parents. J'ai beaucoup de chance en fait. D'autres femmes ayant connu la même expérience que moi sont rejetées par leurs proches. »

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Aujourd'hui, Falmata mène son existence de jeune femme de 20 ans, sans se justifier auprès de qui que se soit. « J'ai appris le métier en observant ma mère. Elle était en permanence devant sa machine quand nous étions encore à Dikwa. Je l'ai tellement observée que j'ai absorbé ses gestes. J'ai pris sa relève », dit-elle. Falmata confectionne des vêtements féminins. Aujourd’hui grâce à ses prix abordables, elle est plus ou moins connue et ses clients proviennent de nombreux camps de déplacés dans Maiduguri.

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Le second du commandant défunt prend Falmata comme seconde épouse mais Il meurt à son tour au combat. Puis un troisième chef du groupe armé force Falmata à se remarier. Toujours contre son gré. Comme ses deux prédécesseurs, ce dernier meurt également au combat. Le nouveau commandant interrompt le cycle des mariages de Falmata et décrète que, la veuve doit rejoindre ses trois époux au paradis. Elle est alors conduite vers une destination inconnue, avant de se voir assigner une mission kamikaze à exécuter au milieu d'une foule ou d'une garnison militaire.

« Je ne voulais pas mourir jeune alors j'ai joué le jeu en faisant semblant d'obéir, affirme Falmata. J'ai remarqué la manière dont ils ont attaché sur moi puis enclenché la bombe. J'ai réussi à m'échapper durant les préparatifs grâce à la complicité d'une vieille femme. » Au lieu de suivre le plan de ses ravisseurs, Falmata, déterminée plus que jamais, détache de son corps la ceinture portant la bombe. Puis,elle marcha jour et nuit avec la peur au ventre. Sans eau et sans nourriture, elle se débrouille comme elle peut sur sa route. À bout de force, elle atteint un point de contrôle militaire à Monguno, à une centaine de kilomètres au nord de Maiduguri, la capitale de l'État du Borno : « Me voyant m'approcher d'un pas hésitant, un soldat a pointé son arme vers moi. Il hurle, m'ordonne de m'arrêter. Il était convaincu que j'étais une kamikaze. Un de ses collègues s'avance en m'interrogeant. Il m'a cru. Cela m'a sauvée ».

Falmata est par la suite maintenue en détention dans un camp militaire, le temps que son identité soit confirmée. Puis on la conduit à Maiduguri pour des consultations psychologiques. Au bout de quelques mois elle fut libérée; mais le retour dans le monde réel est dur pour Falmata. « À Dikwa, nous vivions grâce aux récoltes des champs de mon père, se souvient la jeune femme. J'aimais beaucoup l'aider à débroussailler et planter quand je n'avais pas école. Ici à Bakkassi, on dépend des distributions de nourriture. J'ai des mois durant stocké des sacs de mil qu'on nous donnait. Mes parents n'étaient pas d'accord. Mais ils ont compris quand je suis revenue un jour avec une machine à coudre à pédale. » Falmata a trouvé un local tout près du camp où elle passe le plus clair de ses journées. Elle dit ne plus être hantée par ses souvenirs de Sambisa. Ses journées sont pleines de vie. Et Falmata, consciente de sa chance d'avoir survécu à l'horreur, rêve de devenir une sorte d'assistante sociale, spécialisée sur l'aide aux femmes : « J'aimerais pouvoir améliorer le niveau de vie d'une majorité de femmes ici dans l'État du Borno. Venir en aide à toutes ces femmes dans le Borno qui ont été victimes de violences de la part d'hommes. Comme dans plein d'endroits sur cette planète, ici de nombreuses femmes sont privées de leur droit à l'éducation. Elles sont bridées, empêchées dans leur développement personnel. Ce que j'ai réussi à traverser me donne une force pour aider à mon tour. »

Falmata est convaincue de réussir sa vie. Et la machine à coudre qu’elle a tout récemment acheté , selon elle, est la clef qui va lui ouvrir la porte pour rebondir. Elle espère, grâce au bénéfice de ses ventes, pouvoir dans un avenir proche sortir ses parents du camp de Bakkassi.

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