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L’HEURE DE VÉRITÉ POUR POUTINE AU MOYEN-ORIENT – UN SI PROCHE ORIENT
05/07/2020 à 10h17 par La redaction
Poutine peine à traduire en acquis politiques durables, ou même en dynamique de stabilisation, son engagement militaire sans précédent en Syrie et en Libye.L’HEURE DE VÉRITÉ POUR POUTINE AU MOYEN-ORIENT – UN SI PROCHE ORIENT

Poutine et Assad dans une église de Damas, à l’occasion de la Noël orthodoxe, le 7 janvier 2020

En septembre 2015, Vladimir Poutine a prononcé un discours à maints égards historique devant l’Assemblée générale de l’ONU. Au nom de la souveraineté des Etats, il s’y faisait le chantre des régimes en place et de leur maintien à tout prix, y compris contre la volonté de leurs peuples. Il caricaturait les soulèvements anti-dictatoriaux en menées « terroristes » à réprimer sans merci.  Peu après, il engageait directement l’armée russe aux côtés du régime Assad, empêchant son effondrement, avant de lui permettre de reconquérir progressivement les principaux bastions de l’opposition. Cette restauration agressive du statu quo dictatorial a alors valu à Poutine la faveur de tous les autocrates du Moyen-Orient, même les plus liés aux Etats-Unis. Près de cinq années après ce « grand retour » de la Russie dans la région, le Kremlin continue pourtant de jouer de sa seule capacité de nuisance plutôt que d’y affirmer un authentique dessein de puissance.

L’IMPASSE RUSSE EN SYRIE

La Russie a été le premier et principal bénéficiaire du désengagement américain hors du Moyen-Orient, désengagement mené de manière méthodique sous Obama, puis dans la confusion sous Trump. Poutine a pu ainsi se présenter au moindre coût au Moyen-Orient comme une alternative à l’ordre impérial défini, durant des décennies, depuis Washington. Mais il est vite apparu que, loin d’être en mesure de restructurer la région sur de nouvelles bases « post-américaines », la Russie suivait une politique d’un classicisme éprouvé, voire suranné: le recours à la force militaire contre toute forme d’opposition est ainsi devenu une fin en soi en Syrie, puisque les succès du régime Assad, dus au soutien déterminant de l’aviation russe, sont tous mis au crédit du Kremlin. Le correspondant du « Monde » à Moscou a parfaitement résumé cette « équation insoluble »: « sans Moscou, Assad a perdu; hors Moscou, Assad est perdu ».

En liant ainsi le sort de sa politique moyen-orientale à celui d’Assad, Poutine s’est piégé dans un statu quo syrien en trompe l’oeil. Il se révèle incapable, après avoir gagné sa guerre de Syrie, d’y gagner la paix, ou même de l’édicter à ses propres conditions, car le refus de la moindre concession par Assad alimente fatalement la poursuite du conflit et la montée des contestations, y compris dans la minorité alaouite dont est issu le despote syrien. Il revient au proconsulat russe en Syrie d’oeuvrer à apaiser de telles tensions, plutôt que d’enclencher une dynamique de sortie de crise par le haut, et donc de transition politique à Damas. Ce blocage au sommet interdit tout à la fois le retour des millions de réfugiés, la reconstruction d’un pays dévasté et la mobilisation des bailleurs de fonds internationaux. Poutine préfère au contraire resserrer encore son emprise sur une Syrie identifiée à Assad, en exigeant à l’ONU que toute assistance soit supervisée par le seul régime. « Le Monde » souligne que la Russie « dispose d’un quasi-droit de vie ou de mort sur les populations en détresse de Syrie », alors même qu’elle ne contribue qu’à hauteur de 0,3% à l’aide internationale. Par ailleurs, les forces russes organisent en Syrie le recrutement de mercenaires voués à épauler, puis à remplacer les mercenaires russes engagés en Libye.

L’INVITATION RUSSE A LA TURQUIE

Poutine ne veut pas, ou ne peut pas, traduire en nouvelle donne politique son engagement en Syrie. Mais même la dimension purement militaire d’un tel engagement l’a contraint à ménager plus que de raison son partenaire iranien et, surtout, à pactiser avec Erdogan. Le putsch avorté du 15 juillet 2016 à Ankara marque le tournant des relations entre les présidents russe et turc, celui-ci ayant d’autant plus apprécié le soutien de Poutine dans l’épreuve que la solidarité de l’OTAN et de ses Etats membres avait été très mesurée. Quelques mois plus tard, Erdogan décide de livrer le bastion révolutionnaire d’Alep à Poutine, et donc à Assad. C’est le début d’un processus tripartite où, sous l’égide de Moscou, Ankara et Téhéran excluent à la fois l’ONU, les Etats-Unis et l’Union européenne du dossier syrien. Un tel processus n’efface pas les contradictions entre Poutine et Erdogan, comme sur la zone d’Idlib, où un cessez-le-feu prévaut néanmoins depuis mars dernier. La « syrianisation » de la crise libyenne a amené un bras de fer comparable entre la Russie et la Turquie à y marginaliser l’ONU et les Occidentaux.

Poutine aurait tout loisir de profiter du discrédit de Trump au Moyen-Orient pour y promouvoir une politique digne de ce nom, dégagée du soutien aveugle aux seules forces contre-révolutionnaires. La menace de l’annexion par Israël d’une partie de la Cisjordanie occupée offrirait une occasion rêvée au Kremlin pour se poser en recours face à l’irresponsabilité américaine. Mais le président russe n’en a à l’évidence ni l’envie, ni même le projet. Il préfère s’en tenir au seul registre militaire, ce qui conduit mécaniquement à une implication croissante de la Turquie, hier en Syrie, aujourd’hui en Libye. L’escalade russe et la surenchère turque ne sont que les deux faces d’un même dérèglement, tant il paraît vain de croire neutraliser l’une en encourageant l’autre. Plus généralement, la Russie, que beaucoup attendaient en « faiseur de paix » au Moyen-Orient, n’a fait qu’y ajouter la guerre à la guerre.

L’heure de vérité a bel et bien sonné pour Poutine dans la région, s’il ne veut pas que son absence de vision politique n’y fragilise le « grand retour » de son pays.

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En septembre 2015, Vladimir Poutine a prononcé un discours à maints égards historique devant l’Assemblée générale de l’ONU. Au nom de la souveraineté des Etats, il s’y faisait le chantre des régimes en place et de leur maintien à tout prix, y compris contre la volonté de leurs peuples. Il caricaturait les soulèvements anti-dictatoriaux en menées « terroristes » à réprimer sans merci.  Peu après, il engageait directement l’armée russe aux côtés du régime Assad, empêchant son effondrement, avant de lui permettre de reconquérir progressivement les principaux bastions de l’opposition. Cette restauration agressive du statu quo dictatorial a alors valu à Poutine la faveur de tous les autocrates du Moyen-Orient, même les plus liés aux Etats-Unis. Près de cinq années après ce « grand retour » de la Russie dans la région, le Kremlin continue pourtant de jouer de sa seule capacité de nuisance plutôt que d’y affirmer un authentique dessein de puissance.

L’IMPASSE RUSSE EN SYRIE

La Russie a été le premier et principal bénéficiaire du désengagement américain hors du Moyen-Orient, désengagement mené de manière méthodique sous Obama, puis dans la confusion sous Trump. Poutine a pu ainsi se présenter au moindre coût au Moyen-Orient comme une alternative à l’ordre impérial défini, durant des décennies, depuis Washington. Mais il est vite apparu que, loin d’être en mesure de restructurer la région sur de nouvelles bases « post-américaines », la Russie suivait une politique d’un classicisme éprouvé, voire suranné: le recours à la force militaire contre toute forme d’opposition est ainsi devenu une fin en soi en Syrie, puisque les succès du régime Assad, dus au soutien déterminant de l’aviation russe, sont tous mis au crédit du Kremlin. Le correspondant du « Monde » à Moscou a parfaitement résumé cette « équation insoluble »: « sans Moscou, Assad a perdu; hors Moscou, Assad est perdu ».

En liant ainsi le sort de sa politique moyen-orientale à celui d’Assad, Poutine s’est piégé dans un statu quo syrien en trompe l’oeil. Il se révèle incapable, après avoir gagné sa guerre de Syrie, d’y gagner la paix, ou même de l’édicter à ses propres conditions, car le refus de la moindre concession par Assad alimente fatalement la poursuite du conflit et la montée des contestations, y compris dans la minorité alaouite dont est issu le despote syrien. Il revient au proconsulat russe en Syrie d’oeuvrer à apaiser de telles tensions, plutôt que d’enclencher une dynamique de sortie de crise par le haut, et donc de transition politique à Damas. Ce blocage au sommet interdit tout à la fois le retour des millions de réfugiés, la reconstruction d’un pays dévasté et la mobilisation des bailleurs de fonds internationaux. Poutine préfère au contraire resserrer encore son emprise sur une Syrie identifiée à Assad, en exigeant à l’ONU que toute assistance soit supervisée par le seul régime. « Le Monde » souligne que la Russie « dispose d’un quasi-droit de vie ou de mort sur les populations en détresse de Syrie », alors même qu’elle ne contribue qu’à hauteur de 0,3% à l’aide internationale. Par ailleurs, les forces russes organisent en Syrie le recrutement de mercenaires voués à épauler, puis à remplacer les mercenaires russes engagés en Libye.

L’INVITATION RUSSE A LA TURQUIE

Poutine ne veut pas, ou ne peut pas, traduire en nouvelle donne politique son engagement en Syrie. Mais même la dimension purement militaire d’un tel engagement l’a contraint à ménager plus que de raison son partenaire iranien et, surtout, à pactiser avec Erdogan. Le putsch avorté du 15 juillet 2016 à Ankara marque le tournant des relations entre les présidents russe et turc, celui-ci ayant d’autant plus apprécié le soutien de Poutine dans l’épreuve que la solidarité de l’OTAN et de ses Etats membres avait été très mesurée. Quelques mois plus tard, Erdogan décide de livrer le bastion révolutionnaire d’Alep à Poutine, et donc à Assad. C’est le début d’un processus tripartite où, sous l’égide de Moscou, Ankara et Téhéran excluent à la fois l’ONU, les Etats-Unis et l’Union européenne du dossier syrien. Un tel processus n’efface pas les contradictions entre Poutine et Erdogan, comme sur la zone d’Idlib, où un cessez-le-feu prévaut néanmoins depuis mars dernier. La « syrianisation » de la crise libyenne a amené un bras de fer comparable entre la Russie et la Turquie à y marginaliser l’ONU et les Occidentaux.

Poutine aurait tout loisir de profiter du discrédit de Trump au Moyen-Orient pour y promouvoir une politique digne de ce nom, dégagée du soutien aveugle aux seules forces contre-révolutionnaires. La menace de l’annexion par Israël d’une partie de la Cisjordanie occupée offrirait une occasion rêvée au Kremlin pour se poser en recours face à l’irresponsabilité américaine. Mais le président russe n’en a à l’évidence ni l’envie, ni même le projet. Il préfère s’en tenir au seul registre militaire, ce qui conduit mécaniquement à une implication croissante de la Turquie, hier en Syrie, aujourd’hui en Libye. L’escalade russe et la surenchère turque ne sont que les deux faces d’un même dérèglement, tant il paraît vain de croire neutraliser l’une en encourageant l’autre. Plus généralement, la Russie, que beaucoup attendaient en « faiseur de paix » au Moyen-Orient, n’a fait qu’y ajouter la guerre à la guerre.

L’heure de vérité a bel et bien sonné pour Poutine dans la région, s’il ne veut pas que son absence de vision politique n’y fragilise le « grand retour » de son pays.

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