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Les médecins étrangers en première ligne face au Covid, mais mal payés
13/06/2020 à 13h22 par La redaction

Tunisiens, Algériens, Syriens, ils sont nombreux dans les hôpitaux français à avoir participé à la lutte contre la pandémie de Covid-19. Sans bénéficier de valorisation salariale, car leurs diplômes ne sont pas reconnus.

Tunis (Tunisie), de notre correspondante.– Nizar Abdessaied, un Tunisien de 30 ans, a posé ses valises en France il y a deux ans pour « avoir une expérience » dans l’Hexagone avec un diplôme tunisien. Il a commencé en tant qu’interne à l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis, avec comme mentor Mathias Wargon, chef de service aux urgences. Ce dernier était en première ligne dans les médias pour défendre les médecins aux diplômes hors Union européenne présents dans son service. « Sans eux, j’aurais fermé le service », a-t-il dit au Parisien pendant la crise du Covid-19.

Pour Nizar, qui est passé du statut d’interne à celui de praticien attaché associé, si l’estime de ses collègues français n’est pas à remettre en cause, le problème vient de la différence salariale. « C’est bien d’applaudir les gens au balcon, mais c’est encore mieux de les valoriser à leur juste valeur pour leur travail », glisse sobrement Nizar.

Comme les 4 000 à 5 000 médecins originaires du Maghreb, du Liban ou de Syrie installés en France, Nizar est « praticien à diplôme hors Union européenne » (Padhue), un statut assez précaire, avec des contrats sur un ou deux ans. Le salaire avoisine les 1 300 euros pour un interne et monte jusqu’à 2 200 pour les praticiens attachés, alors qu’un jeune médecin en début de carrière en France peut toucher dans les 3 900 euros.

« Avec le statut d’interne, on peut gagner plus en faisant beaucoup de gardes, mais c’est vrai que la majorité des médecins étrangers ont été placés dans des postes assez exposés avec cette crise. Cette ambivalence entre la reconnaissance des compétences et la non-reconnaissance des diplômes est intrigante », ajoute Sleh Chehaibi, jeune médecin de 32 ans au centre hospitalier d’Aubenas en Ardèche.

Fresque en hommage au personnel soignant près du CHU d'Angers le 4 juin 2020. © Estelle Ruiz/Hans Lucas/AFPFresque en hommage au personnel soignant près du CHU d'Angers le 4 juin 2020. © Estelle Ruiz/Hans Lucas/AFP

La crise du Covid-19 a soulevé de nouveau le problème des inégalités salariales et de la régularisation des statuts des médecins ayant un diplôme étranger, prévue dans l’article 70 de la loi santé adoptée en 2019 mais dont le décret d’application n’a toujours pas été publié. Pendant la crise, le ministère de la santé français a ainsi autorisé le recrutement de médecins cubains pour pallier les manques dans les territoires d’outre-mer.

La crise du Covid-19 a éclaté alors que Nizar se trouvait en vacances en Tunisie auprès de sa famille. Alors qu’il est question de fermer les frontières, il prend l’un des derniers avions afin de rentrer à Paris le 16 mars. Le lendemain, il retourne au service des urgences.

« On naviguait à vue en travaillant presque 24 heures d’affilée parfois. Encore aujourd’hui, j’ai l’impression de ne pas connaître le virus tellement nous avons dû nous adapter au jour le jour », témoigne-t-il. Ses collègues et lui ont vu défiler entre 150 et 200 patients par jour. Il admet avoir parfois réutilisé la même blouse, faute de matériel. « Les belles combinaisons que l’on voit à la télévision façon cosmonaute, il n’y en a pas tant que ça, en réalité. » 

Si Nizar veut changer de statut, il doit passer un concours d’autorisation d’exercice, qui prend souvent du temps à obtenir, en raison du peu de postes disponibles. De plus, il est ouvert aussi aux médecins étrangers qui ne sont pas encore installés en France, rendant les choses encore plus aléatoires. Un autre problème que rencontrent les médecins étrangers installés en France est la longue procédure pour s’inscrire au Conseil de l’ordre des médecins, avec près de trois ans d’assistanat juste avant pour faire valider le diplôme.

Car cette inégalité salariale s’explique par les équivalences de diplôme et les différents concours très longs à obtenir. Suzanne, gynécologue obstétricienne syrienne arrivée en France depuis 2015 et basée en Ardèche, gagne deux fois moins que ses collègues français. Elle note aussi une différence de traitement dans le cas des médecins syriens entre ceux qui arrivent en tant que médecins pour obtenir une équivalence dans le pays et ceux qui ont le statut de réfugiés politiques. « Ils passent un examen et non pas un concours pour valider leur diplôme, ils ont aussi une obligation de rester en France du fait de leur statut de réfugié. »

Ghadi Dali, psychiatre d’origine tunisienne, est installé en France depuis 19 ans et a le statut de praticien hospitalier depuis 7 ans. Inscrit au Conseil de l’ordre, il exerce près de Metz. « Politiquement, en France, c’est normal de restreindre un peu les places avec un esprit corporatiste qui n’aime pas trop la concurrence, comme en Tunisie d’ailleurs. Mais dans les autres pays européens, vous avez des systèmes différents, le parcours est moins compliqué », juge-t-il.

Il a été atteint du Covid-19 en raison d’un manque de protection dans son service de psychiatrie. « Nous n’avons pas eu des masques dès le début, beaucoup d’entre nous ne se rendaient pas vraiment compte du phénomène. »

Pour beaucoup de jeunes médecins étrangers installés en France, la pandémie a renforcé leur conviction qu’il est nécessaire de mieux valoriser ces membres du corps médical qui ont joué un rôle important dans la crise. Tarek, 41 ans, médecin réanimateur d’origine algérienne installé en France depuis cinq ans, s’est retrouvé en première ligne.

« J’avais une proposition de poste sur Paris, vu que mon contrat touchait à sa fin. Quand on m’a proposé de le renouveler, je me suis dit que ça ne serait pas responsable de partir dans ce moment de crise », raconte-t-il. Étant donné son profil polyvalent, il a été sollicité pour faire des gardes aux urgences et a géré la crise tout en exerçant son activité de médecin anesthésiste réanimateur.

« Il y a un vrai paradoxe entre la reconnaissance des confrères d’un côté et l’absence d’action politique de l’autre », dit Tarek, qui ne comprend pas que l’article 70 n’ait toujours pas fait l’objet d’un décret d’application, malgré l’urgence de la crise. Une lettre ouverte signée par une douzaine de médecins a été adressée le 5 avril à Édouard Philippe pour obtenir l’intégration des médecins étrangers « engagés dans la lutte contre la pandémie ».

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Tunisiens, Algériens, Syriens, ils sont nombreux dans les hôpitaux français à avoir participé à la lutte contre la pandémie de Covid-19. Sans bénéficier de valorisation salariale, car leurs diplômes ne sont pas reconnus.

Tunis (Tunisie), de notre correspondante.– Nizar Abdessaied, un Tunisien de 30 ans, a posé ses valises en France il y a deux ans pour « avoir une expérience » dans l’Hexagone avec un diplôme tunisien. Il a commencé en tant qu’interne à l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis, avec comme mentor Mathias Wargon, chef de service aux urgences. Ce dernier était en première ligne dans les médias pour défendre les médecins aux diplômes hors Union européenne présents dans son service. « Sans eux, j’aurais fermé le service », a-t-il dit au Parisien pendant la crise du Covid-19.

Pour Nizar, qui est passé du statut d’interne à celui de praticien attaché associé, si l’estime de ses collègues français n’est pas à remettre en cause, le problème vient de la différence salariale. « C’est bien d’applaudir les gens au balcon, mais c’est encore mieux de les valoriser à leur juste valeur pour leur travail », glisse sobrement Nizar.

Comme les 4 000 à 5 000 médecins originaires du Maghreb, du Liban ou de Syrie installés en France, Nizar est « praticien à diplôme hors Union européenne » (Padhue), un statut assez précaire, avec des contrats sur un ou deux ans. Le salaire avoisine les 1 300 euros pour un interne et monte jusqu’à 2 200 pour les praticiens attachés, alors qu’un jeune médecin en début de carrière en France peut toucher dans les 3 900 euros.

« Avec le statut d’interne, on peut gagner plus en faisant beaucoup de gardes, mais c’est vrai que la majorité des médecins étrangers ont été placés dans des postes assez exposés avec cette crise. Cette ambivalence entre la reconnaissance des compétences et la non-reconnaissance des diplômes est intrigante », ajoute Sleh Chehaibi, jeune médecin de 32 ans au centre hospitalier d’Aubenas en Ardèche.

Fresque en hommage au personnel soignant près du CHU d'Angers le 4 juin 2020. © Estelle Ruiz/Hans Lucas/AFPFresque en hommage au personnel soignant près du CHU d'Angers le 4 juin 2020. © Estelle Ruiz/Hans Lucas/AFP

La crise du Covid-19 a soulevé de nouveau le problème des inégalités salariales et de la régularisation des statuts des médecins ayant un diplôme étranger, prévue dans l’article 70 de la loi santé adoptée en 2019 mais dont le décret d’application n’a toujours pas été publié. Pendant la crise, le ministère de la santé français a ainsi autorisé le recrutement de médecins cubains pour pallier les manques dans les territoires d’outre-mer.

La crise du Covid-19 a éclaté alors que Nizar se trouvait en vacances en Tunisie auprès de sa famille. Alors qu’il est question de fermer les frontières, il prend l’un des derniers avions afin de rentrer à Paris le 16 mars. Le lendemain, il retourne au service des urgences.

« On naviguait à vue en travaillant presque 24 heures d’affilée parfois. Encore aujourd’hui, j’ai l’impression de ne pas connaître le virus tellement nous avons dû nous adapter au jour le jour », témoigne-t-il. Ses collègues et lui ont vu défiler entre 150 et 200 patients par jour. Il admet avoir parfois réutilisé la même blouse, faute de matériel. « Les belles combinaisons que l’on voit à la télévision façon cosmonaute, il n’y en a pas tant que ça, en réalité. » 

Si Nizar veut changer de statut, il doit passer un concours d’autorisation d’exercice, qui prend souvent du temps à obtenir, en raison du peu de postes disponibles. De plus, il est ouvert aussi aux médecins étrangers qui ne sont pas encore installés en France, rendant les choses encore plus aléatoires. Un autre problème que rencontrent les médecins étrangers installés en France est la longue procédure pour s’inscrire au Conseil de l’ordre des médecins, avec près de trois ans d’assistanat juste avant pour faire valider le diplôme.

Car cette inégalité salariale s’explique par les équivalences de diplôme et les différents concours très longs à obtenir. Suzanne, gynécologue obstétricienne syrienne arrivée en France depuis 2015 et basée en Ardèche, gagne deux fois moins que ses collègues français. Elle note aussi une différence de traitement dans le cas des médecins syriens entre ceux qui arrivent en tant que médecins pour obtenir une équivalence dans le pays et ceux qui ont le statut de réfugiés politiques. « Ils passent un examen et non pas un concours pour valider leur diplôme, ils ont aussi une obligation de rester en France du fait de leur statut de réfugié. »

Ghadi Dali, psychiatre d’origine tunisienne, est installé en France depuis 19 ans et a le statut de praticien hospitalier depuis 7 ans. Inscrit au Conseil de l’ordre, il exerce près de Metz. « Politiquement, en France, c’est normal de restreindre un peu les places avec un esprit corporatiste qui n’aime pas trop la concurrence, comme en Tunisie d’ailleurs. Mais dans les autres pays européens, vous avez des systèmes différents, le parcours est moins compliqué », juge-t-il.

Il a été atteint du Covid-19 en raison d’un manque de protection dans son service de psychiatrie. « Nous n’avons pas eu des masques dès le début, beaucoup d’entre nous ne se rendaient pas vraiment compte du phénomène. »

Pour beaucoup de jeunes médecins étrangers installés en France, la pandémie a renforcé leur conviction qu’il est nécessaire de mieux valoriser ces membres du corps médical qui ont joué un rôle important dans la crise. Tarek, 41 ans, médecin réanimateur d’origine algérienne installé en France depuis cinq ans, s’est retrouvé en première ligne.

« J’avais une proposition de poste sur Paris, vu que mon contrat touchait à sa fin. Quand on m’a proposé de le renouveler, je me suis dit que ça ne serait pas responsable de partir dans ce moment de crise », raconte-t-il. Étant donné son profil polyvalent, il a été sollicité pour faire des gardes aux urgences et a géré la crise tout en exerçant son activité de médecin anesthésiste réanimateur.

« Il y a un vrai paradoxe entre la reconnaissance des confrères d’un côté et l’absence d’action politique de l’autre », dit Tarek, qui ne comprend pas que l’article 70 n’ait toujours pas fait l’objet d’un décret d’application, malgré l’urgence de la crise. Une lettre ouverte signée par une douzaine de médecins a été adressée le 5 avril à Édouard Philippe pour obtenir l’intégration des médecins étrangers « engagés dans la lutte contre la pandémie ».

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