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Insultes racistes et homophobes, garde à vue injustifiée pour des mineurs du Val-de-Marne
10/06/2020 à 10h47 par La redaction

Quatre collégiens de Vitry-sur-Seine racontent à Mediapart leur arrestation, les coups, les insultes et la garde à vue injustifiée de trois d’entre eux, il y a deux semaines. Leurs familles portent plainte auprès du parquet de Créteil.

Au moment où le gouvernement admet enfin l’existence du problème, une nouvelle affaire de violences policières et d’insultes racistes et homophobes va être portée à la connaissance de la justice. Cette fois-ci, les victimes sont quatre jeunes mineurs, élèves de troisième âgés, de 14 à 15 ans, domiciliés à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Deux sont d’origine maghrébine, l’un est noir, le quatrième blanc aux cheveux bruns. Ils viennent de subir une arrestation, ont été menottés, humiliés, menacés, insultés, l’un a été giflé, les trois autres ont passé plus de 24 heures en garde à vue avant d’être mis hors de cause, selon des informations obtenues par Mediapart et France Inter.

Quatre plaintes pour des faits de « détention arbitraire », « injures à caractère raciste et homophobe », « discriminations », et « violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique » ont été adressées lundi 8 juin au parquet de Créteil par Jérôme Karsenti, l’avocat des familles. Une double enquête administrative (l’une sur les injures racistes, l’autre sur les droits en garde à vue) a déjà été ouverte par la préfecture du Val-de-Marne, alertée par la députée Mathilde Panot (LFI).

Tout débute il y a deux semaines, mardi 26 mai en début d’après-midi, vers 14 h 40, dans un quartier tranquille de Vitry. Raphaël, Sadi, Yassine et Lucas*, quatre copains de collège, se retrouvent pour la première fois depuis le début du confinement. « Ils ont été acheter du soda et des chips au supermarché, et ils discutaient en bas de chez Yassine, raconte la maman de Sadi. Ce sont des bons gamins. Ils ne fument pas, ne font pas de bêtises, et ce sont de bons élèves, ils passent tous en seconde générale. » Ce sera leur premier contact avec la police.

Quatre policiers en civil portant un brassard surgissent et contrôlent le groupe d’adolescents. On apprendra plus tard qu’ils appartiennent à la BAC (brigade anti-criminalité) du Kremlin-Bicêtre. Apeurés, les mineurs sont interrogés sur leur identité et sur leurs activités de la veille. « Ils nous collent contre le mur, ils commencent à nous fouiller et à regarder dans nos téléphones, raconte Raphaël. On était en stress. Ils ont commencé à mal parler à mes potes. Ils ont dit en parlant de Yassine : “Lui, c’est un Africain, ça se voit.” Ils nous demandent ce qu’on fait, on répond qu’on est sortis ensemble, et là ils nous disent : “Vous êtes gays !” »

Son copain Sadi confirme. « On ne savait pas ce qu’ils voulaient. Ils nous ont fouillés l’un après l’autre, ils nous ont pris en photo l’un après l’autre. Ils nous ont traités de pédés. Ils m’ont traité de con. Ils ont dit : “Eux, c’est des nègres, ils ne sont pas éduqués, ils ne savent pas s’habiller.” »

Les policiers menottent les adolescents, qui n’opposent aucune résistance. Commence une longue attente inconfortable de deux heures, en pleine rue. Arrive une voiture de la police municipale. Les policiers de la BAC font monter un des adolescents dans leur voiture, les trois autres dans celle de la police municipale. « Il y avait un policier à l’arrière qui gonflait les bras, et ils nous ont entassés à trois à côté de lui, raconte Yassine. Il n’y avait pas assez de place. Ils ont dit : “C’est pas grave, ils vont s’asseoir les uns sur les autres puisqu’ils sont pédés.” J’ai protesté, et j’ai pris une gifle du conducteur. »

« Ils accéléraient exprès sur les dos d’âne. On était menottés dans le dos, menottes serrées très fort, j’ai eu mal aux poignets plusieurs jours. Ils nous ont traités comme des adultes », complète Sadi.

Des parents des adolescents de Vitry-sur-Seine malmenés par la BAC. © M.D.Des parents des adolescents de Vitry-sur-Seine malmenés par la BAC. © M.D.

Les mineurs sont emmenés au commissariat du Kremlin-Bicêtre, sans que leurs parents soient prévenus. « Ils nous disaient : “Vous allez voir, vous allez morfler.” On était en panique, on avait peur pour nos parents. On ne savait pas pourquoi on était là, raconte Raphaël. Je leur dis qu’on n’a rien fait, que moi je veux être policier plus tard. Ils me répondent : “Toi, t’es dans la merde. T’as intérêt à coopérer.” C’est de la maltraitance. »

Les quatre adolescents attendent une heure sur un banc. Yassine est remis en liberté à 19 h 10.

« Le premier qui parle, je lui mets des gifles », lance un des policiers de la BAC, qui lance à Raphaël : « Toi, t’es mort. » « On était morts d’inquiétude, on ne savait pas où ils étaient et on n’arrivait pas à les joindre sur leur téléphone », témoigne la maman de Sadi.

Les policiers finissent par notifier leur garde à vue à trois des mineurs et préviennent leurs parents, sans aucune indication sur les faits dont ils sont soupçonnés. « J’étais en larmes au téléphone. Un policier m’a seulement dit : “C’est mal barré. Vous aurez des nouvelles demain soir” », raconte la maman de Raphaël.

« Ils nous ont traités comme des moins que rien, abonde la maman de Sadi. Ils m’ont dit : “Vol en réunion avec arme blanche. Votre fils, c’est l’auteur principal, c’est établi. Il a été identifié par la victime, il y a la vidéosurveillance et des témoins.” »

Au cours de la garde à vue, les adolescents comprennent qu’on les soupçonne d’un vol à l’arraché commis la veille de leur arrestation, sur un homme ou sur une femme, selon les versions. « Ils ont dit à son père qu’ils avaient volé un collier pour acheter de la drogue, en ajoutant : même plus la peine de penser à devenir policier ! », raconte la mère de Raphaël. Les jeunes expliquent qu’ils n’ont rien fait et qu’ils ne sont pas sortis de chez eux le lundi 25. Ils sont entassés à trois dans une cellule pour la nuit, où un quatrième adolescent les rejoindra plus tard. Ils n’arrivent ni à obtenir de l’eau ni à aller aux toilettes.

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Tout débute il y a deux semaines, mardi 26 mai en début d’après-midi, vers 14 h 40, dans un quartier tranquille de Vitry. Raphaël, Sadi, Yassine et Lucas*, quatre copains de collège, se retrouvent pour la première fois depuis le début du confinement. « Ils ont été acheter du soda et des chips au supermarché, et ils discutaient en bas de chez Yassine, raconte la maman de Sadi. Ce sont des bons gamins. Ils ne fument pas, ne font pas de bêtises, et ce sont de bons élèves, ils passent tous en seconde générale. » Ce sera leur premier contact avec la police.

Quatre policiers en civil portant un brassard surgissent et contrôlent le groupe d’adolescents. On apprendra plus tard qu’ils appartiennent à la BAC (brigade anti-criminalité) du Kremlin-Bicêtre. Apeurés, les mineurs sont interrogés sur leur identité et sur leurs activités de la veille. « Ils nous collent contre le mur, ils commencent à nous fouiller et à regarder dans nos téléphones, raconte Raphaël. On était en stress. Ils ont commencé à mal parler à mes potes. Ils ont dit en parlant de Yassine : “Lui, c’est un Africain, ça se voit.” Ils nous demandent ce qu’on fait, on répond qu’on est sortis ensemble, et là ils nous disent : “Vous êtes gays !” »

Son copain Sadi confirme. « On ne savait pas ce qu’ils voulaient. Ils nous ont fouillés l’un après l’autre, ils nous ont pris en photo l’un après l’autre. Ils nous ont traités de pédés. Ils m’ont traité de con. Ils ont dit : “Eux, c’est des nègres, ils ne sont pas éduqués, ils ne savent pas s’habiller.” »

Les policiers menottent les adolescents, qui n’opposent aucune résistance. Commence une longue attente inconfortable de deux heures, en pleine rue. Arrive une voiture de la police municipale. Les policiers de la BAC font monter un des adolescents dans leur voiture, les trois autres dans celle de la police municipale. « Il y avait un policier à l’arrière qui gonflait les bras, et ils nous ont entassés à trois à côté de lui, raconte Yassine. Il n’y avait pas assez de place. Ils ont dit : “C’est pas grave, ils vont s’asseoir les uns sur les autres puisqu’ils sont pédés.” J’ai protesté, et j’ai pris une gifle du conducteur. »

« Ils accéléraient exprès sur les dos d’âne. On était menottés dans le dos, menottes serrées très fort, j’ai eu mal aux poignets plusieurs jours. Ils nous ont traités comme des adultes », complète Sadi.

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Les quatre adolescents attendent une heure sur un banc. Yassine est remis en liberté à 19 h 10.

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Les policiers finissent par notifier leur garde à vue à trois des mineurs et préviennent leurs parents, sans aucune indication sur les faits dont ils sont soupçonnés. « J’étais en larmes au téléphone. Un policier m’a seulement dit : “C’est mal barré. Vous aurez des nouvelles demain soir” », raconte la maman de Raphaël.

« Ils nous ont traités comme des moins que rien, abonde la maman de Sadi. Ils m’ont dit : “Vol en réunion avec arme blanche. Votre fils, c’est l’auteur principal, c’est établi. Il a été identifié par la victime, il y a la vidéosurveillance et des témoins.” »

Au cours de la garde à vue, les adolescents comprennent qu’on les soupçonne d’un vol à l’arraché commis la veille de leur arrestation, sur un homme ou sur une femme, selon les versions. « Ils ont dit à son père qu’ils avaient volé un collier pour acheter de la drogue, en ajoutant : même plus la peine de penser à devenir policier ! », raconte la mère de Raphaël. Les jeunes expliquent qu’ils n’ont rien fait et qu’ils ne sont pas sortis de chez eux le lundi 25. Ils sont entassés à trois dans une cellule pour la nuit, où un quatrième adolescent les rejoindra plus tard. Ils n’arrivent ni à obtenir de l’eau ni à aller aux toilettes.

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