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Hommage à Sarah Maldoror, pionnière du cinéma africain et figure des luttes pour l’indépendance
17/04/2020 à 09h38 par La redaction

Sarah Maldoror, pionnière du cinéma panafricain, engagée dans la lutte pour les indépendances, a été emportée par le Covid-19 à l’âge de 90 ans.

Sarah Maldoror est morte, emportée par le Covid-19, le 13 avril, à Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris. Ainsi disparaît, à l’âge de 90 ans, une grande figure du cinéma africain et des luttes pour l’indépendance des États africains. Deux causes auxquelles elle a consacré l’essentiel de sa longue existence, même si son engagement au service de la culture noire, mais aussi de toutes les cultures, l’a menée, à l’occasion, vers d’autres cheminements artistiques.

Franco-Antillaise née en 1929 à Condom, dans le Gers (sud-ouest de la France), d’un père guadeloupéen, elle est généralement considérée, à juste titre compte tenu de son parcours, comme une pionnière du cinéma africain. Grâce à son film Monangambée, réalisé dès la fin des années 1960 et qui traite de la torture pendant la guerre d’Algérie, elle compte parmi les premières cinéastes du continent.

Sa carrière commence après son arrivée, jeune, à Paris, dans le milieu du théâtre. Née Sarah Ducados, elle choisit pour nom de scène Maldoror, en hommage au poète Lautréamont, auteur des Chants de Maldoror et considéré comme un précurseur du surréalisme.

Décoloniser la pensée

Après avoir joué de petits rôles qui lui permettent de mesurer les immenses difficultés alors rencontrées par tous les comédiens noirs pour obtenir des emplois, elle fonde en 1956 « Les Griots », première troupe noire dans la capitale française, aux côtés de l’Haïtienne Toto Bissainthe, de l’Ivoirien Timité Bassori et du Sénégalais Samba Babacar. Une compagnie qui jouera notamment La Tragédie du roi Christophe, d’Aimé Césaire.

Au tout début des années 1960, Sarah Maldoror obtient une bourse pour aller étudier le septième art dans la célèbre école VGIK, à Moscou, où elle croise le Sénégalais Ousmane Sembène. Déjà, elle estime que le cinéma constitue une arme permettant d’éveiller la conscience des populations opprimées et de décoloniser la pensée.

ELLE FRÉQUENTE AUSSI BIEN LES LEADERS INDÉPENDANTISTES QUE LES PLUS GRANDS ÉCRIVAINS AFRICAINS OU CARIBÉENS FRANCOPHONES

Après avoir été auréolée d’un prix de la mise en scène aux Journées cinématographiques de Carthage, en 1969, pour Monangambée, elle obtient le Tanit d’or en 1972 grâce à Sambizanga. Avec cette adaptation d’un roman de José Luandino Vieira, qui restera son film le plus connu, elle acquiert une véritable notoriété. L’histoire se déroule en 1961, au début de la guerre d’indépendance de l’Angola, et raconte comment une femme part à la recherche de son mari arrêté par la police secrète portugaise avant d’être torturé et assassiné.

Entre-temps, Sarah Maldoror a rencontré Mario de Andrade, poète et surtout fondateur du principal mouvement de libération de l’Angola, le MPLA, dont elle devient l’épouse et avec qui elle aura deux filles. Après plusieurs incursions dans les maquis, elle fréquente alors aussi bien les leaders indépendantistes africains – comme Agostinho Neto, ou Amílcar Cabral – que les plus grands écrivains africains ou caribéens francophones.

Elle réalise plusieurs fictions pour la télévision française, et en particulier pour France 2, comme Un dessert pour Constance, avec Cheik Doukouré et Sidiki Bakaba au générique, en 1981, ou Le Passager du Tassili, avec Smaïn, en 1985.

Amour de l’Afrique

Mais elle consacre surtout plusieurs dizaines de documentaires à des écrivains, photographes et peintres qu’elle apprécie – d’Aimé Césaire, bien sûr, à René Depestre, Léon-Gontran Damas, Robert Doisneau ou Miro – ainsi qu’à des sujets qui lui tiennent à cœur, comme le racisme et l’esclavage.

En 2009, à l’âge de 80 ans, elle était encore derrière la caméra pour réaliser le portrait d’une femme peintre colombienne, Ana Mercedes Hoyos. Sa fascination pour les créateurs était intacte.

Lui remettant en 2011 la médaille de l’Ordre national du mérite, le ministre français de la Culture d’alors, Frédéric Mitterrand, dira qu’« elle a fait connaître comme personne, à travers les mots des autres et leur poésie, les idées qui ont porté la lutte pour les indépendances africaines et les grandes voix de la réalité postcoloniale et de la diversité. » Ajoutant qu’elle fut « l’une des seules parvenue avec autant de force et de caractère à porter à l’écran les voix des persécutés et des insoumis ».

POUR TOURNER SUR LE CONTINENT, DISAIT-ELLE, IL FAUT « S’ADAPTER AU SOLEIL, À L’OMBRE, À LA VERDURE, À LA POUSSIÈRE ET AU RYTHME DES GENS ».

Un hommage ô combien mérité pour une artiste qui ne fut pas seulement militante. Elle n’a cessé de célébrer, au delà de ses convictions politiques, « la poésie, ce quelque chose qu’on ne perçoit pas ». Et de manifester son amour de l’Afrique. Pour tourner sur le continent, dit-elle au critique de cinéma Olivier Barlet, il faut « s’adapter au soleil, à l’ombre, à la verdure, à la poussière et au rythme des gens », sans parler de ce « bruit africain qu’on ne trouve nulle part ailleurs ».

Une Afrique, donc, qui lui « parlait » grâce à son rapport unique au temps, à la lumière et au son. Et pour laquelle, ajoutait-elle, le cinéma, art populaire, est indispensable.

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Franco-Antillaise née en 1929 à Condom, dans le Gers (sud-ouest de la France), d’un père guadeloupéen, elle est généralement considérée, à juste titre compte tenu de son parcours, comme une pionnière du cinéma africain. Grâce à son film Monangambée, réalisé dès la fin des années 1960 et qui traite de la torture pendant la guerre d’Algérie, elle compte parmi les premières cinéastes du continent.

Sa carrière commence après son arrivée, jeune, à Paris, dans le milieu du théâtre. Née Sarah Ducados, elle choisit pour nom de scène Maldoror, en hommage au poète Lautréamont, auteur des Chants de Maldoror et considéré comme un précurseur du surréalisme.

Décoloniser la pensée

Après avoir joué de petits rôles qui lui permettent de mesurer les immenses difficultés alors rencontrées par tous les comédiens noirs pour obtenir des emplois, elle fonde en 1956 « Les Griots », première troupe noire dans la capitale française, aux côtés de l’Haïtienne Toto Bissainthe, de l’Ivoirien Timité Bassori et du Sénégalais Samba Babacar. Une compagnie qui jouera notamment La Tragédie du roi Christophe, d’Aimé Césaire.

Au tout début des années 1960, Sarah Maldoror obtient une bourse pour aller étudier le septième art dans la célèbre école VGIK, à Moscou, où elle croise le Sénégalais Ousmane Sembène. Déjà, elle estime que le cinéma constitue une arme permettant d’éveiller la conscience des populations opprimées et de décoloniser la pensée.

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Après avoir été auréolée d’un prix de la mise en scène aux Journées cinématographiques de Carthage, en 1969, pour Monangambée, elle obtient le Tanit d’or en 1972 grâce à Sambizanga. Avec cette adaptation d’un roman de José Luandino Vieira, qui restera son film le plus connu, elle acquiert une véritable notoriété. L’histoire se déroule en 1961, au début de la guerre d’indépendance de l’Angola, et raconte comment une femme part à la recherche de son mari arrêté par la police secrète portugaise avant d’être torturé et assassiné.

Entre-temps, Sarah Maldoror a rencontré Mario de Andrade, poète et surtout fondateur du principal mouvement de libération de l’Angola, le MPLA, dont elle devient l’épouse et avec qui elle aura deux filles. Après plusieurs incursions dans les maquis, elle fréquente alors aussi bien les leaders indépendantistes africains – comme Agostinho Neto, ou Amílcar Cabral – que les plus grands écrivains africains ou caribéens francophones.

Elle réalise plusieurs fictions pour la télévision française, et en particulier pour France 2, comme Un dessert pour Constance, avec Cheik Doukouré et Sidiki Bakaba au générique, en 1981, ou Le Passager du Tassili, avec Smaïn, en 1985.

Amour de l’Afrique

Mais elle consacre surtout plusieurs dizaines de documentaires à des écrivains, photographes et peintres qu’elle apprécie – d’Aimé Césaire, bien sûr, à René Depestre, Léon-Gontran Damas, Robert Doisneau ou Miro – ainsi qu’à des sujets qui lui tiennent à cœur, comme le racisme et l’esclavage.

En 2009, à l’âge de 80 ans, elle était encore derrière la caméra pour réaliser le portrait d’une femme peintre colombienne, Ana Mercedes Hoyos. Sa fascination pour les créateurs était intacte.

Lui remettant en 2011 la médaille de l’Ordre national du mérite, le ministre français de la Culture d’alors, Frédéric Mitterrand, dira qu’« elle a fait connaître comme personne, à travers les mots des autres et leur poésie, les idées qui ont porté la lutte pour les indépendances africaines et les grandes voix de la réalité postcoloniale et de la diversité. » Ajoutant qu’elle fut « l’une des seules parvenue avec autant de force et de caractère à porter à l’écran les voix des persécutés et des insoumis ».

POUR TOURNER SUR LE CONTINENT, DISAIT-ELLE, IL FAUT « S’ADAPTER AU SOLEIL, À L’OMBRE, À LA VERDURE, À LA POUSSIÈRE ET AU RYTHME DES GENS ».

Un hommage ô combien mérité pour une artiste qui ne fut pas seulement militante. Elle n’a cessé de célébrer, au delà de ses convictions politiques, « la poésie, ce quelque chose qu’on ne perçoit pas ». Et de manifester son amour de l’Afrique. Pour tourner sur le continent, dit-elle au critique de cinéma Olivier Barlet, il faut « s’adapter au soleil, à l’ombre, à la verdure, à la poussière et au rythme des gens », sans parler de ce « bruit africain qu’on ne trouve nulle part ailleurs ».

Une Afrique, donc, qui lui « parlait » grâce à son rapport unique au temps, à la lumière et au son. Et pour laquelle, ajoutait-elle, le cinéma, art populaire, est indispensable.

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