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Football et décolonialisme. En Palestine, prendre à revers l’occupation israélienne
27/07/2020 à 11h41 par La redaction

Depuis la naissance de l’État d’Israël, après avoir échoué à cohabiter, le football palestinien s’est affranchi de la tutelle israélienne, avant de s'imposer comme un medium de solidarité internationale, transformant le jeu de ballon en arène politique.

Le 25 mai dernier, Abdallah Jaber panique sur une chaîne de télé de Tel-Aviv. « La réponse des supporters palestiniens a été brutale. Les gens sont devenus fous, ils sont vraiment devenus fous. » Durant deux jours, ce footballeur arabo-israélien a reçu un flot incessant de messages insultants. Son tort ? Avoir signé pour l’Hapoel Hadera, un club d’élite du championnat israélien, alors qu’il est un des joueurs phare de la sélection palestinienne. Le défenseur a été de facto exclu de l’équipe nationale, la fédération palestinienne interdisant à tout sélectionné de participer aux ligues israéliennes.

Cet événement traduit une fois de plus la dimension éminemment politique du football en Palestine. Mais la colère des Palestiniens s’explique également par le fait que la sélection nationale est le fruit de nombreuses années de lutte et d’un long chemin vers la reconnaissance internationale.

C’est dans la Palestine mandataire, en juillet 1928, que Yosef Yekutieli, un immigré biélorusse juif, fonde la Palestine Football Association afin de regrouper des clubs juifs, arabes ou issus des forces coloniales britanniques. Membre de la FIFA – autorité internationale du football – l’année suivante, la fédération se mue rapidement en instrument de discrimination à l’égard des équipes arabo-palestiniennes. L’hébreu y est imposé comme langue officielle et lors des compétitions internationales, la sélection n’est formée que de joueurs juifs et britanniques. « À partir de 1934, les clubs arabes n’avaient déjà plus leur mot à dire sur le fonctionnement de la fédération, alors que les Arabes constituaient plus des trois quarts de la population palestinienne », rapporte l’historien palestinien Issam Khalidi.

Une équipe palestinienne en 1928. © The Palestinian MuseumUne équipe palestinienne en 1928. © The Palestinian Museum

La montée en puissance du sentiment national arabo-palestinien amène à la création d’une Arab Palestine Sports Federation (APSF) au début des années 1930. Les footballeurs affirment explicitement leur identité arabe, à l’instar de ceux du Club salésien de Haïfa qui fondent en 1934 une nouvelle équipe au nom plus revendicatif : le Shabab al-Arab (Jeunesse arabe).

Une révolte populaire arabe contre l’oppression coloniale embrase le pays en 1936. Les jeunes footballeurs palestiniens sont en première ligne des soulèvements, organisant entre autres la logistique et les soins aux blessés durant les manifestations anti-britanniques. Toutefois, la répression amène au démantèlement des structures institutionnelles palestiniennes, dont l’Arab Palestine Sports Federation, qui cesse toute activité dès 1937.

Pour la jeunesse activiste arabe, les autorités palestiniennes ont sous-estimé, contrairement à leurs homologues juives, le rôle que le ballon rond pouvait jouer dans la construction d’une identité collective et la résistance anti-coloniale. En mai 1944, l’Arab Palestine Sports Federation renaît de ses cendres et les élites palestiniennes perçoivent dorénavant le football comme une arme politique au service des revendications indépendantistes. « Le football nous apprend à obéir à l’entraîneur et à l’arbitre, à se soumettre à la loi et à la justice, assure un éditorial du quotidien palestinien Filastin le 11 mars 1945. L’obéissance est l’une des qualités les plus importantes d’un soldat sur le champ de bataille et la guerre ne se gagne pas sans obéissance. »

La fédération sportive palestinienne compte en 1946 plus d’une cinquantaine de clubs de sport à travers le pays ainsi qu’une sélection nationale de football, les « Lions de Canaan ». Cependant, la guerre civile de 1947-1948 qui mène à l’indépendance d’Israël fait table rase des institutions sportives arabes. Ayant survécu au conflit, la Palestine Football Association se rebaptise quant à elle Israel Football Association (IFA).

Équipe de Taybeh, 1968. La formation tenta avec d’autres de mettre sur pied un championnat palestinien dans les années 1960. © The Palestinian MuseumÉquipe de Taybeh, 1968. La formation tenta avec d’autres de mettre sur pied un championnat palestinien dans les années 1960. © The Palestinian Museum

Dans les années 1950-1960, les ouvriers palestiniens d’Israël établissent des clubs de football arabes sous l’égide du Maccabi – mouvement sportif juif historiquement lié au sionisme politique – et de l’Hapoel, l’association sportive de la Histadrout, le puissant syndicat socialiste israélien. Soutenir le foot dans les communautés arabes permet au gouvernement de contrôler socialement la jeunesse palestinienne afin qu’elle ne verse pas dans l’activisme indépendantiste.

Ainsi, en 1964, l’État israélien dissout un réseau d’équipes qui tentait de former un championnat arabe avec les clubs entourant la ville de Taybeh. L’écrivain et activiste Sabri Jiryis, organisateur de ce tournoi, détaille à la fin des années 1960 la mainmise des autorités israéliennes sur le foot : « Elles sont les seules habilitées à établir des clubs dans les villages arabes, clubs qui sont les seuls à être autorisés à former des équipes de football, et c’est seulement une fois ces cercles bien définis que l’on décide comment le football doit être joué et avec qui. »

Au sein des territoires palestiniens occupés après la guerre de juin 1967, c’est grâce à la solidarité internationale que va naître un foot palestinien affranchi de la tutelle israélienne. L’Organisation de Libération de la Palestine noue des relations avec des fédérations sportives étrangères, notamment en France via la Fédération sportive et gymnique du travail.

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L’équipe de football palestinienne en tournée en France. © Ina Sport

En mai 1982, plusieurs rencontres opposant une sélection palestinienne à des formations françaises sont organisées dans l’Hexagone. « Pour nous, c’était l’occasion de faire connaître la situation des sportifs palestiniens, de faire connaître la cause palestinienne à travers une lutte non violente », se remémore Anwar Abou Eisheh, alors président de l’association des étudiants palestiniens de France.

Thierry Roland, Michel Platini et Yannick Noah à Jéricho, le 8 octobre 1993. © VCFThierry Roland, Michel Platini et Yannick Noah à Jéricho, le 8 octobre 1993. © VCF

Ce n’est que le 8 octobre 1993, trois semaines après la signature des accords d’Oslo, que l’équipe nationale palestinienne parvient à disputer un match sur son territoire. Une sélection palestinienne accueille à Jéricho le Variétés Club de France, composé d’anciennes stars sportives comme Michel Platini ou Yannick Noah. L’enjeu est certes plus médiatique que sportif. Mais le but de la victoire marqué par un Palestinien donne ce jour-là plus que jamais sens aux mots de l’historien britannique Eric Hobsbawm : « La communauté imaginée de millions de personnes semble plus réelle quand elle se trouve réduite à onze joueurs dont on connaît les noms. »

La Fédération palestinienne de football est intégrée à la FIFA en 1998 : l’autorité du foot est la première organisation internationale à reconnaître la Palestine comme État indépendant. Sur le terrain, l’instauration d’un championnat et d’une sélection palestinienne se heurte toutefois à la réalité de l’occupation militaire.

Les restrictions de circulation imposées à l’ensemble des Palestiniens par les autorités israéliennes se répercutent sur les footballeurs qui se déplacent au gré du calendrier des matchs. Des rencontres sont régulièrement annulées, les joueurs restant bloqués aux différents check-points israéliens. Tel-Aviv est conscient que le ballon rond constitue un des ciments de l’identité palestinienne. Quant à l’équipe nationale, l’éclatement géographique de ses footballeurs cisjordaniens, gazaouis, arabo-israéliens ou issus de la diaspora font qu’elle est suspendue au bon vouloir de l’administration israélienne.

« Pour les qualifications au Mondial 2006, l’équipe a dû s’entraîner à Ismaïlia, en Égypte, et jouer ses matchs “à domicile” dans le stade de Doha, au Qatar », se souvient le sélectionneur palestinien Izzat Hamzeh. En juin 2004, aucun footballeur gazaoui n’est autorisé à jouer en Ouzbékistan pour « raisons de sécurité ». Privée de quelques-uns de ses meilleurs joueurs, la Palestine perd face à la modeste équipe ouzbèke, freinant net ses ambitions de participation à la Coupe du monde. Pour un match de qualification pour le Mondial 2010 contre Singapour, les autorités israéliennes refusent à nouveau de délivrer les visas à des footballeurs de Gaza. Les Palestiniens sont obligés de déclarer forfait.

Il faudra attendre 2015 pour que la Palestine puisse jouer son premier match qualificatif pour un Mondial à domicile, en recevant les Émirats arabes unis dans le stade d’Al-Ram, près de Jérusalem. « À travers cette équipe, nous espérons atteindre un but politique, montrer que nous méritons un État et que nous avons construit nos institutions, malgré l’occupation, la séparation entre Gaza et la Cisjordanie et la guerre contre nous », confie à l’époque l’entraîneur de la sélection Ahmed al-Hassan.

Mahmoud Sarsak lors d’une manifestation en Grande-Bretagne en 2014. © Palestine Solidarity CampaignMahmoud Sarsak lors d’une manifestation en Grande-Bretagne en 2014. © Palestine Solidarity Campaign

Les autorités israéliennes peuvent se montrer parfois plus coercitives. Le 12 juillet 2012, le footballeur gazaoui Mahmoud Sarsak est libéré après trois ans de détention administrative et trois mois de grève de la faim. Le joueur avait été arrêté alors qu’il se rendait en Cisjordanie pour s’entraîner avec la sélection palestinienne. Objet d’une campagne de mobilisation internationale soutenue par Éric Cantona ou le rapporteur des Nations unies pour la Palestine Richard Falk, Mahmoud Sarsak déclare à sa sortie de prison : « Pour un Palestinien, pratiquer le football est devenu un acte de résistance aux yeux d’Israël. »

Enfin, de nombreux footballeurs comptent parmi les victimes des offensives militaires israéliennes. Durant l’opération « Plomb durci », en janvier 2009, trois joueurs gazaouis, dont l’international Ayman Alkurd, ont trouvé la mort. La légende palestinienne du ballon rond Ahed Zaqout perd pour sa part la vie durant les raids aériens lors de la guerre de Gaza de 2014.

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Depuis la naissance de l’État d’Israël, après avoir échoué à cohabiter, le football palestinien s’est affranchi de la tutelle israélienne, avant de s'imposer comme un medium de solidarité internationale, transformant le jeu de ballon en arène politique.

Le 25 mai dernier, Abdallah Jaber panique sur une chaîne de télé de Tel-Aviv. « La réponse des supporters palestiniens a été brutale. Les gens sont devenus fous, ils sont vraiment devenus fous. » Durant deux jours, ce footballeur arabo-israélien a reçu un flot incessant de messages insultants. Son tort ? Avoir signé pour l’Hapoel Hadera, un club d’élite du championnat israélien, alors qu’il est un des joueurs phare de la sélection palestinienne. Le défenseur a été de facto exclu de l’équipe nationale, la fédération palestinienne interdisant à tout sélectionné de participer aux ligues israéliennes.

Cet événement traduit une fois de plus la dimension éminemment politique du football en Palestine. Mais la colère des Palestiniens s’explique également par le fait que la sélection nationale est le fruit de nombreuses années de lutte et d’un long chemin vers la reconnaissance internationale.

C’est dans la Palestine mandataire, en juillet 1928, que Yosef Yekutieli, un immigré biélorusse juif, fonde la Palestine Football Association afin de regrouper des clubs juifs, arabes ou issus des forces coloniales britanniques. Membre de la FIFA – autorité internationale du football – l’année suivante, la fédération se mue rapidement en instrument de discrimination à l’égard des équipes arabo-palestiniennes. L’hébreu y est imposé comme langue officielle et lors des compétitions internationales, la sélection n’est formée que de joueurs juifs et britanniques. « À partir de 1934, les clubs arabes n’avaient déjà plus leur mot à dire sur le fonctionnement de la fédération, alors que les Arabes constituaient plus des trois quarts de la population palestinienne », rapporte l’historien palestinien Issam Khalidi.

Une équipe palestinienne en 1928. © The Palestinian MuseumUne équipe palestinienne en 1928. © The Palestinian Museum

La montée en puissance du sentiment national arabo-palestinien amène à la création d’une Arab Palestine Sports Federation (APSF) au début des années 1930. Les footballeurs affirment explicitement leur identité arabe, à l’instar de ceux du Club salésien de Haïfa qui fondent en 1934 une nouvelle équipe au nom plus revendicatif : le Shabab al-Arab (Jeunesse arabe).

Une révolte populaire arabe contre l’oppression coloniale embrase le pays en 1936. Les jeunes footballeurs palestiniens sont en première ligne des soulèvements, organisant entre autres la logistique et les soins aux blessés durant les manifestations anti-britanniques. Toutefois, la répression amène au démantèlement des structures institutionnelles palestiniennes, dont l’Arab Palestine Sports Federation, qui cesse toute activité dès 1937.

Pour la jeunesse activiste arabe, les autorités palestiniennes ont sous-estimé, contrairement à leurs homologues juives, le rôle que le ballon rond pouvait jouer dans la construction d’une identité collective et la résistance anti-coloniale. En mai 1944, l’Arab Palestine Sports Federation renaît de ses cendres et les élites palestiniennes perçoivent dorénavant le football comme une arme politique au service des revendications indépendantistes. « Le football nous apprend à obéir à l’entraîneur et à l’arbitre, à se soumettre à la loi et à la justice, assure un éditorial du quotidien palestinien Filastin le 11 mars 1945. L’obéissance est l’une des qualités les plus importantes d’un soldat sur le champ de bataille et la guerre ne se gagne pas sans obéissance. »

La fédération sportive palestinienne compte en 1946 plus d’une cinquantaine de clubs de sport à travers le pays ainsi qu’une sélection nationale de football, les « Lions de Canaan ». Cependant, la guerre civile de 1947-1948 qui mène à l’indépendance d’Israël fait table rase des institutions sportives arabes. Ayant survécu au conflit, la Palestine Football Association se rebaptise quant à elle Israel Football Association (IFA).

Équipe de Taybeh, 1968. La formation tenta avec d’autres de mettre sur pied un championnat palestinien dans les années 1960. © The Palestinian MuseumÉquipe de Taybeh, 1968. La formation tenta avec d’autres de mettre sur pied un championnat palestinien dans les années 1960. © The Palestinian Museum

Dans les années 1950-1960, les ouvriers palestiniens d’Israël établissent des clubs de football arabes sous l’égide du Maccabi – mouvement sportif juif historiquement lié au sionisme politique – et de l’Hapoel, l’association sportive de la Histadrout, le puissant syndicat socialiste israélien. Soutenir le foot dans les communautés arabes permet au gouvernement de contrôler socialement la jeunesse palestinienne afin qu’elle ne verse pas dans l’activisme indépendantiste.

Ainsi, en 1964, l’État israélien dissout un réseau d’équipes qui tentait de former un championnat arabe avec les clubs entourant la ville de Taybeh. L’écrivain et activiste Sabri Jiryis, organisateur de ce tournoi, détaille à la fin des années 1960 la mainmise des autorités israéliennes sur le foot : « Elles sont les seules habilitées à établir des clubs dans les villages arabes, clubs qui sont les seuls à être autorisés à former des équipes de football, et c’est seulement une fois ces cercles bien définis que l’on décide comment le football doit être joué et avec qui. »

Au sein des territoires palestiniens occupés après la guerre de juin 1967, c’est grâce à la solidarité internationale que va naître un foot palestinien affranchi de la tutelle israélienne. L’Organisation de Libération de la Palestine noue des relations avec des fédérations sportives étrangères, notamment en France via la Fédération sportive et gymnique du travail.

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En mai 1982, plusieurs rencontres opposant une sélection palestinienne à des formations françaises sont organisées dans l’Hexagone. « Pour nous, c’était l’occasion de faire connaître la situation des sportifs palestiniens, de faire connaître la cause palestinienne à travers une lutte non violente », se remémore Anwar Abou Eisheh, alors président de l’association des étudiants palestiniens de France.

Thierry Roland, Michel Platini et Yannick Noah à Jéricho, le 8 octobre 1993. © VCFThierry Roland, Michel Platini et Yannick Noah à Jéricho, le 8 octobre 1993. © VCF

Ce n’est que le 8 octobre 1993, trois semaines après la signature des accords d’Oslo, que l’équipe nationale palestinienne parvient à disputer un match sur son territoire. Une sélection palestinienne accueille à Jéricho le Variétés Club de France, composé d’anciennes stars sportives comme Michel Platini ou Yannick Noah. L’enjeu est certes plus médiatique que sportif. Mais le but de la victoire marqué par un Palestinien donne ce jour-là plus que jamais sens aux mots de l’historien britannique Eric Hobsbawm : « La communauté imaginée de millions de personnes semble plus réelle quand elle se trouve réduite à onze joueurs dont on connaît les noms. »

La Fédération palestinienne de football est intégrée à la FIFA en 1998 : l’autorité du foot est la première organisation internationale à reconnaître la Palestine comme État indépendant. Sur le terrain, l’instauration d’un championnat et d’une sélection palestinienne se heurte toutefois à la réalité de l’occupation militaire.

Les restrictions de circulation imposées à l’ensemble des Palestiniens par les autorités israéliennes se répercutent sur les footballeurs qui se déplacent au gré du calendrier des matchs. Des rencontres sont régulièrement annulées, les joueurs restant bloqués aux différents check-points israéliens. Tel-Aviv est conscient que le ballon rond constitue un des ciments de l’identité palestinienne. Quant à l’équipe nationale, l’éclatement géographique de ses footballeurs cisjordaniens, gazaouis, arabo-israéliens ou issus de la diaspora font qu’elle est suspendue au bon vouloir de l’administration israélienne.

« Pour les qualifications au Mondial 2006, l’équipe a dû s’entraîner à Ismaïlia, en Égypte, et jouer ses matchs “à domicile” dans le stade de Doha, au Qatar », se souvient le sélectionneur palestinien Izzat Hamzeh. En juin 2004, aucun footballeur gazaoui n’est autorisé à jouer en Ouzbékistan pour « raisons de sécurité ». Privée de quelques-uns de ses meilleurs joueurs, la Palestine perd face à la modeste équipe ouzbèke, freinant net ses ambitions de participation à la Coupe du monde. Pour un match de qualification pour le Mondial 2010 contre Singapour, les autorités israéliennes refusent à nouveau de délivrer les visas à des footballeurs de Gaza. Les Palestiniens sont obligés de déclarer forfait.

Il faudra attendre 2015 pour que la Palestine puisse jouer son premier match qualificatif pour un Mondial à domicile, en recevant les Émirats arabes unis dans le stade d’Al-Ram, près de Jérusalem. « À travers cette équipe, nous espérons atteindre un but politique, montrer que nous méritons un État et que nous avons construit nos institutions, malgré l’occupation, la séparation entre Gaza et la Cisjordanie et la guerre contre nous », confie à l’époque l’entraîneur de la sélection Ahmed al-Hassan.

Mahmoud Sarsak lors d’une manifestation en Grande-Bretagne en 2014. © Palestine Solidarity CampaignMahmoud Sarsak lors d’une manifestation en Grande-Bretagne en 2014. © Palestine Solidarity Campaign

Les autorités israéliennes peuvent se montrer parfois plus coercitives. Le 12 juillet 2012, le footballeur gazaoui Mahmoud Sarsak est libéré après trois ans de détention administrative et trois mois de grève de la faim. Le joueur avait été arrêté alors qu’il se rendait en Cisjordanie pour s’entraîner avec la sélection palestinienne. Objet d’une campagne de mobilisation internationale soutenue par Éric Cantona ou le rapporteur des Nations unies pour la Palestine Richard Falk, Mahmoud Sarsak déclare à sa sortie de prison : « Pour un Palestinien, pratiquer le football est devenu un acte de résistance aux yeux d’Israël. »

Enfin, de nombreux footballeurs comptent parmi les victimes des offensives militaires israéliennes. Durant l’opération « Plomb durci », en janvier 2009, trois joueurs gazaouis, dont l’international Ayman Alkurd, ont trouvé la mort. La légende palestinienne du ballon rond Ahed Zaqout perd pour sa part la vie durant les raids aériens lors de la guerre de Gaza de 2014.

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