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Et maintenant, radicaliser l’urgence
14/06/2020 à 21h36 par La redaction

Alors que le déconfinement ne ressemble guère à une libération, les trois temps de mobilisation annoncés cette semaine — contre le racisme, pour la santé et « contre la réintoxication du monde » — désignent les priorités du monde de maintenant.

«Le temps du déconfinement est venu et il aura déçu à peu près tout le monde », juge l’appel d’écologistes, de zadistes et de syndicalistes appelant à « bifurquer » le 17 juin prochain.

« C’est le déconfinement qui devient beaucoup plus douloureux ; comme un prisonnier qui aurait bénéficié d’une permission trouverait encore plus insupportable de retrouver la cellule à laquelle il avait fini par s’habituer. On attendait un grand vent de libération, mais il nous enferme à nouveau dans l’inévitable “marche de l’économie”, alors que pendant deux mois les explorations du “monde d’après” n’avaient jamais été plus intenses »enchaîne le philosophe Bruno Latour.

Les expériences du confinement, et de sa levée, ont été tellement hétérogènes – sans même parler des premières lignes du soin et des premiers de corvée de la logistique qui n’y ont pas eu accès et ne voient pas bouger les lignes de la hiérarchie sociale et salariale – qu’il est impossible de généraliser un sentiment sur le moment que nous vivons.

Mais force est de constater qu’il ressemble moins à une libération qu’à une désillusion : libertés entravées, visages dissimulés, pollution redoublée, production fossile relancée, conditions de travail inchangées…

Les soulèvements mondialisés, liés aux violences policières et aux inégalités raciales visibilisées par une vulnérabilité inégale face au virus (mesurable statistiquement aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, et flagrantes même sans cela en Seine-Saint-Denis, par exemple), dessinent toutefois la possibilité que les espoirs d’utopie ne se transforment pas en atonie généralisée, sur fond de précaution sanitaire, de déflagration sociale, de chantage à l’emploi et de contraintes familiales et domestiques accentuées par des réouvertures d’écoles et de crèches relevant davantage de la communication gouvernementale que du réel.

Comment, alors, dans un tel contexte, envisager concrètement des « jours heureux », titre initial du programme du Conseil national de la Résistance de 1944, cité par le président de la République en conclusion de son allocution du 13 avril dernier ? Emmanuel Macron a ensuite commis l’outrance, dans son tweet du 2 juin dernier, d’affirmer que « la réouverture des cafés, hôtels et restaurants » suffisait à signer « le retour des jours heureux ».

Le livre collectif Résistons ensemble. Pour que renaissent des jours heureuxpublié en version numérique et gratuite mercredi 27 mai, journée nationale de la Résistance, par Florent Massot, n’entend pas, lui, se contenter de quelques verres en terrasse. Il rassemble une quarantaine de textes signés par des auteurs allant des cinéastes Cyril Dion et Coline Serreau à la cofondatrice du collectif Front de mères Fatima Ouassak, des « gilets jaunes » Priscillia Ludosky et François Boulo aux écrivains Alain Damasio et Pacôme Thiellement.

Il se situe, dixit le journaliste Denis Robert qui en a rédigé la préface, loin « des promesses factices de “jours heureux” exhibés par Emmanuel Macron dans ses discours opportunistes », qui mènent « à encore plus d’inégalités, de troubles, de manipulations, d’asservissements, de violence et de morts ».

pour-un-cmr

Le sentiment que la période actuelle nécessite de nouvelles formules dignes de celles portées à la Libération est partagé par Monique Chemillier-Gendreau, spécialiste de droit et sciences politiques, qui prolonge chez Textuel un texte initialement publié dans Le Club de Mediapart, intitulé Pour un Conseil mondial de la Résistance, entendant poser les « bases concrètes d’un monde nouveau ».

Qu’on juge nécessaire de se situer par rapport au moment fondateur de l’après-Seconde Guerre mondiale ou qu’on préfère mobiliser d’autres références, à l’instar du Chiapas, sur lequel l’historien Jérôme Baschet fonde ses Adieux au capitalisme, on peut s’accorder avec ce dernier sur l’idée, déployée dans un texte intitulé « Le XXIe siècle a commencé en 2020 », que s’affrontent d’ores et déjà « deux options opposées : d’un côté, la perpétuation du fanatisme de la marchandise et d’un productivisme compulsif menant à l’approfondissement de la dévastation en cours ; de l’autre, l’invention, qui déjà tâtonne en mille lieux de nouvelles manières d’exister rompant avec l’impératif catégorique de l’économie et privilégiant une vie bonne pour toutes et tous ».

Parmi les partisans de la seconde option, certains points font débat. Bruno Latour propose de se « déséconomiser » après avoir fait le constat que l’économie « n’apparaît plus comme un mouvement irréversible qui ne doit ni ralentir, ni bien sûr s’arrêter, sous peine de catastrophe » et cherche un endroit « où atterrir ». Sans prétendre pouvoir dire s’il faut, pour cela, se « lancer dans la permaculture, prendre la tête des manifs, marcher sur le Palais d’Hiver, suivre les leçons de saint François, devenir hacker, organiser des fêtes de voisins, réinventer des rituels de sorcières, investir dans la photosynthèse artificielle », il insiste sur la nécessité de « re-politiser l’appartenance à un sol » et de forger des institutions capables d’affronter la « nouvelle question géo-sociale » fusionnant socialisme et écologisme.

Au moment où beaucoup, à l’instar de Jérôme Baschet, puisent également leurs espoirs dans des zones d’autonomie organisées en archipel, le philosophe Frédéric Lordon nuance ces deux positions. Pour lui, on « ne refait pas une “économie” – puisqu’il ne s’agit pas d’en sortir mais de la refaire – par une juxtaposition de communes ». À le lire, il faut donc « redire et la valeur essentielle et l’insuffisance matérielle des pratiques “locales” de l’autonomie », qui ne répondent pas à la question de la division du travail et ne peuvent à elles seules fournir le « socle matériel » à partir duquel « le gros de la population peut entrer dans la logique du renoncement et de la substitution ».

Logique nécessaire puisque, selon Lordon, on « ne pourra pas vouloir la fin du système qui nous promet le double désastre viral et environnemental, et la continuation de ses “bienfaits” matériels. C’est un lot : avec l’iPhone 15, la voiture Google et la 7G viendront inséparablement la caniculisation du monde et les pestes ». Mais logique qui « restera un fantasme sans suite si elle est trop exigeante » et prend la forme d’une décroissance inéquitable et austéritaire.

Quelles que soient les divergences stratégiques, il semble que la situation politique et sociale ouvre un boulevard à saisir dès la semaine qui vient. Ainsi que l’écrit le sociologue Mathieu Bonzom dans un texte récent, intitulé « Faire naître le nouveau. Luttes sociales et horizon politique aujourd’hui en France » et publié par la revue Contretemps« il y a donc bien une opportunité à saisir. Mais il ne faut pas se tromper de constat. La situation de ce printemps a nettement augmenté les enjeux et l’urgence. Cela ne signifie pas que les masses qui n’ont pas fait grève cet hiver pour la défense du système de retraites existant, se lanceront facilement ce printemps, ou même cette année, dans un mouvement plus audacieux encore – grève vraiment générale, grande vague insurrectionnelle, ou encore autogestion de la reproduction sociale à une échelle de masse ».

Or, juge-t-il encore, si « le sentiment d’urgence politique actuel n’est pas le symptôme d’une révolution imminente, il n’est pas non plus un épiphénomène. Il sera politisé pour nous, ou contre nous. La situation nous offre des possibilités, mais nous ne sommes pas en avance dans la course de vitesse avec nos ennemis mortels ».

La bonne nouvelle dans ce moment d’un déconfinement flottant et d’une sortie de l’état d’urgence sanitaire en trompe-l’œil, est que cette politisation est d’ores et déjà à l’œuvre et que les mobilisations de cette semaine peuvent dessiner des fronts communs qui ne soient pas de plus petits dénominateurs communs.

Dans le XIXe arrondissement de Paris. © JCDans le XIXe arrondissement de Paris. © JC

Rassemblements contre le racisme et les violences policières ce samedi, manifestation nationale pour la santé et en soutien aux soignants mardi 16 juin, actions décentralisées « contre la réintoxication du monde » mercredi 17 juin : ces trois luttes appellent à déconfiner des corps politiques séparés par des semaines de confinement.

Elles témoignent surtout des priorités du monde de maintenant : en finir avec le verrou post-colonial qui ronge la société française, refonder les services publics essentiels et une capacité d’intervention étatique réelle et juste, et ne pas redémarrer une machine productive adossée à une catastrophe environnementale dont la crise sanitaire ne serait que la répétition miniature.

Pour le dire comme Bruno Latour, sans la crise climatique, « on aurait probablement pris la pandémie comme un grave problème de santé publique, mais pas comme une question existentielle : les confinés se seraient gardés de la contagion, mais ils ne se seraient pas mis à discuter s’il était vraiment utile de produire des avions, de continuer les croisières dans des bateaux géants en forme de porte-conteneurs, ou d’attendre de l’Argentine qu’elle fournisse le soja nécessaire aux porcs bretons ».

Mais ces trois manifestations autour de la question raciale, de la question sociale et de la question environnementale – dont les solutions passent aussi par le renouveau d’une question démocratique amplement bafouée par le pouvoir actuel – mettent également en lumière certains enjeux politiques à radicaliser pour rendre respirable le monde contemporain : priorité aux nouvelles générations, non à la résilience, oui à la contre-violence.

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Alors que le déconfinement ne ressemble guère à une libération, les trois temps de mobilisation annoncés cette semaine — contre le racisme, pour la santé et « contre la réintoxication du monde » — désignent les priorités du monde de maintenant.

«Le temps du déconfinement est venu et il aura déçu à peu près tout le monde », juge l’appel d’écologistes, de zadistes et de syndicalistes appelant à « bifurquer » le 17 juin prochain.

« C’est le déconfinement qui devient beaucoup plus douloureux ; comme un prisonnier qui aurait bénéficié d’une permission trouverait encore plus insupportable de retrouver la cellule à laquelle il avait fini par s’habituer. On attendait un grand vent de libération, mais il nous enferme à nouveau dans l’inévitable “marche de l’économie”, alors que pendant deux mois les explorations du “monde d’après” n’avaient jamais été plus intenses »enchaîne le philosophe Bruno Latour.

Les expériences du confinement, et de sa levée, ont été tellement hétérogènes – sans même parler des premières lignes du soin et des premiers de corvée de la logistique qui n’y ont pas eu accès et ne voient pas bouger les lignes de la hiérarchie sociale et salariale – qu’il est impossible de généraliser un sentiment sur le moment que nous vivons.

Mais force est de constater qu’il ressemble moins à une libération qu’à une désillusion : libertés entravées, visages dissimulés, pollution redoublée, production fossile relancée, conditions de travail inchangées…

Les soulèvements mondialisés, liés aux violences policières et aux inégalités raciales visibilisées par une vulnérabilité inégale face au virus (mesurable statistiquement aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, et flagrantes même sans cela en Seine-Saint-Denis, par exemple), dessinent toutefois la possibilité que les espoirs d’utopie ne se transforment pas en atonie généralisée, sur fond de précaution sanitaire, de déflagration sociale, de chantage à l’emploi et de contraintes familiales et domestiques accentuées par des réouvertures d’écoles et de crèches relevant davantage de la communication gouvernementale que du réel.

Comment, alors, dans un tel contexte, envisager concrètement des « jours heureux », titre initial du programme du Conseil national de la Résistance de 1944, cité par le président de la République en conclusion de son allocution du 13 avril dernier ? Emmanuel Macron a ensuite commis l’outrance, dans son tweet du 2 juin dernier, d’affirmer que « la réouverture des cafés, hôtels et restaurants » suffisait à signer « le retour des jours heureux ».

Le livre collectif Résistons ensemble. Pour que renaissent des jours heureuxpublié en version numérique et gratuite mercredi 27 mai, journée nationale de la Résistance, par Florent Massot, n’entend pas, lui, se contenter de quelques verres en terrasse. Il rassemble une quarantaine de textes signés par des auteurs allant des cinéastes Cyril Dion et Coline Serreau à la cofondatrice du collectif Front de mères Fatima Ouassak, des « gilets jaunes » Priscillia Ludosky et François Boulo aux écrivains Alain Damasio et Pacôme Thiellement.

Il se situe, dixit le journaliste Denis Robert qui en a rédigé la préface, loin « des promesses factices de “jours heureux” exhibés par Emmanuel Macron dans ses discours opportunistes », qui mènent « à encore plus d’inégalités, de troubles, de manipulations, d’asservissements, de violence et de morts ».

pour-un-cmr

Le sentiment que la période actuelle nécessite de nouvelles formules dignes de celles portées à la Libération est partagé par Monique Chemillier-Gendreau, spécialiste de droit et sciences politiques, qui prolonge chez Textuel un texte initialement publié dans Le Club de Mediapart, intitulé Pour un Conseil mondial de la Résistance, entendant poser les « bases concrètes d’un monde nouveau ».

Qu’on juge nécessaire de se situer par rapport au moment fondateur de l’après-Seconde Guerre mondiale ou qu’on préfère mobiliser d’autres références, à l’instar du Chiapas, sur lequel l’historien Jérôme Baschet fonde ses Adieux au capitalisme, on peut s’accorder avec ce dernier sur l’idée, déployée dans un texte intitulé « Le XXIe siècle a commencé en 2020 », que s’affrontent d’ores et déjà « deux options opposées : d’un côté, la perpétuation du fanatisme de la marchandise et d’un productivisme compulsif menant à l’approfondissement de la dévastation en cours ; de l’autre, l’invention, qui déjà tâtonne en mille lieux de nouvelles manières d’exister rompant avec l’impératif catégorique de l’économie et privilégiant une vie bonne pour toutes et tous ».

Parmi les partisans de la seconde option, certains points font débat. Bruno Latour propose de se « déséconomiser » après avoir fait le constat que l’économie « n’apparaît plus comme un mouvement irréversible qui ne doit ni ralentir, ni bien sûr s’arrêter, sous peine de catastrophe » et cherche un endroit « où atterrir ». Sans prétendre pouvoir dire s’il faut, pour cela, se « lancer dans la permaculture, prendre la tête des manifs, marcher sur le Palais d’Hiver, suivre les leçons de saint François, devenir hacker, organiser des fêtes de voisins, réinventer des rituels de sorcières, investir dans la photosynthèse artificielle », il insiste sur la nécessité de « re-politiser l’appartenance à un sol » et de forger des institutions capables d’affronter la « nouvelle question géo-sociale » fusionnant socialisme et écologisme.

Au moment où beaucoup, à l’instar de Jérôme Baschet, puisent également leurs espoirs dans des zones d’autonomie organisées en archipel, le philosophe Frédéric Lordon nuance ces deux positions. Pour lui, on « ne refait pas une “économie” – puisqu’il ne s’agit pas d’en sortir mais de la refaire – par une juxtaposition de communes ». À le lire, il faut donc « redire et la valeur essentielle et l’insuffisance matérielle des pratiques “locales” de l’autonomie », qui ne répondent pas à la question de la division du travail et ne peuvent à elles seules fournir le « socle matériel » à partir duquel « le gros de la population peut entrer dans la logique du renoncement et de la substitution ».

Logique nécessaire puisque, selon Lordon, on « ne pourra pas vouloir la fin du système qui nous promet le double désastre viral et environnemental, et la continuation de ses “bienfaits” matériels. C’est un lot : avec l’iPhone 15, la voiture Google et la 7G viendront inséparablement la caniculisation du monde et les pestes ». Mais logique qui « restera un fantasme sans suite si elle est trop exigeante » et prend la forme d’une décroissance inéquitable et austéritaire.

Quelles que soient les divergences stratégiques, il semble que la situation politique et sociale ouvre un boulevard à saisir dès la semaine qui vient. Ainsi que l’écrit le sociologue Mathieu Bonzom dans un texte récent, intitulé « Faire naître le nouveau. Luttes sociales et horizon politique aujourd’hui en France » et publié par la revue Contretemps« il y a donc bien une opportunité à saisir. Mais il ne faut pas se tromper de constat. La situation de ce printemps a nettement augmenté les enjeux et l’urgence. Cela ne signifie pas que les masses qui n’ont pas fait grève cet hiver pour la défense du système de retraites existant, se lanceront facilement ce printemps, ou même cette année, dans un mouvement plus audacieux encore – grève vraiment générale, grande vague insurrectionnelle, ou encore autogestion de la reproduction sociale à une échelle de masse ».

Or, juge-t-il encore, si « le sentiment d’urgence politique actuel n’est pas le symptôme d’une révolution imminente, il n’est pas non plus un épiphénomène. Il sera politisé pour nous, ou contre nous. La situation nous offre des possibilités, mais nous ne sommes pas en avance dans la course de vitesse avec nos ennemis mortels ».

La bonne nouvelle dans ce moment d’un déconfinement flottant et d’une sortie de l’état d’urgence sanitaire en trompe-l’œil, est que cette politisation est d’ores et déjà à l’œuvre et que les mobilisations de cette semaine peuvent dessiner des fronts communs qui ne soient pas de plus petits dénominateurs communs.

Dans le XIXe arrondissement de Paris. © JCDans le XIXe arrondissement de Paris. © JC

Rassemblements contre le racisme et les violences policières ce samedi, manifestation nationale pour la santé et en soutien aux soignants mardi 16 juin, actions décentralisées « contre la réintoxication du monde » mercredi 17 juin : ces trois luttes appellent à déconfiner des corps politiques séparés par des semaines de confinement.

Elles témoignent surtout des priorités du monde de maintenant : en finir avec le verrou post-colonial qui ronge la société française, refonder les services publics essentiels et une capacité d’intervention étatique réelle et juste, et ne pas redémarrer une machine productive adossée à une catastrophe environnementale dont la crise sanitaire ne serait que la répétition miniature.

Pour le dire comme Bruno Latour, sans la crise climatique, « on aurait probablement pris la pandémie comme un grave problème de santé publique, mais pas comme une question existentielle : les confinés se seraient gardés de la contagion, mais ils ne se seraient pas mis à discuter s’il était vraiment utile de produire des avions, de continuer les croisières dans des bateaux géants en forme de porte-conteneurs, ou d’attendre de l’Argentine qu’elle fournisse le soja nécessaire aux porcs bretons ».

Mais ces trois manifestations autour de la question raciale, de la question sociale et de la question environnementale – dont les solutions passent aussi par le renouveau d’une question démocratique amplement bafouée par le pouvoir actuel – mettent également en lumière certains enjeux politiques à radicaliser pour rendre respirable le monde contemporain : priorité aux nouvelles générations, non à la résilience, oui à la contre-violence.

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