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Deon Meyer : « Quand j’ai écrit mon roman, je savais qu’une pandémie allait survenir »
06/05/2020 à 21h01 par La redaction

En 2016, l’écrivain sud-africain Deon Meyer imaginait dans son roman « Fever » une épidémie de coronavirus dévastatrice. Quatre ans plus tard, la réalité semble avoir en partie rejoint la fiction. Interview.

95 % de l’humanité est morte, emportée en quelques mois par un virus ravageur, et plus précisément par un nouveau coronavirus venu d’Afrique, transmis par une chauve-souris malade. Voilà le point de départ du roman Fever, de l’écrivain sud-africain Deon Meyer, paru en 2016 dans son pays et traduit en français en 2017 sous le titre L’Année du lion. Quatre ans plus tard, la sombre prophétie du romancier s’est en partie réalisée – dans des proportions moins dévastatrices, fort heureusement.

Auteur de romans policiers remarqués, Deon Meyer avait confié il y a trois ans à Jeune Afrique sa passion pour les romans post-apocalyptiques. Aujourd’hui, avec une seule incursion dans le domaine, il se trouve dans une position inconfortable : être l’homme qui avait tout prévu et voir ses craintes vis-à-vis d’une pandémie mondiale se confirmer dans la réalité. Nous l’avons joint à Stellenbosch, où il vit confiné dans l’attente de jours meilleurs.

Jeune Afrique : Beaucoup de gens se souviennent de votre livre post-apocalyptique, Fever (L’Année du lion, en Français) dans lequel un coronavirus tue une grande partie de l’humanité. Quel est votre sentiment sur cette pandémie que vous aviez anticipée et qui est bien réelle aujourd’hui ?

Deon Meyer : C’est un sentiment très étrange, comme celui de vivre une fiction. Cela a un aspect surréaliste. Sur le plan intellectuel, je savais que cela allait survenir car au moment où je faisais mes recherches pour le roman, entre 2012 et 2015, beaucoup de scientifiques très respectés prévenaient qu’une pandémie était inévitable.

Mais il y a une différence notable entre le lire pour les besoins d’un roman et le vivre dans la réalité. Je ne tire aucun plaisir d’avoir « prédit » la pandémie. Je ne cesse de penser au chagrin de tous ceux qui ont perdu des êtres chers, à tous ceux qui ont perdu leur travail et vivent dans la peur.

Comment vous est venue l’idée de Fever ?

Fever était l’aboutissement d’une profusion d’émotions, d’inquiétudes et de lectures. J’ai toujours aimé les fictions post-apocalyptiques, et j’en ai lu beaucoup quand j’avais entre 20 et 30 ans. C’est pourquoi, au fur et à mesure que je prenais conscience du réchauffement climatique, que j’observais les épidémies d’Ebola, de grippe aviaire [H5N1, en 1996], de grippe porcine [H1N1, en 2009-2010], je ne pouvais m’empêcher de penser que nous vivons dans un monde où une apocalypse est possible.

Juste avant de rentrer de New York, en 2012, j’ai acheté un recueil de nouvelles et je les ai lues dans l’avion. L’une des histoires – en toute honnêteté, je ne me souviens pas des détails – était post-apocalyptique et j’ai pensé à toutes les directions qu’aurait pu emprunter l’auteur.

Le temps d’arriver à Cape Town, j’avais la ligne directrice de Fever en tête. Mais il m’a fallu trois années de lectures, de recherches et de réflexion avant de commencer à écrire véritablement. Pendant tout ce temps, j’ai été influencé par les livres de nombreux penseurs, le plus important peut-être étant Sapiens, de Yuval Noah Harari.

Votre description de la fièvre et sa transmission à l’homme par une chauve-souris est assez proche de ce qui semble s’être passé en Chine, il y a quelques mois. Comment avez-vous choisi spécifiquement un coronavirus pour écrire Fever ?

Pour caractériser le monde post-apocalyptique que je voulais décrire, il me fallait détruire 95 % de la population mondiale, tout en laissant les infrastructures intactes. Un virus me semblait être le choix idéal.

J’ai donc commencé par chercher un expert de niveau international sur le sujet, et je l’ai trouvé en la personne du professeur Wolfgang Preiser, chef de l’unité de virologie du département de pathologie de l’Université de Stellenbosch. Je lui ai demandé s’il existait un virus de ce type qui pourrait ainsi décimer l’humanité.

L’AFRIQUE DU SUD A FAIT LES BONS CHOIX FACE À LA CRISE, MAIS JE CRAINS LA CORRUPTION

Sa réponse a été « non », mais il s’est pris au jeu avec enthousiasme et s’est tourné vers son célèbre collègue, le professeur Richard Tedder de l’University College de Londres, pour me venir en aide. Ils ont identifié le coronavirus comme le meilleur candidat, et m’ont donné de nombreux détails sur ce qu’il pourrait arriver – ce que j’ai inséré in extenso dans le livre. Vraiment, ce sont les professeurs Preiser et Tedder qui sont les visionnaires, et pas moi !

Face à la pandémie actuelle, que pensez-vous de l’action du gouvernement sud-africain ?

D’une manière générale, je pense qu’il a agi rapidement et intelligemment, et les statistiques de la pandémie en Afrique du Sud le prouvent. Soyons honnêtes, les choix que tous les gouvernements ont dû faire face à cette pandémie étaient très difficiles, entre aspects sanitaires et éléments économiques. Il était impossible de trouver une solution gagnant-gagnant.

J’ai pour ma part trois gros sujets d’inquiétude. D’abord, le soutien économique du gouvernement sud-africain durant le confinement a une dimension raciale que je pense au mieux insensée, au pire discriminatoire.

Ensuite, nous nous démenons toujours avec les conséquences socio-économiques de la gestion de notre très corrompu ex-président, Jacob Zuma. Je m’inquiète du fait qu’une large partie de l’argent prévu pour aider les entreprises – sans même mentionner un pourcentage de l’aide alimentaire à l’intention des pauvres parmi les pauvres – puisse être détournée par les éléments corrompus qu’il reste de cet ancien système. Certains d’entre eux détiennent toujours des positions importantes au sein de l’ANC [parti au pouvoir] au niveau national, provincial et local.

Enfin, si notre président et son cabinet font de leur mieux et disposent d’un comité de personnes avisées pour les conseiller, je crains que notre bureaucratie et notre organisation sous-performante ne soient pas à la hauteur de la tâche quand le pic de la pandémie va nous atteindre.

Pensez-vous que d’autres choix auraient pu être faits ?

Non, je pense que les bons choix ont été faits, mais leur mise en place a été handicapée par, entre autres, la corruption, la politisation et l’inefficacité de certains fonctionnaires.

Des médecins cubains sont venus prêter main forte en Afrique du Sud… Un arrière-goût de guerre froide ?

Il faut voir cet aspect comme une prolongation de l’amitié historique entre l’ANC et Cuba. Et si des médecins cubains peuvent soulager la souffrance dans certaines de nos communautés les plus pauvres, alors c’est une bonne chose.

LA PROCHAINE PANDÉMIE ARRIVE, AUCUN DOUTE LÀ-DESSUS

Le monde d’après Fever est très violent. Pensez-vous que notre monde peut apprendre de la crise actuelle et changer de comportement, notamment en ce qui concerne l’environnement ?

Dans un monde parfait, ma réponse serait « oui ». Mais nous vivons dans un monde divisé, polarisé où la coopération pour combattre le changement climatique, par exemple, semble chaque jour moins probable. En tant qu’espèce, nous apprendrons certainement sur le plan médical et serons mieux préparés pour la prochaine pandémie. Et la prochaine pandémie arrive, aucun doute là-dessus.

Fever n’était pas très optimiste. L’êtes-vous vis-à-vis de notre capacité à surmonter les crises?

Cela dépend de la nature des crises, bien entendu. Je suis en effet optimiste sur notre capacité à les surmonter, les humains ont une aptitude remarquable à survivre.

En revanche, je suis terriblement déçu par la manière décousue, égoïste, accusatrice, déresponsabilisante, démagogique dont nous combattons le Covid-19. Mais il ne faut pas prendre mon point de vue trop au sérieux. Je suis un vieux rêveur romantique…

Pensez-vous qu’un monde nouveau naîtra de la crise ?

Le monde sera sans doute très différent pendant au moins les deux prochaines années. Mais qu’un monde nouveau advienne dépendra en grande partie de la vision et des actions des dirigeants internationaux. Et malheureusement, il n’y a guère de dirigeants dotés d’une vision et d’une capacité d’action politique.

Beaucoup de pays ont fait le choix du confinement face à la pandémie de Covid-19. C’est le cas de l’Afrique du Sud. Comment réagissez-vous à cette décision ?

Pour ce qui concerne les objectifs de notre gouvernement, je pense que c’était la meilleure décision à prendre. Nous avons tellement de communautés vulnérables ! Et notre système de santé public n’est guère efficace. Ces mesures vont nous permettre de gagner du temps pour mieux le préparer.

Bien entendu, cela aura des conséquences économiques que nous ne pouvons nous permettre, et c’est une importante source d’inquiétudes. Je suis pour ma part dans une position privilégiée, puisque le confinement n’aura pas un impact sur ma vie et mon quotidien – cela fera un mois supplémentaire pour me concentrer sur l’écriture, avec très peu de distractions.

L’ÉCRITURE EST AFFAIRE DE ROUTINE ET D’ÉLAN ET, EN LA MATIÈRE, LE CONFINEMENT A ÉTÉ BÉNÉFIQUE.

Comment organisez-vous vos journées ?

Comme je vous le disais, j’écris beaucoup. L’écriture est affaire de routine et d’élan et, en la matière, le confinement a été extrêmement bénéfique… Je commence assez tôt le matin, vers 6 heures, et j’écris jusqu’à 11h30, heure à laquelle ma belle-fille – qui est coach individuel – m’embarque avec ma femme Marianne pour une séance plutôt intense de musculation, aussi connue sous le nom de « torture ».

J’aime cuisiner et je m’occupe de préparer le repas tous les trois jours, ce qui fait que mes talents de cuisinier ont considérablement augmenté… L’après-midi, j’écris encore et j’essaie de m’imposer une séance de cinquante minutes sur mon vélo d’appartement, de manière à être raisonnablement en forme une fois que nous serons de nouveau autorisés à circuler, après le confinement. Le soir, nous lisons, nous regardons des films ou des séries télévisées.

Comment décririez-vous la vie dans votre quartier ?

Nous vivons à Stellenbosch, et tout ce que je peux dire de la vie en ville, c’est ce que je vois quand je parcours les deux kilomètres pour aller au supermarché, deux fois par semaine. Il me semble que les habitants respectent majoritairement les règles du confinement. D’une manière générale, la vie est très calme…

Votre nouveau livre, La Proie, sortira en français à la fin de l’année. De quoi s’agit-il ?

La Proie est un roman policier, mes détectives Benny Griessel et Vaughn Cupido doivent enquêter sur une affaire classée, la mort d’un ancien policier dans le train le plus luxueux du monde. Et ils se retrouvent coincés dans une bataille mortelle contre les pouvoirs de la corruption et face à un complot pour assassiner le président kleptocratique de l’Afrique du Sud.

Vous écrivez un nouveau roman ?

Oui ! J’ai bien progressé sur un nouveau polar avec Benny Griessel.

Pas de roman post-apocalyptique en vue, pour que nous nous préparions ?

Honnêtement, je ne sais pas. Mais si je trouve une histoire qui m’inspire comme Fever, alors je le ferai.

Crédit: Jeune Afrique

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En 2016, l’écrivain sud-africain Deon Meyer imaginait dans son roman « Fever » une épidémie de coronavirus dévastatrice. Quatre ans plus tard, la réalité semble avoir en partie rejoint la fiction. Interview.

95 % de l’humanité est morte, emportée en quelques mois par un virus ravageur, et plus précisément par un nouveau coronavirus venu d’Afrique, transmis par une chauve-souris malade. Voilà le point de départ du roman Fever, de l’écrivain sud-africain Deon Meyer, paru en 2016 dans son pays et traduit en français en 2017 sous le titre L’Année du lion. Quatre ans plus tard, la sombre prophétie du romancier s’est en partie réalisée – dans des proportions moins dévastatrices, fort heureusement.

Auteur de romans policiers remarqués, Deon Meyer avait confié il y a trois ans à Jeune Afrique sa passion pour les romans post-apocalyptiques. Aujourd’hui, avec une seule incursion dans le domaine, il se trouve dans une position inconfortable : être l’homme qui avait tout prévu et voir ses craintes vis-à-vis d’une pandémie mondiale se confirmer dans la réalité. Nous l’avons joint à Stellenbosch, où il vit confiné dans l’attente de jours meilleurs.

Jeune Afrique : Beaucoup de gens se souviennent de votre livre post-apocalyptique, Fever (L’Année du lion, en Français) dans lequel un coronavirus tue une grande partie de l’humanité. Quel est votre sentiment sur cette pandémie que vous aviez anticipée et qui est bien réelle aujourd’hui ?

Deon Meyer : C’est un sentiment très étrange, comme celui de vivre une fiction. Cela a un aspect surréaliste. Sur le plan intellectuel, je savais que cela allait survenir car au moment où je faisais mes recherches pour le roman, entre 2012 et 2015, beaucoup de scientifiques très respectés prévenaient qu’une pandémie était inévitable.

Mais il y a une différence notable entre le lire pour les besoins d’un roman et le vivre dans la réalité. Je ne tire aucun plaisir d’avoir « prédit » la pandémie. Je ne cesse de penser au chagrin de tous ceux qui ont perdu des êtres chers, à tous ceux qui ont perdu leur travail et vivent dans la peur.

Comment vous est venue l’idée de Fever ?

Fever était l’aboutissement d’une profusion d’émotions, d’inquiétudes et de lectures. J’ai toujours aimé les fictions post-apocalyptiques, et j’en ai lu beaucoup quand j’avais entre 20 et 30 ans. C’est pourquoi, au fur et à mesure que je prenais conscience du réchauffement climatique, que j’observais les épidémies d’Ebola, de grippe aviaire [H5N1, en 1996], de grippe porcine [H1N1, en 2009-2010], je ne pouvais m’empêcher de penser que nous vivons dans un monde où une apocalypse est possible.

Juste avant de rentrer de New York, en 2012, j’ai acheté un recueil de nouvelles et je les ai lues dans l’avion. L’une des histoires – en toute honnêteté, je ne me souviens pas des détails – était post-apocalyptique et j’ai pensé à toutes les directions qu’aurait pu emprunter l’auteur.

Le temps d’arriver à Cape Town, j’avais la ligne directrice de Fever en tête. Mais il m’a fallu trois années de lectures, de recherches et de réflexion avant de commencer à écrire véritablement. Pendant tout ce temps, j’ai été influencé par les livres de nombreux penseurs, le plus important peut-être étant Sapiens, de Yuval Noah Harari.

Votre description de la fièvre et sa transmission à l’homme par une chauve-souris est assez proche de ce qui semble s’être passé en Chine, il y a quelques mois. Comment avez-vous choisi spécifiquement un coronavirus pour écrire Fever ?

Pour caractériser le monde post-apocalyptique que je voulais décrire, il me fallait détruire 95 % de la population mondiale, tout en laissant les infrastructures intactes. Un virus me semblait être le choix idéal.

J’ai donc commencé par chercher un expert de niveau international sur le sujet, et je l’ai trouvé en la personne du professeur Wolfgang Preiser, chef de l’unité de virologie du département de pathologie de l’Université de Stellenbosch. Je lui ai demandé s’il existait un virus de ce type qui pourrait ainsi décimer l’humanité.

L’AFRIQUE DU SUD A FAIT LES BONS CHOIX FACE À LA CRISE, MAIS JE CRAINS LA CORRUPTION

Sa réponse a été « non », mais il s’est pris au jeu avec enthousiasme et s’est tourné vers son célèbre collègue, le professeur Richard Tedder de l’University College de Londres, pour me venir en aide. Ils ont identifié le coronavirus comme le meilleur candidat, et m’ont donné de nombreux détails sur ce qu’il pourrait arriver – ce que j’ai inséré in extenso dans le livre. Vraiment, ce sont les professeurs Preiser et Tedder qui sont les visionnaires, et pas moi !

Face à la pandémie actuelle, que pensez-vous de l’action du gouvernement sud-africain ?

D’une manière générale, je pense qu’il a agi rapidement et intelligemment, et les statistiques de la pandémie en Afrique du Sud le prouvent. Soyons honnêtes, les choix que tous les gouvernements ont dû faire face à cette pandémie étaient très difficiles, entre aspects sanitaires et éléments économiques. Il était impossible de trouver une solution gagnant-gagnant.

J’ai pour ma part trois gros sujets d’inquiétude. D’abord, le soutien économique du gouvernement sud-africain durant le confinement a une dimension raciale que je pense au mieux insensée, au pire discriminatoire.

Ensuite, nous nous démenons toujours avec les conséquences socio-économiques de la gestion de notre très corrompu ex-président, Jacob Zuma. Je m’inquiète du fait qu’une large partie de l’argent prévu pour aider les entreprises – sans même mentionner un pourcentage de l’aide alimentaire à l’intention des pauvres parmi les pauvres – puisse être détournée par les éléments corrompus qu’il reste de cet ancien système. Certains d’entre eux détiennent toujours des positions importantes au sein de l’ANC [parti au pouvoir] au niveau national, provincial et local.

Enfin, si notre président et son cabinet font de leur mieux et disposent d’un comité de personnes avisées pour les conseiller, je crains que notre bureaucratie et notre organisation sous-performante ne soient pas à la hauteur de la tâche quand le pic de la pandémie va nous atteindre.

Pensez-vous que d’autres choix auraient pu être faits ?

Non, je pense que les bons choix ont été faits, mais leur mise en place a été handicapée par, entre autres, la corruption, la politisation et l’inefficacité de certains fonctionnaires.

Des médecins cubains sont venus prêter main forte en Afrique du Sud… Un arrière-goût de guerre froide ?

Il faut voir cet aspect comme une prolongation de l’amitié historique entre l’ANC et Cuba. Et si des médecins cubains peuvent soulager la souffrance dans certaines de nos communautés les plus pauvres, alors c’est une bonne chose.

LA PROCHAINE PANDÉMIE ARRIVE, AUCUN DOUTE LÀ-DESSUS

Le monde d’après Fever est très violent. Pensez-vous que notre monde peut apprendre de la crise actuelle et changer de comportement, notamment en ce qui concerne l’environnement ?

Dans un monde parfait, ma réponse serait « oui ». Mais nous vivons dans un monde divisé, polarisé où la coopération pour combattre le changement climatique, par exemple, semble chaque jour moins probable. En tant qu’espèce, nous apprendrons certainement sur le plan médical et serons mieux préparés pour la prochaine pandémie. Et la prochaine pandémie arrive, aucun doute là-dessus.

Fever n’était pas très optimiste. L’êtes-vous vis-à-vis de notre capacité à surmonter les crises?

Cela dépend de la nature des crises, bien entendu. Je suis en effet optimiste sur notre capacité à les surmonter, les humains ont une aptitude remarquable à survivre.

En revanche, je suis terriblement déçu par la manière décousue, égoïste, accusatrice, déresponsabilisante, démagogique dont nous combattons le Covid-19. Mais il ne faut pas prendre mon point de vue trop au sérieux. Je suis un vieux rêveur romantique…

Pensez-vous qu’un monde nouveau naîtra de la crise ?

Le monde sera sans doute très différent pendant au moins les deux prochaines années. Mais qu’un monde nouveau advienne dépendra en grande partie de la vision et des actions des dirigeants internationaux. Et malheureusement, il n’y a guère de dirigeants dotés d’une vision et d’une capacité d’action politique.

Beaucoup de pays ont fait le choix du confinement face à la pandémie de Covid-19. C’est le cas de l’Afrique du Sud. Comment réagissez-vous à cette décision ?

Pour ce qui concerne les objectifs de notre gouvernement, je pense que c’était la meilleure décision à prendre. Nous avons tellement de communautés vulnérables ! Et notre système de santé public n’est guère efficace. Ces mesures vont nous permettre de gagner du temps pour mieux le préparer.

Bien entendu, cela aura des conséquences économiques que nous ne pouvons nous permettre, et c’est une importante source d’inquiétudes. Je suis pour ma part dans une position privilégiée, puisque le confinement n’aura pas un impact sur ma vie et mon quotidien – cela fera un mois supplémentaire pour me concentrer sur l’écriture, avec très peu de distractions.

L’ÉCRITURE EST AFFAIRE DE ROUTINE ET D’ÉLAN ET, EN LA MATIÈRE, LE CONFINEMENT A ÉTÉ BÉNÉFIQUE.

Comment organisez-vous vos journées ?

Comme je vous le disais, j’écris beaucoup. L’écriture est affaire de routine et d’élan et, en la matière, le confinement a été extrêmement bénéfique… Je commence assez tôt le matin, vers 6 heures, et j’écris jusqu’à 11h30, heure à laquelle ma belle-fille – qui est coach individuel – m’embarque avec ma femme Marianne pour une séance plutôt intense de musculation, aussi connue sous le nom de « torture ».

J’aime cuisiner et je m’occupe de préparer le repas tous les trois jours, ce qui fait que mes talents de cuisinier ont considérablement augmenté… L’après-midi, j’écris encore et j’essaie de m’imposer une séance de cinquante minutes sur mon vélo d’appartement, de manière à être raisonnablement en forme une fois que nous serons de nouveau autorisés à circuler, après le confinement. Le soir, nous lisons, nous regardons des films ou des séries télévisées.

Comment décririez-vous la vie dans votre quartier ?

Nous vivons à Stellenbosch, et tout ce que je peux dire de la vie en ville, c’est ce que je vois quand je parcours les deux kilomètres pour aller au supermarché, deux fois par semaine. Il me semble que les habitants respectent majoritairement les règles du confinement. D’une manière générale, la vie est très calme…

Votre nouveau livre, La Proie, sortira en français à la fin de l’année. De quoi s’agit-il ?

La Proie est un roman policier, mes détectives Benny Griessel et Vaughn Cupido doivent enquêter sur une affaire classée, la mort d’un ancien policier dans le train le plus luxueux du monde. Et ils se retrouvent coincés dans une bataille mortelle contre les pouvoirs de la corruption et face à un complot pour assassiner le président kleptocratique de l’Afrique du Sud.

Vous écrivez un nouveau roman ?

Oui ! J’ai bien progressé sur un nouveau polar avec Benny Griessel.

Pas de roman post-apocalyptique en vue, pour que nous nous préparions ?

Honnêtement, je ne sais pas. Mais si je trouve une histoire qui m’inspire comme Fever, alors je le ferai.

Crédit: Jeune Afrique

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