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Coup d’État en Guinée : ce que l’on sait du putsch qui a renversé Alpha Condé

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Depuis le début de la matinée, le quartier du palais présidentiel était le théâtre de tirs nourris. Ce putsch est mené par le Groupement des forces spéciales, dirigé par Mamady Doumbouya.

Tout est allé très vite, ce dimanche 5 septembre. Aux alentours de 8h, des tirs nourris et à l’arme lourde ont éclaté aux abords de Sékhoutouréya, le palais présidentiel où se trouvait alors le chef de l’État, et ils se sont poursuivis tout au long de la matinée.

Selon nos informations, les putschistes, emmenés par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, le commandant du Groupement des forces spéciales (GPS), étaient stationnés à Forécariah, à une centaine de km de Conakry.

Ancienne colonie française, la Guinée a été dirigée pendant des décennies par des régimes autoritaires, voire dictatoriaux, qu’il s’agisse de Sékou Touré, ou de son successeur Lansana Conté, au pouvoir jusqu’à sa mort en 2008. Deux ans plus tard, les Guinéens se rendaient à leur premier scrutin démocratique pour élire à la tête de leur pays celui qui faisait à l’époque figure d’opposant historique, Alpha Condé. Puis, cet ancien enseignant de profession est réélu en 2015 pour un deuxième mandat, au terme d’un vote émaillé de violences et d’accusations de fraude.

Une pauvreté alarmante, malgré des ressources considérables

Les tensions s’accentuent lors de sa candidature à un troisième mandat. L’élection sera précédée et suivie par l’arrestation de dizaines d’opposants. Malgré des recours dénonçant des « bourrages d’urnes » et des irrégularités, Alpha Condé est proclamé président pour un troisième mandat, le 7 novembre 2020.

Depuis des mois, le pays d’Afrique de l’Ouest traverse ainsi une profonde crise politique et économique, aggravée par la pandémie de Covid-19. Et ce malgré, des ressources minières et hydrologiques considérables. L’État est l’un des premiers producteurs mondiaux de bauxite, principal minerai pour la production d’aluminium. Le pays compte encore des gisements de fer, d’or, de diamant et de pétrole. En parallèle, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, avec moins d’un euro par jour, selon l’ONU.

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Des dérives autoritaires

Aujourd’hui âgé de 83 ans, Alpha Condé a été fustigé pour ses dérives autoritaires, remettant en cause les acquis du début de son mandat. Il a rejoint aux yeux de ses adversaires et des organisations internationales, les rangs de certains dirigeants africains se maintenant au pouvoir au-delà du terme prévu, en usant d’arguments légaux.

Ainsi, il avait fait adopter en mars 2020, malgré une contestation déjà vive, une nouvelle Constitution pour, selon lui, « moderniser [les] institutions » et accorder une plus grande place aux femmes et aux jeunes. L’opposition y voyait un « coup d’État » constitutionnel. La contestation a, elle, été à plusieurs reprises durement réprimée.

De son côté, le chef de l’État se targue d’avoir fait avancer les droits de l’homme et d’avoir redressé un pays qu’il dit avoir trouvé en ruines. Interrogé en octobre 2020 sur France 24, il se défendait de vouloir instaurer une « présidence à vie », assurant être « un démocrate ». La nouvelle Constitution lui permet théoriquement de se représenter dans six ans. Mais la tentative de coup d’État, mené par les putschistes pourrait redistribuer les cartes du pouvoir dans les prochaines semaines.

Des tirs nourris d’armes automatiques dans le centre de Conakry, des soldats déployés dans les rues, un président introuvable : en proie depuis des mois à une grave crise économique et politique, la Guinée est le théâtre ce dimanche d’une tentative de coup d’Etat mené par des militaires des forces spéciales. Voici ce que l’on sait.

Les faits : des tirs nourris à Conakry en début de journée

Des habitants joints au téléphone à Kaloum ont fait état de tirs soutenus tôt dans la journée. S’exprimant sous le couvert de l’anonymat pour leur sécurité, ils ont dit avoir vu de nombreux soldats intimant aux résidents de rentrer chez eux et de ne pas en sortir.

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L’opposition a fait circuler abondamment sur les réseaux sociaux des vidéos tournées selon elle par des résidents à la dérobée et dans lesquelles les rues résonnent de tirs intenses. L’accès à la presqu’île de Kaloum est restreint du fait de sa géographie.

Les annonces : les putschistes disent avoir capturé Condé, la Défense dément

Peu après 15 heures, les putschistes, membres des forces spéciales, ont annoncé dans une vidéo avoir « pris » le président et « dissoudre les institutions ». « Nous avons décidé après avoir pris le président, qui est actuellement avec nous (…) de dissoudre la Constitution en vigueur, de dissoudre les institutions, nous avons décidé aussi de dissoudre le gouvernement et la fermeture des frontières terrestres et aériennes », affirme le lieutenant-colonel Doumbouya en uniforme et en armes dans cette déclaration qui a abondamment circulé sur les réseaux sociaux.

Dénonçant la « gabegie », le lieutenant-colonel, drapé dans un drapeau guinéen, a ensuite réitéré cette déclaration à la télévision nationale peu après 14h00, interrompant les programmes habituels. Mais dans la foulée, le ministère de la Défense a assuré avoir « repoussé » l’attaque des forces spéciales.

Les putschistes ont également diffusé une vidéo du président Condé entre leurs mains. Ils lui demandent s’il a été maltraité, et le chef de l’Etat de 83 ans, en jeans et chemise froissée dans un canapé, refuse de leur répondre. « Le président est avec nous, il est dans un lieu sûr. Il a déjà vu un médecin, il n’a pas de souci », a assuré plus tard dans l’après-midi le colonel Mamady Doumbouya auprès de France 24.

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Plus tard dans la soirée, les putschistes ont annoncé un couvre-feu dans tout le pays à partir de 20 heures et « jusqu’à nouvel ordre » ainsi que le remplacement des gouverneurs et préfets par des militaires dans les régions. Les ministres sortants et les présidents des institutions sont également convoqués par les militaires à une réunion lundi à 11H00 à Conakry.

L’explication : un coup d’Etat militaire, sans « aucun doute »

Un diplomate occidental a dit à l’AFP n’avoir « aucun doute » sur le fait qu’une tentative de coup d’Etat était en cours, conduit par les forces spéciales guinéennes. Selon ses informations, cette unité d’élite a pris au moins temporairement le palais présidentiel.

Les tensions pourraient avoir été provoquées par une tentative de mise à l’écart du commandant des forces spéciales, sur fond de jalousies au sein des forces armées envers cette unité bénéficiant de moyens supérieurs aux autres forces de sécurité, a expliqué un diplomate occidental. Les forces spéciales seraient alors passées à l’action, a-t-il ajouté.

Les réactions : des scènes de liesse à Conakry, une condamnation internationale

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a « fermement condamné » « toute prise de pouvoir » en Guinée « par la force du fusil » et a appelé à la « libération immédiate » du président Condé. La France a également réagi en ce sens, réclamant dans un communiqué la « libération immédiate et sans condition » du chef de l’Etat et le « retour à l’ordre constitutionnel ».

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