Doingbuzz – Le pouvoir de l'information à votre portée
Côte d’Ivoire : la honte, l’autre face cachée des femmes violées
02/04/2020 à 22h57 par La redaction

Où trouver la force et le courage pour parler et se libérer après un acte de viol ? Dans l’enfer des femmes violées dans le monde. Leurs témoignages.

Difficile pour les victimes de dire ce qui s’est passé. Dans un environnement qui lui est favorable, la victime ne parle pas même si les preuves médicales sont réunies. Dans le cas d’une mineure, ce sont les parents qui portent la parole parce que la parole est sacrée et il faut avoir un certain âge pour la porter. La peur de dénoncer leur colle à la peau.

Les survivantes d’un viol perdent la force de dénonciation parce qu’elles ont peur des représailles. Ici, la honte est immense. Elle conduit facilement à la dépression.

Doublement victime: viol et stigmatisation

Lucie Kooua, la quarantaine, exilée au Kowëit en 2018, décline sa saga.

« Il y avait un monsieur qui jouait le gentil à qui je devrais apporter le café chaque 16H. C’est dans affaire d’envoyer le thé que ça commencé. Il a commencé par les attouchements et un 16H, je suis arrivée là-bas, il m’a dit qu’il a besoin de moi. Après ça, j’ai fui la maison. J’ai ressenti du dégoût, de la haine, la rage. Je ne veux pas en parler avec les larmes aux yeux parce si je le fais, c’est comme si j’acceptais toujours que ça soit une partie de moi », lâche-t-elle.

LIRE AUSSI: Lutte Coronavirus : 2 millions de dollars de la BAD à l’OMS

La famille de Lucie Kooua, ses amis, lui tirent dessus lorsqu’elle évoque cette aventure. Un jour, elle prend le risque d’ouvrir la bouche dans un studio de radio. Quel fût son regret face aux réprimandes de ceux et celles qui étaient à l’écoute. « Franchement, j’ai regretté ce jour d’avoir parlé ».

La honte, l’autre face cachée des victimes des VBG

Alors question, pourquoi les victimes demeurent bouche-bée ? Nous nous sommes tournés vers N’Zi Mireille, diagnostic d’une psychologue en service à l’ONG internationale Save the children. « Le sexe est tabou en Afrique. Les victimes n’arrivent pas à en parler pour éviter les histoires de stigmatisation. Une femme violée est sous l’anathème de toute la famille et de la communauté », soutient-elle.

N’Zi Mireille est pour des actions permettant de reconditionner les victimes afin de briser leur silence et cette attitude favorable à une rétention préjudiciable à la solution de leur problème.

La psychologue poursuit : « la victime n’a pas d’arme pour sa défense. Sa préoccupation c’est d’abord sa vie. Mais quand le violeur a terminé son acte et disparaît, elle est lambeau ».

LIRE AUSSI: “Je pensais que j’allais mourir”: une survivante africaine du coronavirus partage son expérience

Dans un état de droit, faut-il recourir à la loi ou tenter un règlement à l’amiable ? Beaucoup se perdent en conjecture.

« Nul n’est à l’abri du viol. Chaque cas est particulier. Chaque cas à son lot d’émotion », conclut la psychologue avec un soupir.

L’explication de la honte est partagée dans la société. Pour Antoine Yapo, fonctionnaire en activité, la honte est la raison du silence des victimes de viol. Elles préfèrent garder le silence.

M. Yapo prévient que le silence a ses limites. « Il faut trouver la force et le courage pour en parler pour se libérer soi-même d’abord et ensuite être compris par son entourage. La parole qui libère », recommande-t-il.

Herman Koffi, informaticien, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il déclare sans ambages : « je souhaite que les auteurs de ces crimes soient punis selon la loi, même si d’autres pensent qu’il faut une peine plus sévère. La loi est ce qu’elle est. Il faut s’en tenir à la loi et l’appliquer ».

LIRE AUSSI:Chine : Interdiction de manger des chiens, serpents, grenouilles et des chats à la suite de la pandémie de coronavirus

Le recours à la loi n’est pas encore un réflexe chez les victimes

Cerise sur le gâteau, Dakouri Bertin, docteur en Droit, achève de nous convaincre. « Les victimes peuvent saisir toutes les juridictions compétentes en la matière. Les gens n’aiment pas s’intéresser aux choses de la justice parce qu’ils pensent immédiatement à la prison ».

Les lois ivoiriennes sont sans équivoque. Tout acte de violation est puni. Il ressort de l’article 354 du Code pénal que le viol est puni de l’emprisonnement de 5 à 20 ans. La peine est celle de l’emprisonnement à vie si l’auteur est aidé dans son crime par une ou plusieurs personnes, ou s’il est le père, un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, s’il est chargé de son éducation, de sa formation intellectuelle ou professionnelle.

Le viol est le recours à la force physique, la menace de recourir à la violence ou à la contrainte émotionnelle afin de procéder à la pénétration vaginale, anale, buccale sans le consentement de la victime.

Selon le rapport 2018 du Comité nationale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, de manière générale, les cas de Violences basées sur le genre (VBG) à savoir le viol, agression sexuelle, agression physique, mariage forcé, dénis de ressources d’opportunités ou de service et la maltraitance psychologique, ne font pas souvent objet de plaintes devant les autorités judiciaires. Cependant, le viol est le type de VBG qui a fait l’objet de plus de plaintes, 66,4% en 2018 contre 58,43% en 2016.

LIRE AUSSI: KEMI SEBA dit  » NON À LA VACCINATION » de Coronavirus en Afrique

Sur un total de 2.744 cas de VBG déclarés dans les structures de prise en charge psychosociale, le viol enregistre 693 cas et on note un nombre élevé de plaintes rapportés pour enfants victimes de viol (320) notamment les filles (314). La petite enfance (0 à 4 ans) n’est pas épargnée avec un total de 17 cas. La majorité de ces cas rapportés de viols sont perpétrés par des partenaires ou ex-partenaires ou personnes de l’entourage de la victime. Les élèves sont les plus touchés par les viols avec une proportion de 46,19%. On note également qu’au niveau du viol, 101 sont des cas de viol collectif.

Côte d’Ivoire : la honte, l’autre face cachée des femmes violées

Abonnez toi Doingbuzz Tv sur Youtube

Ne partez pas sans partager :

Contenu sponsorisé

Doingbuzz TV
groupe emploi whatsapp doingbuzz-🇧🇯 Bénin- 🇧🇯 Bénin - 🇧🇯 Bénin -🇧🇯 Bénin-🇳🇪 Niger - 🇸🇳 Sénégal - 🇸🇳 Sénégal - 🇸🇳 Sénégal - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo - 🇹🇬 Togo 🇨🇮- Côte d'Ivoire 🇨🇮- Côte d'Ivoire 🇨🇮- Côte d'Ivoire -🇨🇲 Cameroun -🇨🇲 Cameroun -🇨🇲 Cameroun -🇨🇲 Cameroun - 🇫🇷 France - 🇫🇷 France - 🇲🇱 Mali - 🇧🇫 Burkina Faso - 🇧🇫 Burkina Faso -🇬🇦 Gabon -🇬🇳 Guinéé - 🇲🇱 Mali - 🇲🇱 Mali - 🇨🇩 Congo -Pour les autres pays

NB: NE PAYEZ AUCUN FRAIS DE DOSSIERS POUR UNE OFFRE D’EMPLOI

Plus de news

Malgré la Covid-19, Togo Top Impact réitère son soutien à l’excellence  

03/12/2020

Malgré la...

  Togo Top Impact (TTI) est à...
Australie : elle tombe sur une araignée géante logée dans la poignée de la portière de sa voiture

02/12/2020

Australie :...

Une dame de nationalité australienne n’oubliera pas...
Côte d’Ivoire/ Soro se fâche et déclare: “Quand un régime est moribond, il devient frileux et tombe”

02/12/2020

Côte d’Ivoire/...

Toutes les occasions sont bonnes pour Guillaume...
États-Unis : Donald Trump promet de revenir dans quatre ans

02/12/2020

États-Unis : Donald...

Le président Donald Trump a légèrement reconnu...
Depuis La Haye / Blé Goudé raconte ce que Yodé et Siro lui ont fait à cause d’Alassane Ouattara

02/12/2020

Depuis La...

Charles Blé Goudé n’a pas attendu longtemps...
Côte d’Ivoire / Affaire domicile du maire de Sassandra incendié : la FESCI fait des précisions et appelle au calme

02/12/2020

Côte d’Ivoire...

Ces jours-ci ont été très mouvementés dans...
En séjour en France/ Alassane Ouattara est dans un hôpital militaire, selon une ex-DG de RFI

02/12/2020

En séjour...

Parti en France sans expliciter les raisons...
Côte d’Ivoire/ Soro se fâche et déclare: “Quand un régime est moribond, il devient frileux et tombe”

02/12/2020

Côte d’Ivoire/...

Toutes les occasions sont bonnes pour Guillaume...
Investiture d'Alassane Ouattara : invité, Henri Konan Bédié répond

02/12/2020

Investiture d’Alassane Ouattara : invité,...

Pour la cérémonie d'investiture d'Alassane Ouattara, la présidence...
Qui Est En Réalité Guillaume Soro, Le Politicien Ivoirien ?

02/12/2020

Qui Est...

La scène politique ivoirienne a vu défiler...
États-Unis : Donald Trump promet de revenir dans quatre ans

02/12/2020

Etats-Unis: Donal...

L'actuel président américain n'adore pas les échecs...
France : l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing est mort

02/12/2020

France :...

L'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing est...
Côte d’Ivoire : Ces petits d’à peine 7 ans chantent trop bien (Vidéo)

02/12/2020

Côte d’Ivoire :...

L’on ne peut citer les pays où...
Libérée de prison : Rangou livre ses premiers mots... (Vidéo)

02/12/2020

Libérée de...

Fatoumata Barry dite Rangou, placée sous mandat...
Carmen Sama encore au coeur d’une rocambolesque affaire

02/12/2020

Carmen Sama...

Carmen Sama et les affaires rocambolesques, c’est...
Tout ce que vous voulez savoir sur la cérémonie funéraire de Bouba Diop en France et au Sénégal

02/12/2020

Tout ce...

On en sait davantage sur le déroulé...
Décès de Pape Bouba Diop: La levée du corps prévue demain à Lens

02/12/2020

Décès de...

La dépouille de l'ancien international sénégalais Papa...
un direct de Macron annoncé

02/12/2020

France :...

La pandémie du coronavirus sévit toujours en...
Bruxelles : la police met fin à une "orgie" en plein confinement

02/12/2020

Bruxelles :...

En plein confinement, la police a mis...
USA : Un avocat nigérian, nommé secrétaire adjoint au Trésor

02/12/2020

USA :...

Bonne nouvelle pour la famille Adeyemo. Leur...

Où trouver la force et le courage pour parler et se libérer après un acte de viol ? Dans l’enfer des femmes violées dans le monde. Leurs témoignages.

Difficile pour les victimes de dire ce qui s’est passé. Dans un environnement qui lui est favorable, la victime ne parle pas même si les preuves médicales sont réunies. Dans le cas d’une mineure, ce sont les parents qui portent la parole parce que la parole est sacrée et il faut avoir un certain âge pour la porter. La peur de dénoncer leur colle à la peau.

Les survivantes d’un viol perdent la force de dénonciation parce qu’elles ont peur des représailles. Ici, la honte est immense. Elle conduit facilement à la dépression.

Doublement victime: viol et stigmatisation

Lucie Kooua, la quarantaine, exilée au Kowëit en 2018, décline sa saga.

« Il y avait un monsieur qui jouait le gentil à qui je devrais apporter le café chaque 16H. C’est dans affaire d’envoyer le thé que ça commencé. Il a commencé par les attouchements et un 16H, je suis arrivée là-bas, il m’a dit qu’il a besoin de moi. Après ça, j’ai fui la maison. J’ai ressenti du dégoût, de la haine, la rage. Je ne veux pas en parler avec les larmes aux yeux parce si je le fais, c’est comme si j’acceptais toujours que ça soit une partie de moi », lâche-t-elle.

LIRE AUSSI: Lutte Coronavirus : 2 millions de dollars de la BAD à l’OMS

La famille de Lucie Kooua, ses amis, lui tirent dessus lorsqu’elle évoque cette aventure. Un jour, elle prend le risque d’ouvrir la bouche dans un studio de radio. Quel fût son regret face aux réprimandes de ceux et celles qui étaient à l’écoute. « Franchement, j’ai regretté ce jour d’avoir parlé ».

La honte, l’autre face cachée des victimes des VBG

Alors question, pourquoi les victimes demeurent bouche-bée ? Nous nous sommes tournés vers N’Zi Mireille, diagnostic d’une psychologue en service à l’ONG internationale Save the children. « Le sexe est tabou en Afrique. Les victimes n’arrivent pas à en parler pour éviter les histoires de stigmatisation. Une femme violée est sous l’anathème de toute la famille et de la communauté », soutient-elle.

N’Zi Mireille est pour des actions permettant de reconditionner les victimes afin de briser leur silence et cette attitude favorable à une rétention préjudiciable à la solution de leur problème.

La psychologue poursuit : « la victime n’a pas d’arme pour sa défense. Sa préoccupation c’est d’abord sa vie. Mais quand le violeur a terminé son acte et disparaît, elle est lambeau ».

LIRE AUSSI: “Je pensais que j’allais mourir”: une survivante africaine du coronavirus partage son expérience

Dans un état de droit, faut-il recourir à la loi ou tenter un règlement à l’amiable ? Beaucoup se perdent en conjecture.

« Nul n’est à l’abri du viol. Chaque cas est particulier. Chaque cas à son lot d’émotion », conclut la psychologue avec un soupir.

L’explication de la honte est partagée dans la société. Pour Antoine Yapo, fonctionnaire en activité, la honte est la raison du silence des victimes de viol. Elles préfèrent garder le silence.

M. Yapo prévient que le silence a ses limites. « Il faut trouver la force et le courage pour en parler pour se libérer soi-même d’abord et ensuite être compris par son entourage. La parole qui libère », recommande-t-il.

Herman Koffi, informaticien, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il déclare sans ambages : « je souhaite que les auteurs de ces crimes soient punis selon la loi, même si d’autres pensent qu’il faut une peine plus sévère. La loi est ce qu’elle est. Il faut s’en tenir à la loi et l’appliquer ».

LIRE AUSSI:Chine : Interdiction de manger des chiens, serpents, grenouilles et des chats à la suite de la pandémie de coronavirus

Le recours à la loi n’est pas encore un réflexe chez les victimes

Cerise sur le gâteau, Dakouri Bertin, docteur en Droit, achève de nous convaincre. « Les victimes peuvent saisir toutes les juridictions compétentes en la matière. Les gens n’aiment pas s’intéresser aux choses de la justice parce qu’ils pensent immédiatement à la prison ».

Les lois ivoiriennes sont sans équivoque. Tout acte de violation est puni. Il ressort de l’article 354 du Code pénal que le viol est puni de l’emprisonnement de 5 à 20 ans. La peine est celle de l’emprisonnement à vie si l’auteur est aidé dans son crime par une ou plusieurs personnes, ou s’il est le père, un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, s’il est chargé de son éducation, de sa formation intellectuelle ou professionnelle.

Le viol est le recours à la force physique, la menace de recourir à la violence ou à la contrainte émotionnelle afin de procéder à la pénétration vaginale, anale, buccale sans le consentement de la victime.

Selon le rapport 2018 du Comité nationale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, de manière générale, les cas de Violences basées sur le genre (VBG) à savoir le viol, agression sexuelle, agression physique, mariage forcé, dénis de ressources d’opportunités ou de service et la maltraitance psychologique, ne font pas souvent objet de plaintes devant les autorités judiciaires. Cependant, le viol est le type de VBG qui a fait l’objet de plus de plaintes, 66,4% en 2018 contre 58,43% en 2016.

LIRE AUSSI: KEMI SEBA dit  » NON À LA VACCINATION » de Coronavirus en Afrique

Sur un total de 2.744 cas de VBG déclarés dans les structures de prise en charge psychosociale, le viol enregistre 693 cas et on note un nombre élevé de plaintes rapportés pour enfants victimes de viol (320) notamment les filles (314). La petite enfance (0 à 4 ans) n’est pas épargnée avec un total de 17 cas. La majorité de ces cas rapportés de viols sont perpétrés par des partenaires ou ex-partenaires ou personnes de l’entourage de la victime. Les élèves sont les plus touchés par les viols avec une proportion de 46,19%. On note également qu’au niveau du viol, 101 sont des cas de viol collectif.

Côte d’Ivoire : la honte, l’autre face cachée des femmes violées

Abonnez toi Doingbuzz Tv sur Youtube

Ne partez pas sans partager :

Laisser votre commentaire