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Coronavirus, c’était écrit…
06/06/2020 à 11h39 par La redaction

Depuis vingt ans, des rapports ont anticipé la pandémie de Covid-19. Tous les gouvernements les ont ignorés, privilégiant les urgences du moment. Un scénario qui se répète déjà avec la prochaine catastrophe annoncée : le réchauffement climatique.

Le 18 mars dernier, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer prend la plume pour expliquer sur Twitter que « le risque d’une pandémie avait bien été anticipé, parfois très précisément, par les prospectivistes des 15 dernières années ». Et le directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem) de citer des documents issus de diverses structures de la défense américaine ou française, avant d’enfoncer le clou : « Le risque pandémique n’est pas un impensé de la prospective stratégique mais au contraire une constante. »

Gouverner, c’est prévoir. Emmanuel Macron, Donald Trump et les autres dirigeants de ce monde avaient-ils les moyens de mieux appréhender la pandémie, de mieux se préparer à ses conséquences tragiques ?

À partir de l’énumération du directeur de l’Irsem, Mediapart s’est plongé dans ces documents de prospective stratégique qui pointaient le risque d’une pandémie. Nous avons élargi le spectre de nos recherches à des notes et rapports signés d’experts français de la santé. Au total, une quinzaine de documents issus de structures étatiques ou d’organisations internationales qui avaient décrit ce qui nous arrive aujourd’hui.

Couverture du livre de science-fiction ayant servi d'illustration aux tweets du directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire à propos de l'anticipation de la pandémie du Covid-19. © DRCouverture du livre de science-fiction ayant servi d'illustration aux tweets du directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire à propos de l'anticipation de la pandémie du Covid-19. © DR

L’analyse prospective – l’art d’« évaluer l’incertitude », comme la définissait l’ancien patron de la DGSE Bernard Bajolet – a échoué à prévoir les grandes ruptures stratégiques de la fin du XXe siècle et du début des années 2000 (de la chute du mur de Berlin aux attentats du 11-Septembre, en passant par les Printemps arabes), ce qui invite donc à la prudence. En revanche, le risque d’une pandémie mondiale a bel et bien été réfléchi et documenté depuis 2003, date à laquelle l’Asie est touchée par le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère).

Cette réflexion s’est poursuivie… jusqu’à l’automne 2019, quelques semaines avant l’apparition du Covid-19. Dans le numéro paru en mai du magazine DSI, Alexandre Sheldon-Duplaix, chercheur au Service historique de la défense, raconte qu’en septembre dernier, l’US Naval War College, l’école de guerre navale américaine, parrainait un jeu de guerre ayant pour thème une maladie infectieuse qui se propage rapidement en milieu urbain. Et, comme l’a raconté Politico, des experts du think tank américain CSIS faisaient un exercice simulant une pandémie causée par l’émergence d’un nouveau coronavirus…

L’exemple le plus connu (et le plus précis sur les événements à venir) est celui des rapports du National Intelligence Council (NIC, le centre d’analyse prospective de la CIA) qui, en 2004, 2008 et 2017, tiraient la sonnette d’alarme. On peut y lire que, d’ici 2025, « l’émergence d’une nouvelle maladie respiratoire humaine hautement contagieuse et virulente pour laquelle il n’existe pas [de traitement] pourrait déclencher une pandémie mondiale ».

En novembre 2015, la Revue stratégique de défense et de sécurité du Royaume-Uni estime que dans « les cinq prochaines années »« les maladies, en particulier la grippe pandémique », perturberont les services publics et l’économie. « Une telle épidémie pourrait potentiellement causer des centaines de milliers de morts et coûter au Royaume-Uni des dizaines de milliards de livres », précisera trois ans plus tard le Plan de stratégie de sécurité biologique mis en place par les Britanniques.

Les Français ne sont pas en reste. En 2008, le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, ce document recensant les risques et menaces pouvant affecter la sécurité du pays, évoque le risque sanitaire lié à une pandémie. Celui-ci figure même en bonne place (après les attentats terroristes et les cyberattaques) dans la hiérarchie des menaces pesant sur la France. « Sur les quinze années à venir », l’apparition d’« une pandémie massive à forte létalité » est « plausible », peut-on lire sous la plume des analystes français, qui considèrent la probabilité que cela survienne comme « moyenne » et l’ampleur qu’elle pourrait prendre comme « moyenne à sévère ». En 2013, le nouveau Livre blanc reprend l’idée d’une « nouvelle pandémie hautement pathogène et à forte létalité ».

Les analystes des autres branches de l’État partageaient les prédictions des experts de la Défense. Le 22 janvier 2007, le Centre d’analyse stratégique (chargé de conseiller le gouvernement sur ses orientations en matière économique, sociale, environnementale ou culturelle) produisait une note consacrée aux « défis posés par les maladies infectieuses émergentes » pour signaler « la menace d’une pandémie grippale »« massive »« dans des populations non immunisées ». En décembre 2009, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm, à ne pas confondre avec l’Irsem évoqué plus haut) mettait en garde contre « la réémergence de maladies infectieuses », considérée jusque-là comme « en voie de résolution » mais redevenue « croissante et peu prévisible ».

Même des acteurs privés avaient alerté. L’exemple du milliardaire Bill Gates a été rappelé (ici dans un article d’Usbek et Rica). Lors d’une conférence donnée en 2015, après que l’épidémie Ebola eut endeuillé l’Afrique de l’Ouest, le fondateur de Microsoft expliquait que « si quelque chose tu[ait] plus de 10 millions de gens dans les prochaines décennies, ça ser[ait] probablement un virus hautement contagieux plutôt qu’une guerre. Pas des missiles, mais des microbes ».

Des propos qu’il réitère en 2017 : « Une chose est à peu près certaine : une pandémie mondiale fortement mortelle arrivera durant notre vie », déclare-t-il à la tribune de la Conférence sur la sécurité de Munich (le rendez-vous annuel de la diplomatie mondiale), conseillant de se préparer à une épidémie « comme les militaires se préparent à la guerre ».

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Depuis vingt ans, des rapports ont anticipé la pandémie de Covid-19. Tous les gouvernements les ont ignorés, privilégiant les urgences du moment. Un scénario qui se répète déjà avec la prochaine catastrophe annoncée : le réchauffement climatique.

Le 18 mars dernier, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer prend la plume pour expliquer sur Twitter que « le risque d’une pandémie avait bien été anticipé, parfois très précisément, par les prospectivistes des 15 dernières années ». Et le directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem) de citer des documents issus de diverses structures de la défense américaine ou française, avant d’enfoncer le clou : « Le risque pandémique n’est pas un impensé de la prospective stratégique mais au contraire une constante. »

Gouverner, c’est prévoir. Emmanuel Macron, Donald Trump et les autres dirigeants de ce monde avaient-ils les moyens de mieux appréhender la pandémie, de mieux se préparer à ses conséquences tragiques ?

À partir de l’énumération du directeur de l’Irsem, Mediapart s’est plongé dans ces documents de prospective stratégique qui pointaient le risque d’une pandémie. Nous avons élargi le spectre de nos recherches à des notes et rapports signés d’experts français de la santé. Au total, une quinzaine de documents issus de structures étatiques ou d’organisations internationales qui avaient décrit ce qui nous arrive aujourd’hui.

Couverture du livre de science-fiction ayant servi d'illustration aux tweets du directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire à propos de l'anticipation de la pandémie du Covid-19. © DRCouverture du livre de science-fiction ayant servi d'illustration aux tweets du directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire à propos de l'anticipation de la pandémie du Covid-19. © DR

L’analyse prospective – l’art d’« évaluer l’incertitude », comme la définissait l’ancien patron de la DGSE Bernard Bajolet – a échoué à prévoir les grandes ruptures stratégiques de la fin du XXe siècle et du début des années 2000 (de la chute du mur de Berlin aux attentats du 11-Septembre, en passant par les Printemps arabes), ce qui invite donc à la prudence. En revanche, le risque d’une pandémie mondiale a bel et bien été réfléchi et documenté depuis 2003, date à laquelle l’Asie est touchée par le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère).

Cette réflexion s’est poursuivie… jusqu’à l’automne 2019, quelques semaines avant l’apparition du Covid-19. Dans le numéro paru en mai du magazine DSI, Alexandre Sheldon-Duplaix, chercheur au Service historique de la défense, raconte qu’en septembre dernier, l’US Naval War College, l’école de guerre navale américaine, parrainait un jeu de guerre ayant pour thème une maladie infectieuse qui se propage rapidement en milieu urbain. Et, comme l’a raconté Politico, des experts du think tank américain CSIS faisaient un exercice simulant une pandémie causée par l’émergence d’un nouveau coronavirus…

L’exemple le plus connu (et le plus précis sur les événements à venir) est celui des rapports du National Intelligence Council (NIC, le centre d’analyse prospective de la CIA) qui, en 2004, 2008 et 2017, tiraient la sonnette d’alarme. On peut y lire que, d’ici 2025, « l’émergence d’une nouvelle maladie respiratoire humaine hautement contagieuse et virulente pour laquelle il n’existe pas [de traitement] pourrait déclencher une pandémie mondiale ».

En novembre 2015, la Revue stratégique de défense et de sécurité du Royaume-Uni estime que dans « les cinq prochaines années »« les maladies, en particulier la grippe pandémique », perturberont les services publics et l’économie. « Une telle épidémie pourrait potentiellement causer des centaines de milliers de morts et coûter au Royaume-Uni des dizaines de milliards de livres », précisera trois ans plus tard le Plan de stratégie de sécurité biologique mis en place par les Britanniques.

Les Français ne sont pas en reste. En 2008, le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, ce document recensant les risques et menaces pouvant affecter la sécurité du pays, évoque le risque sanitaire lié à une pandémie. Celui-ci figure même en bonne place (après les attentats terroristes et les cyberattaques) dans la hiérarchie des menaces pesant sur la France. « Sur les quinze années à venir », l’apparition d’« une pandémie massive à forte létalité » est « plausible », peut-on lire sous la plume des analystes français, qui considèrent la probabilité que cela survienne comme « moyenne » et l’ampleur qu’elle pourrait prendre comme « moyenne à sévère ». En 2013, le nouveau Livre blanc reprend l’idée d’une « nouvelle pandémie hautement pathogène et à forte létalité ».

Les analystes des autres branches de l’État partageaient les prédictions des experts de la Défense. Le 22 janvier 2007, le Centre d’analyse stratégique (chargé de conseiller le gouvernement sur ses orientations en matière économique, sociale, environnementale ou culturelle) produisait une note consacrée aux « défis posés par les maladies infectieuses émergentes » pour signaler « la menace d’une pandémie grippale »« massive »« dans des populations non immunisées ». En décembre 2009, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm, à ne pas confondre avec l’Irsem évoqué plus haut) mettait en garde contre « la réémergence de maladies infectieuses », considérée jusque-là comme « en voie de résolution » mais redevenue « croissante et peu prévisible ».

Même des acteurs privés avaient alerté. L’exemple du milliardaire Bill Gates a été rappelé (ici dans un article d’Usbek et Rica). Lors d’une conférence donnée en 2015, après que l’épidémie Ebola eut endeuillé l’Afrique de l’Ouest, le fondateur de Microsoft expliquait que « si quelque chose tu[ait] plus de 10 millions de gens dans les prochaines décennies, ça ser[ait] probablement un virus hautement contagieux plutôt qu’une guerre. Pas des missiles, mais des microbes ».

Des propos qu’il réitère en 2017 : « Une chose est à peu près certaine : une pandémie mondiale fortement mortelle arrivera durant notre vie », déclare-t-il à la tribune de la Conférence sur la sécurité de Munich (le rendez-vous annuel de la diplomatie mondiale), conseillant de se préparer à une épidémie « comme les militaires se préparent à la guerre ».

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