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Bras de fer avec Twitter : Trump signe un décret présidentiel sur les réseaux sociaux
29/05/2020 à 13h44 par La redaction
C’était le tweet présidentiel de trop. Twitter a décidé, mardi, d’ajouter un avertissement en bas de deux messages de son plus illustre utilisateur, Donald Trump, appelant les internautes à vérifier les faits. Mais le président américain a riposté en signant un décret visant à limiter la protection juridique des réseaux sociaux.
Après Barack Obama, la Chine, l’Organisation mondiale de la santé, le président américain Donald Trump a ajouté les réseaux sociaux, et plus particulièrement Twitter, à son pot-pourri d’ennemis jurés. Le locataire de la Maison Blanche a signé, jeudi 28 mai, un décret présidentiel destiné à réduire la protection juridique des réseaux sociaux.
Le texte est censé donner la possibilité de réguler la célèbre section 230 du "Communications Decency Act", une loi de 1996, pilier du fonctionnement des plateformes numériques. Celle-ci offre à Facebook, Twitter, YouTube ou Google une immunité contre toute poursuite judiciaire liée aux contenus publiés par des tiers et leur donne la liberté d'intervenir sur les plateformes à leur guise.
Avec ce décret, Donald Trump dit vouloir "défendre la liberté d'expression face à un des pires dangers qui soit". Il estime que les réseaux sociaux sont "l'équivalent d'un monopole" et accuse en particulier Twitter d'agir sous l'influence d'un "point de vue" et de ne pas se comporter comme "une plateforme neutre".
Une aubaine pour le camp pro-Trump
L’ire de Donald Trump vient d’une décision sans précédent de Twitter qui, mardi 26 mai, a osé ajouter un avertissement en bas de deux de ses tweets, invitant les internautes à vérifier les faits avancés par le président américain. Ce dernier avait affirmé que le vote par correspondance "était manipulé" par les démocrates qui s’en serviraient pour truquer les résultats de l’élection présidentielle de novembre 2020. Pas si vite répond Twitter, qui a proposé aux internautes de lire deux articles – sur les sites de CNN et du Washington Post – contredisant les tweets présidentiels.
Donald Trump n’a pas apprécié d’être ainsi rappelé à l’ordre. Il a promis, toujours sur Twitter, de mettre les réseaux sociaux au pas… quitte à les fermer définitivement. Finalement, il semble avoir opté pour une approche moins radicale, se contentant d’un durcissement législatif.
Entre-temps, ses partisans, à l’image des éditorialistes de Fox News, sont allés jusqu’à accuser nommément un des salariés du réseau social d’avoir "censuré" le président en raison de ses sympathies pour le Parti démocrate. L’employé en question, en charge de l’intégrité technique de la plateforme, "n’intervient pas dans la modération", s’est senti obligé de préciser Twitter.
Pour le camp Trump, cette nouvelle bataille est une aubaine, note le Wall Street Journal. Elle permet de détourner l’attention des médias de la pandémie de Covid-19, qui a déjà fait plus de 100 000 morts aux États-Unis, tout en tirant sur la même corde électorale qui avait fait le succès de la campagne présidentielle de 2016 et qui consiste à dépeindre Donald Trump comme la victime d’un complot de "l’establishment libéral". Ce n’est pas un hasard si le président américain s’est empressé, après ses tirades anti-Twitter, de mettre tous les géants de l’Internet dans le même sac.
Trump pris de court par Twitter
Mais cette offensive anti-Twitter ne relève pas du seul calcul politique. Donald Trump a légitimement pu être pris de court par la soudaine intransigeance de son réseau social favori. Après tout, il a été autorisé à y partager pendant des années les théories du complot les plus farfelues, ou encore à retweeter des messages insultants à l’encontre d’Hillary Clinton, sa rivale démocrate en 2016.
Soudain, et à quelques mois seulement de l’élection présidentielle, il ne pourrait plus utiliser son jouet favori comme bon lui semble ? En réalité, Donald Trump est victime d’un durcissement général de la modération sur Twitter à la faveur de la désinformation qui circule sur le Net au sujet du nouveau coronavirus. En mars, le réseau social s’est, pour la première fois, permis de censurer des messages de dirigeants d’un pays, en l'occurrence du président vénézuélien, Nicolas Maduro, et de son homologue brésilien, Jair Bolsonaro. Les deux avaient promu des traitements contre le Covid-19 dont l’efficacité était loin d’être démontrée. Ensuite, le 11 mai, Twitter annonçait de nouvelles mesures pour lutter contre la désinformation qui seraient appliquées à "tous sans exception". Ce n’était donc pas des menaces en l’air.
Enfin, un autre tweet provocateur de Donald Trump a pu constituer la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. La semaine dernière, le président s’était permis de reprendre à son compte une vieille théorie du complot suggérant que le journaliste de MSNBC Joe Scarborough était impliqué dans une ancienne affaire de meurtre. Le mari de la victime s’était alors fendu d’une lettre ouverte aux responsables de Twitter les priant d’empêcher quiconque, y compris le locataire de la Maison Blanche, de "salir la mémoire de [sa] femme à des fins purement politiciennes".
Avertissement ponctuel ?
La missive avait reçu un large écho dans la plupart des médias, qui ont tiré à boulets rouges sur Twitter pour ne pas avoir censuré le tweet présidentiel alors que la plateforme assurait vouloir se montrer toujours plus intransigeante. Jack Dorsey, patron du réseau social, avait répondu au mari éploré qu’il "comprenait sa douleur" et travaillait sur des mesures supplémentaires pour éviter ce genre de débordement.
Nul ne sait encore si la décision de Twitter de sévir contre les messages du président est le signe d’un changement d’ère qui risque d’avoir un impact important sur la manière dont Donald Trump peut utiliser son outil favori pour communiquer avec sa base électorale. Ou s’il ne s’agit que d’une mesure ponctuelle pour satisfaire les détracteurs du président dont la colère était de plus en plus dirigée contre le réseau social.
Mais si le président américain en profite effectivement pour durcir les règles du jeu pour les réseaux sociaux, cela pourrait, paradoxalement, servir la cause de certains des adversaires les plus virulents de Donald Trump. La plupart des organisations de lutte contre la haine en ligne militent, depuis longtemps et sans succès, pour une réforme de la loi qui exonère les géants du Net de toute responsabilité pour ce qui est posté par les utilisateurs de leur service. Les réseaux sociaux n’auraient, de ce fait, aucune incitation sérieuse à faire le ménage sur leur plateforme. En changeant cette donne, le président américain pourrait pousser ces entreprises à se montrer bien plus sévères avec les promoteurs du racisme et de la haine en ligne... qui sont aussi souvent des partisans de Donald Trump.
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Après Barack Obama, la Chine, l’Organisation mondiale de la santé, le président américain Donald Trump a ajouté les réseaux sociaux, et plus particulièrement Twitter, à son pot-pourri d’ennemis jurés. Le locataire de la Maison Blanche a signé, jeudi 28 mai, un décret présidentiel destiné à réduire la protection juridique des réseaux sociaux.
Le texte est censé donner la possibilité de réguler la célèbre section 230 du "Communications Decency Act", une loi de 1996, pilier du fonctionnement des plateformes numériques. Celle-ci offre à Facebook, Twitter, YouTube ou Google une immunité contre toute poursuite judiciaire liée aux contenus publiés par des tiers et leur donne la liberté d'intervenir sur les plateformes à leur guise.
Avec ce décret, Donald Trump dit vouloir "défendre la liberté d'expression face à un des pires dangers qui soit". Il estime que les réseaux sociaux sont "l'équivalent d'un monopole" et accuse en particulier Twitter d'agir sous l'influence d'un "point de vue" et de ne pas se comporter comme "une plateforme neutre".
Une aubaine pour le camp pro-Trump
L’ire de Donald Trump vient d’une décision sans précédent de Twitter qui, mardi 26 mai, a osé ajouter un avertissement en bas de deux de ses tweets, invitant les internautes à vérifier les faits avancés par le président américain. Ce dernier avait affirmé que le vote par correspondance "était manipulé" par les démocrates qui s’en serviraient pour truquer les résultats de l’élection présidentielle de novembre 2020. Pas si vite répond Twitter, qui a proposé aux internautes de lire deux articles – sur les sites de CNN et du Washington Post – contredisant les tweets présidentiels.
Donald Trump n’a pas apprécié d’être ainsi rappelé à l’ordre. Il a promis, toujours sur Twitter, de mettre les réseaux sociaux au pas… quitte à les fermer définitivement. Finalement, il semble avoir opté pour une approche moins radicale, se contentant d’un durcissement législatif.
Entre-temps, ses partisans, à l’image des éditorialistes de Fox News, sont allés jusqu’à accuser nommément un des salariés du réseau social d’avoir "censuré" le président en raison de ses sympathies pour le Parti démocrate. L’employé en question, en charge de l’intégrité technique de la plateforme, "n’intervient pas dans la modération", s’est senti obligé de préciser Twitter.
Pour le camp Trump, cette nouvelle bataille est une aubaine, note le Wall Street Journal. Elle permet de détourner l’attention des médias de la pandémie de Covid-19, qui a déjà fait plus de 100 000 morts aux États-Unis, tout en tirant sur la même corde électorale qui avait fait le succès de la campagne présidentielle de 2016 et qui consiste à dépeindre Donald Trump comme la victime d’un complot de "l’establishment libéral". Ce n’est pas un hasard si le président américain s’est empressé, après ses tirades anti-Twitter, de mettre tous les géants de l’Internet dans le même sac.
Trump pris de court par Twitter
Mais cette offensive anti-Twitter ne relève pas du seul calcul politique. Donald Trump a légitimement pu être pris de court par la soudaine intransigeance de son réseau social favori. Après tout, il a été autorisé à y partager pendant des années les théories du complot les plus farfelues, ou encore à retweeter des messages insultants à l’encontre d’Hillary Clinton, sa rivale démocrate en 2016.
Soudain, et à quelques mois seulement de l’élection présidentielle, il ne pourrait plus utiliser son jouet favori comme bon lui semble ? En réalité, Donald Trump est victime d’un durcissement général de la modération sur Twitter à la faveur de la désinformation qui circule sur le Net au sujet du nouveau coronavirus. En mars, le réseau social s’est, pour la première fois, permis de censurer des messages de dirigeants d’un pays, en l'occurrence du président vénézuélien, Nicolas Maduro, et de son homologue brésilien, Jair Bolsonaro. Les deux avaient promu des traitements contre le Covid-19 dont l’efficacité était loin d’être démontrée. Ensuite, le 11 mai, Twitter annonçait de nouvelles mesures pour lutter contre la désinformation qui seraient appliquées à "tous sans exception". Ce n’était donc pas des menaces en l’air.
Enfin, un autre tweet provocateur de Donald Trump a pu constituer la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. La semaine dernière, le président s’était permis de reprendre à son compte une vieille théorie du complot suggérant que le journaliste de MSNBC Joe Scarborough était impliqué dans une ancienne affaire de meurtre. Le mari de la victime s’était alors fendu d’une lettre ouverte aux responsables de Twitter les priant d’empêcher quiconque, y compris le locataire de la Maison Blanche, de "salir la mémoire de [sa] femme à des fins purement politiciennes".
Avertissement ponctuel ?
La missive avait reçu un large écho dans la plupart des médias, qui ont tiré à boulets rouges sur Twitter pour ne pas avoir censuré le tweet présidentiel alors que la plateforme assurait vouloir se montrer toujours plus intransigeante. Jack Dorsey, patron du réseau social, avait répondu au mari éploré qu’il "comprenait sa douleur" et travaillait sur des mesures supplémentaires pour éviter ce genre de débordement.
Nul ne sait encore si la décision de Twitter de sévir contre les messages du président est le signe d’un changement d’ère qui risque d’avoir un impact important sur la manière dont Donald Trump peut utiliser son outil favori pour communiquer avec sa base électorale. Ou s’il ne s’agit que d’une mesure ponctuelle pour satisfaire les détracteurs du président dont la colère était de plus en plus dirigée contre le réseau social.
Mais si le président américain en profite effectivement pour durcir les règles du jeu pour les réseaux sociaux, cela pourrait, paradoxalement, servir la cause de certains des adversaires les plus virulents de Donald Trump. La plupart des organisations de lutte contre la haine en ligne militent, depuis longtemps et sans succès, pour une réforme de la loi qui exonère les géants du Net de toute responsabilité pour ce qui est posté par les utilisateurs de leur service. Les réseaux sociaux n’auraient, de ce fait, aucune incitation sérieuse à faire le ménage sur leur plateforme. En changeant cette donne, le président américain pourrait pousser ces entreprises à se montrer bien plus sévères avec les promoteurs du racisme et de la haine en ligne... qui sont aussi souvent des partisans de Donald Trump.
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