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Aux Etats-Unis, les peuples autochtones paient un lourd tribut
06/06/2020 à 11h46 par La redaction

La nation navajo concentre le plus fort taux d’infection au coronavirus du pays. Au-delà de la situation sanitaire alarmante, la crise est aussi économique. Avec la fermeture des casinos et l’arrêt brutal du tourisme, les tribus ont perdu leur principale source de revenus.

La Nouvelle-Orléans (États-Unis), correspondance.– La mesure drastique est unique aux États-Unis. Depuis la mi-avril, chaque week-end, un couvre-feu de 57 heures est imposé aux résidents de la nation navajo, le plus grand territoire amérindien du pays, qui s’étend sur trois États (Utah, Nouveau-Mexique, Arizona).

Les deux derniers couvre-feux ont été les plus stricts : les commerces alimentaires sont restés fermés, les salariés du secteur médical et du gouvernement tribal étaient les seuls autorisés à se déplacer. Le reflet d’une situation qui s’aggrave. « J’ai peur qu’une large partie des habitants originels de ce pays meure à cause de ce virus », alerte Tyrone Whitehorse, un membre de la tribu. Les dernières données liées au Covid-19 vont dans le sens de son analyse. La nation navajo est désormais en pourcentage le territoire le plus affecté par le coronavirus aux États-Unis. Elle comptabilise plus de 4 840 cas positifs et 158 décès pour une population proche de 175 000 habitants.

Les explications à ce constat sont multiples. Le territoire navajo est un désert aride où l’eau est un bien rare. Près de 40 % des habitants n’ont pas accès à l’eau courante. Certaines familles doivent parcourir plus de 40 kilomètres pour s’en procurer. « Il est difficile de se laver les mains de manière fréquente quand vous vivez avec des réserves et que vous comptez chaque goutte », analyse Tyrone, titulaire d’un diplôme en santé publique.

Des Navajos arrivent à un point de distribution d'eau et d'aliments le 20 mai 2020, à Casamero Lake, Nouveau-Mexique. © Mark Ralston/AFPDes Navajos arrivent à un point de distribution d'eau et d'aliments le 20 mai 2020, à Casamero Lake, Nouveau-Mexique. © Mark Ralston/AFP

La nation navajo est aussi un désert médical. Une douzaine de centres médicaux peu équipés parsème un vaste territoire équivalent à la superficie de l’Irlande. « Un de mes amis atteint du coronavirus est mort. Lorsque son état s’est aggravé, ses proches n’ont pas réussi à l’amener à temps à l’hôpital, se désole Tyrone, dont l’histoire familiale éclaire une autre difficulté. J’ai grandi avec mes grands-parents, mes parents. On vivait tous dans la même petite maison. Ce modèle d’habitat multigénérationnel, encore très présent, rend impossible le respect des règles de distanciation sociale », explique-t-il.

Quant au manque de réseau téléphonique et d’Internet sur une grande partie du territoire, il complique la communication des gestes barrières« Il n’y a que le bouche-à-oreille ou les radios locales qui sont efficaces, détaille Tyrone, qui vit désormais dans l’Utah, en dehors de la réserve. Moi, dès que j’ai pu, j’ai averti ma grand-mère. » Un acte qui symbolise l’importance des aînés chez les Amérindiens, peuple de tradition orale. « Ils sont les gardiens de la mémoire des tribus à travers les histoires qu’ils connaissent et racontent », précise Tyrone, membre de l’association Protect Native Elders, qui se bat pour préserver cette riche culture malgré la pandémie actuelle.

Face à la situation compliquée, Tyrone n’attend rien du gouvernement fédéral. « Nous, les Amérindiens, avons appris à ne pas compter sur eux », répète-t-il d’une voix résignée. En revanche, les Navajos bénéficient d’aides extérieures. Plusieurs organisations non gouvernementales interviennent pour les soutenir.

Parmi elles, Médecins sans frontières (MSF), qui a déployé, fin avril, une équipe de sept personnes dans les villes de Kayenta et Gallup. « La situation est inquiétante. C’est une crise de magnitude énorme », analyse Carolina Batista, la médecin responsable de l’opération pour MSF. Il faut dire que la santé fragile des Navajos, reflet d’une précarité criante, amplifie les risques. « De nombreux habitants souffrent de diabète, d’obésité et d’hypertension, des facteurs qui exposent davantage au risque mortel du coronavirus », éclaire la doctoresse d’origine brésilienne.

Habituée à travailler avec les tribus d’Amazonie, elle retrouve des similarités dans son intervention auprès des Navajos : « Beaucoup ne parlent pas anglais. En termes de prévention, il faut adapter notre message. On s’appuie aussi sur les chefs locaux pour transmettre notre message. » Outre ce travail d’éducation, MSF propose des formations aux équipes de santé locale. « On assure aussi une logistique humanitaire en distribuant des kits comprenant de l’eau, des masques, du gel hydroalcoolique », complète Carolina Batista, ravie de l’accueil qui a été réservé à son équipe. En dehors des Navajos, d’autres tribus, comme les Pueblos (Nouveau-Mexique), les Cherokees (Oklahoma) ou les Apaches (Arizona), sont touchées par le Covid-19.

Au-delà de l’impact immédiat concernant la situation sanitaire, le coronavirus risque d’avoir des répercussions bien plus profondes sur la fragile situation économique des tribus indiennes. Un élément l’illustre : la fermeture des casinos, principaux pourvoyeurs d’emplois et de taxes pour les gouvernements tribaux. Plus de 40 % des 574 tribus indiennes reconnues par le gouvernement fédéral possèdent un casino sur leur réserve. Ces derniers avaient rapporté près de 18 milliards de dollars (un peu plus de 16 milliards d’euros) de taxes en 2019. Fermés depuis mi-mars, ils ne rapportent plus d’argent.

Dans le Wyoming, les Arapahos ont même transformé leur casino en site de quarantaine pour les malades. « Les rentrées fiscales ont été réduites à zéro pour certains gouvernements tribaux. Ils n’ont plus assez d’argent pour financer les centres de santé ou les services de protection de l’enfance », s’inquiétait dans un rapport paru mi-avril Joseph Kalt, codirecteur du département d’études sur le développement économique des Indiens d’Amérique à l’université de Harvard.

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The Impact of the Pandemic on Native American Communities. © Harvard Ash Center

L’arrêt du tourisme national et international est aussi une variable qui aggrave la situation. Le superbe panorama de Monument Valley ne génère plus de revenus pour les Navajos. La fermeture du Skywalk, passerelle au sol transparent qui surplombe le Grand Canyon, a engendré d’énormes pertes financières à la tribu Hualapai, propriétaire du site. « La situation dramatique actuelle n’a pas d’équivalent pour les Amérindiens, si ce n’est celle de l’extermination des troupeaux de bisons au XIXe siècle », écrit dans son rapport Joseph Kalt. Pourtant, les huit milliards de dollars déjà promis aux Amérindiens par l’administration Trump tardent à renflouer les comptes des tribus. À tel point que certaines d’entre elles ont entamé une action en justice pour dénoncer ce délai. C’est une nouvelle illustration des relations toujours tendues entre les peuples autochtones et les autorités fédérales.

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La nation navajo concentre le plus fort taux d’infection au coronavirus du pays. Au-delà de la situation sanitaire alarmante, la crise est aussi économique. Avec la fermeture des casinos et l’arrêt brutal du tourisme, les tribus ont perdu leur principale source de revenus.

La Nouvelle-Orléans (États-Unis), correspondance.– La mesure drastique est unique aux États-Unis. Depuis la mi-avril, chaque week-end, un couvre-feu de 57 heures est imposé aux résidents de la nation navajo, le plus grand territoire amérindien du pays, qui s’étend sur trois États (Utah, Nouveau-Mexique, Arizona).

Les deux derniers couvre-feux ont été les plus stricts : les commerces alimentaires sont restés fermés, les salariés du secteur médical et du gouvernement tribal étaient les seuls autorisés à se déplacer. Le reflet d’une situation qui s’aggrave. « J’ai peur qu’une large partie des habitants originels de ce pays meure à cause de ce virus », alerte Tyrone Whitehorse, un membre de la tribu. Les dernières données liées au Covid-19 vont dans le sens de son analyse. La nation navajo est désormais en pourcentage le territoire le plus affecté par le coronavirus aux États-Unis. Elle comptabilise plus de 4 840 cas positifs et 158 décès pour une population proche de 175 000 habitants.

Les explications à ce constat sont multiples. Le territoire navajo est un désert aride où l’eau est un bien rare. Près de 40 % des habitants n’ont pas accès à l’eau courante. Certaines familles doivent parcourir plus de 40 kilomètres pour s’en procurer. « Il est difficile de se laver les mains de manière fréquente quand vous vivez avec des réserves et que vous comptez chaque goutte », analyse Tyrone, titulaire d’un diplôme en santé publique.

Des Navajos arrivent à un point de distribution d'eau et d'aliments le 20 mai 2020, à Casamero Lake, Nouveau-Mexique. © Mark Ralston/AFPDes Navajos arrivent à un point de distribution d'eau et d'aliments le 20 mai 2020, à Casamero Lake, Nouveau-Mexique. © Mark Ralston/AFP

La nation navajo est aussi un désert médical. Une douzaine de centres médicaux peu équipés parsème un vaste territoire équivalent à la superficie de l’Irlande. « Un de mes amis atteint du coronavirus est mort. Lorsque son état s’est aggravé, ses proches n’ont pas réussi à l’amener à temps à l’hôpital, se désole Tyrone, dont l’histoire familiale éclaire une autre difficulté. J’ai grandi avec mes grands-parents, mes parents. On vivait tous dans la même petite maison. Ce modèle d’habitat multigénérationnel, encore très présent, rend impossible le respect des règles de distanciation sociale », explique-t-il.

Quant au manque de réseau téléphonique et d’Internet sur une grande partie du territoire, il complique la communication des gestes barrières« Il n’y a que le bouche-à-oreille ou les radios locales qui sont efficaces, détaille Tyrone, qui vit désormais dans l’Utah, en dehors de la réserve. Moi, dès que j’ai pu, j’ai averti ma grand-mère. » Un acte qui symbolise l’importance des aînés chez les Amérindiens, peuple de tradition orale. « Ils sont les gardiens de la mémoire des tribus à travers les histoires qu’ils connaissent et racontent », précise Tyrone, membre de l’association Protect Native Elders, qui se bat pour préserver cette riche culture malgré la pandémie actuelle.

Face à la situation compliquée, Tyrone n’attend rien du gouvernement fédéral. « Nous, les Amérindiens, avons appris à ne pas compter sur eux », répète-t-il d’une voix résignée. En revanche, les Navajos bénéficient d’aides extérieures. Plusieurs organisations non gouvernementales interviennent pour les soutenir.

Parmi elles, Médecins sans frontières (MSF), qui a déployé, fin avril, une équipe de sept personnes dans les villes de Kayenta et Gallup. « La situation est inquiétante. C’est une crise de magnitude énorme », analyse Carolina Batista, la médecin responsable de l’opération pour MSF. Il faut dire que la santé fragile des Navajos, reflet d’une précarité criante, amplifie les risques. « De nombreux habitants souffrent de diabète, d’obésité et d’hypertension, des facteurs qui exposent davantage au risque mortel du coronavirus », éclaire la doctoresse d’origine brésilienne.

Habituée à travailler avec les tribus d’Amazonie, elle retrouve des similarités dans son intervention auprès des Navajos : « Beaucoup ne parlent pas anglais. En termes de prévention, il faut adapter notre message. On s’appuie aussi sur les chefs locaux pour transmettre notre message. » Outre ce travail d’éducation, MSF propose des formations aux équipes de santé locale. « On assure aussi une logistique humanitaire en distribuant des kits comprenant de l’eau, des masques, du gel hydroalcoolique », complète Carolina Batista, ravie de l’accueil qui a été réservé à son équipe. En dehors des Navajos, d’autres tribus, comme les Pueblos (Nouveau-Mexique), les Cherokees (Oklahoma) ou les Apaches (Arizona), sont touchées par le Covid-19.

Au-delà de l’impact immédiat concernant la situation sanitaire, le coronavirus risque d’avoir des répercussions bien plus profondes sur la fragile situation économique des tribus indiennes. Un élément l’illustre : la fermeture des casinos, principaux pourvoyeurs d’emplois et de taxes pour les gouvernements tribaux. Plus de 40 % des 574 tribus indiennes reconnues par le gouvernement fédéral possèdent un casino sur leur réserve. Ces derniers avaient rapporté près de 18 milliards de dollars (un peu plus de 16 milliards d’euros) de taxes en 2019. Fermés depuis mi-mars, ils ne rapportent plus d’argent.

Dans le Wyoming, les Arapahos ont même transformé leur casino en site de quarantaine pour les malades. « Les rentrées fiscales ont été réduites à zéro pour certains gouvernements tribaux. Ils n’ont plus assez d’argent pour financer les centres de santé ou les services de protection de l’enfance », s’inquiétait dans un rapport paru mi-avril Joseph Kalt, codirecteur du département d’études sur le développement économique des Indiens d’Amérique à l’université de Harvard.

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The Impact of the Pandemic on Native American Communities. © Harvard Ash Center

L’arrêt du tourisme national et international est aussi une variable qui aggrave la situation. Le superbe panorama de Monument Valley ne génère plus de revenus pour les Navajos. La fermeture du Skywalk, passerelle au sol transparent qui surplombe le Grand Canyon, a engendré d’énormes pertes financières à la tribu Hualapai, propriétaire du site. « La situation dramatique actuelle n’a pas d’équivalent pour les Amérindiens, si ce n’est celle de l’extermination des troupeaux de bisons au XIXe siècle », écrit dans son rapport Joseph Kalt. Pourtant, les huit milliards de dollars déjà promis aux Amérindiens par l’administration Trump tardent à renflouer les comptes des tribus. À tel point que certaines d’entre elles ont entamé une action en justice pour dénoncer ce délai. C’est une nouvelle illustration des relations toujours tendues entre les peuples autochtones et les autorités fédérales.

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