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Australie : « Le climat continuera à évoluer et les risques de feux vont augmenter »
18/01/2020 à 11h43 par Le Boy

 

En décembre 2019, l’Australie a connu un gigantesque incendie de brousse. Plus d’une trentaine de morts, des territoires dévastés, la faune et la flore durablement affectées. Des centaines de propriétés incendiées, des milliers de km2 partis en fumée, des dizaines de milliers d’habitants évacués, des millions d’animaux tués, des milliards d’euros de pertes pour l’économie.

Bref, c’est le bilan des gigantesques incendies de brousse sur l’île-continent qu’a connu l’Australie. Pour éclairer la population sur cet incident, le climatologue David Salas y Mélia, de Météo-France, a répondu aux différents questions sur les causes des incendies sur l’île continent et les risques pour le climat.

Pourquoi l’Australie brûle-t-elle ? Des causes climatiques sont avancées pour expliquer la précocité, l’ampleur et l’intensité des feux de cette année. David Salas y Mélia, climatologue de Météo-France, a donné son avis sur les faits.

Longent : Je lis beaucoup de choses et j’ai vraiment du mal à comprendre dans quelle mesure on peut dire que ces incendies sont liés au réchauffement climatique. Pouvez-vous m’éclairer ?

Les feux apparaissent en raison de plusieurs facteurs, donc des facteurs météorologiques. Ils sont favorisés par le vent, la chaleur et la sécheresse. Dans plusieurs régions du monde, les évolutions climatiques vont dans le sens d’un assèchement et la plupart se réchauffent. Ainsi, sur la période 1979-2013, une étude montre que les risques de feux ont augmenté pour 25 % des régions couvertes de végétation. En moyenne mondiale, les saisons favorables aux feux de forêt se sont allongées de 20 %.

Le climat continuera à évoluer au cours de ce siècle et les risques de feux vont augmenter. Ainsi, sur 2010-2039, la fréquence des feux devrait augmenter dans environ 40 % des régions continentales (pour un réchauffement de l’ordre de 1 °C) et sur environ 60 % des régions pour un réchauffement de 3 à 4 °C.

Nicom : A-t-on idée de combien de CO2 ces incendies ont généré ? Cela doit être gigantesque et contribuer encore plus au réchauffement climatique 

Les feux australiens ont déjà généré environ 0,4 milliard de tonnes (Gt) de dioxyde de carbone, soit environ 1 % des émissions totales annuelles liées aux émissions humaines. En moyenne, l’ensemble des feux de forêt dans le monde produisent 7 à 8 Gt de dioxyde de carbone. Cependant, tous les ans, dans le même temps, les forêts qui ne brûlent pas fixent du carbone.

Mehdi Kamali : Pensez-vous qu’on est de plus en plus menacé par des incendies et que le réchauffement climatique est la première cause?

Les feux ont de plus grandes chances de se produire si des conditions météorologiques favorables sont réunies. Dans des conditions favorables, les départs de feux peuvent avoir des causes naturelles ou peuvent être liés à des comportements humains (jeter une cigarette par exemple). A comportements humains constants, comme les conditions météorologiques favorables aux feux sont de plus en plus fréquentes en raison du changement climatique, y compris en France, les feux ont tendance à se multiplier.

Julia : Les particules émises lors de ces feux peuvent-elles avoir un impact sur le climat?

Les particules émises peuvent modifier les propriétés des nuages, mais aussi former un écran ténu au rayonnement solaire, avec des effets climatiques associés qui peuvent être significatifs dans les régions proches des zones d’émission. Dans le cas des feux australiens, l’écran de particules de suie qui se forme dans la basse stratosphère pourrait persister quelques mois, et pourrait induire un léger refroidissement dans certaines régions. Cependant, peu d’études ont abordé cette question, car les phénomènes sont rares. Les particules qui atteignent le plus fréquemment la stratosphère sont liées aux éruptions volcaniques les plus intenses et ont une nature chimique différente, puisqu’il s’agit de sulfates et non pas de suie comme dans le cas des particules émises par les feux de forêt.

Victor : Trouvez-vous des similarités d’expansions et de propagation entre les feux français et les feux australiens ?

Le sud-est de l’Australie et le sud-est de la France, dont les climats sont similaires, connaissent des évolutions similaires, avec des canicules et sécheresses de plus en plus sévères et fréquentes. Selon Florence Vaysse, référent « feux de forêt » à Météo-France, en France, l’année 2003, record en termes de températures et de sécheresse, est l’année où les feux de forêt ont été les plus nombreux et les plus intenses sur les vingt dernières années. Les canicules exceptionnelles de l’été 2019 en France se sont accompagnées de nombreux incendies dans le sud-est mais aussi dans le nord de la métropole. A noter, la taille des forêts, des masses de couverture végétale en France et en Australie ne sont pas comparables. Nos forêts sont morcelées par des terres agricoles, par des routes, par des fleuves et des villes, ce qui est moins le cas en Australie.

Cindydaavid : La catastrophe était-elle prévisible ?

2019 a été l’année la plus chaude (1,5 °C au-dessus de la moyenne sur 1961-1990) et la plus sèche (déficit de précipitations de 40 %) observée depuis le début des relevés en Australie. Ces conditions augmentent les risques de feux. 2019 a été l’année la plus chaude et la plus sèche en Australie depuis 1900.

Infographie Le Monde

Australie : « Le climat continuera à évoluer et les risques de feux vont augmenter »

Melbourne Park : Comment la pluie qui arrive a-t-elle un impact sur la qualité de l’air ?

La qualité de l’air dépend notamment de la composition en particules, également appelées aérosols. Il peut s’agir de particules naturelles ou produites par l’homme. Ces particules ont des compositions chimiques très variées (suies, sulfates, composés organiques…). Elles peuvent notamment servir de noyaux de condensation des gouttelettes d’eau formant les nuages. La pluie générée par certains nuages emporte avec elle ces particules, qui sont donc lessivées.

Petite Flo : Comment les masses d’air vicié se dissipent-elles ? A quelle échelle les conséquences se font-elles « sentir » ?

La pluie permet de « nettoyer » l’atmosphère, en plus de favoriser l’arrêt des incendies. Le vent peut aussi chasser les masses d’air vers d’autres régions. Ou encore, lorsque la structure verticale de l’atmosphère le permet (notamment, lorsque l’air est chaud près du sol et plus froid en altitude), les mouvements ascendants de l’atmosphère permettent d’entraîner les particules de suie en altitude. Dans le cas des incendies australiens, la chaleur extrême a favorisé une montée des particules jusque dans la stratosphère (au-dessus de 10 à 15 km d’altitude). C’est un niveau de l’atmosphère où les particules peuvent persister relativement longtemps et se déplacer sans être lessivées. Les suies pourraient donc former un « écran » de suies à peine discernable mais réduisant légèrement le rayonnement solaire.

Grangeos : Est-il aujourd’hui encore possible d’inverser la hausse de la température globale sur Terre (et donc la faire redescendre) ou seulement d’en limiter la vitesse de croissance ?

Quelle que soit l’évolution des émissions de gaz à effet de serre dans les décennies à venir, le climat de la planète se réchauffera d’environ 0,5° à 1 °C d’ici à 2050. La France devrait se réchauffer d’environ 1 °C. Au-delà, la température peut se stabiliser dans le monde et en France, à condition que les émissions nettes de CO2 soient nulles vers 2050.

Artchie : En tant que scientifique, ne ressentez-vous pas une forme de lassitude à tenter de prévenir les gouvernements sans que cela n’ait d’effet concret ?

Le réchauffement de la planète en lien avec les émissions humaines de gaz à effet de serre est annoncé depuis plusieurs décennies. Les observations (réchauffement, hausse du niveau marin, fonte des glaces, multiplication des sécheresses, canicules et pluies extrêmes dans de nombreuses régions…) ne font que confirmer les résultats des simulations climatiques.

Il est encore possible de limiter le réchauffement planétaire mais cela demandera une diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre, et des transformations sociétales profondes. Pour l’instant, nous ne pouvons que constater que l’évolution observée des émissions n’est pas compatible avec le chemin qu’il faudrait suivre pour stabiliser le climat. Il faut cependant continuer à porter les messages scientifiques pour enfin parvenir à réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais nous devrons aussi nous adapter à un climat encore plus chaud que celui que nous connaissons déjà.

Avec Le monde

Lire aussi : Il pleut enfin en Australie, mais on craint maintenant des inondations et des risques liés à la foudre.

 

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En décembre 2019, l’Australie a connu un gigantesque incendie de brousse. Plus d’une trentaine de morts, des territoires dévastés, la faune et la flore durablement affectées. Des centaines de propriétés incendiées, des milliers de km2 partis en fumée, des dizaines de milliers d’habitants évacués, des millions d’animaux tués, des milliards d’euros de pertes pour l’économie.

Bref, c’est le bilan des gigantesques incendies de brousse sur l’île-continent qu’a connu l’Australie. Pour éclairer la population sur cet incident, le climatologue David Salas y Mélia, de Météo-France, a répondu aux différents questions sur les causes des incendies sur l’île continent et les risques pour le climat.

Pourquoi l’Australie brûle-t-elle ? Des causes climatiques sont avancées pour expliquer la précocité, l’ampleur et l’intensité des feux de cette année. David Salas y Mélia, climatologue de Météo-France, a donné son avis sur les faits.

Longent : Je lis beaucoup de choses et j’ai vraiment du mal à comprendre dans quelle mesure on peut dire que ces incendies sont liés au réchauffement climatique. Pouvez-vous m’éclairer ?

Les feux apparaissent en raison de plusieurs facteurs, donc des facteurs météorologiques. Ils sont favorisés par le vent, la chaleur et la sécheresse. Dans plusieurs régions du monde, les évolutions climatiques vont dans le sens d’un assèchement et la plupart se réchauffent. Ainsi, sur la période 1979-2013, une étude montre que les risques de feux ont augmenté pour 25 % des régions couvertes de végétation. En moyenne mondiale, les saisons favorables aux feux de forêt se sont allongées de 20 %.

Le climat continuera à évoluer au cours de ce siècle et les risques de feux vont augmenter. Ainsi, sur 2010-2039, la fréquence des feux devrait augmenter dans environ 40 % des régions continentales (pour un réchauffement de l’ordre de 1 °C) et sur environ 60 % des régions pour un réchauffement de 3 à 4 °C.

Nicom : A-t-on idée de combien de CO2 ces incendies ont généré ? Cela doit être gigantesque et contribuer encore plus au réchauffement climatique 

Les feux australiens ont déjà généré environ 0,4 milliard de tonnes (Gt) de dioxyde de carbone, soit environ 1 % des émissions totales annuelles liées aux émissions humaines. En moyenne, l’ensemble des feux de forêt dans le monde produisent 7 à 8 Gt de dioxyde de carbone. Cependant, tous les ans, dans le même temps, les forêts qui ne brûlent pas fixent du carbone.

Mehdi Kamali : Pensez-vous qu’on est de plus en plus menacé par des incendies et que le réchauffement climatique est la première cause?

Les feux ont de plus grandes chances de se produire si des conditions météorologiques favorables sont réunies. Dans des conditions favorables, les départs de feux peuvent avoir des causes naturelles ou peuvent être liés à des comportements humains (jeter une cigarette par exemple). A comportements humains constants, comme les conditions météorologiques favorables aux feux sont de plus en plus fréquentes en raison du changement climatique, y compris en France, les feux ont tendance à se multiplier.

Julia : Les particules émises lors de ces feux peuvent-elles avoir un impact sur le climat?

Les particules émises peuvent modifier les propriétés des nuages, mais aussi former un écran ténu au rayonnement solaire, avec des effets climatiques associés qui peuvent être significatifs dans les régions proches des zones d’émission. Dans le cas des feux australiens, l’écran de particules de suie qui se forme dans la basse stratosphère pourrait persister quelques mois, et pourrait induire un léger refroidissement dans certaines régions. Cependant, peu d’études ont abordé cette question, car les phénomènes sont rares. Les particules qui atteignent le plus fréquemment la stratosphère sont liées aux éruptions volcaniques les plus intenses et ont une nature chimique différente, puisqu’il s’agit de sulfates et non pas de suie comme dans le cas des particules émises par les feux de forêt.

Victor : Trouvez-vous des similarités d’expansions et de propagation entre les feux français et les feux australiens ?

Le sud-est de l’Australie et le sud-est de la France, dont les climats sont similaires, connaissent des évolutions similaires, avec des canicules et sécheresses de plus en plus sévères et fréquentes. Selon Florence Vaysse, référent « feux de forêt » à Météo-France, en France, l’année 2003, record en termes de températures et de sécheresse, est l’année où les feux de forêt ont été les plus nombreux et les plus intenses sur les vingt dernières années. Les canicules exceptionnelles de l’été 2019 en France se sont accompagnées de nombreux incendies dans le sud-est mais aussi dans le nord de la métropole. A noter, la taille des forêts, des masses de couverture végétale en France et en Australie ne sont pas comparables. Nos forêts sont morcelées par des terres agricoles, par des routes, par des fleuves et des villes, ce qui est moins le cas en Australie.

Cindydaavid : La catastrophe était-elle prévisible ?

2019 a été l’année la plus chaude (1,5 °C au-dessus de la moyenne sur 1961-1990) et la plus sèche (déficit de précipitations de 40 %) observée depuis le début des relevés en Australie. Ces conditions augmentent les risques de feux. 2019 a été l’année la plus chaude et la plus sèche en Australie depuis 1900.

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La qualité de l’air dépend notamment de la composition en particules, également appelées aérosols. Il peut s’agir de particules naturelles ou produites par l’homme. Ces particules ont des compositions chimiques très variées (suies, sulfates, composés organiques…). Elles peuvent notamment servir de noyaux de condensation des gouttelettes d’eau formant les nuages. La pluie générée par certains nuages emporte avec elle ces particules, qui sont donc lessivées.

Petite Flo : Comment les masses d’air vicié se dissipent-elles ? A quelle échelle les conséquences se font-elles « sentir » ?

La pluie permet de « nettoyer » l’atmosphère, en plus de favoriser l’arrêt des incendies. Le vent peut aussi chasser les masses d’air vers d’autres régions. Ou encore, lorsque la structure verticale de l’atmosphère le permet (notamment, lorsque l’air est chaud près du sol et plus froid en altitude), les mouvements ascendants de l’atmosphère permettent d’entraîner les particules de suie en altitude. Dans le cas des incendies australiens, la chaleur extrême a favorisé une montée des particules jusque dans la stratosphère (au-dessus de 10 à 15 km d’altitude). C’est un niveau de l’atmosphère où les particules peuvent persister relativement longtemps et se déplacer sans être lessivées. Les suies pourraient donc former un « écran » de suies à peine discernable mais réduisant légèrement le rayonnement solaire.

Grangeos : Est-il aujourd’hui encore possible d’inverser la hausse de la température globale sur Terre (et donc la faire redescendre) ou seulement d’en limiter la vitesse de croissance ?

Quelle que soit l’évolution des émissions de gaz à effet de serre dans les décennies à venir, le climat de la planète se réchauffera d’environ 0,5° à 1 °C d’ici à 2050. La France devrait se réchauffer d’environ 1 °C. Au-delà, la température peut se stabiliser dans le monde et en France, à condition que les émissions nettes de CO2 soient nulles vers 2050.

Artchie : En tant que scientifique, ne ressentez-vous pas une forme de lassitude à tenter de prévenir les gouvernements sans que cela n’ait d’effet concret ?

Le réchauffement de la planète en lien avec les émissions humaines de gaz à effet de serre est annoncé depuis plusieurs décennies. Les observations (réchauffement, hausse du niveau marin, fonte des glaces, multiplication des sécheresses, canicules et pluies extrêmes dans de nombreuses régions…) ne font que confirmer les résultats des simulations climatiques.

Il est encore possible de limiter le réchauffement planétaire mais cela demandera une diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre, et des transformations sociétales profondes. Pour l’instant, nous ne pouvons que constater que l’évolution observée des émissions n’est pas compatible avec le chemin qu’il faudrait suivre pour stabiliser le climat. Il faut cependant continuer à porter les messages scientifiques pour enfin parvenir à réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais nous devrons aussi nous adapter à un climat encore plus chaud que celui que nous connaissons déjà.

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