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Angola : Isabel dos Santos, la “princesse de Luanda” qui tente de sauver sa fortune
21/01/2020 à 10h27 par La redaction

Une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), publiée dimanche, a révélé comment Isabel dos Santos, fille de l’ex-président angolais a construit son empire. Aujourd’hui poursuivie par la justice de son pays pour détournement de fonds publics, la femme la plus riche d’Afrique riposte.

Rarement Isabel dos Santos n’avait été si présente dans les médias. Communiqués, interviews, tweets, la fille de José Eduardo dos Santos, qui dirigea l’Angola d’une main de fer pendant 38 ans (1979-2017), organise sa contre-attaque.

Depuis le début de l’année, la femme d’affaires de 46 ans multiplie les déclarations pour défendre son empire économique et financier qui s’étend en Angola et au Portugal. Télécommunications, médias, banques, énergie, diamant, grande distribution, immobilier… L’ensemble de ses activités dépasse les trois milliards de dollars (soit plus de 2,7 millards d’euros), selon Forbes, qui l’a nommée femme la plus riche d’Afrique.

“Ma ‘fortune’ est née avec mon caractère, mon intelligence, mon éducation, ma capacité de travail, ma persévérance”, s’est-elle défendue sur Twitter dimanche 19 janvier, dans la soirée. “Aujourd’hui, avec tristesse, je continue à voir le ‘racisme’ et les ‘préjugés’, qui nous rappellent l’ère des ‘colonies’ dans lesquelles aucun Africain ne peut valoir autant qu’un ‘Européen'”. Son tweet était le premier d’une série de 30 postés dans la foulée.

Isabel dos Santos se défend suite à l’enquête judiciaire ouverte en Angola depuis septembre à son encontre pour détournement de fonds publics. Un tribunal de Luanda, qui a gelé ses comptes bancaires et ses actifs dans des entreprises angolaises en décembre, soupçonne la femme d’affaires, ainsi que son époux danois d’origine congolaise, Sindika Dokolo, d’avoir détourné plus d’un milliard de dollars des comptes des entreprises publiques via des sociétés offshore. Parmi elles, une société de Dubaï, Matter Business Solutions DMCC, gérée par son conseiller financier et dont l’actionnaire unique est une amie portugaise de la milliardaire.

Ses accusations ont été appuyées par les révélations des “Luanda Leaks”, publiés dimanche 19 janvier. L’enquête du consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), composé de 37 médias dont RFI, met en lumière les détails des montages financiers utilisés, ainsi que le nom des sociétés qui l’y ont aidée.

Parmi ces entreprises figurent le géant national des télécoms, Unitel, l’entreprise pétrolière nationale Sonangol, la société diamantifère d’État, Sodiam, ainsi que la cimenterie Cimangola, créée récemment avec Sindika Dokolo.

Isabel dos Santos dénonce “une chasse aux sorcières”

Depuis, la femme la plus riche d’Afrique, installée à Londres, ne cesse de dénoncer une “chasse aux sorcières” des autorités angolaises destinée, selon elle, à la discréditer, ainsi que son père. “Je n’ai jamais bénéficié d’un milliard de dollars sorti du porte-monnaie des Angolais”, a-t-elle répété sur BBC News. Dans le pays, les deux tiers de la population vivent avec moins de deux dollars par jour, selon la Banque mondiale.

Toute sa vie, la fille aînée de José Eduardo dos Santos a été accusée de profiter des faveurs de son père, accroché au pouvoir pendant près de quatre décennies. Dès les années 90, celle qui est née à Bakou, en Azerbaïdjan, et qui a étudié à Londres la gestion et le génie électrique, retourne à Luanda pour faire carrière dans l’industrie naissante du téléphone portable.

Le consortium pour lequel elle travaille à l’époque remporte l’appel d’offres public et décroche la licence pour les télécommunications mobiles. Elle n’a depuis cessé de nier les soupçons d’influence dans ce dossier.

Dans les médias, celle qui a été baptisée “la princesse de Luanda” se crée l’image d’une femme d’affaires indépendante. Elle raconte notamment à The Economist avoir fondé Unitel – devenu aujourd’hui le plus grand opérateur de tout le pays – dans un bureau au-dessus d’une boutique où elle vendait des téléphones. “La presse m’appelle princesse. Je ne connais pas beaucoup de princesses qui sortent du lit et construisent des supermarchés”, argue-t-elle.

Népotisme des dos Santos

Certains lui reconnaissent des qualités de gestionnaire. Un homme d’affaires de Luanda l’a décrit comme “impitoyable et très vive”, rapporte The Guardian. En 2007, le journal portugais Público évoque “une femme d’affaires, extrêmement intelligente et dynamique, aussi professionnelle que sympathique”.

Mais les allégations de népotisme de l’ex-président croissent à mesure que l’empire commercial d’Isabel dos Santos grandit. Surtout en 2016, quand son père la nomme à la tête de la compagnie pétrolière nationale Sanongol.

Face aux accusations de corruption par la justice angolaise, la femme d’affaires avance des arguments économiques. Elle rappelle avoir versé un total de 200 millions de dollars d’impôts à l’État et dit craindre que les sanctions de la justice mettent en péril ses 20 000 salariés angolais. Mais la justice y coupe court en précisant que le gel ne concerne que ses comptes privés.

Depuis, elle dénonce un complot politique. Dans le journal britannique The Guardian, son avocat parle d’une “attaque parfaitement coordonnée” par le dirigeant actuel de l’Angola, Joao Lourenço. Depuis son arrivée au pouvoir en 2017, le président s’est lancé dans une spectaculaire lutte contre la corruption.

En quelques mois, il a limogé Isabel dos Santos de son poste de PDG de la Sonangol et son demi-frère, José Filomeno dos Santos, de la tête du fonds souverain du pays. Sa demi-sœur, Welwitschia dos Santos, a, elle, été évincée en tant que députée l’an dernier après avoir fui au Royaume-Uni, affirmant qu’elle était harcelée par les services secrets angolais.

Candidate à la présidentielle de 2022

La femme d’affaires n’entend rien lâcher. Dans un entretien à la radiotélévision portugaise publique RTP, elle dit envisager de briguer la magistrature suprême de son pays en 2022. “C’est possible”, a-t-elle lancé. “Je ferai tout ce que j’aurai à faire pour défendre et servir (…) mon pays”. Cette annonce marque un tournant pour celle qui s’est toujours présentée comme une entrepreneure sans intérêt pour la politique.

Reste qu’Isabel Dos Santo n’est pas retournée à Luanda depuis 2018. “Parce qu’aujourd’hui, l’Angola vit dans une situation d’insécurité, s’est-elle défendu dans la presse le mois dernier. Le crime est très élevé, il y a beaucoup de vols, il y a beaucoup de meurtres. Ce n’est pas un endroit sûr”.

Elle a par ailleurs souligné à plusieurs reprises que sa vie était en danger si elle y retournait dans les circonstances actuelles. L’intéressée devrait être formellement inculpée d’ici à début mars, a prévenu une source judiciaire à Luanda.

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Depuis le début de l’année, la femme d’affaires de 46 ans multiplie les déclarations pour défendre son empire économique et financier qui s’étend en Angola et au Portugal. Télécommunications, médias, banques, énergie, diamant, grande distribution, immobilier… L’ensemble de ses activités dépasse les trois milliards de dollars (soit plus de 2,7 millards d’euros), selon Forbes, qui l’a nommée femme la plus riche d’Afrique.

“Ma ‘fortune’ est née avec mon caractère, mon intelligence, mon éducation, ma capacité de travail, ma persévérance”, s’est-elle défendue sur Twitter dimanche 19 janvier, dans la soirée. “Aujourd’hui, avec tristesse, je continue à voir le ‘racisme’ et les ‘préjugés’, qui nous rappellent l’ère des ‘colonies’ dans lesquelles aucun Africain ne peut valoir autant qu’un ‘Européen'”. Son tweet était le premier d’une série de 30 postés dans la foulée.

Isabel dos Santos se défend suite à l’enquête judiciaire ouverte en Angola depuis septembre à son encontre pour détournement de fonds publics. Un tribunal de Luanda, qui a gelé ses comptes bancaires et ses actifs dans des entreprises angolaises en décembre, soupçonne la femme d’affaires, ainsi que son époux danois d’origine congolaise, Sindika Dokolo, d’avoir détourné plus d’un milliard de dollars des comptes des entreprises publiques via des sociétés offshore. Parmi elles, une société de Dubaï, Matter Business Solutions DMCC, gérée par son conseiller financier et dont l’actionnaire unique est une amie portugaise de la milliardaire.

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Dans les médias, celle qui a été baptisée “la princesse de Luanda” se crée l’image d’une femme d’affaires indépendante. Elle raconte notamment à The Economist avoir fondé Unitel – devenu aujourd’hui le plus grand opérateur de tout le pays – dans un bureau au-dessus d’une boutique où elle vendait des téléphones. “La presse m’appelle princesse. Je ne connais pas beaucoup de princesses qui sortent du lit et construisent des supermarchés”, argue-t-elle.

Népotisme des dos Santos

Certains lui reconnaissent des qualités de gestionnaire. Un homme d’affaires de Luanda l’a décrit comme “impitoyable et très vive”, rapporte The Guardian. En 2007, le journal portugais Público évoque “une femme d’affaires, extrêmement intelligente et dynamique, aussi professionnelle que sympathique”.

Mais les allégations de népotisme de l’ex-président croissent à mesure que l’empire commercial d’Isabel dos Santos grandit. Surtout en 2016, quand son père la nomme à la tête de la compagnie pétrolière nationale Sanongol.

Face aux accusations de corruption par la justice angolaise, la femme d’affaires avance des arguments économiques. Elle rappelle avoir versé un total de 200 millions de dollars d’impôts à l’État et dit craindre que les sanctions de la justice mettent en péril ses 20 000 salariés angolais. Mais la justice y coupe court en précisant que le gel ne concerne que ses comptes privés.

Depuis, elle dénonce un complot politique. Dans le journal britannique The Guardian, son avocat parle d’une “attaque parfaitement coordonnée” par le dirigeant actuel de l’Angola, Joao Lourenço. Depuis son arrivée au pouvoir en 2017, le président s’est lancé dans une spectaculaire lutte contre la corruption.

En quelques mois, il a limogé Isabel dos Santos de son poste de PDG de la Sonangol et son demi-frère, José Filomeno dos Santos, de la tête du fonds souverain du pays. Sa demi-sœur, Welwitschia dos Santos, a, elle, été évincée en tant que députée l’an dernier après avoir fui au Royaume-Uni, affirmant qu’elle était harcelée par les services secrets angolais.

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Reste qu’Isabel Dos Santo n’est pas retournée à Luanda depuis 2018. “Parce qu’aujourd’hui, l’Angola vit dans une situation d’insécurité, s’est-elle défendu dans la presse le mois dernier. Le crime est très élevé, il y a beaucoup de vols, il y a beaucoup de meurtres. Ce n’est pas un endroit sûr”.

Elle a par ailleurs souligné à plusieurs reprises que sa vie était en danger si elle y retournait dans les circonstances actuelles. L’intéressée devrait être formellement inculpée d’ici à début mars, a prévenu une source judiciaire à Luanda.

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