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« A nous de jouer », comment Merkel et Macron ont décidé de reprendre la main
20/05/2020 à 23h03 par La redaction
- Il aura fallu l’irruption d’un aréopage de juges tout de rouge vêtus pour convaincre Angela Merkel de prendre l’une de ses décisions les plus audacieuses en quinze années de pouvoir: proposer un plan européen de relance colossal financé par l’émission d’une dette commune.
Annoncée lundi par Paris et Berlin, cette initiative constitue une volte-face spectaculaire de la part de la chancelière jusque alors fermement opposée au principe des “coronabonds”, défendue avec force ces dernières semaines par Paris et Rome au nom de la solidarité européenne.
La propagation du coronavirus, son bilan humain, mais aussi, voire surtout, ses retombées économiques l’avaient déjà convaincue que l’avenir de l’Europe était en péril.
Mais c’est finalement le jugement du Tribunal constitutionnel allemand qui a fait basculer sa position. Les juges de la cour de Karlsruhe ont en effet exigé le 5 mai dernier de la Banque centrale européenne (BCE) qu’elle justifie ses achats d’emprunts d’Etat de la zone euro pour que l’Allemagne continue d’y participer via la Bundesbank.
Ce jugement constitue un revers pour le programme d’achats de titres publics (Public Sector Purchase Programme, PSPP), l’un des principaux outils du plan d’assouplissement quantitatif (QE) de la BCE qui a permis depuis 2015 de limiter les coûts de financement des Etats membres.
Contredisant par ailleurs une décision de la Cour de justice de l’Union européenne validant le PSPP, l’arrêt de la cour de Karlsruhe a fait l’effet d’une bombe, remettant en cause la supériorité du droit communautaire européen sur les droits nationaux et suscitant aussitôt des interrogations sur la cohérence institutionnelle de la zone euro.
RISQUE DE SCISSION
Jusqu’à cette date, Angela Merkel s’était toujours opposée à la proposition du président français Emmanuel Macron de créer un fonds de relance liant les 27 Etats membres de l’Union afin qu’ils contractent solidairement de la dette sur les marchés; elle se situait alors dans le camp des Etats dits “frugaux”, comme l’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède, réticents à l’idée de simples transferts budgétaires vers des Etats membres, et préférant l’option de prêts (remboursables) aux Etats les plus touchés.
“Au départ, ils étaient sur des positions sensiblement différentes”, rappelle un haut diplomate. “Ils ont évalué le risque de scission au sein de l’UE. Est ensuite arrivée la décision du Tribunal constitutionnel et c’est alors que Merkel a dit: ‘A nous de jouer, nous, les gouvernements’”.
C’est au cours d’une série de visioconférence qu’Angela Merkel et Emmanuel Macron ont élaboré leur plan de relance de 500 milliards d’euros, une “dette qui aura vocation à être remboursée, pour apporter des financements qui seront fléchés en priorité sur les secteurs les plus touchés et pour les régions les plus impactées et donc d’accepter de vrais transferts, une vraie stratégie commune”, selon les mots du président français.
Cette somme viendrait s’ajouter au projet de budget pluriannuel de l’Union pour la période 2021-2027, qui frôle déjà le millier de milliards d’euros.
Plusieurs diplomates bruxellois expliquent qu’Angela Merkel s’est finalement laissé convaincre lorsqu’il est devenu évident à ses yeux que l’avenir de l’Union était en péril.
S’ils ne s’accordent pas sur les moyens à employer pour relancer l’économie européenne, tous les dirigeants européens en sont désormais convaincus: l’Union risque de devoir affronter une crise bien plus sévère encore que celle de la dette souveraine d’il y a dix ans et qui avait mis en lumière les divergences entre Etats, alimenté l’euroscepticisme et manqué de faire exploser la zone euro.
BRUXELLES HORS JEU ?
Déjà lourdement endettés et à peine remis de la crise de la zone euro, ce sont l’Italie et l’Espagne qui sont le plus été affectés par la pandémie et qui vont devoir tenter d’amorcer la reprise avec des économies exsangues et où le chômage atteint déjà des niveaux plus que préoccupants.
Face à une opinion publique parfois dubitative, les dirigeants européens ont dû faire bloc et justifier que l’Union européenne s’appelle ainsi.
Rien ne le laissait présager dans les premières semaines de la crise sanitaire puisque les Etats se sont surtout préoccupé de fermer leurs frontières, de garantir leur propre approvisionnement en matériel médical, parfois au détriment des autres, semblant ainsi illustrer l’incapacité d’agir de Bruxelles dès que les intérêts nationaux sont en jeu.
Les positions figées des uns et des autres n’ont guère fait avancer les discussions et il aura fallu qu’Angela Merkel et Emmanuel Macron reprennent la main en s’appuyant sur l’axe Paris-Berlin pour débloquer la situation.
“Merkel a peu à peu compris que tout cela donnait une très mauvaise image de l’Europe”, souligne un responsable européen.
L’initiative franco-allemande a été saluée par la Commission européenne qui a toutefois proposé de l’amender en panachant prêts et subventions.
Cette idée doit encore être approuvée par les 27 Etats membres et fera l’objet de nouvelles négociations sans doute serrées entre ses partisans et ses détracteurs, Autriche, Pays-Bas, Danemark et Suède, d’ici au prochain conseil européen des 18 et 19 juin.
Le chancelier autrichien l’a d’ores et déjà dit: s’il est d’accord pour que des prêts soient accordés aux pays et régions les plus touchés, il ne saurait être question de leur octroyer des subventions.
avec Michel Rose à Paris et Andreas Rinke à Berlin; version française Nicolas Delame, édité par Henri-Pierre André

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La propagation du coronavirus, son bilan humain, mais aussi, voire surtout, ses retombées économiques l’avaient déjà convaincue que l’avenir de l’Europe était en péril.
Mais c’est finalement le jugement du Tribunal constitutionnel allemand qui a fait basculer sa position. Les juges de la cour de Karlsruhe ont en effet exigé le 5 mai dernier de la Banque centrale européenne (BCE) qu’elle justifie ses achats d’emprunts d’Etat de la zone euro pour que l’Allemagne continue d’y participer via la Bundesbank.
Ce jugement constitue un revers pour le programme d’achats de titres publics (Public Sector Purchase Programme, PSPP), l’un des principaux outils du plan d’assouplissement quantitatif (QE) de la BCE qui a permis depuis 2015 de limiter les coûts de financement des Etats membres.
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S’ils ne s’accordent pas sur les moyens à employer pour relancer l’économie européenne, tous les dirigeants européens en sont désormais convaincus: l’Union risque de devoir affronter une crise bien plus sévère encore que celle de la dette souveraine d’il y a dix ans et qui avait mis en lumière les divergences entre Etats, alimenté l’euroscepticisme et manqué de faire exploser la zone euro.
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Rien ne le laissait présager dans les premières semaines de la crise sanitaire puisque les Etats se sont surtout préoccupé de fermer leurs frontières, de garantir leur propre approvisionnement en matériel médical, parfois au détriment des autres, semblant ainsi illustrer l’incapacité d’agir de Bruxelles dès que les intérêts nationaux sont en jeu.
Les positions figées des uns et des autres n’ont guère fait avancer les discussions et il aura fallu qu’Angela Merkel et Emmanuel Macron reprennent la main en s’appuyant sur l’axe Paris-Berlin pour débloquer la situation.
“Merkel a peu à peu compris que tout cela donnait une très mauvaise image de l’Europe”, souligne un responsable européen.
L’initiative franco-allemande a été saluée par la Commission européenne qui a toutefois proposé de l’amender en panachant prêts et subventions.
Cette idée doit encore être approuvée par les 27 Etats membres et fera l’objet de nouvelles négociations sans doute serrées entre ses partisans et ses détracteurs, Autriche, Pays-Bas, Danemark et Suède, d’ici au prochain conseil européen des 18 et 19 juin.
Le chancelier autrichien l’a d’ores et déjà dit: s’il est d’accord pour que des prêts soient accordés aux pays et régions les plus touchés, il ne saurait être question de leur octroyer des subventions.
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