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A Marseille, la scolarisation de minots étrangers mobilise une escouade de référents solidaires
11/06/2020 à 00h03 par La redaction

Un réseau de quelque 200 bénévoles a facilité la scolarisation de mineurs étrangers vivant depuis des mois dans un squat, évacué début juin. Face au dédale administratif, un pragmatisme du quotidien.

Comme beaucoup de jeunes étrangers, Ibrahim*, 16 ans, n’a qu’une idée en tête : aller à l’école. Arrivé à Marseille en novembre, il dormait à la gare Saint-Charles, quand un autre jeune l’a orienté vers Romain, l’un des fondateurs de Ramina (Réseau d’accueil des minots non accompagnés). Au fur et à mesure des placements de jeunes à l’hôtel, un lit s’est libéré pour lui au squat Saint-Just, puis dans un hôtel. L’ancien couvent, situé sous les fenêtres du conseil départemental, a hébergé des centaines de migrants depuis décembre 2018, avant d’être évacué le 8 juin à la suite d’un incendie. Le départ de feu n’a fait aucune victime, mais signe la fermeture définitive de ce lieu.

L’association Katilla propose du soutien scolaire et des cours d’alphabétisation, janvier 2020. © LFL’association Katilla propose du soutien scolaire et des cours d’alphabétisation, janvier 2020. © LF

Grâce au soutien de Ramina, tout est allé très vite pour ce minot, scolarisé pendant neuf ans au Burkina Faso et féru d’électricité. Ibrahim a intégré fin décembre une classe de seconde maintenance industrielle dans un lycée professionnel à Marseille et s'apprête désormais à passer en première. À la sortie, il a de grandes chances de trouver un emploi comme soudeur ou fraiseur dans l’industrie autour de l’étang de Berre. Ibrahim est venu en France pour poursuivre ses études et comprendre les racines de la colonisation de son pays. « Depuis tout petit, je voulais voir comment les Français vivent sur leur territoire et savoir la raison de pourquoi les Français nous ont colonisés », écrit-il sur le site Paroles de minots.

Le département des Bouches-du-Rhône, présidé par Martine Vassal candidate LR à la mairie de Marseille, est l’un de ceux qui accueillent le plus de mineurs étrangers non accompagnés (MNA dans le jargon), auxquels la France doit protection dès lors que leur minorité est reconnue. En mai, plus d’un millier de jeunes étaient confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE, dépendant du département) contre 227 en 2015. Et, selon Le Monde, le budget dédié a triplé en trois ans, passant de 11 millions d’euros en 2015 à 37 millions d’euros en 2018.

Mais cela reste nettement insuffisant. Selon le milieu associatif, il y a 200 jeunes dormant dans la rue dans la deuxième ville de France. Sans compter ceux qui étaient jusqu'alors mis à l’abri dans des conditions précaires au squat Saint-Just ou chez des hébergeurs solidaires. Condamné par la justice à deux reprises en avril et en mai, le conseil départemental a fini par mettre à l'abri dans des hôtels une partie des MNA présents au squat.

Mi-janvier, l’association Médecins sans frontières (MSF) a débarqué à Marseille et ouvert une soixantaine de places pour les mettre provisoirement à l’abri dans trois lieux, jusqu'à fin juin. Pour cette grosse ONG, spécialisée dans la gestion des crises humanitaires, c’est aussi une façon d’interpeller les pouvoirs publics face à un « manquement criant aux droits de l’enfant ».

« La législation sur la mise à l’abri dans un délai de cinq jours n’est pas respectée, nous expliquait en janvier Laurianne Boudam, alors coordinatrice de projets à MSF. Certains jeunes sont à la rue depuis juillet. Connaissant les réseaux de traite et de trafic de toute sorte à Marseille, ce n’est pas possible ! » Une fois mis à l’abri à hôtel, les jeunes sont censés être suivis par des éducateurs du département, mais cet accompagnement est parfois parcellaire.

 

Autre droit bafoué, celui à l’éducation. L’État doit scolariser tous les enfants présents sur le territoire jusqu’à leurs 18 ans révolus, quel que soit leur statut ou leur situation familiale. Entre l’année scolaire 2013-2014 et celle 2018-2019, le nombre d’élèves allophones scolarisés dans l’académie a, selon l’inspection académique, plus que doublé, passant de 1 944 enfants à 4 827. Parmi ceux-ci, on compte des enfants de demandeurs d’asile, ainsi que des MNA. Il s’agit majoritairement, toujours selon l’inspection académique, de jeunes peu ou pas scolarisés dans leur pays d’origine, affectés dans des lycées professionnels avec des cours de remise à niveau. Une vingtaine ont pu rejoindre directement un lycée général et technologique.

« Les moyens sont en hausse constante depuis 2013 », assurait en janvier Véronique Blua, adjointe au directeur académique des services de l’Éducation nationale des Bouches-du-Rhône (Dasen). Trois nouvelles classes ont été ouvertes dans des lycées marseillais depuis mai 2019. « Nous sommes en train de pérenniser les classes existantes et réfléchissons à des ouvertures ; rien n’est encore arbitré pour la rentrée 2020 », ajoutait l’adjointe de l’inspecteur académique.

Mais, faute de places, environ 150 jeunes de plus de 16 ans sont toujours en attente de scolarisation après avoir passé le test Casnav, selon les associations. Le délai moyen entre le passage du test et la scolarisation est de quatre à cinq mois. Des chiffres que nous confirme l’inspection académique. Lancée fin 2019, une pétition pour l’ouverture de classes supplémentaires à Marseille a déjà rassemblé plus de 25 000 signatures.

Car l’enjeu est important. Pour espérer obtenir un titre de séjour à leur majorité, les adolescents étrangers doivent justifier d’avoir suivi une formation professionnelle qualifiante pendant au moins six mois. Beaucoup ont auparavant besoin d’une remise à niveau et de cours de français. Une course contre la montre s’engage donc.

« On fait perdre un an à certains jeunes », reproche Romain. Il sort juste de l’inspection académique, où il a accompagné quatre jeunes, des Guinéens et un Pakistanais. L’évaluation, qui dure de deux à trois heures, vise à vérifier leur niveau en mathématiques, en lecture et en français pour les scolariser dans la classe adaptée.

Pour ce psychologue, c’est la rencontre de deux mineurs étrangers à la rue qui a été le déclencheur. Il est l’un de ceux à l’origine du réseau des quelque 200 référents scolaires qui, depuis février 2019, accompagnent bénévolement ces adolescents logés au squat Saint-Just ou chez des hébergeurs solidaires. Parmi eux, des retraité·e·s, des enseignant·e·s, des éducateurs, des jeunes en service civique, des journalistes, des créatifs entre deux contrats, etc.

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À l’inspection académique, le service dédié (le Casnav ou centre académique pour la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés) a vu débarquer de plus en plus de jeunes accompagnés par ces bénévoles. Au total, en un an, « on a fait inscrire entre 300 et 400 jeunes au test », estime Romain. C’est normalement le rôle de l’Association départementale pour le développement des actions de prévention (Addap 13), à laquelle le département a confié l’évaluation et la mise à l’abri des mineurs étrangers non accompagnés. Mais une fonctionnaire souligne en off que la préoccupation première de l’ASE « débordée » était d’abord de mettre les jeunes à l’abri, pas de les scolariser.

Karim, un jeune Guinéen de 17 ans, désormais en stage dans un restaurant sénégalais, revient ainsi de loin. Censé être pris en charge par l’aide sociale à l’enfance à la suite d’une décision du juge des enfants, il naviguait entre la rue et le squat Saint-Just, avec des problèmes psychologiques et d’alcoolisme.

Sa référente scolaire, Laurence, qui travaille dans l’insertion professionnelle, l’a rencontré en septembre dans le métro marseillais. « Il m’a tendu tous ses papiers, dont une convocation chez le juge des enfants pour un vol de portable, et m’a demandé de l’aider, dit-elle, touchée par l’adolescent, qui a le même âge que son fils. Il avait peur de tout, il ne voulait pas aller à l’hôpital, ni voir son avocat, ni le juge des enfants. Je l’ai rassuré. Le juge des enfants lui a trouvé une place dans un foyer où il a pu être soigné. »

En parallèle du travail militant et revendicatif du squat Saint-Just, sorte de laboratoire expérimental, le réseau Ramina revendique une approche pragmatique. Le tout dans un cadre rassurant : d’un côté les hébergeurs solidaires, de l’autre les référents scolaires. « Plutôt que de taper sur l’État, on interpelle la population, dit Romain. Beaucoup de gens veulent aider, mais ils ne savent pas comment. Si on leur donne une fonction bien établie, ça leur parle. » Chaque semaine, le chat Raminagrobis, mascotte du réseau, s’affiche dans un café marseillais différent et les jeunes se racontent sur le site Paroles de minots.

Ce relais permet aussi d’éviter que des hébergeurs ne s’épuisent et ne remettent un jeune à la rue. « C’est important que les gens sachent qu’ils peuvent être aidés s’ils se sentent débordés », dit Florence, une des coordinatrices. Depuis janvier, Noé, un psychiatre, coanime avec une psychologue des groupes de parole où les référents scolaires peuvent s’exprimer sur leur désarroi. Ce père de trois enfants a lui-même hébergé un jeune Guinéen avec son ex-compagne et sait combien « la rencontre avec de jeunes gens qui ont fait l’expérience de l’exil et d’épisodes traumatiques en Libye bouscule les codes ».

Il donne un exemple de ce décalage. « La première fois qu’il a eu sa famille au téléphone, c’était pour que celle-ci lui réclame de l’argent, pas pour prendre de ses nouvelles, se souvient Noé. Quand on est européen, on peut être heurté après ce qu’a traversé le gamin. Mais pour ces jeunes, l’enjeu primordial, une fois sur le territoire français, est de se faire sa place par tous les moyens, quel que soit leur parcours. »

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L’association Katilla propose du soutien scolaire et des cours d’alphabétisation, janvier 2020. © LFL’association Katilla propose du soutien scolaire et des cours d’alphabétisation, janvier 2020. © LF

Grâce au soutien de Ramina, tout est allé très vite pour ce minot, scolarisé pendant neuf ans au Burkina Faso et féru d’électricité. Ibrahim a intégré fin décembre une classe de seconde maintenance industrielle dans un lycée professionnel à Marseille et s'apprête désormais à passer en première. À la sortie, il a de grandes chances de trouver un emploi comme soudeur ou fraiseur dans l’industrie autour de l’étang de Berre. Ibrahim est venu en France pour poursuivre ses études et comprendre les racines de la colonisation de son pays. « Depuis tout petit, je voulais voir comment les Français vivent sur leur territoire et savoir la raison de pourquoi les Français nous ont colonisés », écrit-il sur le site Paroles de minots.

Le département des Bouches-du-Rhône, présidé par Martine Vassal candidate LR à la mairie de Marseille, est l’un de ceux qui accueillent le plus de mineurs étrangers non accompagnés (MNA dans le jargon), auxquels la France doit protection dès lors que leur minorité est reconnue. En mai, plus d’un millier de jeunes étaient confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE, dépendant du département) contre 227 en 2015. Et, selon Le Monde, le budget dédié a triplé en trois ans, passant de 11 millions d’euros en 2015 à 37 millions d’euros en 2018.

Mais cela reste nettement insuffisant. Selon le milieu associatif, il y a 200 jeunes dormant dans la rue dans la deuxième ville de France. Sans compter ceux qui étaient jusqu'alors mis à l’abri dans des conditions précaires au squat Saint-Just ou chez des hébergeurs solidaires. Condamné par la justice à deux reprises en avril et en mai, le conseil départemental a fini par mettre à l'abri dans des hôtels une partie des MNA présents au squat.

Mi-janvier, l’association Médecins sans frontières (MSF) a débarqué à Marseille et ouvert une soixantaine de places pour les mettre provisoirement à l’abri dans trois lieux, jusqu'à fin juin. Pour cette grosse ONG, spécialisée dans la gestion des crises humanitaires, c’est aussi une façon d’interpeller les pouvoirs publics face à un « manquement criant aux droits de l’enfant ».

« La législation sur la mise à l’abri dans un délai de cinq jours n’est pas respectée, nous expliquait en janvier Laurianne Boudam, alors coordinatrice de projets à MSF. Certains jeunes sont à la rue depuis juillet. Connaissant les réseaux de traite et de trafic de toute sorte à Marseille, ce n’est pas possible ! » Une fois mis à l’abri à hôtel, les jeunes sont censés être suivis par des éducateurs du département, mais cet accompagnement est parfois parcellaire.

 

Autre droit bafoué, celui à l’éducation. L’État doit scolariser tous les enfants présents sur le territoire jusqu’à leurs 18 ans révolus, quel que soit leur statut ou leur situation familiale. Entre l’année scolaire 2013-2014 et celle 2018-2019, le nombre d’élèves allophones scolarisés dans l’académie a, selon l’inspection académique, plus que doublé, passant de 1 944 enfants à 4 827. Parmi ceux-ci, on compte des enfants de demandeurs d’asile, ainsi que des MNA. Il s’agit majoritairement, toujours selon l’inspection académique, de jeunes peu ou pas scolarisés dans leur pays d’origine, affectés dans des lycées professionnels avec des cours de remise à niveau. Une vingtaine ont pu rejoindre directement un lycée général et technologique.

« Les moyens sont en hausse constante depuis 2013 », assurait en janvier Véronique Blua, adjointe au directeur académique des services de l’Éducation nationale des Bouches-du-Rhône (Dasen). Trois nouvelles classes ont été ouvertes dans des lycées marseillais depuis mai 2019. « Nous sommes en train de pérenniser les classes existantes et réfléchissons à des ouvertures ; rien n’est encore arbitré pour la rentrée 2020 », ajoutait l’adjointe de l’inspecteur académique.

Mais, faute de places, environ 150 jeunes de plus de 16 ans sont toujours en attente de scolarisation après avoir passé le test Casnav, selon les associations. Le délai moyen entre le passage du test et la scolarisation est de quatre à cinq mois. Des chiffres que nous confirme l’inspection académique. Lancée fin 2019, une pétition pour l’ouverture de classes supplémentaires à Marseille a déjà rassemblé plus de 25 000 signatures.

Car l’enjeu est important. Pour espérer obtenir un titre de séjour à leur majorité, les adolescents étrangers doivent justifier d’avoir suivi une formation professionnelle qualifiante pendant au moins six mois. Beaucoup ont auparavant besoin d’une remise à niveau et de cours de français. Une course contre la montre s’engage donc.

« On fait perdre un an à certains jeunes », reproche Romain. Il sort juste de l’inspection académique, où il a accompagné quatre jeunes, des Guinéens et un Pakistanais. L’évaluation, qui dure de deux à trois heures, vise à vérifier leur niveau en mathématiques, en lecture et en français pour les scolariser dans la classe adaptée.

Pour ce psychologue, c’est la rencontre de deux mineurs étrangers à la rue qui a été le déclencheur. Il est l’un de ceux à l’origine du réseau des quelque 200 référents scolaires qui, depuis février 2019, accompagnent bénévolement ces adolescents logés au squat Saint-Just ou chez des hébergeurs solidaires. Parmi eux, des retraité·e·s, des enseignant·e·s, des éducateurs, des jeunes en service civique, des journalistes, des créatifs entre deux contrats, etc.

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Karim, un jeune Guinéen de 17 ans, désormais en stage dans un restaurant sénégalais, revient ainsi de loin. Censé être pris en charge par l’aide sociale à l’enfance à la suite d’une décision du juge des enfants, il naviguait entre la rue et le squat Saint-Just, avec des problèmes psychologiques et d’alcoolisme.

Sa référente scolaire, Laurence, qui travaille dans l’insertion professionnelle, l’a rencontré en septembre dans le métro marseillais. « Il m’a tendu tous ses papiers, dont une convocation chez le juge des enfants pour un vol de portable, et m’a demandé de l’aider, dit-elle, touchée par l’adolescent, qui a le même âge que son fils. Il avait peur de tout, il ne voulait pas aller à l’hôpital, ni voir son avocat, ni le juge des enfants. Je l’ai rassuré. Le juge des enfants lui a trouvé une place dans un foyer où il a pu être soigné. »

En parallèle du travail militant et revendicatif du squat Saint-Just, sorte de laboratoire expérimental, le réseau Ramina revendique une approche pragmatique. Le tout dans un cadre rassurant : d’un côté les hébergeurs solidaires, de l’autre les référents scolaires. « Plutôt que de taper sur l’État, on interpelle la population, dit Romain. Beaucoup de gens veulent aider, mais ils ne savent pas comment. Si on leur donne une fonction bien établie, ça leur parle. » Chaque semaine, le chat Raminagrobis, mascotte du réseau, s’affiche dans un café marseillais différent et les jeunes se racontent sur le site Paroles de minots.

Ce relais permet aussi d’éviter que des hébergeurs ne s’épuisent et ne remettent un jeune à la rue. « C’est important que les gens sachent qu’ils peuvent être aidés s’ils se sentent débordés », dit Florence, une des coordinatrices. Depuis janvier, Noé, un psychiatre, coanime avec une psychologue des groupes de parole où les référents scolaires peuvent s’exprimer sur leur désarroi. Ce père de trois enfants a lui-même hébergé un jeune Guinéen avec son ex-compagne et sait combien « la rencontre avec de jeunes gens qui ont fait l’expérience de l’exil et d’épisodes traumatiques en Libye bouscule les codes ».

Il donne un exemple de ce décalage. « La première fois qu’il a eu sa famille au téléphone, c’était pour que celle-ci lui réclame de l’argent, pas pour prendre de ses nouvelles, se souvient Noé. Quand on est européen, on peut être heurté après ce qu’a traversé le gamin. Mais pour ces jeunes, l’enjeu primordial, une fois sur le territoire français, est de se faire sa place par tous les moyens, quel que soit leur parcours. »

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